MÉCANISME ET PATHOGÉNIE
expérimentale, a dit Cl. Bernard, n'est que l’idée scientifique préconçue ou anticipée. » Pour cette fois, l’opinion de notre grand physiologiste ne s’est pas réalisée. Ici, c’est l’observation clinique qui a été l’idée scientifique « anticipée »; et, lorsque Teissier (de Lyon), ignorant sans doute avant scs expériences cette pathogénie déjà fixée par moi au moyen de la clinique, a de nouveau affirmé (pie, pour le mécanisme de tout œdème aigu du poumon, « on retrouve partout et toujours la même trilogie de conditions génératrices, à savoir la toxi-infeeUon, les accidents nerveux et les troubles mécaniques », j’ai été heureux de voir qu’il est arrivé, parl’expérimentation, à une conclusion exprimée autrefois en termes absolument identiques par notre observation clinique (1).
Cette pathogénie doit toujours être invoquée dans les cardiopathies de la grossesse où les accidents gravidocardiaques peuvent prendre les allures d’un œdème aigu du poumon, surtout lorsque le rein est préalablement atteint de néphrite interstitielle, ou lorsqu’il existe un rétrécissement mitral ; car à ce dernier point de vue, dès 189fi j’ai signalé trois cas de mort survenue en dehors de la grossesse chez des femmes atteintes de cette affection cardiaque.
L’action nerveuse apparaît au cours du tabes , dans un cas de péri-amygdalite phlegmoneuse avec tuméfaction énorme d’un ganglion comprimant le pneumogastrique. Elle est encore mieux révélée au cours du goitre exophtalmique où l’on observe parfois des poussées d’œdème pulmonaire pouvant simuler une tuberculose (2). Mais, il s’agit là de faits encore peu nombreux, même exceptionnels, qui ont besoin de la sanction de l’expérience.
(1) Teissier (de Lyon), Congrès international de médecine de Paris, août 1900. Journal des praticiens , 3 nov. 1900.
(2) 11. Huchard, Revue intern. de méd. et dechir., 1893. — Vinay, De l'œdème aigu du poumon dans les cardiopathies de la grossesse [Lyon médical , 1896). — Morel-Lavallée, Œdème pulmonaire dans le tabes [Journal des praticiens, 1897). — L.-A. Amblard, OEdème aigu du poumon au cours d'une péri-amygdalite [Gazette des hôpitaux, 1906). — .1. Mollard et Bernoud, Œdème aigu du poumon dans le goitre exophtalmique (< Journal des praticiens, 1898).
ŒDÈME AIGU DU POUMON
Au cours cl 'infections pulmonaires où l'action toxique doit être invoquée, on observe aussi parfois de l’œdème du poumon, mais avec des caractères cliniques très atténués, une gravité beaucoup moindre, une marche subaiguë, une expectoration moins abondante et jamais rosée ou saumonée. Cependant, Carnot a observé un cas d’œdème aigu du poumon ayant été suivi de la mort en quelques heures à la fin d’une pneumonie chez un homme de cinquante-sept ans, obèse, emphysémateux, bronchitique avecléger œdème périphérique (1). Sans doute, le rôle de l’intoxication et de l'infeclion est indéniable, puisqu’on a pu déterminer chez des cobayes des œdèmes aigus du poumon par injeclions intrapulmonaires de toxine pneumococcique. Mais, dans le cas actuel, la lésion préalable du rein chez un homme de cinquante-sept ans avec albuminurie assez abondante, a joué le principal rôle.
Le facteur rénal ou surrénal doit être aussi invoqué, d’après des observations et des expériences assez concluantes. Ainsi on a signalé un œdème aigu du poumon à la suite d’une néphrite aiguë érysipélateuse ayant déterminé des hémorragies surrénales. Celles-ci avaient détruit presque entièrement la substance médullaire de ces glandes, laissant dans la substance corticale l’aspect décrit sous le nom d'hyperépinéphrie avec suractivité fonctionnelle de l'organe (2). Ce fait
(1) Caussa.de, Milhit, Israël de Jung, Œdème du poumon au cours d’infections pulmonaires (Soc. méd. des hôpitaux, 190G). — Carnot, Soc. méd. des hôpitaux, 1906.— Dans sathèse (Grippe et pneumonie, 1887), Menetrier a signalé les œdèmes pneumococciqucs du poumon.
(2) Darré, Influence des altérations du rein sur les glandes surrénales. Thèse de Paris, 1907. — Josdé, Pathogénie de certains cas d’œdème aigu du poumon ( P cesse méd ., 1905). — Josué et L. Bloch, Action hypertensive de la couche corticale des capsules surrénales (Acad, dessciences, 1907. et Soc. méd. des hôpitaux, 1908). — Schur et Wiesel ont cherché et ont trouvé dans le sang des brightiques hypertendus un excès d'adrénaline (Société des médecins de Vienne, 1907). — On a pu enlin, par des injections intraveineuses de fortes doses d’adrénaline, produire chez le lapin des accès d œdème aigu du poumon (Bouchard et Claude, Acad, des sciences, 1902). — Læderich, Hémorragies surrénales et œdème
aigu du poumon au cours [d une néphrite aiguë érysipélateuse.
A. Sézary, Œdème aigu du poumon et glandes surrénales (Gazette des hôpitaux, 1909).
INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES; TRAITEMENT
vient d’abord à l’appui de l'influence reconnue des ésions aiguës des reins sur le fonctionnement surrénal, de l'adrénaline injectée brusquement sur l’augmentation de la tension artérielle et la production de l’œdème aigu du poumon, et surtout de la pathogénie de cet accident que j’ai exposée dès 1890 et que Teissicr (de Lyon) a reproduite presque dans les mêmes termes, dix ans plus tard.
Enfin, la filiation pathogénique de l’œdème aigu du poumon, telle que je l'ai indiquée (troubles d'innervation cardio-pulmonaire par péri-aortite, augmentation considérable de la tension vasculaire dans la petite circulation, insuffisance aiguë ou rapide du ventricule droit) s’est trouvée encore réalisée dans deux cas d’anévrysme de la pointe du cœur où l’anévrysme, venant à faire saillie dans l’intérieur de la cavité droite, a fait ainsi obstacle à la contraction du ventricule (1).