DIAGNOSTIC DES MALADIES DE LCESOPHAGE
travaux modernes, on peut faire aujourd'hui un diagnostic précis et quelquefois instituer une thérapeutique couronnée de succès.
Les méthodes d'étude clinique de l'œsophage comprennent :
L'étude des signes fonctionnels et généraux ;
L'exploration de l'œsophage avec la sonde à boule olivaire ;
La radioscopie ;
L'œsophagoscopie .
io Étude des signes fonctionnels et généraux. — Presque toutes les affections de l'œsophage ont un certain nombre de caractères communs, liés à la sténose progressive du conduit. Qu'on ait affaire à une affection organique ou purement fonctionnelle, ces symptômes seront les mêmes ; parfois, ils seront beaucoup plus accusés et d'un aspect beaucoup plus grave dans les affections purement nerveuses.
Dans toutes ces affections sténosantes, nous retrouvons en effet :
La dysphagie et la sténose progressive de Tœsophage ;
Les régurgitations ;
La salivation spéciale concomitante à ces affections ;
La cachexie par inanition qui en découle.
A) La dysphagie existe d'abord pour les aliments solides (pain et viande) qui sont les premiers à ne plus passer ; elle se manifeste ensuite pour les aliments de consistance demi-molle, puis pour les liquides.
C'est un symptôme extrêmement trompeur, car elle peut ne pas exister dans le cancer fou être à peine
iJO MALADIES DE L ESTOMAC ET DE L OESOPHAGE
ébauchée et ne se produire qu'à une phase avancée, surtout si la tumeur siège au tiers moyen) , alors qu^elle peut être extrêmement rapide dans le rétrécissement cicatriciel, et être brusque et complète dans le simple spasme œsophagien. La douleur de la dysphagie ne peut guère non plus fixer notre diagnostic. Elle peut ne pas exister dans le cancer, et être très intense au" cours d'une simple ulcération. La douleur de la dysphagie dépend beaucoup plus du siège de la lésion que de sa nature. Une lésion des orifices, des sphincters, sera douloureuse, alors que celle de la cavité œsophagienne pourra ne pas exister.
B) La salivation est encore un symptôme commun à toutes ces affections. Le professeur Roger a décrit le réflexe œsophago-salivaire qui la produit. De plus, les malades mastiquent très longtemps leurs aliments, de manière à les réduire en bouillie fine pour qu'ils puissent franchir le point rétréci et cette mastication. entraîne une sécrétion salivaire considérable, amenant même parfois une hypertrophie des parotides.
C) Les RKGURorrATiONS se trouvent aussi dans toutes les affections sténosantes de l'œsophage. Au-dessus du point rétréci, il se forme peu à peu une poche œsophagienne, nettement visible à la radioscopie et c'est aux contractions an tipéristal tiques de cette poche, une fois qu'elle est remplie, qu'est due la régurgitation. Celle-ci est plus ou moins abondante, plus ou moins précoce, suivant le degré de la dilatation et le volume de la poche.
D) La cachexie et l'inanition, enfin, sont liées uniquement au fait que le malade ne mange pas. Les malades maigrissent d'une façon parfois considérable pour de simples spasmes œsophagiens, s'ils constituent des contractures infranchissables. Ce qui prouve que dans toutes les aff'ections, même cancéreuses, cette cachexie est seulement due à l'inanition, c'est qu'après le passage de
DIAG?iOSTIC DES MALADIES DE L ŒSOPHAGE 91
la sonde, si on procède au gavage du malade, on lui fait reprendre en peu de jours un nombre considérable de kilogrammes.
8^ Exploration de l'œsophage à l'aide du cathéter. — L'exploration de Toesophage peut se faire soit au moyen de sondes ou de bougies comparables aux sondes et aux bougies urétrales, soit au moyen d'olives en métal, en ivoire, ou en ébonite, de dimensions variables, vissées sur une longue tige de baleine*.
Pour pratiquer l'exploration voici comment il faut pi'océder :
Le sujet est assis, le dos appuyé contre le dossier d'une chaise, la tête légèrement rejetée en arrière. Il sera bon de mettre un ouvre-bouche, puis de faire maintenir la tête en bonne position par un aide qui en môme temps maintiendra l'ouvre-bouche en place.
L'opérateur introduit dans la bouche l'index gauche, ou rindex et le médius gauches qui déprimeront légèrement la base de la langue en l'attirant à lui, tandis que le cathéter tenu avec fermeté par les trois doigts de la main droite, comme une plume, à lo centimètres environ de l'olive, est introduit à son tour après avoir été préalablement enduit d'un corps gras, le long de rindex gauche servant d'indicateur jusque sur la paroi postérieure du pharynx. A ce moment, la main droite relevée fait basculer Tolive derrière l'index indicateur et derrière l'épiglotte, et on pousse le cathéter sans brusquerie.
Chez un individu normal, à peine on aura poussé le cathéter de 5 à 6 centimètres que l'on sentira un obstacle léger : la boule est arrivée au niveau de la bouche œsophagienne qui est à i6 centimètres des incisives chez
* Nous conseillons, d une façon très catégorique, de ne pratiquer le calhôtôrisme que dans les cas où l'on est sûr qu'il ne s'agit pas d'un cancer de l'œsophage ou d'une compression par anévrysme de l'aorte.
rhomme, 1 5 chez la femme, la tête étant en moyenne extension.
En poussant légèrement le cathéter, on franchit aisément ce rétrécissement normal et la sonde ne rencontre plus d'obstacle jusqu'au cardia qui est aisément franchi.
Lorsqu'on examine un malade atteint d'affection œsophagienney tantôt Tolive, quel que soit son calibre, vient buter contre un obstacle infranchissable : c'est qu'il y a un spasme grave ou une sténose organique. Tantôt, au contraire, l'instrument ne rencontrant qu'un obstacle passager, transitoire, arrive à le franchir au bout ^e quelques secondes de patience. Il n'est pas rare que la constriction, tout en cédant, perriste encore, légèrement atténuée ; l'olive dépasse bien le point rétréci, mais en la retirant on a très nettement la sensation qu'elle est encore plus ou moins serrée. En répétant l'ascension et la descente de la boule olivaire dans l'œsophage, on pourra ainsi arrivera distinguer le spasme œsophagien du rétrécissement organique. Dans le premier, on constatera le caractère changeant et variable à quelques minutes près du résultat fourni par l'exploration et, de même que pour le spasme de l'urètre, le spasme œsophagien sera souvent difficilement franchi par une petite olive, alors qu'il le sera aisément par une grosse. Dans le second, le cathétérisme sera pratiqué avec beaucoup de douceur et de prudence, de façon à éviter les fausses routes. On essaie de passer les explorateurs les plus volumineux : la distance à laquelle ils sont arrêtés (mesurée à partir des incisives) indique le point où commence le rétrécissement. On tente alors de franchir l'obstacle avec des instruments de moins en moins gros, jusqu'à ce qu'on parvienne à passer. Le calibre de la bougie ou de l'olive indique le diamètre du rétrécissement. En la poussant lentement et en notant sur la sonde l'arrêt du début et celui de la fin, par rapport aux incisives, on obtient la longueur approximative