ACCIDENTS DUS Â LÀ 6ÂSTR0-ENTËR0ST0MIE
On décrivait, jusqu'alors, deux complications principales de la gastro-entérostomie : le circulas viciosus et r ulcère peptique du jéjunum; les travaux de Parmentier et Denéchau permettent d'y ajouter le syndrome dyspeptique secondaire à la gastro-entérostomie, dont l'importance est très grande, en raison de la fréquence de cette complication ; mais nous les décrirons dans un chapitre suivant qui sera consacré aux suites de la gastro-entérostomie médicale.
1° Cercle vicieux. — C'est une complication purement mécanique, due à une faute de technique. Le contenu de l'estomac, au lieu de se vider dans l'anse efférente, vient distendre l'anse afférente ; il se produit une sorte d'occlusion haut située avec vomissements incessants, le plus généralement bilieux ; lorsque le cercle vicieux se manifeste, il faut, si l'on veut sauver les malades, les réopérer rapidement et, par une jéjuno-jéjunostomic complémentaire, rétablir le cours des aliments. Disons d'ailleurs que, avec les techniques actuelles, les accidents du cercle vicieux se font de plus en plus rares.
l66 MALADIES DE LESTOMAC ET DE l'ceSOPHAGE
2^ Ulcère peptique du jéjunum. — Étant donné le
nombre considérable des gastro-entérostomies pratiquées depuis près de 20 ans, cette complication est assez exceptionnelle. Il ne faudrait pas cependant, pour apprécier la fréquence de cet accident, s'en tenir aux seules observations publiées, car il en existe sûrement un certain nombre qui n'ont pas été publiées, ou qui sont restées ignorées.
Au point de vue étiologique, il est à noter que la plupart des malades qui ont été atteints ne suivaient pas un régime alimentaire convenable ; et l'on peut dire que c'est en prescrivant un traitement médical après l'opération, qu'on préviendra une série de complications et en particulier l'ulcère du jéjunum.
L'ulcère peptique est apparu de 10 jours à 7 ans après l'opération ; habituellement on constate ses symptômes dans une période qui varie de 6 mois à 2 ans, c'est-à-dire à une phase relativement rapprochée de l'acte opératoire.
En général, l'ulcère est unique ; on a pourtant signalé 3 observations d'ulcères multiples.
A) Une forme perforante d'emblée avec péritonite généralisée. — Sur 3i observations, Gosset en signale 8 qui répondent à ce type clinique ; dans 5 cas, on n'est pas intervenu et les malades sont morts ; dans i cas, la laparotomie ne permit pas de trouver la cause de la péritonite et le malade a succombé ; dans 1 cas, une opération précoce a permis de sauver les malades.
E) La seconde forme se manifeste par une péritonite localisée AVEC PLASTRON. — EUc débutc en général par des douleurs vives, survenant 2 heures après le repas, et siégeant au niveau de l'épigastre, à gauche de la ligne médiane derrière le muscle grand droit. A ce niveau, on sent une induration manifeste. Cette forme est la plus fréquente (20 cas sur 3i). Elle est moins grave que la précédente et guérit en général après intervention. Mais ce qui aggrave son pronostic, c'est la fréquence des récidives. Dans un cas, on dut faire cinq opérations successives.
C) Fistules jéjuno-coliques. — La troisième forme, la plus rare (3 cas sur les 3i observations rapportées par Gosset), est caractérisée par l'ouverture de l'ulcère jéjunal dans un autre segment du tube digestif ; c'est en général dans le côlon transverse que se fait l'ouverture. Cette forme, avec ouverture dans le côlon, se manifeste par trois symptômes importants : un amaigrissement rapide, de la diarrhée et des vomissements fécaloides. Cette symptomatologie est suflRsamment nette pour permettre de poser le diagnostic. On pourrait d'ailleurs le vérifier, en injectant par l'anus un liquide coloré, qui reviendrait par l'estomac cathétérisé.
L'ulcère du jéjunum se voit uniquement chez les malades qui
LA GASTRO-ENTÉROSTOMIE l6^
ont été opérés pour un ulcère avec hyper-acidité ; jamais on ne l'a constaté chez des cancéreux. Grosset a constaté qu'une grande dilatation due à une sténose serrée existait dans la plupart des cas, et il croit qu'elle joue un rôle dans la pathogénie de l'ulcère jéjunal. Il est certain que c'est le suc gastrique hyper-acide qui produit un ulcère au niveau du jéjunum, comme il en produit au niveau de l'estomac, de l'œsophage ou du duodénum. Katzenstcin a reproduit artificiellement l'ulcère du jéjunum, en pratiquant chez le chien une gastro-entérostomie, avec ablation d'une petite surface de la muqueuse jéjunale. On peut se demander si, dans certains cas à développement précoce, les manœuvres chirurgicales, notamment la pose de pinces sur le jéjunum, ne sont pas 'susceptibles, en lésant la muqueuse, de favoriser le développement de l'ulcère peptique.
Quoi qu'il en soit, lorsqu 'après une gastro-entérostomie on voit de vives douleurs apparaître, il faut savoir qu'à côté des complications stomacales de l'ulcère il peut exister, au niveau du jéjunum, une lésion grave qu'une intervention opportune peut guérir.