‹ Maladies de l'estomac et de l'oesophage: méthodes générales de diagnostic et de thérapeutiqueChapitre 65 sur 103 · SUITES MÉDICALES DE LÀ GASTRO-ENTEROSTOMIE · texte numérisé non relu

SUITES MÉDICALES DE LÀ GASTRO-ENTEROSTOMIE

1^ Aussitôt après l'opération^ si l'on a donné au malade le conseil de « manger de tout et beaucoup »,

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comme le faisaient naguère encore cerlains chirurgiens, on peut voir apparaître rapidement une diarrhée persistante, qui sera 1res nuisible au rétablissement complet du malade.

Si ce premier accident ne se produit pas, les malades continuent, quand ils ne sont pas biçn dirigés, à s'alimenter d'une façon d'autant plus copieuse qu'ils sont restés plus longtemps sans manger et qu'il leur semble qu'ils ont besoin de beaucoup absorber, pour réparer les pertes de leur organisme; alors ils ne tardent pas à présenter, dès les premiers mois qui suivent l'opération, des accidents qui ont été fort bien décrits par Bourget.

Le médecin, dit-il, voit revenir ses malades ayant beaucoup augmenté de volume, la figure un peu bouffie, et se plaignant de toutes sortes de malaises généraux : céphalée, palpitation, difficulté de respirer, angoisse précordiale. Si l'on examine ces sujets de plus près, on constate que les uns présentent tous les stigmates de l'intoxication urique et peuvent même avoir de véritables attaques de goutte, alors qu'ils n'en avaient jamais eu auparavant ; d'autres ont tous les symptômes objectifs et subjectifs du diabète, qui cédera assez rapidement à un régime raisonné, mais qui mettrait l'organisme en souffrance, si le médecin ne s'en apercevait pas à temps. D'autres enfin sont redevenus des dyspeptiques tout comme avant leur opération, et présentent des troubles variés (rétention gastrique avec acidité exagérée, douleurs tardives après le repas, hémorragies, diarrhée ou constipation) .

2^ Les accidents éloignés de Vulcère de l'estomac sont plus fréquents encore que les précédents, car si le malade accepte de surveiller son alimentation aussitôt après son opération, il devient souvent intempérant dans les mois ou les années qui suivent. C'est alors qu'on peut observer le syndrome dyspeptique

secondaire à la gastro-entorostomie, sur lequel Parmenlier et Denéchau ont eu le mérite d'attirer laltention. (^es iiccidents sont fréquents (^o à ^5 p. loo des cas examinés) ; on les rencontre à la suite des gastro-entérosloniies qui sont faites pour péri-gastrite adhésiveou pour estomac biloculaire, plus souvent encore que dam les cas d'opération pour sténose du pylore. Mais la cause occasionnelle qui semble nécessaire, ou tout ao moins Finnucnce constante que ron rencontre dans tooi les cas, c'est l'alimentation excessive. Cela ressort trî^s ncllement de Tétude étiologique des malades qui présentent le syndrome au complet et à l'état permanent: d<' même, chez ceu\ qui n'ont que des crises passagère?, nn peut constater que c'est un excès d'aliments ou di boissons (jui sert de cause provocatrice à chaque crise; entin, il est éïjralement très net, d'après les observalioD? ra|>|)ortées dans la thèse de Denéchau, que seuls kl malades dirigés médicalement après l'opération, oui clé indemnes de troubles ultérieurs. La date de Tapprition des accidents, qui sont en général tardifs, esl^ lement en rapport avec cette étiologie, car il senik bien qu'il y ait un rapport entre cette date d'apparilios vi Tépoque à laquelle les malades commencent à aba»" donner le régime qu'oij leur avait imposé, à la suite ij l(;ur opération.

Ce syndrome se manifeste tout S'abord par Tap tioii de troubles dyspeptiques légers. Deux ou heures après ses repas, le malade commence à ressen! une pesanteur, un tiraillement limité à Tépigaslre qui ne dure guère que quelques minutes. Mais cette pf mière crise est Tavant-coureur de douleurs plus intens*^ Après un temps variable, la crampe, qui apparaît li* jours assez longtemps après le repas, se montre pi aiguë ; elle force le patient à se tenir courbé en dem à employer, pour se calmer, les moyens qui lui réus> saient jadis avant son opération ; il comprime f^

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ment son creux épigastrique, ou bien il prend du lait, un peu de pain, du sucre, du bicarbonate de soude, etc. Cette accalmie, qu'il obtient ainsi, ne dure d'ailleurs que quelques instants ; la douleur reparaît et n'est calmée que par le repas suivant, après lequel d'ailleurs elle peut reparaître. Si la crise est plus accentuée, le malade ressent une brûlure rétro-sternale et il lui monte à la bouche de Teau acide qui agace ses dents et qu'il expectore; il essaye alors de calmer ses souffrances par le vomissement, mais, à l'inverse de ce qui existait autrefois, il ne peut y parvenir, et malgré ses efforts il ne rend qu'un peu d'eau acide, à peine mélangée de quelques débris alimentaires. A ce symptôme bien spécial, constitué par la difficulté des vomissements, s'ajoute habituellement, à un degré variable, de la constipation d'autant plus étonnante que le malade était habitué depuis son opération à avoir des selles faciles et régulières.

Si l'on examine le malade .qui présente de tels accidents, c'est à peine si la palpa tion de l'épigastre provoque une sensibilité marquée ; le plus souvent, on constate une simple défense de la paroi, sans point douloureux bien limité. En revanche, la recherche des dimensions gastriques, après insufflation, montre en général une ectasie assez marquée ; de même le tubage à jeun ramène parfois une quantité de liquide assez considérable et l'examen du suc gastrique, après repas d'épreuve, montre une exagération de la chlorhydrie qui n'est cependant jamais aussi considérable qu'avant l'intervention. C'est un point d'ailleurs sur lequel insistent Parmentier et Denéchau, auxquels nous devons toute cette description ; ils font remarquer que les modifications du mécanisme et du chimismc stomacal sont légères et qu'il y a une antithèse entre ce peu d'intensité et l'importance des troubles fonctionnels.

L'étal général lui-même devient assez rapidement mauvais, ce qui est dû aux douleurs du malade et à ce

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que le patient supprime une partie de son alimentation — non pas qu'il n'ait pas faim — mais parce qu'il a peur de souffrir. Les urines deviennent moins abondantes et moins riches en chlorures et en urée, le fiicios s'altère, le poids diminue, et les malades donnent l'impression d'avoir leur santé très altérée.

Le syndrome ainsi constitué apparaît, en général, sous forme de crises séparées par des périodes d'accalmie complète. Mais si l'on ne soigne pas les malades, l'accalmie devient de plus en plus courte et n'est plo? complètement indolore, de telle sorte que Ton peut redouter le réveil presque complet de l'ancienne affec tion.

En somme, les malades qui ont été opérés reslenl toujours, ainsi que le dit Parmentier, des méiopragiques de l'estomac ; aussi doivent-ils être, après leur opération, l'objet d'une surveillance médicale, et c'est ce qui faisait dire à Mickulicz, dès 1897 : « Le malade, après avoir passé quelques semaines entre les mains du chirurgien, doit subir un traitement diététique qui n'est pas de moindre importance. »

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