TRAITEMENT A PRESCRIRE AUX OPËRËS DE GASTRO ENTËROSTOMIE
i"" Immédiatement après l'opération^ on doit. d'après Bourget, qui a étudié la question avec graiwl soin, se comporter de la façon suivante :
Pendant les huit premiers jours qui suivent il fau' se contenter d'une nourriture liquide (bouillon ; soup^ d'avoine, de tapioca et de semoule ; lait, etc.). Si l'appétit se réveille au bout de quatre à cinq jours on peut passer à une nourriture un peu substantielle en épaissi>-
LA GASTRO-ENTÉROSTOMIE 1^73
sant peu à peu les bouillons et les soupes, puis en y ajoutant des peptones ; enfin, on permettra le riz au lait très cuit et pris par petites quantités.
A partir du huitième jour, si les suites opératoires ont été parfaites, on peut permettre des œufs, du poisson, du macaroni, des biscottes, des pommes de terre en purée ; cela, ajouté aux aliments prescrits dans la première période, permettra de varier Talimentation qui sera donnée en quatre repas.
2^ Lorsque le malade est guéri de son opéiation^ le chirurgien ne doit pas oublier que le sujet est un méiopragique de Testomac, et il doit lui recommander de ménager son tube digestif. Comme en général la sécrétion gastrique reste exagérée, il sera très utile de conseiller une limitation dans Tusage de la viande, du poisson et même des œufs. On n'en conseillera remploi qu'à un seul repas par jour; pour le reste, l'alimentation se composera surtout de féculents sous forme de bouillie et de purées, de légumes verts en purée et de compotes de fruits. De cette façon, on évitera que la sécrétion soit exagérée, et on facilitera les fonctions mécaniques de l'estomac, qui sont toujours restreintes.
Les graisses, le beurre seront utiles pour deux raisons : d'abord, parce qu'ils diminuent la sécrétion gastrique, et aussi parce qu'ils favorisent celle du foie et du pancréas.
On devra s'abstenir complètement de vin et d'alcool et savoir que toute infraction à cette règle peut susciter une crise de dyspepsie.
Enfin il sera bon de continuer l'emploi des alcalins, non pas à la dose que le malade absorbait avant l'opération, mais en quantité assez notable cependant. C'est le conseil que donne, depuis longtemps, le professeur Debove aux malades qui ont subi la gastro-entérosto-
mie. Bourget émet une opinion analogue, et i] prescrit pour cela un mélange de bicarbonate de soude qui se charge de diminuer Tacidité générale, de phosphate de soude pour activer le pouvoir digestif du suc pancréatique, et de sulfate de soude pour lubréfier les parois intestinales. On fera préparer des paquets qui contiennent I gramme de bicarbonate et o^',4o de phosphate et de sulfate : le malade absorbera trois de ces paquets par jour dans un verre d'eau, trois heures après chacun des repas. On régularise ainsi le fonctionnement de l'estomac et on s'oppose à l'apparition de la diarrhée, qui constitue une des complications précoces et très pénibles de l'alimentation défectueuse après gastro-entérostomie.
Il sera facile d'obtenir que les malades suivent un semblable régime pendant des semaines et même des mois ; mais à mesure que le souvenir des souffrances causées par l'ulcère s'efface, le malade, qui se croit guéri, se laisse aller à faire des excès d'aliments ou de boisson. C'est alors que surviennent les crises dyspeptiques.
30 Contrôle syndrome dyspeptique secondaire à la gastro-entèrostomie^ le repos physique et moral est indispensable. Même, si la crise est forte, le malade devra être immobilisé complètement au lit. Pour calmer les réactions douloureuses de l'estomac, on tiendra en permanence sur l'épigastre des applications humides chaudes. Enfin et surtout on supprimera toute alimentation solide, pour ne donner que du lait, qui ne sera même pas permis dans les formes très intenses, et devra être remplacé par de l'eau bouillie prise par voie buccale, rectale ou sous-cutanée, sous la forme de sérum dans ces deux derniers cas.
Quant aux médicaments, il y a lieu d'être très réservé au point de vue de leur emploi ; on pourra conseiller
LA GASTRO-ENTÉROSTOMIE 1^5
cependant le bîsmuth, qui a donné parfois des résultats remarquables à Parmentier et DenéchaUj dans des cas de ce genre. En revanche, le bicarbonate de soude semble ne pas donner à ces malades le soulagement qu'il leur procurait avant l'opération.
Quand on aura calmé la crise, le malade devra être averti qu'il ne devra faire aucun excès de boisson ou d'aliments, et il doit se soumettre au régime diététique qu'il faut exiger de tout gastro-entérostomisé, sous peine pour lui de voir survenir des accidents qui peuvent être aussi pénibles que ceux dont il souffrait avant l'opération.
CONCLUSIONS 6ËNËRÂLES SUR LE TRAITEMENT MEDICO-CHIRURGICAL DE L'ULCËRE GASTRIQUE
Le traitement de l ulcère rond est d'ordre exclusive^ ment médical^ tant qu'il n'existe aucune complication; si celles-ci se produisent^ le médecin doit immédiatement discuter avec le chirurgien Futilité d'une intervention qui s'impose souvent^ mais non dans tous les cas. Enjin^ après l'opération^ il est absolument indispensable que les malades suivent un traitement médical^ faute de quoi ils sont exposés à de nombreux accidents.
Médecins et chirurgiens ont donc, dans le traitement de Tulcère de l'estomac, un rôle très important, mais à la condition que chacun sache bien que sa thérapeutique personnelle n'est pas applicable à tous les cas. Le médecin, à lui seul, ne peut avoir la prétention de guérir toutes les complications, mais le chirurgien doit savoir aussi : d'une part, qu'il ne faut pas opérer tous les cas d'ulcère, même pas tous ceux qui sont compliqués ; d'autre part, que l'opération n'est jamais cura-
176 MALADIES DE i/eSTOMAC ET DE LOESOPIIAGE
tive, et serait bien insuffisante si on ne la faisait suivre d'un traitement médical.
En réalité, il en est de la thérapeutique de Tulcère de Testomac comme des maladies de presque tous les viscères. Depuis que la chirurgie permet d'aborder sans danger les organes les plus profonds, médecins et chirurgiens peuvent se prêter une aide mutuelle pour la guérison de ces maladies, mais à la condition que chacun d'eux ne veuille pas être trop exclusif. D'une part, quelques médecins, en attendant le moment où leurs malades sont trop affaiblis pour se décider à les faire opérer, méritent le reproche que leur adressait Kocher : « Messieurs les médecins, permettez-nous de guérir vos malades ? » Mais, d'autre part, quelques opérateurs trop audacieux justifient cette critique : « Messieurs les chirurgiens, n'opérez pas vos malades sans qu'il y ait une indication formelle. » La vérité, c'est que sur toutes ces questions, médecins et chirurgiens, pour faire œuvre utile, doivent collaborer au lieu de se critiquer les uns les autres.