ABSENCE DU COL UTÉRIN
une femme âgée de cinquante-deux ans, qui n’avait jamais eu d’enfans.
22e OBS. Absence du museau de tanche. — Mme V..., blanchisseuse , demeurant vieille rue du Temple , n° 41 ? âgée de cinquante-deux ans, mariée à dix-huit ans, mal réglée , eut un avortement à six mois ; ses règles étaient très-abondantes; les approches conjugales douloureuses, pénibles ; nuis désirs vénériens; depuis six mois dysurie, douleur et pesanteur dans la partie. Elle craint une maladie de matrice. Elle n’avait que des excroissances fongueuses très - rouges au méat urinaire. Il y avait absence complète de col; le vagin se terminait en cul-de-sac, à deux pouces eu plus delà vulve; son fond, comme infundibulé, se dirigeait au-dessous de l’angle sacro-vertébral ; là le doigt sentait une ouverture assez élastique pour permettre la pénétration de l’extrémité palpaire du doigt, et on sentait alors bien manifestement que cette ouverture faisait suite avec la matrice. Je m’assurai par l’introduction d’une sonde de femme, en meme temps que j’exerçais le toucher rectal, qu’il n’y avait pas seulement obturation du vagin avec arrière-cavité , mais que la matrice, petite, pyriforme, sans marque distinctive du col, s’abouchait immédiatement avec cette ouverture vaginale.
D’autres fois, la disparition du col et de son orifice même est complète, et provient des adhérences que les parois du vagin contractent entre elles.
23e OBS. — Mme G., âgée de cinquante-trois ans, qui avait eu plusieurs enfans , ayant perdu depuis six ans, était affectée de douleurs violentes intermittentes dans le bassin. Ayant voulu la toucher, mon doigt fut arrêté, à deux pouces de profondeur, par des brides et des adhérences qui paraissaient récentes, se déchiraient facilement et saignaient; il me fallut toucher par le rectum pour m’assurer que la matrice était intacte, mais atrophiée. Je sondai la malade , et je reconnus l’existence d’un calcul urinaire dans la vessie. M. Leroy d’Etiolles obtint l’écrasement et l’extraction de cette pierre, qui avait près de deux pouces dans son plus grand diamètre.
Relativement vaux signes demandés au toucher , on se rap*
SYMPTOM ATÛ'LOG LE COMPARÉE.
pellera que la matrice a été quelquefois trouvée allongée, comme chez les singes, quelle peut être bicorne, etc.
En parlant des altérations organiques marquées par l'augmentation de volume et le changement de forme de tout ou partie de l’utérus, nous ferons connaître la valeur de ces signes et les données diagnostiques qu’ils fournissent.
IL Lésions vitales, à. Altérations de la sensibilité. Hystéralgie. — Presque entièrement nulle chez quelques femmes, la sensibilité du col de l’utérus est chez d’autres tellement vive , que
le plus léger contact est excessivement douloureux et provoque des accidens nerveux généraux très-intenses, surtout lorsque cette sensibilité est exaltée par l’orgasme vénérien. Elle rend les approches conjugales insupportables, et peut être considérée comme une cause de stérilité. Elle exige beaucoup de réserve et de prudence dans l’exercice du toucher et dans l’emploi du spéculum. Cette impressionnabilité s’étend parfois à tout l’appareil générateur, et donne lieu à des douleurs dans la région utérine , à une sensation de brûlure dans le bas-ventre et le vagin. Le moindre exercice à pied ou en voiture produit un sentiment de fatigue vers le bassin. Les règles cependant suivent leur cours ordinaire , et à l’inspection on ne remarque rien de changé dans la constitution de l’utérus. Le nom d’iiystéralgie nous paraît mieux convenir à cet état que celui de sub-inflammation sans engorgement que lui a imposé M. Lisfranc (i). Il s’amende facilement par l’usage d’injections et de lavemens d’eau froide $ M. Jobert a dit avoir fait cesser ces douleurs nerveuses en cautérisant légèrement le museau de tanche.
Il est si vrai cpie ces douleurs vives, aiguës sont essentiellement névralgiques, que dans les cas où elles sont liées à quelque affection de 'l’utérus, elles ne sont pas en rapport d’intensité avec l’étendue ni avec la nature de ces affections. Dans certains cas, celles-ci semble n’être que le résultat des douleurs et la suite de l’afflux sanguin et humoral qu’elles provoquent. Leur marche par accès plus ou moins réguliers , et le succès des anti-
( i) Pauly, Maladies de Vulêvus, d’après les leçons cliniques de M. Lisfranc ; 1 8 36 , in-b°.
HYSTÉR ALGIE. 81
périodiques viennent enfin prouver jusqu’à l’évidence leur nature essentiellement névralgique.
Je citerai , à l’appui de ces considérations , deux faits remarquables , dont l’un est inédit et l’autre a été inséré dans la Nouvelle Bibliothèque médicale (juin 1828), par M. le docteur Jolly, à qui je l’ai communiqué.
24e OBS. Névralgie utérine intermittente avec fluxion locale; exaspération sous U influence d’un traitement antiphlogistique dirigé contre une prétendue métrite ; guérison prompte parle sulfate de quinine. — - Mme R. C***, âgée de vingt-huit ans , d’une stature élevée , d’une constitution sèche , mais robuste , accouche heureusement dans les premiers jours d’octobre 18273 elle ne nourrit pas 3 les menstrues se rétablissent après six semaines et reparaissent régulièrement, comme auparavant, jusqu’au mois de février suivant. Alors elles 11e viennent point à l’époque ordinaire , sans qu’aucune cause appréciable explique cette suspension 3 mais après huit jours de retard, l’écoulement reparaît et est accompagné de douleurs extraordinaires qui affectent particulièrement la région iliaque droite , d’où elles se propagent dans le bassin et jusque dans la région iliaque opposée. Ces douleurs , dit la malade , portent sur le fondement, comme dans le travail de l’enfantement 3 elles sont vives, brûlantes, déchirantes, durent d’une à plusieurs minutes , ne laissant entre elles que de courts intervalles 3 leur violence est telle quelles lui arrachent des cris, la jettent dans un état d’anxiété inexprimable, provoquent du délire et des mouvemens convulsifs. Ces phénomènes, qui avaient paru la première fois dans la matinée, se calmèrent dans le milieu de la nuit , alors cpie Mme C***, épuisée par un état aussi violent , avait à peine la force de se plaindre 3 elle dormit profondément le reste de la nuit, et le lendemain , quand elle se réveilla , elle ne ressentit plus des accidens de la veille qu’un peu de fatigue : elle se leva et se livra aux occupations ordinaires de son ménage et de son commerce 3 mais à midi, les memes douleurs, occupant le même siège , reparaissent avec le même caractère , la même marche, la même durée que dans l’accès précédent, Depuis cette époque , les
SYMPTOMATOLOGIE générale.
accès revinrent tous les jours aux memes heures ; les douleurs, d’abord faibles et rares, augmentèrent graduellement de force et de fréquence ; dans leur intervalle , le sang continuait de couler, mais en petite quantité ; il paraissait avoir bien plus d’abondance durant l’accès. L’accoucheur, appelé environ le huitième jour après l’invasion des accidens , les attribua à un avortement probable , niais leur prolongation au-delà du terme accoutumé lui fit penser qu’il y avait peut-être phlegmasie utérine : d’après cette idée, les émissions sanguines, le repos, les fomentations et cataplasmes émolliens, les boissons adoucissantes , les lavemens , les demi-bains , etc., furent mis en usage 5 mais, loin de diminuer, les accès étaient parfois plus violens. Je vis la malade le i/f. mars, à dix heures du soir, vingt-cinquième jour environ de la maladie* elle était tombée dans un état de maigreur extrême ; l’appétit s’était conservé ; la langue était douce , de couleur naturelle et sans aucun enduit; la température de la peau était alors plus élevée, le pouls fréquent et irrégulier; et, au milieu même de l’accès , le ventre était mou , plat, nullement sensible au toucher; la pression réveillait bien un peu de douleur dans les régions iliaques et hypogastriques, mais elle n’était pas en rapport avec la violence de celles cpii avaient lieu spontanément clans ces parties. Je 11e sentis rien dans ces régions, dont les parois étaient facilement dépressibles , qui put faire soupçonner une lésion organique quelconque des ovaires ou du corps de l’utérus. Je trouvai le col utérin un peu gonflé et entr’ouvert , mais pas autrement qu’il ne Test ordinairement pendant la menstruation. En saisissant la matrice entre les deux doigts explorateurs du toucher et l’autre main enfoncée au-dessus des pubis , je m’assurai que cet organe était dans son état naturel , pour son volume comme pour sa forme , sa consistance. Pouvait-on méconnaître une névralgie utérine, une hystéralgie périodique régulière? Je crus pouvoir rassurer Mm0 C*** sur son état, qu’elle croyait désespéré, en lui promettant que probablement l’accès , qui n’était pas encore terminé , serait le dernier; je prescrivis 8 grains de sulfate de quinine , en f\ pilules , à prendre le lendemain i5 dans la ma-
HYSTÉRALGÎE.
tinée , et ce médicament produisit les heureux effets sur lesquels j’avais compté. Les douleurs ne revinrent pas à l’heure accoutumée , quelques unes parurent dans la soirée , mais elles étaient raies , légères, sourdes,- quant au flux sanguin , ii devint plus abondant et fut le seul phénomène de l’accès qui devait se montrer.
Le 16 , meme prescription. Non seulement la malade éprouve le calme le plus parfait , mais l’écoulement sanguin diminue sensiblement: il est arrêté complètement le 17; ce jour je prescrivis encore., par précaution , 6 grains de sulfate de quinine; la maladie avait définitivement disparu.
25e OBS. U y siér algie périodique irrégulière d’abord , puis régulière avec hystérie ? et coïncidant avec un engorgement du col de l’utérus. — Résolution de celui-ci par un traitement antiphlogistique. — • Guérison de la névralgie par les pilules de Méglin a haute dose . — Aîme M*** a perdu son mari à l’âge de vingt-six ans ; elle n’a pas eu d’en fans , ce qu’011 attribuait à l’ardeur de son tempérament , qui depuis lui rendit impossibles les privations du veuvage. D’un autre côté, la crainte de devenir mère la forçait à ne se satisfaire que d’une manière incomplète. Il en résulta un état douloureux d’excitation des organes génitaux ; les règles devinrent de moins en moins abondantes , bien que paraissant toujours aux époques; bientôt des douleurs aigues se manifestèrent; elles étaient d'abord fixées comme au bas de la région sacrée, mais dans leur période d’accroissement elles s’irradiaient de ce centre aux reins , aux parties externes de la génération , au col de la vessie , où elles produisaient des envies fréquentes d’uriner; elles diminuaient au bout de quelques minutes, ou disparaissaient brusquement pour reprendre delà même manière. Lorsqu’elles devenaient intolérables, ce qui arrivait principalement aux époques menstruelles , ou quand la malade éprouvait de la contrariété, elles occasionnaient des phénomènes hystériques généraux, parfois ti ès-alarmans. La durée totale de ces accès était dune à six heures; ils revenaient quelquefois a deux reprises dans la même journée, mais le plus ordinairement ils mettaient d’un à deux ou trois jours d'intervalle. On était par-
S YM PTOM ATOIOGT E GÉNÉRA LE
venu plusieurs fois A câliner ces accidens par des émissions sanguines, des bains, des préparations opiacées , un régime lacté, le séjour à la campagne. Leur retour, plus violent cpte jamais, engagea un ami de cette dame A me prier de la voir et de lui donner mes soins : elle était alors assez calme (24 avril 1828 , A 10 heures du matin). Les règles avaient paru, mais A peine, huit jours auparavant 3 depuis, les accès de douleur étaient revenus tous les jours, tantôt une fois, tantôt deux; elle éprouvait de plus que de coutume un sentiment pénible de pesanteur, avec des épreintes qui l’obligeaient A faire des efforts d’expulsion , comme pour l'accouchement ou l’excrétion aivine. Je m'occupais beaucoup alors de l’étude clinique des maladies de l’utérus; je trouvai par le toucher l'utérus abaissé, son col appuyé sur la fourchette, du volume d’une noix et paraissant incompressible; il était d’une sensibilité assez grande, car le toucher donna lieu A des douleurs sacrolombaires , et réveilla le ténesme utérin. Je crus alors pouvoir expliquer tous les accidens auxquels était en proie cette veuve, Agée de trente-deux ans. La descente de matrice était occasionnée par l’engorgement inflammatoire chronique de la matrice; de IA résultaient aussi et la dysménorrhée et les douleurs. L’expérience du passé me fit promettre une guérison possible, et pour l’obtenir, je soumis Mme M*** A un repos absolu, le siège tenu élevé; je fis des émissions sanguines par fa lancette et par les sangsues appliquées A plusieurs reprises sur le bas-ventre ; je conseillai des cataplasmes , des bains , des injections émollientes et narcotiques, la diète presque complète, etc.
Après quinze jours de ce traitement , très-exactement suivi , l’utérus était remonté A sa place naturelle , le ténesme utérin , le sentiment de pesanteur dans le bassin, avaient disparu, mais le col de l’utérus conservait le meme engorgement ; les accès de douleurs et d’hystérie, d’abord affaiblis et suspendus même pendant cinq jours, avaient récidivé la veille, l’avantveiiîbe et le jour meme.
Le ïfi mai, j’applique huit sangsues au col utérin; l’intro-. duction du spéculum fut très-douloureuse; les piqûres de
DES ALTÉRATIONS DE LÀ MATRICE
sangsues furent à peine senties. Continuation des autres moyens prescrits ; apparition des règles pendant la nuit, et disparition le lendemain matin. - — Le 17, le col est moins volumineux, mais surtout plus souple* il a repris presque son volume ordinaire le 1 9 ; neanmoins les accès de douleurs reparaissent tous les jours, mais a des heures irrégulières. Je prescris les pilules dites de Mêglin ( composées d’extrait de jusquiame noire , d’extrait de valériane et d’oxicle de zinc , un grain de chaque ) , à la dose de six par jour. — Le 20 , l’accès a eu lieu la veille au soir, comme de coutume, et avec autant de violence : huit pilules ; elles provoquent quelques éblouissemens des nausées; le soir il n’y a pas d’accès. — Dix pilules le 21 ; je fais ensuite diminuer graduellement la dose jusqu’à ce que la malade n’en consomme que trois par jour, dose qu’elle continua de prendre jusqu’au i5 de juin. À cette époque, les règles viennent avec une abondance inaccoutumée; depuis le 20 , il 11’y a pas eu d’accès; la malade a p iis en tout cent quinze pilules de Méglin, sur l’usage desquelles j’ai insisté aussi long-temps, afin de détruire bien complètement la disposition qu’une névralgie aussi ancienne aurait pu avoir à récidiver.
Cette dame est partie en août pour le Havre , où elle a dû prendre des bains de mer, pour faire cesser une leucorrhée qui lui était survenue depuis sa guérison.
Je ne puis omettre de mentionner ici que quelques femmes sont, aux approches du retour d’àge, tourmentées par des douleurs qui ne paraissent pas avoir de point de départ bien fixe, mais qui , attaquant les parties contenues dans le bassin ou avoisinant cette région , pourraient en imposer et faire croire à l’existence d’une altération cancéreuse de l’utérus. Ces douleurs sont plus fortes qu’aiguës, plutôt térébrantes , compressives, contusives et brûlantes , que lancinantes; elles s’étendent du fond du bassin aux parties externes de la génération et à l’anus, troublent les excrétions alvines et urinaires; elles reviennent par accès plus ou moins rapprochés, et dont la durée varie d’une heure à plusieurs jours ; elles ont pour effet constant, du moins lai -j e remarqué dans les six cas que
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE
j’ai eu occasion d’observer, de jeter les femmes qui en sont affectées dans un état pénible de mélancolie, de morosité et d’hypocondrie, probablement détermine par les inquiétudes qu’inspire le siège des douleurs et par la crainte qu’elles ne soient les indices d’une affection cancéreuse. Nous avons vu de très-habiles praticiens très-embarrassés sur le diagnostic de ce genre de maladie* et cependant une exploration atten-
tive montre aisément que ces douleurs ne sont liées à aucune altération organique ou affection quelconque de l’utérus; elles constituent une espèce particulière de névralgie. L’exercice et la distraction suffisent ordinairement alors pour éloigner le retour des accès , les rendre moins intenses , ou les faire disparaître. Dans quelquescas, ces douleurs paraissent le résultat de quelque affection, tantôt Immorale, rhumatismale chez d’autres, qui , auparavant erratile, semble s’être fixée vers les organes sexuels.
26e OBS. — Une boulangère avait toujours été fatiguée par un enchi frêne ment insupportable, avec sentiment de constriction cà la racine du nez. Elle quitta son commerce, vécut trèsretirée , l’encliifrènement disparut , mais il fut remplacé par le développement de douleurs dans le bassin , le vagin , l’anus, etc.; je diagnostiquai une névralgie. De tous les grands praticiens consultés , M. Marjolin fut le seul qui émit une opinion semblable à la mienne, et rassura la malade sur la nature de sa maladie , dont on lui avait exagéré les dangers ; quelques petites saignées , et le séjour à la campagne , ont dissipé les accidens. Depuis , les douleurs se sont manifestées dans des régions différentes , notamment aux épaules, et elles sont principalement éveillées quand règne le vent d’ouest.
27e OBS. — U ne autre dame, traitée pour un cancer présumé du corps de l’utérus, était dans le même cas. Après trois ans de durée, les douleurs disparurent pour faire place à line mydriase long-temps rebelle. Plus tard, celle-ci fut remplacée par une sorte d’érysipèle phîycténoïcle chronique , siégeant aux parties externes de la génération , et s’étendant aux cuisses et au bas-ventre. Un cautère au bras et un traitement successivement antiphlogistique et dépuratif guérirent cette affection . et mirent enfin un terme à ces successions d accidens,
DES ALTÉRATIONS DE LA MATRICE
On ne doit pas juger de la sensibilité de l’utérus par î 'intensité ou la vivacité des douleurs dont il est le siège. Dans ces cas, il est quelquefois entièrement insensible à la pression, et la morsure des sangsues n’est même pas sentie.
On ne peut pas non plus présumer de la nature et de l’intensité des affections de la matrice, d’après l’état des douleurs. On a vu précédemment cpie des douleurs des plus violentes pouvaient exister sans lésion notable cle ce viscère. Par contre, on voit des altérations désorganisatriees arriver au terme fatal, sans qu’aucune sensation ait manifesté leur début, marqué leur marche et indiqué les profonds désordres qui progressaient en silence.
28e OBS. — Il y a dix-huit mois environ que M. le docteur Delamarre , médecin de Saint-Germain- en-Laye , m’amena une dame âgée de quarante-six à quarante-huit ans^ elle portait toutes les marques d’une cachexie cancéreuse avancée 3 le toucher me montra l’utérus profondément eancérifié. Deux doigts pouvaient agir à l’aise dans la caverne anfractueuse que présentait le corps de ce viscère, dont le col avait été complètement rongé. Et cependant cette dame n’avait jamais rien ressenti qui pût lui faire soupçonner l’existence de cette affreuse maladie. Elle avait demandé conseil seulement pour des flueurs blanches quelle avait toujours eues , mais qui devenaient plus abondantes , prenaient une mauvaise odeur, et la faisaient maigrir.
Comme on n’a peur apprécier les douleurs cpie les aveux des malades, il est parfois difficile d’obtenir des notions précises sur le caractère qu’elles présentent. Souvent les réponses sont influencées parla crainte, par des préventions, et surtout par la manière dont on a posé les questions. Ne demandez pas à la malade si elle a des élancemens , des douleurs pulsativesj car, quoi qu’il en soit, elle répondra affirmativement. Souffrez-vous? où souffrez-vous? que! genre de souffrances éprouvez-vous? à quoi comparez-vous ce cpie vous ressentez? C’est par des questions de cette nature que l’on arrive à la connaissance exacte de la vérité. Dans tous les cas , il serait imprudent de s’en rapporter à ces écîaircissemens verbaux ) car ce n’est pas toujours à l’utérus, siège de la ma-
S YM P TO M ÀTO LO G ï E QE N É R A LE .
ladie^ que se font ressentir les douleurs qui en sont le résultat. Le plus ordinairement même, c’est aux reins, aux lombes , au sacrum , au coccyx , à l’anus , que les malades les ressentent et les attribuent. Aussi est-ce là un des motifs de l’opposition qu’elles apportent à l'exploration par le toucher ou le spéculum , moyens qu’elles jugent au moins inutiles , puisque ce n’est point de la matrice qu’elles souffrent. Les praticiens ne sont pas eux-mêmes exempts de méprisés à ce sujet. J’en citerai un exemple, intéressant d’ailleurs sous d'autres rapports.
29e 0I3S. — Mme Leherici , femme d’un carrossier de la rue d’Enfer, grande et d’une forte constitution ,, mère de plusieurs enfans, a fait une fausse couche de deux à trois mois , à l’âge de quarante ans. Depuis lors elle a été mal réglée 3 puis est survenue une perte utérine dont 011 s’est rendu maître. A cette époque, le toucher ne fît rien découvrir d’anormal dans l’utérus. Cependant un écoulement blanc s’était manifesté 3 parfois il était sanguinolent. Enfin la malade ressentit des douleurs aigues qu’elle rapportait à l’anus , et que la défécation exaspérait. M. le docteur P., guidé d’après les antécédens , voulut explorer de nouveau les parties., ee qu’il obtint difficilement, puisque, disait-on, là n’était pas le mal. Quoi qu’il en soit, n’ayant encore rien trouvé de notable, il en vint à l’idée que la douleur avait son siège et sa. cause au sphincter de l’anus, bien que la pression de ces parties ne la réveillât pas. Il diagnostiqua une névralgie, et traita en conséquence. Les douleurs devenant de plus en plus intolérables et sans interruption, on appela M. le docteur Caz. fils, qui, d’après le dire de la malade et le rapport du médecin ordinaire, partagea son opinion, sans chercher à s’assurer par lui- même si le mal n’était pas ailleurs qu’à l’anus, qui attira seul toute son attention. Les choses allant en empirant, je fus demandé quelques jours après. L’aspect de la malade indiquait une cachexie cancéreuse bien caractérisée. Je soupçonnai, d’après le rapport que l’on me fît, qu’il devait y avoir un cancer avancé de l’utérus. Mais je ne voulus rien prononcer ni faire sans que le médecin ordinaire ne fût présent. Malgré ces signes généraux , il m’afïinna bien qu'il n’y avait lien à f utérus, qu’il
COLIQUES ; ETREINTES UTERINES,
n’existait qu’une névralgie rebelle, que la position de la malade n’avait rien d’inquiétant; je crus devoir procéder à un examen nécessaire pour, éclairer les doutes. Je trouvai à l’entrée du vagin une tumeur assez élastique, du volume d’un œuf d’oie, composée de plusieurs mamelons séparés par des sillons profonds. Ces mamelons paraissaient formés presque exclusivement aux dépens de la lèvre postérieure du col utérin; le plus considérable refoulait la lèvre antérieure qui, ellemême épaissie, était bridée contre lui, de manière qu’il était impossible défaire pénétrer le doigt dans le sillon demi-circulaire cpii représentait l’orifice utérin. Le toucher rectal ne me fit rien découvrir de particulier ni à l’anus ni dans l’intestin ; il fut sans douleur 3 mais , parvenu à la hauteur de la tuméfaction, la pression réveilla les douleurs ordinaires. Je m’assurai que tout l’utérus était engorgé, tuméfié, dur. Ces manoeuvres exploratrices avaient excité un écoulement séro-sanguinolent plus abondant ; je lui trouvai l’odeur caractéristique du cancer. Je diagnostiquai un ulcère cancéreux de la cavité utérine, avec engorgement congestif consécutif du col. Je prédis que les sangsues appliquées sur cet engorgement le feraient disparaître , ce qui permettrait d’introduire le doigt dans l’orifice et de le faire parvenir dans la caverne présumée. Une première application de six sangsues amena une diminution des deux tiers de l’engorgement du col; une seconde le fit disparaître , et alors on put sentir et voir le mal A découvert. Un soulagement marqué eut lieu; il ne fut que de courte durée, l’ulcération marchant maintenant rapidement de la cavité utérine au col quelle rongeait progressivement. MM. Marjolin
et Honoré furent appelés en consultation ; ils constatèrent
cet état et confirmèrent le prognostic fatal que j’en avais porté. Deux mois plus tard, la malade succombait au milieu de douleurs dont 1 atrocité pouvait à peine être tempérée par les narcotiques , auxquels d’ailleurs l’avait accoutumée leur emploi sous toutes les formes contre la prétendue névralgie anale.
B. Alteration de la contractilité. — Les douleurs de l’utérus sont aussi le résultat des contractions de son tissu. Elles sont alors caractérisées par un sentiment de constrietion , de serre-
SYMPTOMATOLOGIE GENERALE.
ment, d'expression , de pression , d’expulsion , et ont reçu les noms significatifs de coliques utérines , d’ épreintes ou tranchées utérines j de ténesmes utérins. La mise en exercice de la contractilité suppose la distension préalable du tissu utérin. C’est là la condition sine quel non ; aussi les spasmes proprement dits de la matrice sont-ils ordinairement secondaires , la distension, ou, pour mieux dire, le motif de cette distension en est la cause. Celle-ci peut provenir de la présence dans la cavité utérine de produits physiologiques, comme celui de la conception, ou anormaux, comme les polypes, les môles hydatiques ou autres-, les épanchemens sanguins, aqueux ou gazeux , etc. Dans ces cas, les contractions utérines ont pour but et pour effet l’expulsion de ces corps étrangers. La distension produite par l’abord du sang, l’état congestif ou fluxionnnire, comme on l’observe aux époques menstruelles, à la suite de raccouehement , ou dans les congestions anormales disposant aux hémorragies utérines, met également l’utérus dans les conditions propres au développement des contractions ; elles ont également pour but de refouler quelquefois le sang injecté ou infiltré dans le torrent circulatoire, mais le plus souvent de l'exprimer en dehors. Lorsque ce fluide se trouve dans des dispositions favorables à son expulsion, il s’échappe à mesure qu’il parvient dans le tissu utérin. Son écoulement a lieu sans douleur. Dans le cas contraire, ce tissu semble faire effort pour s’en débarrasser, delà les coliques et les épreintes menstruelles, etc. Ces spasmes indiquent donc un engorgement congestif.
On observe aussi de ces spasmes douloureux dans les engorgemens partiels produits par des altérations organiques quelconques. Leur mécanisme est le meme que dans les cas précédens. Les parties des parois utérines restées saines se trouvent nécessairement distendues par le voisinage de celles engorgées. Les contractions douloureuses résultent des efforts de l’organe , soit pour le débarrasser des altérations qui le gênent, soit pour réduire les congestions survenues à l’occasion ou dans le cours de ces maladies. Aussi se font-elles principalement sentir aux époques menstruelles , ou après l’action des causes susceptibles de provoquer ces états congestifs. Souvent