COLIQUES , ÉPREINTES UTÉRINES
aussi elles ont pour conséquence l’écoulement de sang ou l’expulsion des caillots. Quand on voit de ces espèces de douleurs se manifester à l’occasion d’altérations organiques , on peut en inférer que celles-ci n’envahissent pas la totalité de l’organe.
On doit rapporter à ces spasmes partiels les faits curieux publiés par M. le professeur Récamier, et dans lesquels il a obtenu un remarquable succès du massage et de la percussion cadencée (i ).
30e OBS. — « Consulté, il y a quelques années, pour des « douleurs hypogastriques vives , et cependant apyrétiques , « par une daine de trente-deux ans, j’examinai l’utérus , dont « l’orifice se trouva sain: le reconnus des inégalités sur la
« partie postérieure de cet organe , en l’examinant par le récit tum ; je palpai les inégalités utérines dont je viens de parce 1er, et je fus étonné de les sentir successivement disparaî- « tre, tandis que la malade, qui d’abord avait souffert date vantage, m’annonçait qu’elle ne souffrait plus. Ces hossec< lares ayant été ainsi dissipées trois on quatre fois, les douce leurs cessèrent de reparaître. » M. Récamier attribua ces bosselures à des spasmes partiels de l’utérus, il remarque que des faits analogues se sont présentés à lui depuis celui-ci , mais toujours chez des femmes ayant eu des enfans , ou meme accouchées depuis peu. (Massage et Percussion cadencée , par M. Récamier, Rev. med ., janvier i838.) Je dois faire observer que ces spasmes partiels ne peuvent se manifester que consécutivement à une distension préalable du tissu utérin , condition essentielle* car, dans l’état normal, le tissu n’est pas contractile , et, en supposant que quelque portion le devînt, il en résulterait plutôt une dépression qu’une élévation. Dans les cas rapportés par le savant professeur de clinique de I II ô tel-Dieu, ces engorgemens partiels douloureux provenaient, je pense, d’une congestion déterminant la distension de la portion utérine qui en était le siège , et provoquant son tissu à se contracter pour s’en débarrasser.
J ’ai eu plusieurs fois l’occasion d’observer de ces engorgemens
(i) Revue rnéâic. , janvier 1 838.
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE,
partiels , disparaissant à la suite de pertes sanguines, ou changeant de siège, et exposant les médecins successivement apa porter un diagnostic différent de celui de leurs prédécesseurs; tous cependant avaient bien vu. Une dame, demeurant aux Batignolles, fut visitée par MT le docteur Moreau, qui, sur sa consultation motivée, indiqua un engorgement de la lèvre antérieure du col de l’utérus. Les pertes pour lesquelles il avait été consulté s’étant renouvelées, je fus appelé, et je trouvai le col utérin dans son état naturel; mais la paroi antérieure de l’utérus faisait une saillie du volume et de la fo rme du pouce, le reste paraissait dans l’état normal. Les pe rtes s’étant encore renouvelées , M. Marjolin , appelé à son tour en consultation, trouva une hypertrophie de la paroi postérieure de l’utérus; je reconnus aussi l’engorgement de cette légion, et ne rencontrai plus de traces de celui que j’avais bien distinctement constaté en avant un mois auparavant. Sous l’influence d’un traitement approprié, les pertes cédèrent et tout engorgement disparut; mais de nouvelles métrorragies reparurent, et la malade ayant encore changé de médecin, j’ignore ce qu’on a trouvé et ce qu elle est devenue.
III. Troubles fonctionnels. A. Menstruation. — On a vu, dans le premier chapitre, l'influence des désordres de la menstruation sur la production et le développement des altérations organiques de la matrice. Celles-ci à leur tour entraînent des troubles de cette fonction , qui portent alors le caractère symp- " tomatique , et concourent à faciliter le diagnostic. Tantôt il y a suppression plus ou moins complète, d’autres fois accroissement en quantité ou en durée, ou irrégularité dans le retour de l’écoulement sanguin.
L’aménorrhée symptomatique a lieu, i° quand la cavité utérine est exactement remplie par un produit physiologique ou pathologique qui en bouche aussi l’orifice cervical, comme la présence du produit de la conception , d’un faux germe, de môle, d’hydatides, et dans les cas d’hydrométrie etdephysométrie; 2° lorsqu’un engorgement simple ou squirreux envahit la totalité du corps de l’utérus ; 5° dans les cas d’engorgement du col, entraînant forclusion de la cavité et de ses orifices, etc.
TROUBLES FONCTIONNELS , MÉTRORRHAGIE. 93
Si l’engorgement quel qu’il soit n envahit qu’une portion limitée et laisse intacte une étendue plus ou moins grande des parois utérines, les règles peuvent suivi e leur marche ordinaire; mais le plus ordinairement alors l’écoulement sanguin se fait ou continuellement , ou il se prolonge long-temps dans l’intervalle des époques , ou prend le caractère de pertes plus ou moins abondantes, quelquefois , mais rarement foudroyantes. Dans ces cas , ces écoulemens sont le résultat de l’état congestif et fluxionnaire que le voisinage de l’altération provoque ou entretient dans les parties restées inattaquées. Il est bon de remarquer qu’alors le sang ne provient pas de la partie altérée; les cngorgemens phlegmasiques , par induration, cartilagineux, osseux ou squirreux, sont de nature à empêcher plutôt qu’à exciter les sécrétions sanguines des parties qu’elles intéressent. Au contraire , dans l’espèce d’engorgement' auquel nous avons donné le nom de congestif , de sanguin , les pertes proviennent de l’altération elle-même, et forment un de ses symptômes directs et caractéristiques.
Dans les cas qui précèdent , comme aussi dans certaines végétations , le sang est fourni par exhalation ou exsudation de la surface malade. Dans les ulcérations , il provient en outre de l’érosion des vaisseaux qui se trouvent envahis per l’altération destructive. L’intensité de l’hémorragie est alors en rapport avec le volume et le nombre des vaisseaux affectés. Dans les cancers sanguins, les hémorragies débutent avec l’altération organique , la précèdent même, et peuvent entraîner la mort avant quelle ait fait de grands progrès; aussi cette espèce de cancer semble-t-elle affecter en général une marche aigue. Dans les autres espèces de cancer, les pertes n’arrivant que quand la désorganisation est avancée, ne font que hâter le terme fatal de la dernière période.
La métrorrhagie ou écoulement de sang utérin anormal est donc le résultat d’un grand nombre de causes différentes et variées. Elle peut être la conséquence d’un simple état congestif ou fluxionnaire accidentel et passager, dont elle est la crise et le moyen naturel de guérison; et sous ce rapport elle offre un caractère de bénignité et d’innocuité complète; mais
S YM PTOM A TOLO G I E GENERALE.
si elle se prolonge ou se répète, et si surtout elle se manifeste dans les dernières années de la vie utérine , elle réclame l’attention du praticien , car alors elle est fréquemment l'indice avant-coureur d’une affection utérine imminente, ou le signe d’une altération plus ou moins profonde déjà établie. On ne saurait donc apporter trop d’attention dans la recherche des causes locales de ces hémorragies anormales, soit quelles ne consistent qu’en un suintement léger, soit quelles aient le caractère de pertes abondantes.
B. Ecpulemens humoraux . — Comme tous les organes creux communiquant avec l’extérieur, l’utérus est tapissé d’une membrane muqueuse dont la nature des sécrétions qu’elle opère prouverait l’existence , quand bien meme l’anatomie conserverait quelque doute. Le produit de cette sécrétion est parfois en quantité juste suffisante pour entretenir l’humidité de la surface interne de la cavité utérine. Il se présente le plus ordinairement sous l’aspect d’un mucus ou mucilage transparent gélatiniforme d’une' consistance variée , et quelquefois d’une viscosité remarquable. Plus abondamment formé aux approches menstruelles Gu par suite de l’orgasme vénérien et de la fluxion gestative , il devient la matière de la membrane caduque. Lorsque la surface interne de l’utérus est le siège de quelque irritation phlegmasique , la sécrétion augmente et présente les modifications semblables aux produits des autres membranes muqueuses dans les circonstances analogues 3 la matière passe successivement par toutes les formes de fluide séreux, puis muqueux, jaunâtre, verdâtre, jusqu’à l’aspect puriforme. Il y a catarrhe utérin. Aux signes de métritc suh-aiguë ou chronique, il faut joindre ceux fournis par le spéculum, seul moyen de distinguer si la matière de l’écoulement provient de la cavité utérine, sourde à travers son orifice , ou si elle n’est pas fournie par la muqueuse vaginale. Quoique l’écoulement se fasse par le col , il ne faudrait pas toujours en conclure qu’il a sa source dans la matrice même j il peut provenir des trompes. (Bonnet, Daitin, Morgagni , Blatin , des Catarrhes utérins ou Flueurs blan c dies , in-8°, 1801 » )