TROUBLES FONCTIONNELS, ÉCOULEMENS
Les Mémoires de l'Académie des sciences (1700) font mention d’une sœur de la charité de Tours morte des suites d’un écoulement purulent par la vulve , et à l’ouverture de laquelle on trouva qu’il provenait de l’ovaire droit , formant une poche remplie de liquide et d’une masse de poils réunis à une matière graisseuse. La trompe engagée dans cette cavité était dilatée et altérée par du pus, lequel s’échappait par l’utérus
et le vagin.
La matière de l’écoulement peut encore provenir d’abcès développés soit dans l’épaisseur des parois utérines, soit dans le voisinage de ce viscère, à l’intérieur duquel ils se fraient une route fistuleuse.
Cet écoulement utérin catarrhal est continu, ou il a lieu à des intervalles plus ou moins distans. Dans ce cas, le fluide s’accumule dans la matrice , il la distend jusqu'à ce que les contractions de ses parois l’expulsent en bloc. A la suite de ténesmes utérins , la malade se sent tout à coup mouillée , comme si elle était frappée de métrorragie. On a vu aussi ce fluide , par suite d’obturation du col , s’accumuler au point de simuler ou un engorgement pathologique de l’utérus, ou même la grossesse.
Le catarrhe utérin se lie symptomatiquement aux affections de Tutérus qui ont un caractère aigu , une marche active , comme les congestions sanguines, la métrite. A moins de simple coïncidence , on ne l'observe pas avec les engorgemens froids ou chroniques , tels que l’induration, le squirre , etc. Les écoulemens qui ont lieu dans ces cas proviennent le plus ordinairement du vagin, mais ils peuvent, être fournis par des ulcérations, Lorsqu’elles existent au col de l’utérus, on les constate au moyen du toucher, et surtout du spéculum. On peut encore les découvrir dans la cavité du col, parce qu’orclinairement alors l’orifice est assez dilaté pour permettre l’introduction du doigt, qui au lieu d’une surface lisse, légèrement tomenteuse , rencontre des inégalités , de la mollesse ou de la dureté anormale. Enfin l’écartement des lèvres du museau de tanche au moyen d’un stylet boutonné , ou de l’extrémité d’une sonde, laisse aussi voir cette surface altérée. Dans les ulcérations plus profondes, on ne peut juger de la source de
SYMPTOMATOLOGIE GENERALE.
l’écoulement que par sa nature. Il est purulent, sanieux , entraîne des débris de tissus spîiacélés , selon qu’il provient d’une ulcération simple , d’une ulcération cancéreuse , d’un cancer en voie de désorganisation. Dans ces derniers cas, il a une odeur caractéristique et qui suffit pour divulguer son origine. On observera cependant que quelques femmes exhalent des voies génitales une odeur forte, parfois infecte, et qu’il serait facile de confondre avec celle propre au cancer utérin, alors meme qu’il n’existerait qu’une affection simple de l’utérus. C’est ce qui m’est arrivé il y a peu de temps. Une femme de trente-sept ans , très-brune , avait une leucorrhée parfois sanguinolente. Elle éprouvait un sentiment d’érosion et de brûlure dans le bassin; je trouvai le col tuméfié et ulcéré superficiellement. Je fus surtout frappé de l’odeur qui imprégna le doigt explorateur, et que j’eus beaucoup de peine à dissiper par des lavages répétés. A ce signe , quoique la tuméfaction ne fût pas très-dure, que l’ ulcération fût superficielle et ne présentât point l’aspect ordinaire au cancer, je crus à l’existence bien évidente de cette affection; elle disparut néanmoins assez promptement , et comme le vagin n’en exhala pas moins la même odeur , je reconnus ma méprise. Heureusement elle ne pouvait être et n’avait pas été préjudiciable.
Comme le produit qui s’échappe de l’utérus se mêle à ceux fournis par le vagin, il faut, pour bien juger de ses qualités, le surprendre à la sortie immédiate du col de l’utérus au moyen du spéculum.
On peut appliquer aux écoulemens utérins ce qu’on a dit de la métrorragie: ils sont parfois essentiels, ils sont aussi souvent les préludes d’une affection de ce viscère , l’indice de leur existence. Dans tous les cas , il importe de bien en rechercher la source ou l’origine.