C. Stérilité
La stérilité peut provenir d’une foule de
causes très - variées par leur nature et leur siège ; tantôt elle a lieu quoique les organes destinés à la génération ne présentent aucune espèce d’altération susceptibles d'en rendre raison, et on en accuse alors soit une sorte d’inap-
TROUBLES FOKCTICmNELS , STÉRILITÉ. 97
titude constitutionnelle, soit une idiosynclirosie particulière d’ou résultent certaines antipathies occultes que des essais comparatifs peuvent seuls faire soupçonner. Le plus ordinairement on en trouve la cause dans quelques dispositions anormales des organes reproducteurs (tels que des vices de conformation, de position, de rapports , connées ou acquis) ou dans le trouble de leurs facultés vitales ou de leurs fonctions (comme une sensibilité exagérée du col de l’utérus, la spasmodicité de ce viscère, les clérangemens menstruels), et enfin dans des états pathologiques affectant un ou plusieurs des organes qui composent l’appareil reproducteur. Il ne doit être ici question que de ceux de ces états qui ont leur siège dans la matrice même. Là ils sont encore nombreux et variés. Quelques uns sont susceptibles d’être modifiés ou détruits de manière à rétablir la fécondité. Tantôt l’extrême étroitesse de l’orifice utérin a fait penser que cette disposition le rendait imperméable à la liqueur fécondante : on lui a donné plus d’ampleur, on en a provoqué la dilatation au moyen d’éponges préparées ; quelques succès ont couronné ces tentatives. D’autres fois cette imperméabilité est occasionnée par la présence de l’humeur gélatiniforme dont il a été parlé précédemment. On a proposé d’en débarrasser l’organe au moyen d’injections poussées jusque dans sa cavité , et de composer ces injections de matières propres à modifier la surface sécrétante de cette humeur. On s’est quelquefois contenté de promener le crayon de nitrate d’argent fondu dans la cavité du col seulement. Quelques réussites ont confirmé la justesse du diagnostic et Inefficacité des moyens proposés (M. Mélier).
Il est remarquable de voir à côté de ces causes de stérilité , en apparence si légères, la fécondation et la grossesse avoir lieu malgré des altérations désorganisatrices et profondes de l’utérus. Mais ce îTest pas par une influence directe, ou par suite de leur nature particulière que ces altérations empêchent ces fonctions. Elle réagissent que mécaniquement, soit en suspendant les voies de communication , d’imprégnation séminale, soit en ôtant aux parois utérines toute
SYMPTOMATOLOGIE COMPARÉE.
possibilité de se prêter a une dilatation suffisante au déve-* loppement du produit de la conception. Ainsi on a vu la grossesse avoir lieu malgré des engorgeinens squirreux , des cancers qui n’affectaient qu’un point plus ou moins étendu soit du coi, soit du corps de la matrice. Mais si ces altérations n empêchent pas la fécondation, elles peuvent apporter obstacle au développement de la grossesse, qui se trouve arrêtée à une époque pi écoce et plus ou moins avancée de son cours. Aussi avons-nous observé que dans les cas où des altérations graves se signalaient après des avortemens, il ne fallait pas toujours attribuer à ceux-ci le développement de ces affections cpii existaient auparavant et qui devaient au contraire être considérées comme cause de ces délivrances prématurées. Au terme de la grossesse , ces engorgeinens inextensibles ont forcé de recourir à des incisions pour donner passage à l’enfant que l’on a même dû aller chercher par les pieds. (Lachapelle, Pratiques des accouchemens, t. III, p. 568 et 5^1 3 Sieboid, Bayle et Cayol en citent des exemples. Dict. des Sciences méd. ) Ces ulcérations peuvent disposer aux ruptures de bu té ru s pendant le travail parturitif. (Voyez mon Histoire complété des ruptures de l'utérus . )
Les affections de l’utérus consistant en des sécrétions sanguines (métrorrhagie) , ou Immorales (leucorrhée), ou dans lesquelles ces symptômes existent, sont aussi cause de stérilité. Ces produits anormaux se mêlent à la liqueur fécondante, l’altèrent ou empêchent sa pénétration dans les voies profondes de la génération.
Les ulcérations , voire même les simples érosions du col de l’utérus, sont aussi très-fréquemment la cause de la stérilité ou de la suspension de la fécondité chez les femmes qui en ont déjà donné des preuves. Les douleurs qu’excite le coït provoquent ici , comme clans les cas d'impressionnabilité excessive de cette partie, un état spasmodique opposé à cette sorte d’expansion , d’orgasme nécessaire à l’absorption du fluide séminal.
Lorsque la stérilité est produite par une de ces affections ou de ces altérations organiques de l’utérus, elle peut être dé-
HYSTÉRIE
truite , et la fécondité, rétablie par suite de leur disparition , devient le témoignage le plus rassurant de la guérison. On en trouvera plusieurs exemples dans le cours de cet ouvrage. On a vu des femmes, après plusieurs années de stérilité qui paraissait due à une affection du col de l'utérus, devenir mères à la suite de l’amputation plus ou moins nécessaire de cette partie (Lisfranc).
Hystérie. — Les opinions sont divisées sur le siège des phénomènes nerveux auxquels on a donné le nom d’hystérie, et que les médecins rapportent à cette dénomination. Ces phénomènes dépendent évidemment d'une disposition particulière de l’organisme, marquée par la prédominance nerveuse, et développée principalement à l’époque où s’opèrent dans 1 économie les mutations les plus grandes et les plus remarquables , la puberté. Née avec l’entrée en fonction des organes de la reproduction , cette disposition en suit les phases. Sa durée est celle de la période de la plus grande activité vitale des fonctions génératrices, savoir, de quinze à trentecinq ans. Comme c’est chez les femmes que se montrent généralement au plus haut degré ces prédispositions constitutionnelles et tempéramentales , c’est aussi chez elles que doivent apparaître et que s’observent les phénomènes nerveux qui en sont la conséquence. Les individus de l’autre sexe dont l’organisme présente les memes conditions prédisposantes, doivent y être et y sont également exposés. L’observation a prouvéque des hommes avaient été en proie à des phénomènes nerveux absolument semblables à ceux que l’on a improprement désignés sous le nom d’hystériques. Il est vrai que la plus grande fréquence de ces phénomènes chez les femmes, leur coïncidence avec la vie utérine , leur point cle départ ou cle début, dans un grand nombre de cas, ont dû frapper les premiers observateurs et les porter à regarder la matrice comme le siège primitif et central. Cette opinion, détruite par l’observation des phénomènes analogues chez les hommes, est encore ébranlée par l’autorité des faits qui prouvent que chez la femme même ils n’ont pas toujours leur point cle départ dans V-utérus. Souvent il y a absence de phénomènes anormaux du côté du bassin , les fonctions utérines ne présentent aucun trouble à l’occasion
SYMPTOMATOLOGIE COMPARÉE.
des attaques dites hystériques, comme quand elles sont subitement provoquées par une émotion morale, un souvenir. C’est peut-être avec moins de fondement qu’on a voulu établir le siège de ces états pathologiques dans l’encéphale (Georget). Les objections que I on a élevées pour en déshériter la matrice s’appliquent à cette autre élection. Souvent on observe l'ensemble des phénomènes les plus caractéristiques de l’hystérie , à l’exclusion de toute participation au moins primitive et directe du cerveau. Tels sont les cas assez nombreux dans lesquels l’accès a été déterminé par une cause agissant sur l’utérus ou toute autre partie des organes génitaux , et débute par des sensations variées dans le bassin , le sentiment d'une borde qui de cette cavité monte et gagne l’abdomen, la poitrine , la gorge, où il provoque une sorte de strangulation ou de suffocation. Ce n’est que consécutivement qu’arrivent les convulsions générales et les troubles des fonctions des sens et du cerveau. Cet organe et ses dépendances ne sont que les moyens d’extension et de transmission de l’ébranlement morbide. De ces opinions contradictoires, également fondées sur des faits , on doit logiquement conclure que ce n’est ni au cerveau ni à l’utérus qu’il faut rattacher le siège des phénomènes nerveux appelés hystériques. Ils n’en ont pas d’autres que le système nerveux général , qui doit y être particulièrement prédisposé. Cette prédisposition essentielle a besoin, pour être mise en activité, d’une excitation ou commotion cpii peut partir de tous les points de l’économie \ et en effet on a vu des accès hystériformes provoqués par des lésions physiques locales de régions quelconques ; mais comme le cerveau ■et les organes de la génération sont les deux points les plus culminans du système nerveux comme centres de relation et de reproduction , comme ils sont, par leur organisation ou leurs propriétés vitales ou leurs fonctions , ies plus exposés aux irritations provocatrices , c’est d’eux cpie partent plus ordinairement les phénomènes nerveux, sur lesquels ils n’ont d’autre rapport que ceux d’agens déterminans.
Au reste, ce que l’on nomme hystérie se compose d uu grand nombre de phénomènes uniformément nerveux ou
HYSTÉRIE
spasmodiques quant au fond , mais extrêmement variés pour le siège et l.i forme. Combien d’accès débutent, tantôt par un hoquet fatigant, tantôt par une toux irritante • chez l’une par un prurit agaçant dans un conduit auditif; chez une autre, par un engourdissement paralytique d’un doigt, un tremblotement consécutif des lèvres ou de la langue ! D’autres fois il commence par des hallucinations , des cris ondes chants, des pleurs ou des rires inextinguibles , puis les phénomènes s’étendent, se généralisent. Quelquefois l’accès ne se développe que par gradation 3 d’autres fois il y a attaque générale subite. Elle prend la forme épileptique ou celle cataleptique. Dans ce dernier cas, il 11e reste parfois d’autres signes appareils de vie qu’un tremblotement particulier des paupières. On voit souvent les symptômes de début rester locaux et s’éteindre sans 'accès général. Doit-on pour cela les considérer comme étrangers ou différons de ceux qui annoncent et marquent le début des accès? On peut en dire autant des aberrations des sensations , des hallucinations, des délires passagers, des dépravations de goût et d’appétit, de certaines sympathies et antipathies, etc. Tous ces phénomènes, qu’ils paraissent ensemble ou isolément, sont évidemment les membres d’une meme famille.
Conclusion. i° Les phénomènes ou états nerveux et spasmodiques, rapportés par les médecins à une forme pathologique nommée hystérie, ont leur siège dans le système nerveux tant cérébro-spinal que ganglionnaire 3 i° la prédominance de ce système ou de sou action est la condition essentielle à leur production 3 5° ils peuvent être locaux ou généraux 3 4° cette prédisposition a généralement besoin, pour être mise en jeu, de l’action d’une cause locale décidant du point de départ des attaques. On voit alors comment elles sont provoquées chez les femmes par une irritation quelconque portée sur l’utérus. Ainsi elles éclatent souvent à l’occasion ou de la surexcitation utérine déterminée par le molimen menstruel, ou par les approches conjugales.
31e OBS. — Mlle lier..., âgée de vingt-deux ans, a été trèsdifficile à élever 3 des symptômes variés ayant résisté à une foule de traitemens , on finit par leur soupçonner une origine
SYMPTOMATOLOGIE COMPAREE,
syphilitique héréditaire. On eut recours aux moyens indiqués en pareille circonstance ; on les varia, on les réitéra sous toutes les formes, par toutes les voies. L’époque de* la puberté approchait. La menstruation s’établit difficilement, puis se régularisa. Il paraît que depuis le moment de la naissance jusqu’au moment où je fus appelé à donner des soins à cette intéressante personne, elle n’avait pas cessé un seul instant d’ètre dans des traitemens plus ou moins actifs; aussi sa constitution étaitelle extrêmement frêle. Son système nerveux surtout s’était monté A un degré d’éréthisme, de susceptibilité, d’irritabilité, de mobilité extraordinaire. De là des accès dits d’hystérie fréquens , éclatant à la plus légère cause physique ou morale ; c’étaient des alternatives de rires désordonnés et de pleurs intarissables, de muettes hébétudes ou de cris de désespoir, d’immobilité comme paralytique ou cataleptique et d’horribles convulsions , d’éclairs d’intelligence supérieure ou d’idiotisme , ou de fureur. L’approche des époques menstruelles ramenait ou exagérait encore ces états quelquefois péniblement plaisans, le plus souvent déchirans. Il est peu de médecins de Paris un peu haut placés en réputation qui , à ce portrait, ne se rappelleront le sujet de cette observation. La plupart ont été successivement consultés. Je fus appelé à mon tour à l’occasion d’une de ces crises qui paraissait plus violente que les autre, dont les accès semblaient depuis quelque temps croître en intensité, en durée et en fréquence, malgré et peut-être à cause des. moyens que chacun avait cm devoir employer. L’époque des règles était arrivée , et cependant , comme d’ordinaire , elles s’établirent avec difficulté; la face était congestionnée, le pouls était plein, dur, développé. Je pratiquai une saignée du bras, non sans quelque difficulté; je fis appliquer de l’eau froiclg sur la tête, en même temps que des cataplasmes chauds sur le bas-ventre, et prescrivis une potion calmante. Néanmoins, l’accès dura encore plusieurs heures, seulement il diminua de violence ; puis survinrent encore quelques retours, et enfin une suspension complète. Les règles coulaient; je conseillai de proscrire tout médicament interne , de se borner à un régime adoucissant et de faire usage de bains répétés
HYTTÉRALGlE. 103
et prolonges dans une forte infusion de fleurs de tilleul. Il y eut un calme bien plus marque et plus prolonge. Mais j’appris alors que la malade était fatiguée par une leucorrhée abondante. On attribuait, peut-être avec quelque raison, l’aggravation des accidens survenus depuis quelques temps , aux médicamens conseillés dans l’intention de guérir eet écoulement. J’obtins avec beaucoup de peine de visiter les parties malades ; la vulve et le vagin étaient dune sensibilité exquise, la muqueuse de ce canal était d’un rouge vif et suintant une mucosité puri forme abondante. Je combattis cette vaginite par l’application immédiate de sangsues (i o petites sangsues) , les injections émollientes tièdes , les demi-bains prolongés. L’inflammation tombée, je pus toucher et spéculiser l’utérus que je trouvai dans l’état naturel. La. leucorrhée continua j j’essayai avec succès les injections de solution de nitrate d’argent ( i gr. par once d’eau distillée),- une seule suffit pour modérer beaucoup l’écoulement , mais elle avait occasionné des douleurs si violentes, quoique momentanées, que la malade ne voulut plus les continuer. Mais, chose remarquable , ces accès hystériques ne parurent plus qu’à l’époque menstruelle suivante j comme toujours, elle s’annonça par des douleurs dans le bas -ventre, s’irradiant aux lombes, aux aines, aux cuisses 3 obligeant Mlle H. à se tenir courbée. Je fis insister sur les moyens précédemment employés. Aux époques suivantes, mêmes résultats. C’était beaucoup déjà d’avoir réduit les accès à ces retours périodiques, et qui avaient permis à la santé générale de prendre un caractère des plus satisfaisans et jusque-là inconnu. Mais ce n’était pas encore assez. Je résolus de mettre en usage l’ammoniaque qui m’avait surtout réussi dans des cas analogues de dysménorrhée douloureuse. Voici la prescription que je fis :
% am. liq. 3j
sirop de sucre §iv.
Enfermez dans un flacon bouché à l’émeri j à prendre dès les premières douleurs hypogastriques une cuillerée dans un verre d’infusion de feuilles d’oranger. Les douleurs cessèrent comme par enchantement, et depuis les accès hystériques ne se sont plus montrés.
SYMPTOMATOLOGIE COMPAPtÉE.
32e OBS. — J’ai été consulté par une jeune femme d’une constitution nerveuse dont le mari voulait se séparer, parce qu’il ne pouvait l’approcher sans que de violentes attaques hystériques ne vinssent souvent, près qu’au début, empêcher l’accomplissement de l’acte vénérien. La vulve était souple, assez ouverte et faiblement dilatable 3 le conduit vaginal n’olfrait rien d’anormal. Mais lorsque le doigt toucha le col utérin, la malade
s’écria, tomba aussitôt dans des convulsions, avec cris et sensation d’arrachemens de la poitrine et du cœur. L’accès dura une demi-heure et se termina par des pleurs. Après quelques jours de repos , d’injections calmantes, je pratiquai le toucher par le rectum. Arrivé médiatement au col utérin , la dame fit un mouvement; je dirigeai le doigt plus avant, en évitant de peser sur l’utérus; je pus reconnaître le corps de cet organe, et n’y trouvai rien d’anormal. En retirant le doigt, je voulus reconnaître l’état dans lequel était le col ; dès la première pression , une nouvelle attaque d’hystérie , semblable à la précédente, eut lieu. Néanmoins je me hâtai de toucher par le vagin; je pus m’assurer que le col, si impressionnable, ne présentait rien de particulier dans son volume , sa forme et sa consistance. Je conseillai des injections narcotiques froides, des quarts de lavement semblables , un exercice au grand air, une bonne alimentation et le repos des organes sexuels. Après quinze jours, 011 suspendit les moyens locaux. L’époque des règles était arrivée , elles coulèrent facilement. On revint ensuite au traitement complet. Au bout de six semaines, le mari voulut reprendre ses droits : cet essai fut heureux.
N’est- ce point aussi parce cpie l’hystérie est parfois le résultat d’une altération de l’utérus, et non de la dysménorrhée coïncidente, due elle-même à l’altération utérine, que le mariage exaspère cet état nerveux souvent secondaire, au lieu d’y mettre un terme? N’cst-ce pas parce que l’on méconnaît le point de départ, la cause de ces effets hystériques et de ces troubles de la menstruation , que les traitemens dirigés contre ces phénomènes, regardés comme essentiels, sont sans effets, s’ils ne les aggravent pas? En effet, les emménagogues , pris dans la classe des excitans , les antispasmodiques , fournis pour
HYSTÉRIE
la plupart par lesstimulans diffusibles, ne peuvent qu’augmenter l’état congestif ou plilegmasique de l’utérus, et par conséquent sont plutôt de nature à empêcher les résultats que l’on espère de leur emploi que de les favoriser.
Entre plusieurs faits dont j’ai recueilli l’histoire , le suivant m’a paru mériter d’être rapporté.
33e OBS. — Sophie S***, d’un tempérament nerveux , contrariée dans ses premières inclinations, et souvent par cela même exposée à des scènes désagréables de la part de sa famille , éprouve, à la suite d’une de ces querelles, une suspension subite de ses règles; celles-ci paraissent à peine aux époques suivantes , et sont accompagnées de douleurs de basventre , provoquant parfois des accès hystériques. Plus tard , ces accès se reproduisent pour la plus légère cause ; je suis appelé pendant un de ces accès, beaucoup plus violent cpie les précédées, et dont la prolongation inspirait les plus vives inquiétudes. J’appris que c’était lepoque des règles , et que la jeune fille venait d’éprouver une grande contrariété; elle était âgée de dix-sept ans et demi, réglée depuis l’âge de quinze ans , et avait éprouvé son premier dérangement menstruel il y avait sept ou huit mois. Je la trouvai à mon arrivée sans connaissance , et cl’une immobilité paralytique , interrompue par des soubresauts généraux fréquens; les lèvres sont colorées , les paupières closes et tremblotantes , les pupilles contractées, les conjonctives injectées. ( Douze sangsues à la vulve , cataplasmes sinapisés aux pieds.) L’accès cesse à mesure que le sang coule; de nouveaux accès reviennent à des intervalles variés, la dysménorrhée continue; il s’établit une leucorrhée d’abord périodique comme les règles , et correspondant aux mêmes épocpies , puis sans interruption.
D’après le conseil de quelques médecins , et le mien même , on maria cette jeune personne cà un jeune homme de son choix, en 1 8 1 8 ; la première huit elle éprouve des douleurs qui lui font redouter de nouvelles approches; la seconde nuit, accès hystérique très-violent; les règles manquent à l’époque où elles étaient "attendues , et comme la jeune femme avait des
SYMPTOMATOLOGIE COMPARÉE.
nausées, de l’inappétence et des vomissemens , on soupçonna qu’elle était enceinte.
J’avais acquis toute la confiance de cette dame, parles soins que je lui avais déjà donnés plusieurs lois , et surtout parce que mon opinion avait été d’un grand poids pour engager sa famille à la marier selon ses goûts : elle me fit donc appeler pour la diriger dans sa prétendue grossesse et me confier son accoucliement. Elle se croyait alors enceinte de quatre mois; cependant elle avait considérablement maigri, ce qui donnait à son ventre, météorisé, encore plus de relief; les seins s’étaient affaissés. En explorant l’hypogastre, je sentis derrière le pubis une tumeur spbéroïdale, dure et douloureuse, dont la compression faisait éprouver à la malade de la pesanteur et de la douleur dans le bas des reins. Le toucher me convainquit que cette tumeur était formée par la matrice , mais développée seulement comme à deux mois et demi ou trois mois de grossesse ; son col était long d’un demi-pouce , du volume d’une grosse noix et très-dur. Y avait-il grossesse? Je demandai quelque temps avant de me prononcer, et je fis au préalable une saignée de quatre poelettes. Quinze jours après, les choses étant dans le meme état , je soupçonnai une méti ite; je répétai la saignée et prescrivis un régime doux et léger, des bains de siège tièdes et prolongés, l’abstinence complète du coït. J^es vomissemens s’arrêtèrent, les douleurs hypogastriques et sacrées cessèrent aussi en partie; un peu de sang parut à la vulve, et aux époques suivantes les règles coulèrent comme avant le mariage : l’appétit revint, les forces se rétablirent, et la malade reprit de l’embonpoint. L’hiver se passa assez bien. Au printemps, le mari fut obligé de s’absenter pour terminer des affaires de famille et veiller à la liquidation d’un héritage. Pendant ce temps , la jeune dame fut chez une de ses tantes , à ki campagne aux environs de Paris, èt là se mit à l’usage exclusif du laitage et des légumes frais. Les accès d’hystérie se suspendirent , les règles redevinrent plus abondantes, et peu après la réunion des époux, qui se fit en août, une véritable grossesse eut lieu; mais à cinq mois et
HYSTÉRIE
demi il y eut avortement. Dix mois apres, nouvelle grossesse et nouvel avortement avant l’expiration des six mois. Enfin, au mois de mars 1823, nouvel avortement, encore à trois mois de grossesse 3 Enteras reste alors gonflé, dur et douloureux; mais la malade, tout entière aux soins que réclame l’état de son mari., parvenu au troisième degré d’une phthisie pulmonaire, se néglige elle-même.
Devenue veuve» et continuant de souffrir, elle se soumet pendant quatre mois à un traitement que je lui prescris, et qui est celui-ci : saignée tous les mois, repos „ régime léger , frictions à la partie interne des cuisses et des bras avec une pommade de
calomélas . Les règles reviennent enfin facilement et a Sjond animent, la santé se consolide, et dans la crainte de voir les mêmes accidens se renouveler , Mme *** refuse do nouveaux liens.
Dans ces cas qui ont beaucoup d’analogues, les accès hystériques avaient -évidemment leur point de départ dans l’utérus; là agissait la cause déterminante, de là s’irradiait, par toute l’économie, la perturbation nerveuse , donnant lieu à des accidens divers, à des phénomènes parfois singuliers.
On remarquera cpie toujours ces hystéries consécutives s’ob-
servent de préférence chez les jeunes sujets. Vers l’âge viril et pins tard, d’une part la susceptibilité nerveuse générale s’est usée, l’utérus d'autre part a perdu de son excitabilité; enfin les maladies qui l’affectent présentent rarement le même caractère d’acuité, le plus ordinairement elles sont chroniques, indolentes et latentes. Ainsi , plus de prédisposition, plus de causes déterminantes, plus de dispositions à répondre à l’action de ces causes. Aussi les phénomènes hystériques, qui naguère étaient éveillés par la plus légère irritation, ne répondent-ils plus alors même aux altérations les plus intenses , aux désordres les plus glands, aux plus profondes désorganisations de la matrice.
Jusqu’à présent nous avons montré l'hystérie comme pouvant. être le résultat ou l’effet d’une affection de l’utérus. Les
rôles vont changer maintenant. L’hystérie sera primitive, et deviendra cause provocatrice de la formation et du développement d’altérations utérines. Quel que soit en effet le point
SYMPTOMATOLOGIE COMPAREE.
de départ des accès hystériques , on conçoit qu’arrrivant surtout dans le cours des périodes menstruelles , elles eu troublent ou rétablissement ou la marche , et favorisent des congestions , des engorgemens qui , par leur répétition ou leur persévérance j deviennent l’origine d’altérations plus graves. Parmi les observations que j’ai recueillies sur ce sujet, je choisirai la suivante.
34e OBS. — Mme App. G,, grande, forte ^ brune , à tempérament sanguin , à carnation pleine de vie, réglée à quinze ans et demi, contracte a vingt ans un mariage de raison. Devenue mère, elle concentre toutes ses affections sur son premier-né. La délicatesse de la santé de l’enfant, due aux mauvais soins d’une nourrice peu expérimentée , aux accidens d’une dentition difficile, inspire des craintes à la mère, la jette dans la tristesse, la rend irascible. La mort de ce fils chéri provoque i explosion d’une attaque nerveuse des plus violentes. Les accès se renouvellent , ils débutent par des palpitations , des douleurs de tète, des éblouissemens , des oppressions* néanmoins rien de particulier ne manifeste la coopération de l’utérus dont les fonctions conservent leur régularité normale. Des tourmens d’affaires, des chagrins de famille , des contrariétés domestiques rappellent ces accès. Ils sont marqués par une perte subite de connaissance , des cris affreux , des convulsions violentes avec emprosthotonos , pendant lesquels on a beaucoup de peine à empêcher la malade de se frapper la poitrine , de s’arracher la gorge , etc. Puis succède un état de résolution cataleptique , avec assoupissement carotique. Elle ne sent ni les piqûres qu’on lui fait, ni quand on la pince ou qu’on lui tire les parties pileuses , ni l’action des sinapismes , des ventouses sèches ou scarrifiées. Ces accès se prolongent de un quart d’heure à plusieurs heures, quelquefois sans interruption, d’autres fois avec des alternatives de convulsions et de résolutions. Parfois la malade reprend connaissance , mais tant qu’il ne se manifeste pas des gémissemens, des sanglots et des pleurs, la crise n’est que suspendue momentanément.
Des traitemçns variés furent successivement employés , plusieurs conseillés par MM. Geoffroy, Guersent, Marjolin. Guil-
1IYSTÉ1UE.
lout, Lisfranc, etc. Chacun d’eux sembla amener quelque amélioration , mais elle ne fut que de courte durée. Par un concours malheureux de circonstances , les causes morales déterminantes se multipliaient et arrivaient aussi à l’approche des règles. Dès lors elles commencèrent A se déranger, elles furent moins abondantes , parurent irrégulièrement et s’accompagnèrent de douleurs pelviennes.
L’utérus se tuméfia. Je pensai que des saignées dérivatives , pratiquées après l’époque des règles , pourraient détruire et prévenir cet engorgement congestif* la veille du jour où je devais opérer la première saignée dans ce but, Mme App. apprit une nouvelle désespérante. Des accès d’hystérie plus violens que ceux quelle avait déjà éprouvés se répétèrent sans interruption pendant toute une nuit. Le lendemain , elle ne sortit de l’affaissement consécutif que pour se plaindre de douleurs vives dans le bas-ventre. Une métro-péritonite des plus intenses s’était déclarée et progressait avec une rapidité effrayante, malgré les moyens actifs et énergiques cpie je lui opposais. La guérison eut lieu néanmoins et la malade n'en conserva qiéune sensibilité exquise du col de l’utérus rendant le moindre contact douloureux et faisant appréhender les approches conjugales. Les règles cependant avaient repris leur ancienne marche naturelle. L’hystérie, qui s’étaitcomme assoupie pendant quatre mois, reparut A la suite de nouvelles impressions , létal général devint en souffrance permanente. Cette fois les accès présentèrent une autre forme. L’état carotique qui succédait auparavant aux convulsions, fut remplacé par des actes remarquables de somnambulisme. La malade reconnaissait quelques personnes au son de leur voix, car bien quelle eût les yeux grandement ouverts , elle semblait ne rien voir j ces organes étaient insensibles A la lumière la plus vive et présentée brusquement. Elle qui était rongée d’ennuis de chagrins et de peines , offrait alors une gaieté extrême: sa voix, qui depuis long-temps était A peine articulée et n’exprimait que des sanglote , éclatait en sons brillans et harmonieux dans des chants mélodieux. Sa faiblesse était devenue telle qu’il lui fallait un soutien pour marcher dans la chambre. Eh
SYMPTOMATOLOGIE COMPARÉE.
bien , dans l’accès de somnambulisme, elle parcourait son appartement , déplaçait et replaçait les meubles, dressait une table, la garnissait de linge qu’elle allait chercher dans une armoire. Après avoir fait le simulacre des honneurs de la table avec une grâce infinie , elle remettait chaque chose à sa place , se recouchait , portait la main à sa tête j elle tombait alors dans un assoupissement de quelques minutes. Eveillée, elle ne se rappelait rien de tout ce qui venait de se passer, mais elle se plaignait d’un violent mal de tête. Les médecins que j’ai nommés ont été témoins de ces accès singuliers.
Les règles se dérangèrent bientôt de nouveau , et tous les signes d’un catarrhe utérin se montraient. Il s’y joignit bientôt du gonflement de tout l’utérus , et une érosion au col. La malade se confia alors aux soins de M. Duméril , à la maison de santé du faubourg Saint-Denis. Elle en sortit au bout d’un mois peu soulagée , et fut à la campagne. La maladie de la matrice faisait des progrès, mais à mesure qu’elle prenait un caractère fâcheux , les accidens nerveux devenaient plus rares et moins intenses. Cette malade s’étant éloignée de Paris, j’ignore quel a été son sort.
D’après ce qui précède, on voit : i° que les phénomènes nerveux et spasmodiques que l’on rapporte à l’hystérie, ont quelquefois lieu sans qu’il existe du côté de l’utérus, de ses annexes ou des autres parties de l’appareil génital, rien que l’on puisse accuser d’en être la cause originelle ou déterminante ;* 2° que d’autres ibis l’hystérie reconnaît pour cause , au moins comme condition provocatrice , une excitation nerveuse de l’utérus , laquelle peut exister seule ou être associée à un état pathologique de ce viscère ; 5° enfin que dans quelques cas , les accidens nerveux dits hystériques, indépendant de toute influence utérine, réagissent au contraire sur la matrice, en perturbent les fonctions, et y introduisent des affections qui, simples d’abord , deviennent le germe d’altérations plus profondes et plus graves.
Chlorose. - — Quelle influence a Putérus sur la production de la chlorose? doit-on, avec M. Lisfranc, attribuer cette affection à une réaction sur l’économie de la matrice engorgée?