‹ Maladies de la matriceChapitre 28 sur 86 · CAUTÉRISATION · texte numérisé non relu

CAUTÉRISATION

l’extension du caustique, est préférable pour cette opération au spéculum brisé ou à branches multiples^ se sert-on de celui-ci, on a la précaution de le placer de sorte qu’une de ses branches ou valves occupe la partie la plus déclive, afin quelle reçoive l’excès du caustique , quelle lui serve de gouttière et en préserve le vagin. Dans tous les cas, il est prudent de placer en cet endroit de petits rouleaux de charpie appliqués immédiatement au-dessous delà partie à cautériser, et destinés à absorber l’excédant du caustique. On les retire et on les remplace dès qu’ils paraissent imbibés.

Avant d'appliquer le caustique, on met la surface à cautériser bien à nu, en la débarrassant des matières séreuses , purulentes ou sanguines qui la couvrent. Ce nettoiement se fait avec un corps absorbant, doux, comme un pinceau de charpie, du linge fin en chiffon, une éponge fine. Je me sers habituellement de papier de soie qui absorbe plus facilement que les autres corps. J’en fais un cylindre dont l’extrémité, inégalement déchirée, représente un pinceau , ou ]e le mets en tampons que je porte au moyen d’une pince. Le suintement de sang est plus difficile à arrêter et demande quelquefois l’usage préparatoire d'injections d’eau froide simple ou chlorurée. La première application ducaustique déterminela coagulation des matières qui suintent incessamment de l’ulcère, et prévient leur reformation • aussi faut-il enlever cette couche si l’on veut faire agir le médicament plus profondément et plus efficacement.

Le nitrate d’argent, le plus facile à manier des caustiques , à cause de sa solidité, de sa liquéfaction lente qui permet de le promener long-temps, a l’inconvénient d’exciter une douleur vive et brûlante, et de provoquer l’écoulement du sang.

La potasse à laquelle on donne la forme d’un cône , large d’un pouce à sa base et long de plusieurs , porte plus loin la cautérisation. On l’applique par la pointe ou par la base, selon l étendue ou la forme delà partie à cautériser ; mais cette substance a l’inconvénient de se liquéfier très-facilement, ce qui expose à son contact destructeur les parties qui n’ont pas besoin d’être cautérisées. Elle ne convient que quand l’altération a détruire est étendue et a une base épaisse, On doit alors l’appliquer à

plusieurs reprises, et chaque fois enlever à grande eau et par répongement ce qui peut en rester de non combiné. M. Gendrin a eu l’heureuse idée de remplacer la potasse caustique par la poudre dite de Vienne (mélange de parties égales de potasse et de chaux vive). On se sert, pour l’appliquer, ch un rouleau de linge ou d’un cylindre de coton pareil à celui dont on fait les moxas ordinaires , on en humecte légèrement la surface que l’on trempe ensuite dans la poudre.

L’application des caustiques liquides se fait par le moyen de pinceaux de linge ou de charpie, ou en poils de lapin ou de blaireau. On les monte sur une plume ébarbée ou sur une tige de bois ou de cristal 5 on les imbibe du caustique en les trempant dedans et prenant le soin de les presser légèrement sur les bords du vase ou du flacon qui le contient, pour en exprimer la surabondance, afin qu’elle 11e coule pas au-delà des points à toucher. On promène contre la partie malade le pinceau avec assez de force pour en exprimer le caustique. On emploie les mêmes moyens pour porter la cautérisation dans les orifices et jusque dans la cavité de l’utérus.

Ap rès l’application du caustique, on attend quelques instans pour lui donner le temps de pénétrer les tissus , puis on pousse plusieurs injections aqueuses, afin de délayer et d’enlever les portions non combinées du médicament , sans quoi elles feraient d’inutiles et dangereux ravages sur les points du vagin avec lesquels le col utérin va être en contact après qu’on aura retiré l’instrument. Pour plus de sûreté, on appliquera quelques bourdonnets de charpie simples , ou recouverts de poudres absorbantes ou médicamenteuses.

Toutes ces précautions sont impérieusement commandées par la nécessité de défendre les parties saines de l’action destructive du caustique j autrement, 011 s’expose à voir se manifester des douleurs plus ou moins violentes, ou même sévir des aecidens déplorables, tels que des inflammations, des ulcérations, et par suite le rétrécissement ou l’occlusion du vagin, ainsi que M. Leloir en a cité un exemple (thèse inaugurale, i855) , l’adhérence du col utérin avec les parois de ce conduit, comme M, Pauly l’a observé (p. 549), ou

CAUTÉRISATION DE LA MATRICE

autres analogues que nous trouverons l'occasion de rappeler.

L’action du caustique , surtout de ceux sous forme liquide et principalement du nit.» ate acide de mercure, n’est pasordinairernentsentie, ou eïleproduit unesensatian de chaleur qui n’a l ien dedésagréable, mais qui peut cependant se rapprocher de celle d’une brûlure plus ou moins intense. Par exception , la douleur est tellement violente chez quelques sujets, qu’il serait dangereux d’insister sur l’emploi de ce moyen. On a remarqué que cette susceptibilité se montrait principalement pendant les temps d’orages; on doit alors attendre des temps plus opportuns, et préparer la matrice à l’application du caustique par l’emploi de moyens propres à déprimer ou détruire l’excessive impressionnabilité de cet organe.

Le plus ordinairement c’est moins pendant l’opération qu’à la suite que les douleurs s’éveillent ou prennent de l’intensité. On les prévient en soumettant les malades immédiatement à des injections %u des irrigations tièdes ou froides , mueüagilieuses et narcotiques, et en les tenant pendant une ou deux heures dans un bain de siège de même nature.

Souvent la douleur est moins le résultat de la cautérisation du col utérin que de 1 irritation du vagin, déterminée parle contact du caustique; car si l’utérus est insensible à toute action irritante , il est loin d’en être de même de ce canal, dont l’impressionnabilité est généralement exquise. La piqûre des sangsues n’est pas sentie au col utérin, elle est vivement douloureuse au vagin. II. doit en être de même pour l’action du caustique,

La cautérisation avec le proto-nitrate de mercure est-elle s us-

ée

bîe d’occasionner des symptômes d’empoisonnemens, ainsi que paraîtrait le prouver un fait rapporté par M. Dugès (i)? J’ai très-souvent employé cette substance , et jamais je n’ai rien observé de semblable. J’ai bien vu chez deux malades la cautérisation faite avec elle être suivie de vomissemens, de coliques, de spasmes généraux; mais ces symptômes étaient sympathiques et évidemment dus à l’extrême impressionnabilité des malades et à la vivacité des douleurs qu’elles avaient ressenties.

(1) Maladies de V utérus , t. 11, pag. 8ï.

DES ALTÉRATIONS ORGANIQUES DE l’uTÉRUS EN PARTICULIER,

LAmatricepresPiite tousles états morbides, toutes lesespèces de maladies, tous les genres d’altérations qui entrent dans lacomposi t i o n cl u ead r e n o s o g ra phi q ue 1 e pî us co m pl e t , d epu i s 1 es s i m p 1 e s v i ce s a n atone! q u e s e 1 1 e s I es i o n s parement vitales, jus q u’ a u x altérations organiques les plus variées et les plus profondes.

Il ne doit être ici question cpie de celles de ces maladies qui attaquent ou modifient la texture de cet organe. Ce qui frappe d’abord ! observateur dans ces altérations c’est la forme qu elles affectent, d après laquelle on peut les grouper en trois séries très distinctes : i° Les affections résultant d’un développement extrinsèque, sorte de végétations organiques qui se surajoutent aux tissus, ou résultent de leur épanouissement, ou forment comme des boutures anormales. Nous leur attribuons le nom expressif d 'exubérances . 2° Les affections dues à une augmentation intrinsèque de volume, intumescences que l’on désigne généralement sous le nom d’ engorgemens . •5° Enfin les affections caractérisées par la corrodation des tissus, et qui constituent les ulcérations.

Ces formes pathologiques peuvent se présenter chacune isolément ou se compliquer entre elles. Dans ce dernier cas , il est nécessaire à la précision du diagnostic et utile à rétablissement des indications thérapeutiques, de savoir quels rapports existent entre ces affections coexistantes. Y a-t-il simple coïncidence, comme quand on voit des polypes fibreux s’élever des parties restées saines d un utérus cancéreux? y a-til union ou alliance intime, communauté d’origine et de développement, comme dans l’ ulcération avec l’engorgement squirreux ou carcinomateux de sa base dans les ulcères can-

EXUBÉRANCES DE LA MATRICE

cereux? ou bien existe-t-il des rapports de cause et d'effet entre ces affections concomitantes , comme dans les ulcérations simples ou bénignes, avec engorgement congestif ou phlegmasique consécutif, comme aussi , et par une disposition contraire, dans les scjuirres ulcérés à la suite de leur ramollissement? Des exubérances peuvent, elles aussi, être essentielles ou s’élever d’ulcérations bénignes ou cancéreuses. Remarquons que quelques affections présentent une complication de forme telle, quelles paraissent appartenir autant aux exubérances qu’aux engorgemens proprement dits; tels sont les inflammations granuleuses, certains champignons carcinomateux, Remarquons aussi que les altérations, quelle qu’ait été la simplicité de leur origine, peuvent, par leurs progrès, les transformations successives qu’elles éprouvent, les désorganisations qu’elles entraînent,se présenter sous des aspects complexes d’engorgement, d’ulcération et d’exubérances diversement combinés, comme on en voit des exemples dans les derniers degrés du cancer.

Page 1