ŒDÈME DU COL
queuse à leur centre , et épaississemens des parois intestinales dans toute l’étendue qu’occupaient ces plaques.
L’utérus fixa surtout mon attention. Le corps de cet organe était très-sain, mais son col était boursouflé au-dessous du collet vaginal , et formait une tumeur élastique , légère , transparente , conservant l’impression du doigt, pourvu quoi! appuyât fortement ) en l'incisant, il s’en écoula d’abord peu de sérosité cpii paraissait infiltrée, mais qui s’échappait facilement par la pression.
Si pareil cas se représentait , les scarifications suivies d’injections toniques et astringentes pourraient, ce me semble , être employées avec avantage, conjointement avec l’usage intérieur des diurétiques. Chez la femme qui fait le sujet de cette observation , la faiblesse générale et l’état pathologique des premières voies devaient d'abord attirer toute mon attention ; mais il était trop tard pour espérer.
Ap rès la résolution des engorgemens du col de l’utérus , cette partie conserve quelquefois du gonflement, mais sans dureté et sans douleurs. Cette intumescence peut être attribuée à une sorte d'œdématie analogue cà celle dont reste affectée la luette après certaines angines gutturales.
Je pense qu’il sera toujours facile de reconnaître cette espèce d’engorgement à la forme de la tumeur , à son élasticité, à sa légèreté, A la possibilité d’affaisser son tissu, et à son apparence transparente et blanchâtre j caractères que le toucher et le spéculum fournissent le moyen de juger.
51e QBS. — M. le docteur Lafosse, médecin à Caen, amena, il y a peu de temps, une de ses malades A Paris, pour consulter sur une affection de la matrice qui l’inquiétait. On avait constaté un engorgement avec dureté du col utérin, et une ulcération superficielle de celui-ci. Un traitement approprié avait amené la cicatrisation de f ulcération ,• mais la malade restait affectée de douleurs, d’un écoulement abondant et d’engorgement du col. Je trouvai le pourtour de l’orifice utérin légèrement violacé, comme superficiellement albuginé, traces de la cicatrice cpii avait recouvert 1 ulcération. Le col était tuméfié, mais mollasse, blanchâtre , et comme infiltré. Il s’écoulait de l’intérieur de la
ENGORGEMEN S DE LA MATRICE
cavité utérine un mucus puriforme abondant. La matrice n’était ni tuméfiée, ni dure, ni douloureuse. Je diagnostiquai un catarrhe utérin qui avait persisté, quoique F ulcération et l’engorgement dur eussent cédé à un traitement local pour faire place à un engorgement œdémateux du coi. M. le professeur Marjolin confirma ce diagnostic et approuva le traitement que j’avais prescrit et dont nous attendons les résultats.
Je viens de constater une disposition analogue chez une dame amenée à Paris par M. le docteur Boquet, d’Amiens, et qu’il avait traitée, diaprés mes principes, d’un engorgement dur du col de l’utérus. Cette partie était restée tuméfiée, mais molle, translucide, et par suite de cet œdème les bords de l'orifice étaient écartés de manière à laisser à découvert et en saillie la surface interne du col qui était plus rosée que l’alentour , mais sans aucune trace d’altération.
C’est surtout dans ces cas que conviennent les bains et douches d’eaux salines , froides ou thermales, et d’eau de mer, qui ont été proposés comme moyens les plus propres à confirmer la guérison des affections utérines.
Art. V. Engorgemens sanguins de V utérus.
Les engorgemens produits par la présence du sang en excès dans le tissu de l’utérus, se présentent sous trois formes pathologiques que nous ne saurions mieux désigner que par les dénominations suivantes : i° engorgemens par congestion sanguine simple: 2° engorgemens par congestion avec hémorragie^ 5° engorgemens phlegmasiques.
A. Engorgemens par congestion sanguine simple . — Synonymie : Fluxion utérine. — Congestion utérine. — Etat pléthorique de V utérus . ■ — Métrite sub-aiguë de quelques médecins. — La circulation peut augmenter d’activité dans la matrice, une plus grande quantité de sang que dans l’état habituel peut engorger son système vasculaire , et partant produire une augmentation plus ou moins considérable du volume de l’organe, soit dans sa totalité, soit dans une de ses parties seulement , sans qu’il y ait , à proprement parler, maladie. C’est ce qu’on observe aux époques menstruelles , aussi
PAR CONGESTION SIMPLE
bien, mais moins qu’après l’accouchement. Dans le premier cas, cet état congestif est une condition nécessaire dans l’accomplissement de la fonction périodique à laquelle sont soumises les femmes il est le résultat ou la conséquence inévitable de l’accomplissement d’une autre fonction , la parturition , dans le second. Cependant, si cette congestion dépasse certaines limites pour l’intensité ou pour la durée, elle constitue alors un véritable état maladif; à plus forte raison quand elle a lieu hors des époques normales que nous venons d’indiquer.
Comme dans toute congestion active, l’engorgement de l’utérus par congestion se compose de deux temps successifs : i° le mouvement fluxionnaire , qui dirige et porte vers l'utérus les fluides et notamment le sang en plus grande quantité que d’ordinaire ^ 2° l’engorgement en lui-même , qui résulte de la présence et de la rétention de ces fluides dans le système capillaire et le parenchyme de l’organe.
Le mouvement fluxionnaire déterminé par une concentration particulière ou une direction spéciale de la puissance vitale vers l’organe congestionné, paraît être un phénomène essentiellement nerveux , ou s’opérer sous l’influence spéciale et directe de l’innervation. On est parvenu à provoquer la menstruation chez les filles ou à la rétablir quand elle était supprimée , par le moyen de courans électriques ou galvaniques , dirigés des lombes vers les pubis , et par conséquent de l’origine des nerfs de l’utérus vers leur terminaison dans cet organe. Sans doute que ce moyen n’a eu d'efficacité que dans les cas où l’absence de menstruation dépendait du défaut de mouvement fluxionnaire. Il conviendrait donc dans certains états d’inertie utérine présumée, ou quand, par quelque aberration de la nature, le mouvement fluxionnaire est dirigé vers des parties qui ne sont point destinées à servir d’émonctoire menstruel , je veux dire dans les cas de déviation des règles. Ainsi on rappelle ou on réveille par ce moyen la fluxion ou le molimen menstruel, condition première de raccomplissement de cette fonction. Peut-être devrait-on espérer d’heureux résultats de l’association de ce genre de médication dans la chlorose, à ceux généralement employés.
ENGGRGEMENS DE LA MATRICE
li serait aussi important que curieux d'expérimentér si^ dans les cas de fluxions utérines anormales , on ne pourrait pas les détourner, en dirigeant des courans électriques ou galvaniques en sens inverse de ceux employés pour exciter ces fluxions.
N’est-ce pas à peu près de cette dernière manière qu'agissent les impressions morales, qui, éprouvées à l’approche de la menstruation ou durant son cours, arrêtent brusquement les règles , ou préviennent leur apparition P
N’est-ce pas dans les cas où l’aménorrhée dépend du défaut de mouvement fluxionnaire vers l’utérus, et dans ces cas seulement, que conviennent les médicamens appelés emménagogues excitans, dans lesquels on a cru reconnaître la propriété plus ou moins spéciale de provoquer les congestions utérines, tels que la rue , la sahine, la matricaire , etc. ?
Le second temps ou élément de la congestion utérine est l’engorgement lui-même, déterminé, avons-nous dit , par l’abord et la rétention des fluides , et notamment du sang qui se trouve poussé ou entraîné dans le parenchyme utérin par le mouvement fluxionnaire, mais qui ne paraît pas dépasser les limites du système vasculaire. Cet engorgement , variable dans son volume, peut être porté à un degré extraordinaire. Il y parvient tantôt lentement, comme quand il résulte du défaut de flux menstruel , le mouvement fluxionnaire n’en ayant pas moins lieu • tantôt rapidement, et ceci s’observe surtout à la suite de l’accouchement; ce qui' est, du reste, facile à concevoir. On voit quelquefois alors la matrice acquérir en peu de temps le volume qu’( lie présenterait au quatrième ou cinquième mois de la grossesse ou son col former dans le vagin une tumeur qui dilate et remplit ce canal. Cet engorgement, avec augmentation modérée delà consistance des parties, sans autres douleurs que celles qui de temps en temps se manifestent à l’occasion des contractions de l’organe, ne doit pas être confondu avec celui résultant d’une métrite aigue: il s’en distingue par l’absence de plusieurs des signes propres à cette dernière affection, tels que la sensibilité plus grande et les phénomènes généraux indiquant un travail inflammatoire, etc. , et parce que dans celle-ci encore le développement
PAR CONGESTION SIMPLE
de la matrice est bien moins prompt et moins considérable que dans le cas de simple congestion. L’engorgement puerpéral simplement congestif, est pour ainsi dire passif, c’est-àdi re résultant du défaut de résistance que le système capillaire et le tissu utérin opposent à l’abord du sang. Dans l'inflammation , il y a un véritable travail actif local, une exagération de la circulation capillaire. Dans le premier cas , le sang est poussé dans l’organe; il y est comme attiré dans le second.
L’engorgement par congestion de l’utérus, outre son développement spontané aux époques menstruelles et après la délivrance , est produit par une foule de causes qui , pour la plupart, agissent d’abord en excitant le mouvement iluxionnaire. Signalons à ce sujet une remarque essentielle :
Toutes les fois qu’il s’est manifesté dans l’économie une tendance naturelle ou pathologique à un mouvement fluxionnaire vers un organe, ce'sera ce mouvement fluxionnaire électif ou prédisposant que provoqueront toutes les causes susceptibles de développer d’une manière générale dans l’économie un surcroît d’activité vitale anormale marqué par l’augmentation ou l’excitation de l’innervation, et l’exagération consécutive ou concomitante des mouvemens circulatoires. Est-ce le poumon qui, par son organisation ou plutôt par suite de l’impulsion vitale cpd lui a été originairement imprimée , se trouve prédisposé aux fluxions et congestions dont l’hémoptysie et plus tard la phthisie sont les résultats? On voit alors ces affections être excitées par les émotions morales violentes ou concentrées, un exercice violent, l’usage des excitans, des stimulans alimentaires ou médicamenteux, etc. , circonstances qui seront sans effets locaux sur mille autres individus, ou provoqueront une fluxion hémorroïdale chez celui-ci, l’apoplexie chez celui-là , etc.
Chez les femmes qui ont atteint i’àge de la puberté, ce sera vers l’utérus que se précipitera le mouvement fluxionnaire et congestif, sous l’influence des mêmes causes.
Outre ces causes générales ou communes , il en est qui sont particulières à l’espèce d engorgement qui nous occupe, savoir, quelques excitans spéciaux , comme la rue . la sabine , etc. ,
ENGORGEMENS DE IK MATRICE
et les excitans propres des organes génitaux, le coït, la mas» turbation , etc. Enfin, d’autres causes ne provoquent ces engorgemens et n’en favorisent le développement quen agissant de manière à empêcher le flux sanguin local qui sert , dans les cas normaux, de crise naturelle à la congestion, tout en ne s’opposant pas au mouvement fluxionnaire qui pousse ou attire incessamment de nouveaux fluides dans l’organe congestionné. C’est ainsi qu’agissent le froid ^ les émotions morales vives, l’usage intempestif des astringens aux époques menstruelles et après l’accouchement. Là les règles sont supprimées, ici ce sont les lochies; dans les deux cas, l’engorgement congestif persévère ou même augmente des fluides qu’y pousse le mouvement fluxionnaire persévérant. Dans les cas de grossesse extra-utérine, l’utérus prend un développement remarquable, sans qu’il y ait maladie de cet organe; il est évidemment dû à un état congestif et non à une hypertrophie, comme on l’a dit.
Les symptômes de l’engorgement congestif de la matrice sont à peu près les mêmes , mais à un degré moindre que ceux de la métrite. Sentiment de gonflement, de tension ou de pesanteur dans le bassin; douleurs lombaires , sacrées et inguinales; douleurs utérines par accès plus ou moins fréquemment répétés et prolongés, pendant lesquels il semble que la matrice se contracte violemment pour exprimer le sang qui l’engorge; douleurs particulières désignées par les noms de coliques ou crampes utérines, de ténesmes utérins, et enfin de tranchées. Ces douleurs sont parfois tellement violentes, que les malades sont obligées de se tenir fortement courbées en avant pendant leur durée. Cependant la pression, ainsi que le toucher, constatent l’insensibilité des parties engorgées , du moins dans l’intervalle de ces tranchées, au contraire de l’engorgement par inflammation, qui est le siège de douleurs plus violentes ou d’une sensibilité constante. Un phénomène remarquable, commun à toutes les congestions actives avec ou sans hémorragies, est le battement très-prononcé autour du col des artères utérines , qui paraissent plus développées que dans l’état normal.
PAR CONGESTION SIMPLE
Les phénomènes généraux, tantôt nuis, d’autres fois trèsprononcés, portent sur le système nerveux et circulatoire: de là , des névroses variées, etc. ; de là , fièvre , état général alors rare*, ou qui ne dure que peu de temps. Nous devons noter la tuméfaction des mamelles dans le début de beaucoup de maladies utérines, surtout phlegmasiques ou congestives, plié» nomène qui contribue à en imposer pour un commencement de grossesse , avec des signes d’avortement imminent.
Dans les congestions normales des époques menstruelles ou des suites de l'accouchement , la nature tend à dégorger la matrice du sang qui la congestionne, par un flux proportionnel. Si, après la cessation de celui-ci, un peu d'engorgement reste, il ne tarde pas à disparaître par le fait de la cessation du mouvement fluxionnaire , qui laisse libre le retour des fluides dans la circulation générale. Cette dernière circonstance suffit souvent seule pour permettre la résolution spontanée de l’engorgement par congestion , lorsqu’un obstacle quelconque s’oppose à l'établissement du flux naturellement destiné à résoudre cet engorgement. Les préludes de la puberté en offrent assez fréquemment des exemples, alors que l’utérus, devenu centre de fluxion et plus perméable à l’abord du sang, n’est pas encore organiquement disposé à le laisser échapper hors de ses vaisseaux. Cependant la répétition ou la persévérance de ces fluxions sans leur résultat naturel, le flux menstruel, finissent par établir un état congestif permanent susceptible d’augmenter aux époques subséquentes.
Les résultats immédiats de ces engorgemens sont : i° En augmentant le poids de la matrice, de disposer à son déplacement. Les descentes de matrice par engorgement de cet organe s’observent même chez des femmes qui n’ont pas eu d’enfans ; 2° de devenir un obstacle au retour ou à l’établissement futur du flux menstruel; 5° d’être cause d’infécondité, mal à propos attribuée au fait seul de l’aménorrhée considérée comme état pathologique essentiel, bien qu’elle ne soit que secondaire ou symptomatique, au moins dans un grand nombre de cas.
L’engorgement par congestion passe facilement à l’état de
ENGORGEMENT DE LA MATRICE
phleginasie chronique, et de là en des transformations organiques plus profondes. Des exemples en ont été rapportés dans la première partie de cet ouvrage.
Cette affection sert souvent de prodrome aux métrites aigues ou chroniques, aussi bien qu’aux congestions hémorragiques j quand elle existe, il n’est, besoin que de faction de causes bien légères pour développer l’inflammation ou exciter des pertes sanguines.
Cette affection , tant quelle est simple ou récente , ne laisse que peu ou point de traces cadavériques ; les fluides engorgeans n’ayant pas dépassé les limites de leur système vasculaire , doivent rétrograder et l’abandonner au moment de la cessation de la vie.
Traitement de V engorgement par congestion sanguine de l’utérus. - — - La première et la plus essentielle des indications que réclame ce genre de maladie est d’arrêter le mouvement fluxionnaire , soit en éloignant les causes qui font provoqué ou l’entretiennent , soit en l’appelant vers d’autres légions , le détournant vers d’autres parties au moyen des saignées dérivatives faites par la lancette, les sangsues ou les ventouses ( Mulieris menstrua si velis cohibere , cucurbitam quant maximum ad mammas apporte, flipp., sec. Y, aplior. 5o), et par les irritans appliqués plus ou moins loin de l’organe congestionné.
Cette première indication, qui a pour but de prévenir, d’arrêter ou de détourner le mouvement fluxionnaire, convient^ i° dans les cas de congestion accidentelle ou menaçant de s’établir bois des époques physiologiques * i° à ces époques mêmes, quand la fluxion et la congestion portent le cachet pathologique par leur violence ou leur prolongation 5° avant ces époques , quand la matrice, par suite d’un vice quelconque d’organisation que fart 11e peut corriger, n’est pas apte à se débarrasser par un flux sanguin des fluides que le mouvement menstruel y amène : on détermine alors une sorte de flux ou de fluxion supplémentaire artificielle.
Ainsi qu’il a été dit, il suffit souvent de la cessation spontanée ou provoquée du mouvement fluxionnaire, pour que l’engorge-
PAR CONGESTION SIMPLE
ment qu’il avait oecasionnése dissipe ensuite sans autres moyens.
Dans le cas contraire, il faut aviser aux moyens de produire la résolution ou le dégorgement d une manière plus directe. L’établissement d’un flux sanguin local , qui est le mode le plus naturel de terminaison de ce genre d'engorgement, doit être favorisé par l’usage des moyens appropriés à ia nature » des obstacles qui s’opposent à rétablissement du flux. Y a-t-il rigidité trop considérable de tissu , et, par suite , imperméabilité des bouches exhalantes, comme aux premiers temps de la puberté? on a recours avec avantage aux bains locaux , aux boissons relâchantes, aux applications émollientes,, etc. La rétention du flux tient-elle à l’état nerveux ou spasmodique? on associe aux moyens précédens les médications sédatives , antispasmodiques, etc. Dans les cas de congestion douloureuse , et alors cpie la nature semble faire de pénibles efforts pour provoquer le dégorgement par le flux, on a expérimenté et nous avons constaté l’efficacité de l’ammoniaque ou de son acétate (esprit de mendererus).
Enfin , on supplée à ce flux par les sangsues appliquées immédiatement sur l’organe engorgé , quand cela est praticable , comme, par exemple , à la suite de l'accouchement.
Les observations d’engorgemens par congestion que j’ai rapportées dans la première partie de ce travail offrent des exemples de l’application de ces règles de thérapeutique 3 elles me dispensent d’en reproduire ici.
L’engorgement corigestif est souvent entretenu par une sorte d’état atoniquc de l’utérus ; il indique l’emploi des astringens, ou mieux encore dhme substance qui a sur cet organe une action tonique élective ou spéciale. On a en effet expérimenté que le seigle ergoté, dont nous aurons plus loin occasion de faire valoir les avantages dans les états fondamentalement analogues à celui dont il est ici question, réussit à en opérer très-promptemcnt la résolution.
Nous emprunterons aux Annales universelles de médecine de Milan plusieurs faits confirmatifs (1).
( 1 ) De V usage cîu seigle ergoté dans la métvorrhagie utérine , etc. , par les docteurs Pagrnui et Pignaeca, tracî. de f it. par le docteur Cliambeyron.
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
52e OBS. — - Mme R... a eu six accouchemens heureux ; elle éprouva à la suite du dernier une suppression de lochies , avec frisson , fièvre , douleurs dans tout le ventre et plus spécialement aux régions hypogastriques et iliaques , avec sentiment de pesanteur dans le vagin et sur l’anus. Les douleurs et la fièvre cèdent au traitement antiphlogistique ordinaire. Deux jours après la suspension du traitement , fondée sur la guérison présumée , les symptômes reparurent sans cause connue. [Sangsues j huile, de ricin, tamarin.) Nouvelle suspension et des accidens et du traitement, nouvelle rechute. On prescrit alors un gros de seigle ergoté divisé en huit doses , à prendre de deux heures en deux heures ; on le répète de temps en temps, et tous les accidens s’évanouissent définitivement.
53e OBS. • — • Mme N..., parvenue à l’âge critique , est prise d’une métrite lente. Les émissions sanguines et les laxatifs avaient été employés avec quelques amendemens momentanés. Le seigle ergoté, administré comme dans le cas précédent , eut un aussi heureux succès.
54e OBS. — Mme F... N... est affectée, à la suite d’un accouchement, d’une métrite, qui cède aux moyens ordinaires. Elle redevient enceinte peu de temps après, et accouche à terme à la suite cl’un travail assez long. Vers le cinquième jour, douleurs vives d’abord aux lombes et s’étendant ensuite aux régions iliaques et pubiennes, avec pesanteur dans le vagin; envies fréquentes d’uriner et d’aller à la selle. Comme il n’existait aucun signe de pléthore générale, on omit les saignées, et les accidens se dissipèrent sous la seule influence du seigle ergoté , de la diète et du repos.
55e OBS. — Maria P. est accouchée par le forceps après un travail laborieux ; depuis, elle fut sujette de temps en temps à
des inflammations de matrice. Au mois de juillet 1828, cinq ans environ après cet accouchement , elle ressentit des douleurs vives, qui de la région hypogastrique s’étendaient aux aines, aux lombes et aux cuisses : toutes ces régions étaient sensibles au toucher. « La saignée, dit l’auteur, ne me parut pas « nécessaire; car je pensai qu’il s’agissait non d’une métrite , « mais d’une affection qui s’en rapproche , je yeux dire d’une
PAR CONGESTION SIMPLE
« congestion utérine , et que l'organisme n’avait pas encore « subi cette modification particulière qui constitue la phlo- « gose ; je résolus , en conséquence , d’essayer le seigle ergoté. » Le soulagement fut tel , que la malade , dès le troisième jour, abandonne tout traitement , reprend ses occupations domestiques , et se remet à son régime ordinaire , sans en excepter le vin. De là, rechute avec signes de véritable état inflammatoire. Après les premières saignées, on revint au seigle, qui cette fois fut sans action avantageuse la maladie céda, mais après un traitement antiphlogistique prolongé.
Cette dernière observation prouve que l’on ne doit compter sur les bons effets du seigle ergoté , dans les cas d’engorgemens sanguins de l’utérus , que quand ils portent le caractère de congestion ; ce médicament pourrait être au contraire préjudiciable dans la métrite. On remarquera aussi que dans la plupart de ces cas où le seigle a réussi, les congestions s’accompagnaient de douleurs indiquant les efforts alors insufïisans que faisait l’utérus pour se débarrasser du sang qui l’engorgeait M. Paulydit que le seigle ergoté, administré à la dose de cinq à six grains par jour, lui a parfaitement réussi à déterminer l’apparition des règles en cas d’aménorrhée, lors même qu’il y avait engorgement.
D’autres excitans ont été préconisés contre ces aménorrhées, le plus ordinairement dues à un engorgement ou avec coïncidence de cet état. Ainsi on a employé les préparations ferrugineuses et iodées,; le cyanure d’or à la dose de trois grains dans huit onces d’eau alcoolisée , mélange dont on administre une cuillerée à café matin et soir, quinze jours avant l’époque menstruelle, en augmentant d’une cuillerée semblable tous les jours. (Canon Duvillards, Bullet. thérapeutique , octobre 1 855. )
L’aconit a eu des succès analogues entre les mains de M. le docteur West de Soult. Il donne l’extrait aqueux à la dose d'un grain, qu’il augmente graduellement.
M. Amusât propose l’application d’une petite pompe à ventouse sur le col même de l’utérus.
Le professeur Mesnier, de Strasbourg, a préconisé dans les
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
cas tle règles douloureuses et difficiles, l’acétate d'ammoniac que à la dose de quatre à sept gouttes répétées trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures.
M. Patin ( Mém . sur Agricult etc. du département de l’Aube , 2e trimestre 1828) a étendu l’usage de ce médicament, dont il regarde l’action comme sédative, aux dysménorrhées douloureuses et symptomatiques d’une lésion grave de la matrice.
Nous avons aussi employé avec succès l’ammoniaque de la manière suivante :
% am. liq. gouttes, 4-8 ; sirop de sucre, % i j ; à prendre par cuillerée à café dans une petite tasse d’infusion de feuilles d’oranger.
Toutes ces médications actives ne sauraient convenir aux constitutions fortes , aux tempéramens irritables et sanguins , ni dans le cas d’état pléthorique général, à moins quon 11’ait d’abord prédisposé le sujet à leur emploi par l’application des règles rationnelles précédemment indiquées.
B. Engorgemens congestifs avec hémorragie. — Un certain nombre des cas rapportés par les auteurs à la métrorrhagie, à la ménorrhagie, aux pertes utérines, considérées comme entités morbides, appartientà cette espèce d’engorgement, qui pourrait encore être appelé engorgement mou, par opposition cà la plupart des autres engorgemens chroniques de l’utérus , dont la dureté forme l’un des caractères constans et le plus appréciable.
Cet engorgement se développe de la même manière que le précédent, et reconnaît les memes causes ; comme lui , il résulte d’un mouvement fluxionnaire , mais excessif et surtout prolongé; comme lui , il consiste dans la pénétration du tissu utérin par une surabondance de sang; mais il en diffère en ce qu’il s’accompagne d’un flux sanguin , qui , malgré son abondance et sa persistance , ne diminue en rien la congestion; au contraire, l’engorgement tend, malgré ce moyen spontané de dégorgement, à faire des progrès et à subir des altérations particulières que nous ferons connaître.
A juger de la fréquence de l’engorgement mou et hémorragique de la matrice par le grand nombre de fois qu41 s’est offert à mon observation , je serais étonné de ne pas le trouver
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mentionné dans les auteurs, du moins d’une manière spéciale*, et méconnu ordinairement parles praticiens, si je ne savais qu'on ne s'attache généralement qu’aux phénomènes appareils , et qu’on ne se donne pas la peine de chercher, dans l’état des organes qui fournissent ces phénomènes , l’altération essentielle ou fondamentale dont ils ne sont très-souvent que des effets ou des symptômes secondaires.
En effet, l’affection dont il est ici question a pour symptôme constant l’écoulement par la vulve d’un sang variable pour la consistance et la couleur, selon la période de la maladie, écoulement presque toujours continuel, mais avec des redoublemens plus ou moins fréquens.
Or, le médecin appelé auprès d’une femme en proie à des pertes utérines, ne voit que l'hémorragie , la considère comme étant ou constituant toute la maladie, hors les cas cependant où le flux est le résultat des progrès d’un ulcère cancéreux évident et avancé. En conséquence, un traitement plus ou moins rationnellement basé sur ce diagnostic est adopté • voyons les résultats.
Quelquefois la perte est arretée, mais bientôt elle se reproduit plus violente et plus tenace, et finit par résister à faction des moyens qui d’abord avaient paru la combattre avec avantage. Se décide-t-on alors à examiner l’organe d’où partent ces hémorragies, on reconnaît un engorgement qui, par ses progrès , a pris un caractère grave et revêtu des formes inquiétantes. Dans le principe, on pouvait espérer la guérison de l’engorgement ; il est trop tard maintenant : à la place d’une simple congestion sanguine, on a une espèce particulière d’affection cancéreuse , qui elle-même , ma! appréciée , a été confondue avec d’autres. C’est un fongus pour les uns ; pour d’autres, c’est soit un squirre brun ramolli, soit un carcinome, etc. (Voy. Cancer mon.}
Dans un non moins grand nombre de cas analogues , le traitement antimétrorrhagique , employé de prime abord , fait succéder aux pertes utérines d’autres signes dénotant une phlegmasie plus ou moins aiguë : c’est ce qui résulte surtout de remploi des astringens , soit directs, soit indirects. Le (îux
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
sanguin est arrêté , à la vérité, sous leur influence* mais la fluxion et la congestion n’en persistent pas moins : l'engorgement fait des progrès sous forme de pldegmasie chronique. En serait-il ainsi si l’hémorragie eût été essentielle P Ainsi donc, alors meme que l’on s’est rendu complètement maître de l’hémorragie, on n’en est pas plus avancé* bien au contraire : on a fait disparaître un symptôme , mais on a de moins un indice lumineux d’une affection qui , continuant à marcher dans l’ombre , mène sourdement à de funestes terminaisons.
Telle est la ténacité des idées adoptées , telle est la difficulté de changer de direction quand on a pris l'habitude de suivre
une marche vicieuse , que, malgré une funeste expérience qui se répète à chaque instant , on se laisse entraîner dans les mêmes erremens.
Comme tant d’autres , j’ai sacrifié à la commune routine; mais bientôt , désireux de m’éclairer sur les maladies de l’utérus, j’ai résolu de ne donner aucun conseil ni de n’entreprendre aucun traitement de maladies propres aux femmes sans m’être, au préalable , assuré de Tétât de cet organe , et sans avoir recherché, par un examen scrupuleux, si les phénomènes morbides pour lesquels j’étais consulté étaient essentiels ou symptomatiques de quelque affection des organes génitaux.
C’est à cette ferme détermination , contre laquelle j’ai bien rarement trouvé les scrupuleux obstacles que les praticiens allèguent comme excuse de n’avoir pu ou osé soumettre les malades à une investigation nécessaire , que je dois et les notions que j’ai acquises sur les nombreux et différens genres des maladies chroniques de l’utérus, et les succès que j’ai souvent obtenus dans leur traitement.
C'est en suivant cette marche, qui seule promet des résultats précieux pour la science et l’humanité, que j’ai particulièrement pu constater que le plus grand nombre des pertes utérines, communément considérées comme essentielles, ne sont que symptomatiques d’un engorgement spécial, tantôt partiel, tantôt de la totalité de î utérus, ou affectant isolément son col , ou même une de ses lèvres.
Que l’on remonte à l'origine des affections cancéreuses qui
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fatalisent îe retour d’âge des femmes, on verra qu’un certain nombre de ces maladies ont débuté par des pertes utérines, lesquelles ont été traitées, sans plus ample examen, comme hémorragies essentielles. Comment alors s’étonner de l’ineffi-' cacitédes traitemens employés en conséquence, et de la marche des maladies hémorragiques vers des dégénérescences cancéreuses mortelles ?
Toutes les fois donc qu’un flux sanguin a lieu par la vulve, hors du temps, au-delà delà durée ou du degré d’intensité normal , l’exploration de l’utérus est indispensable pour établir un diagnostic certain sur le caractère essentiel ou symptomatique de l’hémorragie.
Les engorgemens de l’utérus , par congestion avec hémorragie, présentent, dans leur marche plus ou moins rapide, mais en général chronique , trois périodes ou degrés.
Le type de la première période est donné par la congestion hémorragique des époques menstruelles, ou mieux encore , par celle qui succède à l’accouchement. Les effets locaux et généraux de l’engorgement sont les mêmes que dans les cas de simple état congestif, si ce n’est qu’il y a de plus ici îe flux sanguin. Ainsi augmentation plus ou moins considérable du volume de la matrice en totalité, ou de son col exclusivement j couleur rouge plus ou moins foncée j orifice utérin agrandi en proportion de l’engorgement. La consistance du tissu utérin peut bien ne paraître pas changée, mais en général il y a plutôt amollissement d’autant plus marqué qu’on approche du centre de la tumeur.
L’hémorragie offre des redoublemens parfois inquiétans , et qui surviennent spontanément, ou sont le résultat de l’action de toutes les causes capables de précipiter le ^mouvement fluxionnaire , ou d’imprimer à l’organe une secousse mécanique. Ainsi la station droite prolongée, les secousses de la course, de la clause, de la toux, les efforts de la défécation, le coït et le toucher, augmentent la perte ou la provoquent si elle était momentanément suspendue.
L’engorgement augmente à la longue, mais sans jamais acquérir ce volume considérable, qu’il prend dans les cas de
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congestions sans hémorragie , et en même temps le ramollissement devient de plus en plus marqué; le col utérin parait d’un rouge plus foncé, et déjà il semble que le sang transsude de sa surface , comme par regorgement et par expression. C’est la seconde période , ou le second degré de la maladie.
Jusque là , les phénomènes généraux indiquent seulement la déperdition du sang , et sont en rapport d’intensité avec l’abondance, la durée ou la répétition plus ou moins fréquente des hémorragies. Ainsi décoloration progressive des tissus , perte des forces, tiraillement et sentiment d’allanguissement aux régions gastiique et précordiale; perte d’appétit ou bien faim insatiable, comme si la nature voulait exciter, par une alimentation abondante, à la réparation du fluide vivifiant incessamment perdu.
Répétons les caractères essentiels de ce genre d’engorgement : tuméfaction ^ ramollissement, couleur rouge plus ou moins foncée du coi utérin; écoulemens , par l’orifice, de sang variable en qualité, et exsudation , souvent appréciable, de fluide analogue par la surface de la tumeur. Ces écoulemens sont excités ou exaspérés par le toucher et la pression.
Ces signes patliognonomiqucs s’apprécient directement par le toucher et au moyen du spéculum.
Enfin arrive la troisième période , quelquefois après un temps très-court , d’autres lois lorsque l’affection a duré pendant plusieurs années aux premier et second degrés. La scène a changé alors.
Comme cette altération s’étend ordinairement au col de l’utérus, ou affecte cette partie seule , on obtient par le toucher et le spéculum les signes qui lui sont propres et qui la caractérisent. On trouve doue au fond du vagin, et s’avançant plus ou moins dans cette cavité, une tumeur formée par le col de l’utérus engorgé , d’un rouge brun; sa surface, qui paraît assez lisse à la vue, toujours enduite de lamelles de sang caillé, semble un peu inégale au toucher. En pressant cette tumeur, elle fait éprouver un sentiment très prononcé de crépitation , dépendant probablement du déplacement du sang à demi coagulé qui infiltre le tissu malade; en même temps on voit
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très-manifestement ce même fluide noir s’échapper de la surface de cette tumeur, comme si on l’exprimait d’une éponge.
A Couverture des cadavres, on trouve la partie altérée comme boursouflée, d’une couleur noirâtre, molle, friable, comme pulpeuse. Le parenchyme utérin est réduit en une masse de fila mens fibro-celluleux et vasculaires , se déchirant facilement et perdu au milieu du sang noir et coagulé qui s’y est infiltré; en un mot, cette altération présente une ressemblance exacte avec le tissu d’une rate engorgée et à demi putréfiée. Cette altération paraît marcher de la surface interne de la matrice à la surface extérieure, dans laquelle on trouve ordinairement encore une couche plus ou moins épaisse du tissu utérin non altéré. M.Pauly (i)cite l’observation d’une femme qui avait succombé à une métroi rhagie , et chez laquelle on trouva l’utérus entier transformé en un tissu sanguin érectile, ou fongus hématode. ( Spongoid . inflammation , de Bonis.)
Souvent on rencontre cette altération au milieu de parties présentant des traces d’inflammation , et environnée d’épanchernens purulens. La masse altérée est elle-même parsemée de petits foyers et infiltrée de pus, conjointement avec le sang noir.
Comment s’opère ce passage de l’engorgement cl un simple état congestif, dans lequel le sang engoue seulement le système capillaire, et qui constitue le premier degré de l’altération, aux deuxième et troisième degrés, dans lesquels le sang inonde les mailles et les interstices du parenchyme utérin? N’est-ce pas que le contact prolongé des fluides a affaibli les tissus , les a pour ainsi dire macérés et détruits, à l’exception de quelques parties de la trame cellulaire et musculaire? L’état naturel ou accidentel de relâchement, d’atonie du parenchyme utérin, devrait, s’il en est ainsi, favoriser le développement et les transformations de ce genre de maladie ; c’est en effet ce que prouve l’observation. On voit les engorgeinens hémorragiques affecter de préférence les femmes d’une constitution molle et d’un tempérament lymphatique;
(i) Loco citalo } p. 68.
ENGOKGEMENS DE LA. MATRICE
celles dont la matrice a été fatiguée par des accoueheniens nombreux et laborieux ; enfin celles dont les règles se faisaient remarquer par leur abondance habituelle , leur longue durée à chaque époque , et la fréquence de leur retour. C’est cette forme spéciale qu’affectent les cancers qui se découvrent et se développent avec tant de rapidité chez des femmes jeunes encore , à la suite d’un accouchement ordinaire. ( Voy. Obs. 56.)
Au retour d’âge, cette affection est favorisée par ces deux conditions : i° le retour ou la persévérance insolite du mouvement fluxionnaire ; 2° la perte de ressort , l’affaiblissement organique du parenchyme utérin , qui se laisse distendre , infiltrer par les fluides et le sang qui y précipite le mouvement fluxionnaire.
Avant d’arriver à la troisième période, l’engorgement hémorragique prend chez un certain nombre de femmes une autre marche. Le centre de l’altération, représenté par l’orifice et la surface interne de l’utérus , ramolli , macéré, détruit, se transforme en ulcère, présentant une couche plus ou moins épaisse, molle, putrilagineuse , dont les limites, frappées d’inflammation chronique , forment une base comme squirreuse. C’est alors qu’on trouve de la matière encéphaloïde infiltrée ou déposée en masses , et que souvent des portions de ce produit anormal se détachent et tombent mêlées au sang et aux autres produits de la désorganisation ulcéreuse.
Lorsque cette espèce d’engorgement, parvenu à la seconde période par un traitement astringent intempestif, est frappée d’inflammation, elle revêt tous les caractères du carcinome, et marche plus rapidement encore vers la désorganisation cancéreuse.
Des symptômes généraux viennent aussi déceler, par leur intensité ou leurs caractères spéciaux, l'existence de l'engorgement hémorragique parvenu à sa dernière période. A la décoloration générale et complète provenant des pertes excessives, se joint une teinte jaune paille, comme dans les affections cancéreuses ordinaires. Les veux sont comme éteints. La faiblesse est extrême; et cependant , les femmes qui , pour l’ordinaire, avaient beaucoup d’embonpoint, en conservent en-
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core les apparences. Mais une graisse ferme a fait place a une sorte de boursouflement général, qui masque le marasme des parties musculaires. Les chairs sont molles et flasques.
Le prognostic de l’engorgement hémorragique est très-grave quand la maladie est parvenue à sa dernière période • il n’y a plus alors de retour possible à l’état normal du tissu profondément altéré ou complètement détruit. Dans les deux premières périodes, le danger est subordonné à l’abondance des pertes utérines, qui peuvent être mortelles par leur violence foudroyante ou par leur prolongation. Mais on peut espérer une guérison certaine et solide , si on a recours à temps et convenablement à un traitement rationnel dont nous allons tracer les bases. \
Traitement de V engorgement hémorragique de V utérus. — Dans le premier degré ou la première période, il peut se faire que l’hémorragie , proportionnée à la congestion , amène d elle-même et sans autre secours la fonte de l’engorgement. On voit fréquemment le retour d’une menstruation abondante amener la cessation complète d’une congestion utérine, et la suppression dhmç hémorragie continue qui durait depuis longtemps. On voit parfois, après quelques accouchemens , l’utérus rester engorgé et fournir continuellement un flux de sang plus ou moins abondant. Au bout de six semaines, et quelquefois de plusieurs mois de cet état, une hémorragie abondante paràîtet signale le rétablissement de l’ordre physiologique.
Il suffit , d’autres fois , pour obtenir la délitescence , d’éloigner les causes cpii ont excité et qui entretiennent la fluxion utérine, ou de placer les femmes qui en sont affectées clans des conditions qui contrebalancent l’action de ces causes.
Enfin on oppose avec succès les mêmes moyens indiqués précédemment contre l’engorgement par congestion simple, savoir : les saignées dérivatives par la lancette , les sangsues ou les ventouses scarifiées, les sinapismes, etc.
Dans beaucoup de cas, les moyens agissant comme dérivatifs n’ont pasla puissance d’arrêter le mouvement fluxionnaire> qui semble précipiter vers l’utérus jusqu’à la dernière goutte du sang en circulation; ils ne peuvent rien sur l’état de relâ-
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
cliement dans lequel est tombe le tissu de la matrice* relâchement qui favorise l’abord et la pénétration d’une surabondance de fluide, et qui , par conséquent , tend à entretenir et l’engorgement et les perles consécutives. D’ailleurs le sang, devenant plus séreux à mesure qu’il s’épuise, a plus de facilité pour traverser le tissu congestionné et s’échapper au dehors. Ici les émissions sanguines ne seraient plus praticables sans danger. Une autre indication , seule ancre de salut, se présente:; elle a pour but de mettre ! utérus dans des dispositions telles que son tissu s’oppose à l'abord de nouveau sang , et reioule celui dont il est actuellement engorgé.
Je ne parlerai que pour en faire mention , de la compression de l’aorte abdominale , moyen qui peut convenir dans les cas d’hémorragie essentielle ou foudroyante , mais qui , outre les difficultés de sa Luise à exécution, ne suffirait qu'incomplètement dans les cas d’engorgement de L'utérus, puisqu’il ne pourrait rien contre celui-ci.
La matrice se refuse , par sa situation et sa mobilité, à une compression plus ou moins directe, qui d ailleurs ne serait pas sans de graves inconvéniens dans les cas qui nous occupent.
Vient donc alors 1 indication des médications toniques , astringentes et styptiques. L'emploi des astringens dans les pertes utérines demande une attention toute particulière. La plupart de ces médicamens semblent borner leur action astrictive aux bouches inhalantes, et l’étendre à peine jusqu’aux vaisseaux capillaires, ils peuvent donc bien faire naître des obstacles à l’extravasion du sang, supprimer l'hémorragie, mais ils ne sont pas toujours efficaces pour arrêter le mouvement fluxionnaire. La congestion augmente donc ou persévère nonobstant leur usage, l’engorgement n’en persiste pas moins ou tend même à faire de nouveaux progrès , ou si le sang qui le constitue trouve dans la résistance provoquée de certaines parties du tissu utérin un obstacle à son accumulation ou à son écoulement, il en résulte des réactions, d’où naît un état phlcgmasique souvent plus redoutable dans ses suites que la maladie primitive. On a de moins l’hémorragie ? on a de plus un engorgement congestif
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compliqué d’inflammation plus ou moins aiguë. 11 est, je crois, peu de médecins qui n’aient eu l’occasion de voir des symptômes de métrite aiguë se développer vers l’utérus, à la suite de l’usage des astringens employés dans l'intention d’arrêter des pertes utérines, non seulement quand les hémorragies n’étaient que symptomatiques , mais dans les cas memes où elles paraissaient essentielles. Aux observations que j’avais recueillies, j’en joindrai d’analogues, rapportées par d’honorables confrères depuis la publication de cet ouvrage.
Les astringens ne seront donc mis en usage , i° que quand on aura fait cesser ou détourné le mouvement fîuxionnaire par l’emploi préalable des moyens que nous avons dits être propres à remplir cette première et essentielle indication; 2° quand l'engorgement congestif et les pertes consécutives paraîtront plutôt entretenus par l’état d’atonie ou de relâchement du tissu malade, que par une circulation capillaire active, état présumable lorsque la maladie dure depuis un certain temps, et que l’abondance ou la continuité des pertjfes sanguines a occasionné un affaiblissement général. Sous rés conditions , on obtiendra les plus heureux effets des applications froides et astringentes ou stvptiques sur la f>eau par fomentations , douches, aspersions , ou jusque dans les organes génitaux par le moyen des injections; de l’usage intérieur de la racine de ratanhia en décoction, en poudre ou en extrait; de la noix de galles ; de l’alun; des acides minéraux, des préparations ferrugineuses et des eaux qui en contiennent , etc.
En réfléchissant à l’action spéciale que le seigle ergoté a la propriété d’exercer sur le parenchyme de la matrice; en tenant également compte des faits qui paraissent prouver que cette substance possède aussi la faculté d’agir à la manière des médicamens astringens sur les systèmes capillaire et inhalant, puisque par son emploi on a pu arrêter des hémorragies d’autres organes que de l’utérus , j’avais pensé qu’il pourrait convenir dans les engorgemens par congestion avec hémorragie de ce dernier organe. L’occasion de 1 éprouver sYst bientôt montrée , et ma présomption s’est trouvée confirmée. D’autres faits analogues publiés depuis dans les journaux de médecine,
tu
ENGORGEMENS 1)E LA MATRICE,
ne laissent plus de doutes sur les précieux avantages qu’offre eette singulière substance. J’en ai déjà rapportéprëcédcrnment quelques exemples. J'en rappellerai d’autres ci-après, ( Eoy. Obs. 6 ie et Suiv. )
Du reste , l’action du seigle , dans ces cas .. est très-facile à concevoir et à expliquer : en provoquant les contractions , le resserrement du tissu de l’utérus, il force les fluides qui l’engorgent à rentrer dans le torrent de la circulation * et ramenant cet organe à son état normal, il le met dans le cas de résister à leur retour.
Il nous reste à prouver par des faits les assertions qui viennent d’étre émises sur l'histoire génésique, pathologique et thérapeutique des engorgemens congestifs hémorragiques de la matrice.
56e OBS. Engorgement hémorragique suite de couches. — Ti -aitement ordinaire . — Désorganisation cancéreuse consécutive. — Marche aigue. — Mme Bleuet, fabricante de nécessaires, rue Beaubourg , 26 , brune d’une bonne constitution , accouche à l’âge de trente-cinq ans de son cinquième enfant, non» obstant trois ou quatre fausses couches qu’elle avait faites. Les lochies sont abondantes et paraissent au-delà du terme ordinaire, On espérait qu’au retour de l’époque menstruelle, après les six semaines, l’ordre se rétablirait. I! n’en fut pas ainsi. D’après le conseil de Mme Lamorie , sa sage-femme, je suis appelé deux mois et demi environ après la délivrance. La malade rendait toujours un sang noirâtre 3 l’utérus était un peu développé , son col l’était davantage et avait le volume d’un œuf de poule • il était peu résistant, saignait à la pression et avait son orifice assez large pour laisser facilement pénétrer le doigt. La surface de la cavité du col paraissait d’un tissu plus mou que l’extérieur de cette partie. Je conseillai un repos absolu , la saignée du bras. La malade ne voulut point se soumettre à cette opération , ni s’astreindre au premier moyen Quelques jours plus tard elle fit appeler M. le docteur S... qui, sur ses instances et sans examen, lui prescrivit, comme moyens propres à arrêter ses pertes, le ratanhia en lavement, en injection et en boisson, La métrorrhagie diminua , mais il survint
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des douleurs dans le bassin, dans les reins , de la fièvre, aeridens qui décidèrent enfin à reprendre mes avis, mais deux mois plus tard. Le col était plus volumineux à sa circonférence et conservait une mollesse crépitante à son centre. Il était d’un rouge brun foncé; il laissait exsuder un sang noir liquide et par petits caillots qui se mêlait à de la sanie roussâtre , et à quelques flocons purifonnes qui s’échappaient de l’orifice. La désorganisation était commencée. Je portai un prognostic grave qui fît désirer l’avis d’autres médecins. MM, Récamier, Lisfranc, Jobert, furent successivement appelés en consultation. Toute la partie interne du col ramolli tomba en putrilage et laissa un vaste ulcère anfractueux. Six mois après, la malade était arrivée au terme fatal , mais désiré par la violence des douleurs qui s’étaient déclarées et qui avaient été en augmentant malgré la variété des moyens employés. Cependant ici , comme dans la plupart des cas analogues, la rapidité de la marche funeste fut moins du fait des progrès et de l’étendue de l’altération, que des pertes abondantes qui ne cessèrent qu’à de courts intervalles,
57e OBS. Engorgement congestif hémorragique partiel variant de siège. — Mme G., âgée de quarante ans, à tempérament ardent du midi, ayant eu huit enfans, dont le dernier aurait onze ans , est depuis trois mois dans une perte continuelle, habituellement peu abondante, mais présentant souvent des redoublemens inquiétans. Ils sont accompagnés de douleurs dans le bassin , d’un sentiment de pulsations vers la région sacrée, isochrones à celles artérielles , d’un sentiment de pesanteur sur le siège et de besoins fréquens d’uriner. Le 21 janvier 1 855 je trouvai le coi utérin comme appliqué derrière les pubis et dans sa direction naturelle, comme si l’utérus avait été tout entier refoulé en avant. En effet, sa paroi postérieure était le siège d’un engorgement volumineux et s’étendant jusqu’au col , de manière que la lèvre antérieure, refoulée par la saillie de la postérieure, laissait l’orifice largement béant, ce qui permettait de toucher et de voir le relief que faisait l’engorgement. Les artères utérines battaient fortement autour du col à la hauteur où le vagin se réfléchit sur cette partie. Quelle était
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la nature de eet engorgement? Il ne présentait point la dureté dusquirre, ni de l’induration, ni meme la résistance d’un corps fibreux. Il était souple, compressible. En ajoutant à ces signes positils et négatifs les circonstances de la rapidité du développement d’un engorgement aussi volumineux , lequel ne paraissait pas remonter à plus de trois mois, les hémorragies habituelles, la facilité avec laquelle le toucher les exaspérait, je crus reconnaître un simple engorgement congestif. Cedi agnostie fut confirmé parles résultats du traitement. Sous l’influence des saignées dérivatives, du repos absolu, d’une position telle que le bassin était sur un plan plus élevé que le reste du tronc, des ventouses, etc., la métrorrhagie cessa , l'engorgement disparut, l’utérus reprit sa place ordinaire. La malade, se voyant guérie , ne tint pas compte des conseils que je lui donnai. Elle se livra bientôt à sa vie active habituelle; vers le milieu d’avril, les memes symptômes reparurent; ils lurent encore négligés jusqu’à la fin de mai que je fus appelé. Cette lois le col utérin était tout à-fait en arrière, et l’engorgement affectait su paroi antérieure. Les memes moyens thérapeutiques et hygiéniques eurent encore un aussi heureux résultat que la première fois. A la suite, l’examen le plus attentif ne me fit rien observer d’anormal dans la position et le volume de la matrice, qui reprit îecours deses fonctions. Maisl’oubli de précautions et faction des memes causes rappelèrent encore les hémorragies cjui ne cédèrent bientôt plus que pour faire place à un écoulement séio-muqueux plus ou moins coloré. Tout le corps de l’utérus s’engorgea; il acquit delà dureté, de la sensibilité, et devint le siège de douleurs sourdes. La malade, qui jusque là avait été, par suite d’affaires malheureuses , en proie à des chagrins , à des privations , etc. , changea de position , et cette circonstance, jointe à un retour plus exact et p'us suivi aux moyens recommandés, améliora l’état de la malade d’une m uiière extrêmement notable.
58e OBS. Engo g ment par congestion sanguine hémorragique , passant à l’état inflammatoire par l’usage intempestif ” des astraigens . — T> alternent plus rationnel. — Guérison.— La cuisinière en chef d’un restaurant , âgée de vingt-huit ans.
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petite, trapue et fortement constituée, avait toujours été bien réglée et n’avait pas eu d'enfant. Elle était obligée, par sa profession, de se tenir, une grande partie de la journée, debout et exposée à la chaleur brûlante de ses fourneaux. Au bout de sept à huit mois , ses règles sont abondantes et prolongées avec un sentiment de pesanteur dans le bassin : quelques jours de repos suffisent pour dissiper ces aceidens, et la malade reprend ses travaux. A dater de ce moment, les règles sont toujours abondantes , et reviennent dans l’intervalle des époques. Dans les six derniers mois , le sang paraît continuellement , mais en petite quantité, si ce n’est aux époques menstruelles , qui arrivent du 24 au de chaque mois; alors la perte est très-abondante et prolongée; cependant les forces tombent de jour en jour, la peau se décolore, le corps paraît néanmoins conserver son ancien embonpoint; mais les chairs, molles et comme transparentes , indiquent que la bouffissure a remplacé la graisse. Une hémorragie presque foudroyante se manifeste le 25 juin i826(quinze mois environ après le premier dérangement menstruel). Les yeux sont creux , la figure profondément altérée , le teint pale, si ce n’est les lèvres et le pourtour du nez qui sont d’un jaune sale; décoloration des caroncules lacrymales , des lèvres , de la langue et des gencives. Le pouls était fréquent et dur, la peau sèche et chaude; œdème des pieds et des paupières, nausées, vomissemcns des alimens. Le toucher renouvela l'hémorragie. Le col utérin était gonflé, mou , comme spongieux; son orifice, béant, était rempli de caillots sanguins; l’utérus, aussi engorgé, paraissait lourd; son fond pouvait être senti derrière les pubis.
Prescription. — Potion avec un demi-gros de racine de ratanhia, riz gommé, et un gros d’eau de rabel , -—applications de linges imbibés d’oxycrat froid sur la région hypogastrique.
26 juin. — L’hémorragie a diminué; il ne s’écoule meme plus de la vulve qu'une sérosité roussâtre. L’hypogastre est douloureux à la pression ; le toucher est devenu douloureux. Le col utérin est engorgé comme la veille, mais il est plus
ENGORGE MENS DE LA MATRICE
dur 3 douleurs dans les reins, céphalalgie, pouls serré, dur et fréquent : dans la matinée , les douleurs de bas-ventre deviennent insupportables. Je remplace la potion et la boisson astringente par une infusion tiède de fleurs de mauve, et les applications froides par des cataplasmes sur le bas-ventre. Néanmoins les douleurs persistent , la fièvre augmente , du délire se manifeste. Le soir, je me hasarde à pratiquer une saignée de bras de deux poèleües et demie environ 3 syncope suivie d’une sueur abondante. ( Continuation des cataplasmes , etc.) — - ■i'r] juin. Le ventre n’est plus sensible, mais la compression de l’utérus réveille des douleurs que la malade rapporte dans les reins 3 écoulement séreux par la vulve ; il n’y avait pas eu de selles depuis huit jours, et la saillie de l’S du colon, dans la région iliaque gauche , annonçait une accumulation des matières stercorales. Une once d’huile de ricin , prise en deux doses, débarrasse l’intestin. — 28 et 29, meme état. Le 5o , douleurs sourdes dans les reinS3 col de l’utérus plus engorgé et ramolli inférieurement3 écoulement d’environ deux cuillerées de sang 3 pouls élevé et dur. ( Saignée de deux poe lettes et demie.')
Ier juillet. — Ecoulement de sérosité à peine teinte ; col utérin réduit d’un quart 3 appétit. — 6. Le col a diminué de plus de moitié. On sent à peine le corps utérin derrière les pubis. — * ï 2 . L’utérus paraît revenu à son volume naturel 3 nul écoulement. 2,5. La malade s’est tenue levée une partie du jour précédent 3 elle a voulu marcher dans sa chambre. Aujourd’hui, elle se plaint d’un malaise général, de douleurs clans les reins 3 le col de l’utérus est redevenu plus gros 3 le toucher occasionne l’écoulement d’un sang clair et noir. Cette petite hémorragie continue les 26, 27 et 28. La malade se lève, descend quatre étages : quoique très-fatiguée , elle recommence le lendemain.
ier août. — U y a eu hémorragie la veille au soir 3 le pouls est dur, fréquent 3 l’utérus est plus engorgé. ( Saignée de 4 onces , repos au lit , régime léger.) — é\. Abattement général, pouls petit et faible, utérus engorgé, comme mollasse , et laissant échapper un sang noir et liquide sous la
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plus légère pression de son col. Je reviens à la potion avec l’extrait de rhataniaetlesirop.de quinquina; bouillon épaissi avec de la semoule. — 6. Tout écoulement a cessé ; le col de l’utérus est allongé et ferme.
À compter du 1 5 septembre , la matrice parut être revenue à son état naturel ; la malade reprit ses forces ? et bientôt elle put se passer de mes soins.
En 1826, ses règles diminuèrent, mademoiselle *** ressentait des douleurs dans les reins. Je trouvai le col de l’utérus un peu tuméfié. D’après mon conseil , elle quitta sa profession, se fit saigner, garda la chambre quelques semaines, et se trouva encore une fois rétablie.
Cette personne, en retrouvant son ancien embonpoint, n’a pas recouvré ses couleurs ; elle est extrêmement pâle et comme étiolée.
J’emprunterai à. mon ancien condisciple et ami le docteur Brachet , chirurgien de l’Hôtel-Dieu de Lyon , un fait qui vient ajouter un nouveau poids à ces remarques et aux observations sur lesquelles je les avais établies.
59e OBS. — Une ménorrhagie durait depuis quarante-cinq jours chez une femme âgée de trente-six ans. Une saignée de 6 onces est pratiquée au bras, afin de rompre la direction fluxionnaire qui s’opère sur la matrice. En même temps la racine de grande consolide et 12 grains d’extrait de ratanhia dans un julep sont prescrits. Au bout de deux jours, la perte est complètement arrêtée , mais la matrice devient plus douloureuse, et il s’v établit une inflammation bien caractérisée à laquelle on est obligé d’opposer les émissions sanguines et autres moyens antiphlogistiques. { Revue Méd. septembre 1 855 , p. 592).
60e OBS. Engorgement par congestion sanguine , avec hémorragie . • — Mme J***, âgée de trente-deux ans, d’un tempérament sanguin, ayant pour mari un homme très-ardent , éprouva une prolongation inaccoutumée de ses règles au mois de novembre 1827. Au mois de janvier suivant, perte abondante. Depuis lors , un sang plus ou moins séreux coule constamment en petite quantité.
ENGORGEMÊNS DE LA MATRICE
Les émotions morales, la fatigue, et surtout les approches conjugales, provoquent îles hémorragies, des douleurs lombaires, et un sentiment de ronstriction et de pesanteur dans le bassin. On néglige d’abord cet état maladif, puis on annonce qu’il est le préludé d'un cancer de la matrice, et qu’il y a peu d’espoir de guérison. Je vois la malade sur ces entrefaites, neuf mois après le début du dérangement de la menstruation, et j’obtiens difficilement la permission d’explorer l’organe affecté, parce que mon prédécesseur, me dit-on, n’avait pas eu besoin du toucher pour reconnaître la maladie et indiquer des traitemens ! ! ! Je trouve le col de l’utérus élargi , mais peu saillant dans le vagin* le doigt , promené à la circonférence de ce conduit, sent le corps de l’organe renflé comme au troisième mois de la grossesse* appliquant en même temps la main gauche sur la région hypogastrique , pour saisir l’utérus entre elle et le doigt explorateur, je m’assure que cet organe est plus que doublé de volume en hauteur. Cette exploration fut douloureuse , et produisit un écoulement de sang pur de l’orifice qui était élargi sans être béant.
Malgré des pertes continuelles et répétées, Mme J***, d’un teint naturellement très-coloré, avait conservé des couleurs en plaques sur les joues,* mais les lèvres, le nez, étaient d une pâleur jaunâtre, pouls fréquent et fort. ( Saignée de i Q onces . — Repos absolu, dicte . - — Limonade .) Répétition de la saignée Se cinquième jour.
Je me disposais à aller voir cette dame le neuvième jour, lorsque je la vis arriver chez moi, pâle, défaite, fatiguée, mais me disant que ses pertes étaient arrêtées , qu’elle ne soufflait plus, et quelle espérait qu’avec des ménageinens elle pourrait maintenant se passer de mes soins. Je trouvai le col de l’utérus plus saillant, moins épais ^ moins douloureux^ mais l’organe n’avait pas entièrement repris son volume ordinaire; le toucher produisit même un léger écoulement de sang. Malgré mes instances, je ne pus obtenir de la malade qu elle se soumît du moins au repos. Mais plus tard le retour des accidens l’obligea à reprendre le lit, où je pus la maintenir pendant près de six semaines. Trois saignées furent faites «
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dans cet intervalle ; depuis lors les menstrues ont repris leur cours avec leur modération habituelle.
61e OBS. Engorgement utérin hémorragique . — - Suite de couche. — Heureux effet du seigle ergoté. — Le sujet de cette observation est une fruitière âgée de vingt-neuf ans. Il y avait huit mois qu'elle était accouchée de son second enfant , et depuis elle était constamment mouillée par un sang clair, et tourmentée par des douleurs sourdes dans le bas des reins, des tiraillemens d’estomac, des besoins factices et des digestions pénibles. Tous les dix ou douze jours, le sang venait en plus grande abondance. Cette femme , malgré la faiblesse progressive dans laquelle la jetait cette perte continuelle , s’occupait toujours de son petit commerce j une hémorragie plus abondante et plus prolongée s’étant manifestée, l’obligea à garder le lit. Elle y était depuis quatre jours quand je fus demandé. La perte commençait à se modérer : il y avait décoloration et amaigrissement général - le pouls était fréquent , modérément dur et ondulent. Urine et selles dans l’état ordinaire. Je procédai à l’examen de l’utérus; son col, tuméfié, occupait largement le fond du vagin , mais il était mou , comme spongieux , et le contact du doigt suffit pour exciter un plus grand écoulement de sang; il était peu douloureux; l’état de maigreur et le relâchement des parois abdominales me permirent de sentir le corps de l’utérus au-devant de l’angle sacro-lombaire ; il avait le -volume d’un oeuf d’oie, et paraissait peu douloureux. {Repos. — Rouillons légers . - — Eau de riz. )
L’hémorragie cesse , mais l’écoulement de sang clair continue ; le huitième jour, l’état de l’utérus a peu chan gé. Je fais suspendre deux gros de seigle ergoté, finement pulvérisé dans quatre onces d’un véhicule édulcoré, dont la malade prend une cuillerée toutes les deux heures. Le lendemain tout écoulement avait cessé. Je ne pratiquai néanmoins le toucher que trois jours après , dans la crainte de rappeler l’hémorragie; le col de l'utérus était alors plus ferme et réduit de plus de moitié. Deux potions au seigle ergoté avaient été consommées , une troisième fut administrée par cuillerée toutes les quatre heures. ( Potages légers .) Le col de l’utérus s’allonge
EKGORGEMENS DE IA MATRICE
et s’amincit, le fond de l’organe n’est plus perceptible au toucher par lliypogastre. Comme le mouvement fébrile continuait sous forme intermittente, que l’estomac refusait les alimens, je remplaçai le seigle ergoté (8e jour) par dix grains de sulfate de quinine dans la potion , et je permis de rougir la tisane de riz avec un peu de vin. La fièvre fut arrêtée. Les forces se remontèrent, et les règles ne reparurent que deux mois après , dans les proportions ordinaires.
Je rapprocherai de ce fait d’autres observations recueillies en Italie (i), qui viennent confirmer tous les avantages que l’on peut espérer de l’administration du seigle ergoté dans les congestions hémorragiques de l’ utérus.
62e OBS. — Mlle R. N. était très-irrégulièrement menstruée : il y avait suspension pendant deux ou trois mois , ou bien le sang paraissait à des époques très-rapproebées , tantôt en petite quantité , tantôt avec abondance et sous forme d’hémorragie qui durait une huitaine de jours.
Au commencement d’août 1827, les règles, qui étaient suspendues depuis deux mois, parurent avec abondance et persévérance, avec douleurs du ventre et des lombes. Une saignée générale, suivie de l’usage successif de î’ipécacuanba , du nitre, de l’infusion de roses avec l’acide nitrique, de la millefeuille , etc., ne produisirent aucun effet. On prescrivit alors trois gros de seigle ergoté, divisés en vingt-quatre doses , et qui , pris en deux jours , rirent cesser tous les accidens.
63e OBS. • — Catherine Chiesa , âgée de vingt-quatre ans, accouche heureusement de son quatrième enfant. Au bout de huit jours, cessation des lochies, qui sont remplacées par un écoulement muqueux , parfois sanguinolent; il augmenta graduellement, des caillots de sang s’y mêlèrent. La malade fut en proie à rinsomnie, à la faiblesse , à la perte d’appétit ; elle ressentit des douleurs violentes dans les lombes , à Ihypogastre , aux aines et à la partie interne des cuisses. L’auteur attribua ces accidens à une inflammation lente de l’utérus. Un gros de seigle ergoté fut administré sans autre préambule, à la
(1) Loqq citaio .
CON GESTIONS HÉMORRAGIQUES.
dose d’un gros en huit portions , dans les vingt-quatre heures. Les premières doses firent cesser les douleurs et diminuer la métrorrliagie , qui disparut complètement après la huitième. Une seconde dose fut donnée de la meme manière pour confirmer la guérison , qui depuis lors n’a pas été un seul instant douteuse.
64e OBS. — - Mme N., obligée par sa profession d’ètre debout et de faire beaucoup de inouvemens pendant une grande partie de la journée , souffrait depuis quinze jours d’une récidive de métrorrliagie ; le sang quelle rendait était d’un rouge intense, en partie fluide , en partie grumelé ) douleurs aux lombes , à l’hypogastre , aux aines , aux régions iliaques \ sentiment de torpeur dans les extrémités inférieures^ et affaiblissement musculaire. Régime végétal et sévère. Trois gros de seigle ergoté produisirent les effets les plus salutaires , et le quatrième acheva la cure.
65e OBS. — Judith Massana , âgée de trente-six ans , avait eu cinq accouchemens heureux. Dans le sixième, qui eut lieu au huitième mois de la grossesse, on fut obligé de faire la version de l’enfant. Rien de particulier pendant un mois. Dès lors les règles paraissent tous les quinze jours et en durent quatre. Judith se crut enceinte : mais à la fin de février 1828 , et à la suite de quelques douleurs au ventre , aux aines , au pubis et au sacrum, il se fit par la vulve un écoulement de sang fluide et pâle, qui bientôt, augmentant de densité et de quantité , présenta des caillots d’un rouge intense. Après un mois de l’emploi inutile de la saignée et de divers remèdes, l’exploration faite le 5o mars montra l’orifice de l’utérus béant, gonflé , variqueux. On administre' un demi-gros de seigle ergoté en deux doses , et autant le lendemain et les jours suivans. Dès le 5 avril , la guérison était complète.
66e OBS. — Le sujet de cette observation est une femme de vingt-huit ans qui, à la suite d’excès vénériens, d’avortemens répétés et de métrites fréquentes , avait conservé une tuméfaction ou hypertrophie de l’utérus , avec une excroissance de nature suspecte à la partie gauche du col. Des métrorrhagies fréquentes fuvent amendées par le repos , les saignées , la di-
EN GORGE MENS DE LA. MATRICE
gitale , l’ipécacuanha , l’huile de ricin , mais revenaient toujours. La dernière hémorragie durait depuis vingt jours avec douleurs du ventre , des lombes et des cuisses : l’administration d’une décoction d’un gros de seigle ergoté dans huit onces d’eau prise par deux cuillerées toutes les deux heures, fit cesser l’hémorragie. Elle se manifesta encore une fois, mais céda au meme moyen pour ne plus reparaître.
Si l’on observe attentivement les affections de métrorrhagies auxquelles on a opposé le seigle ergoté, on est frappé de voir que dans les cas où le succès a été le plus marqué, il existait, au moment où l’on a administré cette substance , des signes indiquant que la matrice était déjà comme en travail pour ramener son tissu congestionné à l’état normal. Ainsi les malades se plaignaient de douleurs sourdes ou de tranchées utérines ; cette circonstance, attestée par plusieurs faits précédemment rapportés, confirme la remarque que nous avons fait ailleurs, « que le seigle ergoté a en général besoin , pour agir efficace-
« ment sur la matrice , cpie cet organe soit déjà disposé à se a contracter (i). «
Les succès que j’ai obtenus du seigle ergoté dans les congestions utérines hémorragiques , d’après les exemples précédemment donnés par MM. les docteurs Spizani , Pignacci et Cabini , ont été également recueillis par d’autres praticiens 5 en meme temps des essais analogues étaient tentés à l’Hôtel- Dieu par le professeur Récamier. M. Miquel en a publié les résultats ( j Bulletin de thérapeutique ). J’avais , en outre , expérimenté l’ergot contre les hémorragies symptomatiques des altérations organiques de l’utérus; j’ai publié dans la Gazette médicale ( i855, p. 142) les considérations pratiques que m’ont suggérées ces essais thérapeutiques. Je crois devoir les rappeler ici.
« D’après les rapports quelles ont avec les lésions de l’utérus , les hémorragies de cet organe peuvent être rapportées à quatre séries, auxquelles correspondent les effets variés d’efficacité, d’incertitude et de nullité d’action du seigle ergoté.
(1) Considérations pratiques sur le seigle ergoté , imprimées par dé’ cision de la Société de méd, de Paris, 1 838.
CONGESTIONS HÉMORRAGIQUES. 107
« i° L’hémorragie est essentiellement liée à l’affection utérine • elle en est une conséquence , en meme temps que le signe pathognomonique. Telle est celle qui a lieu dans l’espèce d’engorgement dont je viens de tracer l’histoire , et que j’ai désigné sous le nom caractéristique de congestion hémorragique. Le seigle ergoté réussit complètement à arrêter l’hémorragie dans ces cas. Son efficacité est constante (néanmoins sous certaines conditions précédemment établies) quand l’affection est encore à son premier degré ou période. Il peut ne plus toujours suffire lorsque le second degré est arrivé , parce que le tissu utérin , distendu outre mesure ou macéré par le sang qui s’engorge , a perdu la faculté contractile qui auparavant le rendait susceptible de répondre à l’action du médicament. Alors l’ergot uni aux astringens énergiques peut encore offrir des chances de succès. Il n’y a plus de modifications possibles à espérer lorsque l’engorgement est parvenu h son troisième degré, alors qu’il revêt les formes de cancer mou. La désorganisation est telle dans les tissus affectés, que le seigle ergoté , pas plus que tout autre médicament, ne peut plus y avoir de prise.
« 2° Dans les autres altérations organiques , comme la métrite chronique , le squirre , le carcinome , les tumeurs fibreuses , l’hémorragie ne provient pas d’ordinaire de la partie altérée : elle est fournie par les parties restées saines. Elle paraît être le résultat de la distension que ces parties éprouvent par le voisinage de l’engorgement, de l’irritation qu’il détermine , du mouvement fluxionnaire et congestif qu’il y excite. Ici encore l’hémorragie , de même nature que celle de la première série, peut être combattue avec avantage par le seigle ergoté.
« 5° Enfin les hémorragies symptomatiques d’ulcères rongeans, de cancers ulcérés , et provenant alors de vaisseaux développés d’abord par l’altération ^puis eux-mêmes envahis et détruits par elle , éludent l’action de l’ergot.
« 4° Enfin ce médicament est sans action contre les hémorragies provenant des excroissances fongueuses, comme dans le fongus liématliode, etc »
Ce que nous avons dit sur les conditions nécessaires à l’ac-
engorgemens de la MÂTPvICE,
tion du seigle ergoté administré comme moyen expulsif du produit de la conception 5 s’applique aux cas d’hydatides et de polype. Nous l’avons vu réussir toutes les fois que l’utérus paraissait en travail pour se débarrasser de ces corps organiques, et être sans résultat lorsque nous l avions administré dans les cas contraires. Cette condition existait évidemment dans le fait de môle hydatique que donne M. Levrat. Une dame, après quelques mois de mariage, éprouvant une suppression de règles, se crut enceinte; mais, au bout de quelque temps, des pertes successives très -considérables vinrent détruire ses espérances. Quand M. Levrat la vit, elle éprouvait, dit-il, une perte assez forte , des douleurs assez vives dans la région sacrolombaire , et quelques coliques. Au toucher, il reconnut une masse de chair formée de petites tumeurs dures, dont quelques unes étaient engagées dans l’orifice utérin. Ainsi donc le travail expulsif était en pleine activité , et le seigle ergoté , qui fut alors administré , ne fit qu’augmenter l’énergie des contractions utérines.
67e OBS. Engorgement congestif hémorragique du col, avec phlegmasie chronique du corps de la matrice. — Trai tement antiphlogistique et dérivatif . — Calomel en frictions. — Sangsues au col utérin. — Elisabeth F*** a un enfant à Fâge de vingt-quatre ans; elle ne nourrit pas. A vingt-cinq ans et demi, avortement à trois mois de grossesse; dès lors le sang ne cesse de couler, tantôt peu, tantôt beaucoup, mais pas au point d’ôter les forces et la possibilité de travailler. Huit mois plus tard, la perspective d’un avenir plus heureux semble produire un effet favorable sur l’organisme, la perte cesse presque complètement^ et les menstrues se régularisent comme par le passé, mais plus abondantes et de plus longue durée.
A vingt-huit ans , l’espoir long-temps nourri est tout a coup déçu. La demoiselle F*** est obligée, pour gagner sa vie, d’accepter un emploi sédentaire dans une administration publique. Elle travaille toute la journée dans une pièce étendue, mais basse, renfermant un grand nombre de personnes, et dont la température n’est jamais moindre de dix-huit à vingt
CONGESTIONS HÉMORRAGIQUES. 190
degrés. Bientôt l’écoulement sanguin se renouvelle, avec des redoublemens fréquens , précédés et accompagnés de douleurs lombaires, d'un sentiment de fatigue et dinqtiiétude dans tout le bassin. Les approches de l’homme avec lequel la malade vivait occasionnent des pertes abondantes. La nécessité la force à continuer son travail; mais à trente ans, la faiblesse l’oblige à y renoncer. Elle était considérablement amaigrie; le soir les jambes s’infiltraient.
Janvier 1822. — Le col de l’utérus était très-tuméfié, dur h la circonférence, et de plus en plus ramolli vers l’orifice, au point qu’au premier abord je crus à l’existence d’un fongus; il était douloureux à la pression, son orifice était évasé. Par le toucher hypogastrique, combiné avec le toucher vaginal, je pus saisir l’utérus, qui avait le volume du poing et assez de dureté. Cette exploration fut douloureuse et provoqua un flux de sang abondant. ( Repos absolu saignée de deux poe telles , renouvelée quatre jours apres , orge gommé , limonade , sinapismes promenés sur les bras et les cotés du thorax % frictions sèches , chemises de flanelle , ventouses sèches .) Quinze jours après l’usage de ce traitement, l’utérus et son col étaient diminués de plus d’un tiers; la matière de l’écoulement, qui paraissait dépendre d’une leucorrhée à laquelle la demoiselle Élisabeth était sujette depuis son enfance, était à peine rouge; le toucher la teignit un peu plus, momentanément.
i5 février. -—Le corps de l’utérus est devenu inaccessible , le col seul reste tuméfié et est devenu plus dur en diminuant de volume. Les forces renaissent, le teint s’éclaircit. La malade commet quelques imprudences. — 28. État général très-satisfaisant. La malade se plaint seulement d’un sentiment de chaleur et de pesanteur sur le siège, le col de l’utérus est dans le meme état que le 10, et de plus il est douloureux au toucher. La malade, qui commençait à se lever et à marcher, est remise au lit. ( Saignée du bras , frictions sur les jambes et les cuisses avec du calomel incorporé dans de Vaxonge. )
Le 10 mars, pas de changement. Je vois le col de l’utérus
200 ENGORGEMENS Ï)E LA MATRICE.
arrondi, tendu, d’un blanc rosé, ayant son orifice légèrement dilate et laissant suinter de la sérosité roussâtre. Huit sangsues sont, à l’aide du spéculum, appliquées sur l’engorgement. — Le 1 1, le col est réduit de moitié, allongé, souple. — Le 1 5 , peu de changement , six nouvelles sangsues sont appliquées au col utérin, — Le 20. Cette partie n’est guère plus volumineuse que dans l’état ordinaire ; elle est très-souple et non douloureuse. Quelques jours après , je cessai de voir la malade. Je la rencontrai au bout de trois mois ; elle était bien portante et ne conservait de sa longue maladie qu’une pâleur générale.
Le 22 décembre dernier (i85o), on vint me chercher pour visiter une femme qui , me dit-on , était presqu'à l’agonie et désirait me voir; je reconnus la demoiselle Élisabeth couchée sur un grabat; elle me raconta ce qui s’était pQSsé depuis les huit années que j’avais été sans la voir. Obligée de travailler, souvent maltraitée par l’homme avec lequel elle avait vécu, rongée de chagrin, sa santé s’était détériorée, ses règles étaient devenues de plus en plus abondantes, et enfin presque continuelles : à des douleurs sourdes avaient succédé des élancemens brûlans dans les reins. L’impossibilité de supporter chez elle un traitement long et onéreux , la répugnance d’entrer dans un hôpital l’avaient contrainte de prendre son mal en patience; seulement elle se reposait quelques jours quand la trop grande perte de sang ou la force des douleurs dominait son courage.
Depuis un an les hémorragies avaient progressivement diminué pour faire place à un écoulement séreux, brunâtre et d’une odeur infecte. Depuis trois mois seulement la malade restait couchée , recevant les soins insuffisans de quelques voisines et les secours du bureau de charité.
Le bas-ventre était douloureux et rempli de tumeurs inégales , s’enfonçant dans le bassin; le col de l’utérus était détruit , et présentait une large excavation dont les bords n’étaient distincts du vagin que par un bourrelet dur, inégal, anfractueux , de deux à quatre lignes d’épaisseur. Toute la surface de ce large ulcère était mollasse, pultacée. Je prescrivis
CONGESTIONS HÉMORRAGIQUES, 201
quelques injections calmantes, des pilules opiacées ; et quand je retournai , trois jours après , pour voir cette malade, j’appris qu’elle était morte de l’avant-veille , et quelle venait d’être portée en terre.
Ce cas offre un exemple bien frappant d’engorgement sanguin du col , avec phlegmasie du corps de la matrice , guérie d’abord par un traitement rationnel. Cette maladie a été rappelée par des événemens malheureux : peut-être eut- on eu l’espoir d’arrêter une seconde fois ces accidens dans leur marche; mais, négligés, ils sont devenus l’origine d’un ulcère cancéreux mortel.
68e OBS. Hémorragies utérines de V époque critique , entretenues par un engorgement congestif de l’utérus . — Traitement antiphlogistique , puis astringent , par le sulfate de fer. — Mme ***, âgée de quarante-deux ans , d’une forte constitution , grande , replète, n’avait jamais éprouvé de dérangement dans la menstruation depuis son dernier enfant, quelle avait eu à l’âge de trente-six ans.
Pour la première fois, ses règles avancèrent dans le courant de septembre i823; l'écoulement fut prolongé, mais modéré, jusqu’à la seconde époque menstruelles suivante, où il se déclara une hémorragie presque foudroyante. La faiblesse obligea la malade de tenir le lit pendant une huitaine de jours, durant lesquels elle but de l’eau de riz. L’hémorragie ayant cessé, elle reprit le cours de ses occupations fatigantes (logeuse en garni). Les hémorragies revinrent, moins abondantes, mais à des époques très-rapprochées ; dans l'intervalle, il s’écoulait incessamment de la vulve un sang séreux; il y avait en outre des douleurs dans les reins et le bas-ventre. On la saigne deux fois dans le courant de l’année, et on lui administre des boissons astringentes; elle prend, de temps en temps seulement, quelques jours de repos. Les accidens diminuaient alors, disparaissaient même quelquefois, mais c’était pour revenir bientôt.
Ces moyens thérapeutiques étaient conseillés dans l’intention avouée de parer aux accidens et de gagner du temps, jusqu’à ce que la nature eût mis un terme à ces phéno-
ENGORGEMENS BE IA MATRICE
mènes juges naturels à Fâge où se trouvait la malade. Trois médecins, qu’elle avait successivement consultés, n’avaient pas jugé à propos de la toucher.
Je vis cette dame en mars 1824, U3U an passé depuis qu’avait commencé le dérangement de la menstruation 3 elle était complètement décolorée, comme étiolée, avec une teinte jaune-paille 3 elle avait conservé une apparence d’embonpoint, mais ses chairs étaient molles , et le tissu cellulaire paraissait plutôt œdématié que chargé de graisse 3 ses paupières et les extrémités inférieures étaient fortement infiltrées. Inappétence , insomnie, chaleur incommode autour du bassin , sentiment de pesanteur sur le fondement , avec des douleurs sacro- lombaires continuellement sourdes, et de temps en temps accompagnées cl’élancemens.
L’utérus était descendu; son col appuyait sur la fourchette, et pouvait être aperçu en écartant les grandes lèvres 3 il était très-gonflé, d’un rouge brun, ferme à la circonférence, mais de plus en plus ramolli vers l’orifice, qui était dilatable au point de laisser pénétrer le doigt , mais non béant 3 la lèvre antérieure paraissait plus volumineuse que la postérieure. Il s’écoulait de l’orifice n.11 liquide rouge 3 le toucher fit couler une assez grande quantité de sang noir.
La bouffissure et le gonflement de l’abdomen 11e permirent point d’obtenir de résultat du toucher hypogastrique , mais le toucher par le rectum fit sentir toute l’étendue de l’engorgement du col 3 il paraissait avoir environ deux pouces de hauteur et se confondait , sans démarcation sensible, avec le corps de la matrice , dont je pus sentir la forme et les limites postérieures. — Prescription : Position horizontale, siège élevé a t aide cï un paillasson de haie d’avoine ; saignée de 3 poèlettes , frictions rudes sur toute la peau , boissons acidulées , bouillons et potages légers.
Dès le quatrième jour, l’utérus était remonté par le fait de la position couchée de la malade 3 il y avait moins d’écoulement. Trois petites saignées sont pratiquées à six ou huit jours d’intervalle 3 des ventouses sèches nombreuses et des sinapismes sont promenés sur la peau. L’engorgement
CONGESTIONS HÉMORRAGIQUES, 203
était réduit de plus de moitié au bout de six semaines ; le col était souple , mou , mais saignant encore facilement par le toucher; la douleur et tout sentiment incommode avaient disparu. Deux autres petites saignées sont faites, mais sans grande diminution dans l’engorgement du col , dans sa mollesse et sa susceptibilité à saigner. En juin, les digestions étaient difficiles ; les forces reprenaient peu; il y avait atonie générale et meme locale. Je crus pouvoir passer à l’usage des toniques et des astringens. [Eau de riz vineuse, pilules avec le sulfate de fer cristallisé et l’extrait de gentiane.) En juillet, tout écoulement avait cessé; le col de l’utérus était du volume du pouce, souple, mou et élastique; l’appétit reprenait ; la malade put commencer à se lever. D’après mon conseil , elle quitta sa maison et alla habiter la campagne; elle fut plus de deux ans avant de reprendre ses forces et son teint : depuis lors , sa santé est plus robuste peut-être qu autrefois , et n’a pas été un instant dérangée.
69e OBS. Hémorragie utérine de l’ époque critique , entretenue par un engorgement congestif. — Saignées . — Eau clc Spa. — Une autre logeuse en garni de la rue Sainte-Croix-dela-Bretonnerie , Auvergnate de quarante- cinq ans , grande et d’une constitution vigoureuse , avait un écoulement sanguin presque continuel depuis dix - huit mois, prenant la forme de pertes plus ou moins abondantes toutes les six ou huit semaines : ces hémorragies , qui répuisaient , avaient résisté aux moyens ordinaires , c’est-à-dire à des boissons nuicilagineuses ou astringentes. Une hémorragie plus prolongée que les autres inquiète cette femme, parce qu’elle l’empêchait de surveiller sa maison comme de coutume; l’on me demande un moyen pour la modérer, et non pour l'arrêter complètement, parce qu’un grand médecin a dit que c était un mal nécessaire, un accident naturel qui dépendait de l’âge ciiticfue ! Je voulus pratiquer le toucher, l’on s’y opposa formellement. Ayant inutilement cherché à faire concevoir la nécessité de m’assurer par ce moyen de la cause de l’hémorragie, afin de ne pas traiter la maladie en aveugle, je m’en allai sans rien conseiller. La malade, devenue plus
docile, me renvoya chercher le lendemain. Je trouvai le col de l’utérus du volume d'une très-grosse noix , mollasse 7 saignant , et sensible au contact du doigt explorateur.
Ayant affaire aune personne peu facile, je pris le parti de l'effrayer en la menaçant du développement prochain d’un cancer, si elle ne se soumettait entièrement au traitement convenable à sa maladie. Trois saignées , le repos absolu , un régime tenu , et six semaines plus tard l’usage des eaux minérales de Spa , ramenèrent le col de l’utérus à son état ordinaire. Depuis lors, quelques hémorragies se sont manifestées, mais la malade, éclairée par le passé, me faisait appeler dès leur début , et il a toujours suffi d'une petite saignée et de quelques jours de repos pour arrêter ces accule ns. Cependant il restait encore une douleur vague dans tout le bassin , avec sentimens de brûlure et d’élancemens dans le bas des reins, sensations dont je ne pouvais trouver la cause dans l’utérus qui me paraissait complètement guéri. Je pensai que ces douleurs dépendaient d’une névralgie diffuse ou rhumatismale , ce dont j’avais déjà vu plusieurs exemples. Quelques vésicatoires volans appliqués sur les reins et les hanches les firent disparaître.
Depuis deux ans ^ cette femme n’a pas vu sa santé se déranger un seul moment, et la guérison de l’affection utérine paraît complètement consolidée.
IN’est- il pas évident cpie les deux malades qui m’ont fourni le sujet de ces dernières observations auraient été vouées à une altération cancéreuse consécutive , si , par un traitement approprié , l’on n’eût détruit l’engorgement de l’utérus? Chez combien de femmes ne préviendrait-on pas cette redoutable maladie, si l’on prenait plus de soins de s’assurer, dès son origine, de l’état des parties, à propos d’hémorragies regardées à tort comme essentielles!
70e QBS. — Congestion hémorragique suivie d’inflammation chronique de V utérus. • — Abcès , induration , leucophlegmasia alba dolente. — Résolution sous l’ influence d’un amaigrissement extrême occasionné par une gastro-entérite chronique . — Madame T****, grande et forte , a eu quatre enfans , le dernier
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à l’âge de trente-trois ans. Pour parer aux désordres que l’inconduite de son mari occasionnait dans sa petite fortune, elle travaillait jour et nuit à la casse , dans une imprimerie. Enfin, pour s'étourdir sur ses chagrins , elle fît usage de boissons alcooliques. En approchant de sa quarantième année , elle eut des pertes fréquentes , et comme elle sentait ses forces tomber, et que son estomac refusait les alimens , elle espéra trouver dans l’abus du vin et surtout des liqueurs alcooliques le moyen de se soutenir.
En 1817, Madame T****, alors âgée de quarante-deux ans, ressentit des douleurs dans le bassin j l’écoulement sanguin , qui était devenu continuel, se suspendit , et les symptômes d’une inflammation très-aiguë du bas-ventre se manifestèrent. Ils cédèrent à une - saignée copieuse , à deux applications de sangsues , enfin au traitement antiphlogistique . La malade néanmoins conserva de la douleur dans le bas- ventre, mais il ne fut pas possible de l'empêcher de retomber dans sa funeste habitude. L’inflammation aigue revint à trois reprises, jusqu’au milieu de 1818; dans l’intervalle, les pertes reparaissaient.
Après la dernière inflammation, l’on sentait l’utérus développé derrière les pubis 3 la tumeur s’étendit vers la fosse iliaque droite, et au mois de novembre, un flot de matière puriforme s’échappa de la vulve: le lendemain, je trouvai la tumeur iliaque disparue, mais la tumeur post-pubienne se dessinait jusqu’à deux pouces au-dessus des pubis 5 elle était égale et dure • cependant la pression que j’exerçai sur elle occasionna l’écoulement d'un liquide sanguinolent. A quelque temps de là, tout le membre abdominal droit devint le siège de douleurs insupportables , et d’un engorgement général, tel que ce membre avait deux fois le volume du membre opposé. Cette leucophlegmasia alba dolente disparut insensiblement, mais 11e fut entièrement terminée qu’après six mois de durée. Les hémorragies utérines avaient reparu , et toutes les fois qu’elles étaient suspendues par suite, soit d’émotions morales, soit d’imprudences dans le régime, la malade était en proie à des douleurs abdominales très-in-
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
tenses, à de la fièvre et de l’insomnie; le repos et des fomentations émollientes ramenaient le calme en favorisant le retour du sang.
En 1819, la tumeur hypogastrique avait augmenté de volume à tel point, que l’utérus était développé comme au sixième mois de grossesse ; il était douloureux et résistant à la pression. Ni les fomentations émollientes , ni les applications réitérées de sangsues sur le ventre ? ni les frictions avec le calomel , ni les bains , ni un régime, peu régulier à îa vérité, n’avaient pu entraver le développement progressif de cette tumeur. Pour îa première fois , Madame T*** voulut bien se laisser toucher, et j’avouerai qu’ayant cru jusque-là les symptômes et signes appareils suffisans pour établir mon diagnostic, je n’avais pas fait plus tôt de fortes instances pour vaincre la répugnance de la malade.
Je trouva.! le col de l’utérus épais, saillant et descendant jusqu’à quelques lignes de l’isthme du vagin , d’un tissu mou, excepté la lèvre antérieure qui , plus volumineuse , présentait en devant une résistance comme squirreuse : l'orifice, béant, laissait échapper un liquide sanguinolent, dont le toucher augmenta la quantité. Par la combinaison du toucher vaginal avec le toucher hypogastrique, je m’assurai que la tumeur était formée par l’utérus considérablement engorgé, et quelle 11e présentait pas de fluctuation ; ce qui détruisit l’opinion que je m’étais faite qu’un nouvel abcès pouvait bien exister.
Déjà des alternatives de constipation et de diarrhée, des nausées, des vomissemens spontanés, les douleurs moins aigues , mais plus continuelles du bas-ventre , avaient amené un amaigrissement considérable ; la diarrhée devint permanente, une fièvre hectique se déclara dans les trois mois qui précédèrent la mort; des symptômes adynamiques semblaient annoncer une fin prochaine; et cependant la langue, les dents et les lèvres se nettoyaient de îa croûte noire et fuligineuse qui les couvrait ; l’assoupissement et l’état général de stupeur se dissipaient, et la malade paraissait se ranimer, au point quelle pouvait rester levée pendant quelques heures. J’avouerai que ces symptômes pseudo -adynamiques suive-
CONGESTIONS HÉMORRAGIQUES.
liaient principalement après l’administration de quelques médicamens toniques on opiacés , que je conseillais, soit dans l’intention d’arrêter la progression effrayante de la chute des forces , soit pour modérer la diarrhée. Je m’aperçus enfin que l’usage de ces substances produisait des effets contraires à ceux que je me proposais d’obtenir $ l’affaiblissement marchait plus vite ; un sentiment de chaleur et de brûlure se faisait sentir dans l’estomac: enfin la sécheresse extrême de la bouche et de la gorge, la permanence de la diarrhée , annonçaient qu’une gastro-entérite menaçait plus directement l’existence de la malade.
Le marasme augmentait de jour en jour, et ce ne fut pas sans le plus grand étonnement que je sentais aussi de jour en jour la tumeur hypogastrique diminuer de volume , tellement qu’à la mort, qui arriva le 11 mars 1819, elle dépassait à peine le pubis , et paraissait tout au plus grosse comme un œuf d’oie. Rien de particulier 11e s’était cependant échappé de la vulve, sinon que l’écoulement était devenu séreux, de sanguin qu’il était auparavant.
L’ouverture ne put être faite , à mon grand regret.
Je n’ai pas moins regretté depuis de n’avoir pas insisté sur un traitement plus actif et plus persévérant. Je considérai l’engorgement delà matrice comme un état squirreux ou cancéreux , et crus , sur la parole des maîtres , que l’on ne pouvait que pallier une telle maladie, regardée comme inévitablement incurable.
Ce fait 11’ a pas peu contribué à m’engager par la suite à examiner les affections utérines avec plus d’attention que je ne l’avais fait jusque là, et les succès que j’ai obtenus dans le traitement de ces maladies , en dépassant mes espérances, ont récompensé mes efforts.
71e OBS. Engorgement par congestion sanguine au troisième degré. — Mort. — Autopsie . — Rosalie âgée de
vingt-six ans, accouche pour la troisième fois , en février 1814, après une grossesse pénible et un travail long et douloureux^ les lochies, peu abondantes d’abord, le deviennent davantage après la fièvre de lait °P l’écoulement con-
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
tinue sans interruption , tantôt plus , tantôt moins abondant. La malade se lève cependant après l’expiration des neuf jours, et reprend son travail habituel de couturière.
Elle entre, en juin, à l’hôpital Saint-Antoine, dans le service de M. Prat, où je faisais alors ma dernière année d'internat. Depuis son accouchement , le sang n’avait pas cessé de couler, le plus souvent peu abondamment il est vrai ; elle ne pouvait rester long-temps ni debout ni assise , parce que des douleurs , quelle ressentait constamment dans le bas des reins , devenaient alors insupportables ; elle avait perdu l’appétit et les forces* l'amaigrissement était considérable. Voici dans quel état se trouvait la malade quand je l’examinai :
Bas-ventre sensible à la pression, douleurs violentes dans les reins; l’utérus est engorgé , peu consistant , douloureux, et il existe une perte de sang modérée ; il s’écoule incessamment de la vulve un liquide séreux , de couleur brunâtre et d’une odeur fade : tous les soirs à cinq heures accès de fièvre , palpitations , soif vive.
Un soulagement marqué et une diminution dans les symptômes furent le résultat du repos , des cataplasmes émolliens et d’un régime doux; mais des écarts de régime, des chagrins particuliers (et nous dirons maintenant , la faute de n’avoir pas reconnu la nature de la maladie, et conséquemment de ne l’avoir pas combattue convenablement), toutes ces circonstances contribuèrent à rappeler les accidens. On opposa en vain à l’acuité des douleurs les opiacés, la ciguë, etc. 3 elles s’étendirent à tout le bas-ventre, qui se tuméfia 5 les accès fébriles revinrent, plus intenses et plus longs 3 en meme temps il survint un écoulement utérin abondant, d’une odeur infecte 3 diarrhée opiniâtre , ténesmes continuels, excrétion fréquente et douloureuse d’urines épaisses et fortes en odeur comme en couleur, toux sèche, soif inextinguible , dépérissement rapide, mort le 4 octobre , après sept mois de maladie et trois et demi de séjour dans l’hôpital.
Autopsie. — La tete 11’a pas été ouverte 3 les poumons sont très-sains 3 le cœur et ses dépendances n’offrent rien à noter 3
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foie volumineux , décoloré ; vésicule biliaire rempli d’une bile bruna Ire et trouble.
La partie inférieure de la masse intestinale adhérait à une tumeur qui occupait le bas-ventre, s’étendait d une fosse iliaque à l’autre , et plongeait dans le bassin, dont elle semblait remplir toute l'excavation j les ovaires, les ligamens utérins, la vessie, le rectum , et jusqu’au commencement de l’S du colon, paraissaient confondus dans cette masse. Celle-ci , dans sa totalité, présentait la consistance d’un foie un peu ramolli : en fendant cette tumeur du haut en bas , je trouvai plusieurs foyers remplis de matières puriformes , entremêlées à une sorte de sang dissous ; une de ces excavations , beaucoup plus ample que les autres, placée entre le cæcum et l’utérus, communiquait avec la cavité utérine par une ouverture de quatre à cinq lignes cle diamètre.
Au milieu de cette masse altérée, existait une cavité qui , par sa forme , sa communication avec le vagin , paraissait et e celle de l’utérus ; sa su ! face interne avait un aspect comme vitreux , elle contenait une sérosité brune extrêmement infecte.
Le tissu de la tumeur était mou, comme spongieux, gorgé d’un sang noir; en un mot, il offrait l’aspect de la rate à demi putréfiée , et sc déchirait avec la plus grande facilité.
Cependant, à la partie antérieure où cette tumeur adhérait à la vessie, le tissu était moins infiltré de sang, plus ferme, et offrait encore assez distinc tement des traces d'organisation fibreuse, indiquant que la paroi antérieuie de la matrice était là beaucoup moins altérée qu’ailleurs.
Le col utérin était confondu avec la masse entière; son orifice était béant; la mollesse du tissu altéré était d’autant plus grande que l’on s’approchait de la surface interne; celle-ci était comme villeuse et pultacée.
La muqueuse vaginale, le pourtour de la vulve , le périnée , l’anus , étaient d’un rouge foncé et paraissaient comme excoriés.
72e OBS. Engorgement sanguin du col de V utérus parvenu à la troisième période. — Le fait qui (orme le sujet de cette observation m’a semblé mériter d être rapporté, bien qu’in-
ENGORGEMENT Ï)E IA MATRICE
complet; il pourra donner une idée précisé de la manière dont se développe cette espèce d’engorgement , faire voir coin» nient il constitue par ses progrès le genre particulier de cancer que nous avons désigné par le nom de cancer mou ou sanguin , et servir de type pour les signes qui lui sont propres.
Mme D***, demeurant rue des Quati e-Fils , n° i5, d’un tempérament lymphatique, a eu quatre enfans , le dernier à Page de trente-deux ans. Toutes ses couches ont été laborieuses et suivies d’une prolongation des lochies pendant plusieurs semaines. Depuis, les règles se sont montrées plus abondantes et duraient plus long-temps qu’àuparavant. A quarante-deux ans, douleurs de reins . sentiment de pesanteur dans le bassin, pertes utérines fréquentes , que la malade regarde comme des phénomènes naturels ou inévitables de l’âge qu’elle atteignait.
A quarante-six ans, l’écoulement de sang est continuel avec des redoublemens répétés; l'habitude extérieure du corps présentait encore alors les vestiges du grand embonpoint que cette dame avait eu. Le tissu cellulaire sous-cutané paraissait très développé, mais la flaccidité des chairs, l’infiltration des paupières, des joues, indiquaientqu’au lieu de graisse il n’y avait que boursouflement ou œdématié. La peau était pâle, le revers des paupières, les caroncules lacrymales, les lèvres, les gencives, la langue, toutes les portions apercevables des membranes muqueuses étaient complètement décolorées.
Le sang, qui coule incessamment de la vulve, forme sur le linge des taches d’un rouge brun, avec ou sans auréole séreuse. Des caillots plus ou moins volumineux, noirs et sans odeur remarquable, s’échappent assez souvent.
Je rencontre, à deux pouces du vagin, une tumeur qui en occupe le fond , du volume de la grosse extrémité d’un œuf d’oie, mais aplatie à sa surface inférieure, dont le centre est profondément ombiliqué par une ouverture que l’on reconnaît pour être l’orifice utérin. La circonférence de cette tumeur, produite par l’engorgement du col de l’utérus, représente une espèce de bourrelet, mais peu saillant et séparé du cul-de-sal vaginal par un sillon peu profond. La résistance et
CONGESTIONS HÉMORRAGIQUES.
l’aspect lisse de cette circonférence indiquent que là le tissu utérin du col a en partie conservé son intégrité? mais à mesure que le doigt explorateur approche du centre de la tumeur, il sent sa surface douce, comme granulée et à grains larges, mais superficiels, et le tissu d’une mollesse progrès-' sive, au point qu’il cède et parait s’écraser sous une pression modérée. Cet affaissement s’accompagne d’une sensation de crépitation que j’éprouve également en comprimant entre mes doigts indicateur et médius la tumeur, pour eu mesurer approximativement le diamètre transversal. Ces recherches provoquent un écoulement abondant de sang noir.
L’engorgement, vu directement au moyen du spéculum, paraît lisse, d’un rouge brun foncé, recouvert de lamelles de sang caillé • je les enlève , et je vois soin dre de toute la surface un sang qui ne tarde pas à se coaguler et à former de nouvelles couches. L’orifice central infundibuîiforme est rempli de sang moitié coagulé , moitié liquide , qui tombe et se renouvelle en peu d’instans.
Le pouls conservait encore de la force et de la dureté; tout le bas-ventre était sensible à la pression • néanmoins , grâce à l’ampleur et au relâchement des parois abdominales, je pus facilement explorer la région hypogastrique, et sentir l’utérus derrière les pubis. Le corps de cet organe me parut sain , au moins dans son fond.
Je prescrivis un repos absolu , la position horizontale , une petite saignée du bras, des dérivatifs à promener sur chfférens points de la peau, et une légère décoction de racine de ra~ tanhia pour boisson.
Les pertes deviennent moins abondantes, la malade reprend quelque peu de force; mais l’engorgement reste ail même degré.
Il est évident qu’au point où l’altération était parvenue , la thérapeutique médicale ne pouvait offrir que des palliatifs. Il n’y avait de guérison possible que dans la destruction complète de la partie malade par I instrument ou la cautérisation. Mais jusqu’où s’étend l’altération? Est-elle complètement accessible à ces moyens chirurgicaux? Tandis que je temporise pour
E'NGORGEMEîsS de la matrice.
bien m’assurer de ses limites , pour me décider sur le choix de la méthode, et laisser à la malade le temps de reprendre un peu de forces, sous l'influence d’un régime plus analeptique, un médecin qui se renomme pour la cure des cancers de l’utérus par la cautérisation , voit la malade à mon insu , promet un succès que je n’avais fait espérer que comme bien incertain Mais j’ai appris depuis quelle était moi te au milieu
d’atroces douleurs. L’obs. de Mme B. (Obs. 56, p, 186) se rapproche de celle-ci pour la nature et la marche de l’altération.
Remarques générales. — L’état pathologique dont je viens de tracer quelques histoires particulières détaillées, a donc une forme qui lui est propre, des caractères bien tranchés. Il se présente très-fréquemment dans la pratique pour qui veut le voir.
Dans ses premières périodes , il a les apparences des pertes ou hémorragies utérines essentielles, et il arrive ici ce qui a lieu relativement à l’aménorrhée et à la dysménorrhée : on ne voit que le trouble de la fonction menstruelle dans les deux cas. L'affection fondamentale , méconnue et négligée, amène par une marche insidieuse à des altérations plus profondes et souvent alors incurables.
Quand elle a atteint sa troisième période , cette maladie se dessine d’une manière tellement évidente, qu’on ne peut plus la méconnaître, je veux dire quant à son existence; car pour sa nature, on ne la soupçonnait meme pas avant la publication de mes recherches sur ce sujet important. En effet, comme l’affection revêt alors quelques unes des formes des altérations dites cancéreuses , on confond les symptômes qui la caractérisent avec ceux propres au squirre proprement dit , et de leur amalgame disparate on compose une descripiion générale de cette dernière maladie. Je ne sache aucun auteur qui n’ait commis cette erreur. C’est ainsi que l’on répète que dans le squirre il y a tantôt dysménorrhée ou aménorrhée; d’autres fois des pertes utérines fréquentes ou continuelles. Or nous démontrerons que dans le squirre de la matrice, les hémorragies sont peu communes, et rien moins que constantes, parce quelles ne sont qu’accidentelles ou éventuelles,
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tandis qu’elles forment un des caractères constatas de l’engorgement par congestion sanguine qui nous occupe.
Ne dit*on pas aussi que la couleur de la tumeur formée par l’engorgement squirreux du col de l’utérus est tantôt rouge, tantôt blanche? Quelques uns vont plus loin meme 5 ils attribuent plus spécialement la couleur rouge-brun à l’état squirreux, comme signe distinctif de la simple induration , qui offrirait une couleur plus blanchâtre. Erreur gratuite! Comment le squirre , dont l’un des caractères anatomiques est la couleur gris plus ou moins clair , serait- il rouge sur le vivant? Il faut admettre, quand ce phénomène se présente que la superficie de la tumeur non atteinte par l’altération squirreuse est frappée d’inflammation, ce qui arrive quelquefois ; mais alors la couleur rouge n’appartient pas au squirre* elle n’est qu’accidentelle et le résultat d’une complication.
Il est vrai que quand le squirre est avancé il éprouve, dans quelques cas, des altérations qui lui prêtent la plupart des signes propres à l’engorgement sanguin,* il se ramollit; les vaisseaux qui le parcourent, eux-mêmes désorganisés, laissent extra vaser le sang, qui se mêle à la propre substance du squirre ; la tumeur devient molle et brune ; elle laisse suinter un sang noir par la pression ; en un mot, il présente alors tous les caractères de l’engorgement sanguin; mais si l’on remonte à l’origine de la maladie et à la marche quelle a suivie, la diffé rence pourra facilement être reconnue.
On pourrait plus facilement confondre Eengorgement sanguin hémorragique avec le fongus du col de l’utérus : ces deux affections présentent entre elles de grandes analogies; aussi la plupart des observations décrites sous les noms de fongus ou de cancer fongueux de l’utérus, et rapportées par les auteurs , appartiennent évidemment à l’engorgement sanguin parvenu au dernier degré. Beaucoup de traits dans l’histoire des fongus, tracés dans les ouvrages, s’appliquent parfaitement à notre engorgement hémorragique, mais on n’a pas su en expliquer 1 origine ni le développement. On a laissé à entendre, quand on ne l’a pas positivement établi , que le fongus pouvait résulter d’une sorte
EN GO K GE MENS DE LA MATRICE
de végétation qui se faisait à la surface du col, plus ou moins resté intact, de l’utérus. J’ai vu de ces fongus véritables formant une espèce de champignon comme enté sur le col , qui lui servait de pédicule- mais alors les écoulemens sanguins ne portaient pas ce caractère de ténacité, d’abondance et de continuité qu’ils présentent dans l’engorgement hémorragique : alors la base rétrécie de la tumeur indiquait qu’il y avait, non pas seulement engorgement du col utérin, mais v ér i t a b 1 e e x u b ér a n c e .
Les memes différences se montrent aussi dans l’inflammation granulée ou framboisée du col, autre affection souvent confondue avec les précédentes,
La distinction de ces divers états me paraît être d'une grande importance pour le traitement chirurgical. Dans le cas de fongus par exubérance, ou de met ri te granulée du col , on pourra espérer d’atteindre facilement les limites du mal au moyen de la ligature , de l’incision ou de la cautérisation. Au contraire, s’il y a engorgement hémorragique, il est à craindre que l’altération , ayant une extension difficilement appréciable jusque dans le corps de l’organe , rendra par cela même tout traitement chirurgical très -douteux dans ses résultats. Ce jugement se trouve confirmé par un fait que nous devons à 1 obligeance de notre savant confrère Hervez de Chegoirig ( F oy\ Übs. ^5) , et par celui que j’ai rappelé ci-dessus (Ohs. 72, page 209).
On ne confondra pas cette espèce d’engorgement avec les végétations ordinaires, reconnaissables a leur forme; il serait plus difficile de distinguer de cet engorgement sanguin les végétations qui , nées de la surface interne du coi , viennent faire saillie à travers son orifice, qu elles dilatent et masquent. Mais cette méprise ne peut avoir lieu que dans les commencemens. Plus tard, les excroissances prennent, par leur développement, des caractères particuliers.
Les varices du col utérin , qui ont aussi pour caractère une tuméfaction rouge ou violacée , avec exsudation sanguine, sont également faciles à distinguer à leur couleur bleuâtre, à l’inégalité des bosselures qu elles forment , à la fluctuation quelles
FHLEGMÀSÏES,
présentent, et à la facilité de les affaisser par une compression,
meme modérée.
On se rappellera aussi que la grossesse avec implantation du placenta sur l’orifice utérin présente quelques uns des signes caractéristiques de l’engorgement hémorragique : ainsi, le col de l’utérus est plus épais que dans les cas ordinaires , à cause de ses communications vasculaires et circulatoires avec le placenta - il paraît mou parce qu’il ne perd pas beaucoup alors de sa souplesse naturelle* il donne lieu à des hémorragies, qui se renouvellent ou augmentent sous l’influence des mêmes causes que dans l’engorgement hémorragique ; mais l’erreur ne saurait durer long-temps, en supposant qu’on puisse la commettre ; bientôt les signes propres à la grossesse se caractérisent positivement et indiquent la véritable source des pertes utérines et des autres symptômes.
Le renversement de l’utérus après l’accouchement peut aussi simuler l’engorgement hémorragique du col,* mais la circonstance de l’accouchement, l’absence de l’ouverture centrale, l’existence du rebord de l’orifice , qui embrasse la circonférence de la tumeur quand le renversement est incomplet, sa forme pédiculée quand le renvei seinent est complet, tous ces signes ne permettent pas de méprise au praticien attentif.
Le diagnostic sera plus obscur dans les cas de polypes encore enfermés dans la cavité utérine : le temps seul peut-être l’éclairerait.