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système musculaire à fibres rouges , ce qui constitue le marasme ou l’atrophie.
Ainsi l’abstinence a pour effet premier et immédiat la résorption des produits naturels de l’exhalation ou de la sécrétion du tissu cellulaire* savoir, la sérosité et la graisse. Elle agit donc en excitant la faculté résorbante de ce tissu , ou plutôt en lui rendant la plénitude exclusive delà faculté absorbante dont il est doué. Or, admettons-nous que quelques engorgemens résultent de l’infiltration, ou de l'épanchement, ou du dépôt d’élémens organiques anormaux plus ou moins concrets, à la place de la graisse qui remplit les mailles du tissu fibro-eellulaire , ou de la sérosité qui en lubréfie naturellement les interstices, comme il paraît en être ainsi pour les engorgemens par induration, par exemple, on conclura dès lors que l’abstinence pourra tout aussi bien rappeler ou faire prédominer la faculté résorbante dans cette portion malade du tissu fibro-eellulaire que dans le système tout entier, et que la résorption s’opérera là sur les produits anormaux de ce tissu, comme elle opère ici sur ses produits physiologiques.
Par la prolongation de l’abstinence , les tissus parenchymateux dépérissent à leur tour. Les rapports entre les mouvemens de composition et de décomposition sont changés. Le premier s’arrête par défaut de matériaux réparateurs, le second marche toujours; les organes s’atrophient. Cet effet s’observe d’une manière plus marquée encore dans les organes en lesquels il y avait excès anormal de nutrition , en un mot , hypertrophie. Il semble même que ce soit par eux que la nature conservatrice commence l’atrophie , laquelle paraît localement se consommer dans la partie malade , avant de devenir générale; et en effet le cura faillis , appliqué au traitement de l'hypertrophie du cœur, par exemple , ramène souvent cet organe à ses proportions naturelles , avant d’avoir produit un marasme proportionnel dans toute l’économie.
Or, en admettant que quelques unes des altérations organiques sous forme d’engorgement sont le résultat d’une nutrition anormale , d’une hypertrophie, soit simple, soit par aberration plus ou moins spéciale, on concevra comment lé
mouvement de composition y étant arrêté par le fait de l’abstinence , le mouvement de décomposition auquel ces altérations ne sont pas moins soumises que les autres parties de l’économie , comme nous l’avons démontré par des faits à l’appui desquels nous aurons bientôt l’occasion d’en apporter de plus concluans encore* ce mouvement de décomposition , dis-je, continuant, amènera nécessairement la fonte, la résolution de l’engorgement.
Ainsi donc, que les altérations organiques soient le résultat d’une nutrition parenchymateuse exagérée ou altérée, ou le produit d’une sécrétion anormale, l’abstinence peut en opérer la guérison. Des faits nombreux pourraient au besoin être extraits des archives de la médecine pour prouver cet heureux effet de l’abstinence.
Le cura famis deviendra donc entre les mains du praticien un moyen précieux contre les engorgemens durs de l’utérus, comme il l’a été contre les obstructions et les affections squirreuses des autres organes.
On peut éviter de soumettre les malades à une diète par trop rigoureuse ou trop long-temps prolongée , en faisant concourir avec ce moyen quelques autres capables d’en seconder et d’en activer les résultats , tels, par exemple , que les sédatifs , les saignées , etc.
Dans tous les cas d’affections chroniques, il pourrait être dangereux de soumettre trop brusquement les malades à une diète rigoureuse. Il convient de n’y arriver que par gradation. Il faut du reste proportionner la sévérité du régime à. l’état général des forces , aux habitud.es, au degré d’intensité ou de ténacité de l’altération.
Les alimens que l’on permet doivent être choisis parmi les plus doux , pour ne point éveiller la stimulation des organes, et en même temps les moins substantiels et les plus faciles à digérer. Le régime lacté complet nous a paru généralement le plus convenable. Si la malade ne peut le supporter, on la nourrit avec des bouillons de poulet , de veau , de poisson , ou d’herbes. Ces bouillons servent aussi à la composition de légers potages. On permet des fruits cuits ou crus, des légumes lier-
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bacés, des racines pulpeuses ou charnues, du lait caillé, du fromage blanc, des œufs frais, du poisson ; on doit n’accorder que peu de pain , ou on le remplace par quelques échaudés.
Boisson. — - La privation de toute boisson fermentée , de toute liqueur alcoolique ou spiritueuse, ou aromatique , doit être rigoureuse. On prescrit d’abord les boissons gommeuses, mucilagineuses , émuîsives , diurétiques, délayantes 3 on les remplace par de plus altérantes dans l’état chronique, comme avec la scabieuse, la patience, la saponaire; on donne aussi les sucs de ces plantes. On prévient les langueurs d’estomac que ce régime peut amener, en permettant l’usage de quelques eaux minérales plus ou moins actives , les eaux de Seltz , de Vichy, de Bussang , etc.
Repos. — Position. — Par sa situation dans la partie la plus déclive de l’abdomen, par sa mobilité, suite de la laxité des soutiens qui la maintiennent au milieu de l’excavation du bassin , la matrice se trouve exposée à ressentir, plus que tout autre organe , les secousses et les commotions que produisent la marche, la course, le saut , la danse, les exercices du cheval ou en voiture mal suspendue. Nous avons dit qu’une chute sur les pieds, les genoux ou les fesses , pouvait imprimer à cet organe une commotion assez forte pour occasionner son engorgement.
Quand celui-ci existe déjà , les effets de ces causes sont plus à craindre ; elles doivent tendre à augmenter l’état pathologique déjà existant.
Il convient donc de prescrire aux femmes en traitement un repos absolu dans une position horizontale, et même le bassin tenu plus élevé que le reste du tronc. Ces précautions ont pour objet de prévenir les stases et les congestions passives de l’utérus ; elles sont aussi indiquées dans les cas où cet organe est descendu, et suffisent toujours alors pour le faire remonter. On en obtient donc ce premier avantage, de voir disparaître les sensations pénibles de tiraillemens dans les reins et de pesanteur sur le rectum, résultant de la descente de la matrice.
Comme dans ces affections les malades sont souvent tourmentées par les sensations de chaleurs insupportables dans les reins , le siège ou le dos , et que la position couchée tend à
produire et augmenter ces sensations pénibles , on prévient en partie ces inconvéniens en les couchant sur un sommier de crin , ou en composant avec de la balle d’avoine le coussin qui doit tenir le bassin élevé. C’est dans ces cas que l’on se trouve bien des matelas ou coussins en tissus imperméables aérifères. Une dame ne put trouver de soulagement aux chaleurs brûlantes qu’une affection cancéreuse avancée de l’utérus répandait dans les régions sacrée et lombaire, qu’en se couchant dans un hamac formé par un filet quelle avait fait suspendre au milieu de sa chambre. Les oscillations qu’on lui imprimait tenaient les reins dans un état permanent de fraîcheur, et par leur bercement uniforme elles finissaient pas provoquer un sommeil qu’on ne pouvait obtenir que très-difficilement par tout autre moyen, l'action des sédatifs ayant été épuisée par l’habitude.
Evacuans. — Nous comprenons sous ce titre toutes les médications qui ont pour effet de rétablir les sécrétions ou excrétions supprimées ou de les augmenter.
Us peuvent être un bon moyen pour enlever au sang une certaine quantité de ses matériaux, pour contre-balancer et détruire l’activité de la circulation capillaire de l’utérus malade , en la disséminant et la reportant sur d’autres organes. Sous ce rapport, les boissons diaphoniques , diurétiques et délayantes ou laxatives , sont indiquées dans le traitement des engorgemens dont nous nous occupons.
La salsepareille a été conseillée contre les engorgemens durs de la matrice , par Clarke dans plusieurs faits dont il donne les détails. Nous en rapporterons deux.
Premier fait. — Une femme mariée, d’une quarantaine d’années, avait à la paroi postérieure de l’utérus une tumeur du volume d’un œuf de poule, douloureuse au toucher, avec perte de sang, et tous les autres signes propres au cancer de l’utérus. (Position horizontale, ventouses scarifiées sur la région sacrée , purgatif doux , décoction de salsepareille et quelques petites doses d’extrait de ciguë.) Le traitement, continué pendant plusieurs mois , amena une guérison qui ne s’était pas démentie après trois années ? lors de la publication du fait.
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Deuxieme fait .■ — Une dame de quarante-huit ans présentait les symptômes dénotant une affection grave de l’utérus : on trouva une tumeur du volume d’une noix au col, excessivement douloureuse. Ventouses scarifiées, alimentation végétale, repos horizontal , extrait de ciguë , bains de siège et quelques légers apéritifs , décoction de salsepareille. ( \ IV pour une pinte d’eau réduite à moitié, à prendre en 5 doses.) Au bout de quelques mois , la tumeur avait disparu.
M. Dugès dit avoir deux fois reconnu l’efficacité de ce médicament dans des cas analogues ( t. II, p. 281). Dans deux cas semblables où je l’ai également administré, le succès pouvait dépendre des autres moyens conjointement employés , et il serait difficile de dire quelle part a eu cette médication dans ces cas , aussi bien que dans ceux publiés par Clarke.
O11 pourrait penser que les vomitifs seraient capables d’exercer une sorte de dérivation générale par l’ébranlement qu’ils produisent dans toute l'économie; mais, outre que les médications violentes et promptes ont très-peu d influence sur les états pathologiques chroniques , il serait à craindre que les secousses imprimées à la matrice par les efforts du vomissement n’augmentassent la maladie dont elle est affectée.
Comme les purgatifs violens , administrés par les voies supérieures ou en lavemens , provoquent dans les intestins une irritation qui peut se propager par contiguïté d’une manière désavantageuse à l’utérus , ce n’est qu’avec réserve qu’on doit y avoir recours. L’aloès est surtout contre-indiqué, à cause des congestions qu’il détermine vers le rectum et les organes voisins dont l’utérus fait partie. O11 sait qu’il a été mis au nombre des emménagogues. Les minoratifs légers conviennent seuls , en général , pour combattre et prévenir une constipation toujours défavorable dans les cas de maladies utérines.
Il y aurait un moyen , s’il était praticable , d’arrêter la source de tout engorgement quelconque de la matrice, et d’en provoquer l’atrophie , quelle que soit la nature de l’altération, ce serait la ligature des vaisseaux utérins. Cette opération a été appliquée avec succès aux engorgeinens squirreux du testicule (sarcocèle). La difficulté de l’appliquer aux artères uté-
rines n’est peut-être pas aussi grande qu’on se l’imagine. C’est par le voisinage du col que les vaisseaux principaux de la matrice pénètrent dans ce viscère ; 011 peut même en sentir les pulsations à travers le cul-de-sac vaginal , soit pendant le travail parturitif, soit dans presque tous les cas d’engorgement actif, congestif ou phlegmasique. Cette opération , dont nous donnons l’idée à nos grands et habiles opérateurs , offrirait sans doute moins de difficultés que celles attachées à l’extirpation de la matrice. Elle serait loin d’en avoir tous les dangers.
Dérivatifs . — Les dérivatifs extérieurs concourent avantageusement avec les autres moyens à favoriser la résolution des engorgemens de l’utérus. On promène des sinapismes sur la surface extérieure du corps 5 on fait porter des vêtemens de flanelle à la malade ; on pratique des frictions sèches ou animées par quelque liniment alcalin; on couvre les régions sacro-lombaires de ventouses sèches ou scarifiées, ou l’on applique sur ces parties un large emplâtre de poix de Bourgogne simple ou stibié ; des moxas , des cautères temporaires peuvent être établis sur les mêmes parties ou sur l’abdomen; dans quelques cas, 011 a eu à se louer des vésicatoires aux cuisses, ou des sétons que l’on applique plus avantageusement sur les parois abdominales au-dessus des pubis.
83e OBS. — Une dame âgée de vingt-sept ans, accouchée de son second enfant il y a trois ans, éprouve depuis les symptômes d’une maladie de matrice, contre laquelle elle avait épuisé tous les moyens rationnels de médecins, et empiriques des charlatans. M. le docteur Téallier consulté trouva la matrice à un pouce de la vulve, le col entr’ouvert et gros comme un petit œuf de poule , sensible à la pression, sans inégalités ni bosselures. Les approches conjugales étaient devenues insupportables. Les règles revenaient à leurs époques, mais avec des douleurs inouïes dans le ventre, les reins , les aines, le long des cuisses , et qui obligeaient la malade à garder le lit pendant huit jours chaque mois. Dans leur intervalle, écoulement blanc habituel. A un traitement antiphlogistique on ajoute l’application de deux larges cautères sur
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les côtes de la partie inférieure de la colonne vertébrale. Au bout de six mois, la matrice était remontée de trois pouces, l'engorgement avait presque entièrement disparu.
Si la malade a été autrefois affectée de rhumatisme , de maladies cutanées, il est bon d’établir sur ou près des parties qui en étaient le siège, des exutoires permanens. Ceux-ci conviennent, dans tous les cas, pour contre-balancer la tendance aux récidives.
Deuxième indication. — - Modification de l’innervation.
Les médications qui précèdent suffisent, dans un certain nombre de cas, pour, en privant le tissu affecté de ses stimulans ordinaires, savoir, le sang et ses élémens, faire disparaître l'exagération de sa vitalité et la ramener à son état normal. On peut et l’on doit cependant faire concourir vers ce traitement les médications essentiellement propres à détruire cette exagération. C’est par l’intermédiaire des modificateurs de l’innervation que l’on influe artificiellement sur la vitalité de l’organe altéré, comme c’est par l’intermédiaire de la circulation et du sang que l’on agit sur les matériaux de l’altération.
L’influence de l'innervation ou des nerfs dans les affections squirreuses , ulcérées ou non , a été signalée par quelques auteurs; mais, quoique leur opinion ait été établie sur une interprétation exacte et rigoureuse de faits positifs , elle a été combattue et rejetée par le plus grand nombre.
Le fait que je vais rapporter pourra servir à donner la mesure de l’influence de l’innervation dans les altérations organiques qui constituent les formes les plus ordinaires des affections cancéreuses.
84e OBS. Cancer du sein gauche disparu en quelques jours à la suite d'une hémiplégie du coté correspondant. — Mme B., propriétaire cle la maison n° 1 5 de la rue des Rosiers , y demeurant, s’aperçut, en approchant de sa quarantième année , du développement progressif d’un engorgement dur, avec élancemens vifs dans le sein gauche. Elle était d’une haute stature , d’une forte constitution , et sa santé jusque là n’avait pas encore reçu d’atteinte. Le mamelon s’eL
faça, et à sa place il se développa un ulcère. Plusieurs hommes de l’art, successivement consultés , furent unanimes sur la nécessité de l’opération. Mme B. ne voulut pas s’y soumettre; et après bien des essais infructueux , elle se confia à un empirique qui lui promit de faire tomber les parties malades sans opération (quarante-sept ans). Il les couvrit, en effet, d’une espèce de pâte rouge (probablement le caustique du frère Corne, ou quelque autre analogue), qui produisit des douleurs atroces , de la fièvre, du délire, et une enflammation locale très-intense. Au bout d’une quinzaine de jours, l'emplâtre tomba, entraînant avec lui une masse noire , et laissant une large surface vermeille ; cette plaie se rapetissa , mais , parvenue à un certain degré de cicatrisation, le centre se creusa, ses bords se durcirent , des mamelons durs et douloureux se développèrent , et ne tardèrent pas eux-mêmes à s’ulcérer; le sein prit un aspect tellement hideux, que MmeB. 11e voulut plus jamais que personne ne le vît , pas même ceux cpii lui tenaient de près. Elle eut dès lors le bon esprit de ne plus appliquer sur l’ulcère que des médicamens émolliens ou narcotiques , et de le nettoyer matin et soir par des lotions de même nature.
L’altération fit des progrès insensibles; néanmoins, à soixante-douze ans , la violence des douleurs , la fétidité de l’odeur décidèrent Mme B. à me demander des conseils. Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine quelle me laissa voir son affreuse maladie. Il y avait une excavation centrale assez profonde pour y loger la grosse extrémité d’un œuf, et entourée d’autres excavations moins larges , mais toutes profondes. Elles paraissaient creusées dans des espèces de tumeurs demi-sphériques, dont la réunion présentait une masse qui pouvait bien avoir de six à sept pouces de diamètre. De la réunion des excavations par des points plus ou moins étendus de leur circonférence, résultait une plaie générale irrégulière, â bords inégalement élevés, mais partout coupés à pic, d’un blanc rosé en quelques points , d’un brun rouge dans d’autres , mais partout extrêmement durs. X^e fond de ces ulcérations était d’un gris verdâtre, et laissait suinter une sérosité sanieuse d’une odeur infecte, et qui rougissait et excoriait la peau
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saine du voisinage. Souvent du sang s’échappait des vaisseaux envahis par l’ulcération, et plusieurs fois il en était résulté des hémorragies inquiétantes : toutefois la malade dit s’être toujours trouvée soulagée à la suite de ces pertes de sang. Comme la malade avait été très-replète, il restait encore, en dehors de cette masse , et inférieurement , des parties intactes de la mamelle. Le cordon des vaisseaux lymphatiques était tuméfié et dur t, il y avait sous l’aisselle quelques glandes mobiles , dures, douloureuses à la pression, et sièges d’élancemens assez fréquens.
Cette masse , profondément altérée , était inamoviblement fixée sur la poitrine. Le membre pectoral correspondant était réduit à une immobilité volontaire, par la crainte fondée de réveiller les douleurs du sein et de l’aisselle $ en outre, il était souvent gonflé. Je prescrivis l’application de vingt sangsues sur les bords durs et rouges de ce vaste cancer, et le fis couvrir avec des plumasseaux trempés dans une solution de chlorure de soude étendue dans trente fois son poids d’eau de guimauve. C’était au mois de mai 1829. La malade retira de l’emploi de ce moyen du soulagement dans les douleurs et la suspension delà mauvaise odeur j du reste, l’altération offrit peu de changemens.
Le 5 octobre de la même année , Mme B., éprouvant depuis quelques jours plus de douleurs, se plaignait de pesanteurs de tête , de vertiges. O11 était sur le point de me faire demander pour savoir s’il ne serait pas nécessaire de réitérer inapplication des sangsues. On la trouva, ce jour-là, étendue dans sa chambre , et , en la relevant , on s’aperçut quelle avait une hémiplégie complète du côté gauche. La saignée du bras y des sangsues derrière les oreilles , des sinapismes y etc., rendirent la parole perdue. La jambe commença à sentir et à se remuer le huitième jour. La garde s’était chargée de panser le sein. Un mois environ après l’événement, Mœe B. se levait et commençait à faire quelques pas dans sa chambre. C’est alors qu elle me demanda si pendant son attaque j’avais emporté son mal de sein; elle 111e fit voir en même temps que son interpellation n’était pas tout-à-fait' une plaisanterie,
comme je le pensais. Le cancer avait complètement disparu. Plus de gonflement squirreux , plus de plaie , plus de suintement d’aucune espèce. La peau s’était rapprochée de la circonférence au centre , et avait formé une cicatrice sans perte apparente de substance , mais plissée comme la cicatrice qui reste après l’amputation du sein cancéré. Si je n’avais pas vu 3a malade de temps en temps avant l’attaque de paralysie, et tous les jours depuis , j’aurais été persuadé qu’elle s’était fait opérer. La paralysie ayant peu à peu presque complètement disparu , l’affection cancéreuse du sein récidiva, et redevint progressivement ce qu elle était auparavant. Le pourtour de la cicatrice se gonfla et se durcit dans quelques points,* son centre suinta, mais fort peu d’abord , puis l’ulcération marcha.
Les conclusions qui se déduisent naturellement de ce fait remarquable ne sont -elles pas : i° que les nerfs, meme cérébro-spinaux , exercent sur les altérations squirreuses et cancéreuses une influence indispensable , puisque la suspension de Faction de ces nerfs a suffi pour faire disparaître en trèspeu de temps un énorme cancer ulcéré* 2° que l’on peut espérer de trouver dans les modificateurs de l’innervation les moyens de faire disparaître la surexcitation morbide de la vitalité d’un tissu frappé d’altération organique, non seulement quand il y a simple exagération , comme dans les engorgemens par induration, mais même quand il existe une aberration spéciale, comme dans les engorgemens squirreux , cérébi iformes , etc.? On a proposé et employé avec succès la ligature des artères spermatiques pour obtenir l’atrophie de testicules sarcomateux • peut-être que la ligature seule ou au moins concomitante des nerfs qui l’accompagnent produirait le même résultat ou y contribuerait.
Si Willis avait appuyé d’une pareille observation son système sur la nature du cancer, quel plus grand nombre de partisans n’aurait-il pas séduits? Tout en ne partageant pas l’opinion de cet homme célèbre reproduite dans ces derniers temps par le professeur Dubois , opinion qui fait consister le cancer dans une altération des nerfs, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître le rôle éminent que joue l'innerva-
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tion ou l’influence nerveuse dans ces maladies • et n^est-ce pas d’ailleurs parmi les modificateurs de l’innervation que sont pris les médicamens préconisés comme les remèdes les plus souverains, les plus efficaces, spécifiques même , contre les affections squirreuses et cancéreuses? J’ai nommé la ciguë et ses congénères. Bien qu’on ait reconnu que les propriétés de ces médicamens avaient été singulièrement exagérées, nous voyons encore des hommes éminens par leurs connaissances profondes en médecine et leur grande pratique, les conseiller comme les plus avantageux entre tous ceux que l’art possède. Si les résultats que l’on en obtient sont si souvent incertains ou nuis , ne faut-il pas l’attribuer à l'inopportunité de leur emploi , ou à ce qu’on 11e tient pas assez compte des conditions qui favorisent, ou entravent, ou neutralisent leur action?
Au reste , je crois que c’est à tort que Ton attribue à la ciguë et à ses congénères la puissance de produire par une action spéciale la fonte et la résorption des matières qui forment les engorgemens squirreux cérébriformes , et tous autres désignés par le nom ^d’obstruction. Je 11e reconnais pas non plus dans ces substances une propriété spéciale d'exciter la faculté résorbante de ces tissus affectés. Je pense plutôt que ces médicamens agissent exclusivement sur le système nerveux , et qu’ils ont pour unique effet de ramener V innervation exagérée ou altérée du tissu malade à son degré physiologique , condition nécessaire pour quen perdant sa faculté sécrétoire anormale , ce tissu récupère sa faculté absorbante physiologique.
Lorsque je parlerai tout à l’heure des résolutifs proprement dits , je trouverai l’occasion toute naturelle de revenir sur cette assertion, et de lui donner les développemëns suffisans pour faire passer dans l’esprit des lecteurs ma conviction.
Quoi qu’il en soit , la ciguë est de toutes les substances appartenant aux modificateurs de l’innervation , celle dont on a généralement obtenu le plus d'effets avantageux dans le traitement des engorgemens squirriformes , et des affections cancéreuses en général. M. Récamier, dont le nom se présente toutes les foi $ que l’on traite de ce sujet, a expérimenté et
reconnu que l’extrait de ciguë, préparé à la vapeur acétique ou alcoolique , jouissait de propriétés résolutives plus actives 3 et qu’ainsi préparé , il n’avait pas les inconvéniens attachés à l’usage des extraits ordinaires qui fatiguent l’estomac et en troublent les fonctions. L’extrait préparé à la vapeur semble au contraire remonter le ton de l’estomac et rétablir les di gestions si souvent dérangées dans ces cruelles maladies. D’après l’exemple de M. Lisfranc , nous avons essayé la poudre de ciguë, à la dose d’un grain à la fois, que l’on double au bout de quinze jours , en augmentant successivement jusqu’à trois et quatre grains. Nous n’en avons pas obtenu d’effets plus notables que de l’extrait, dont on peut d’ailleurs éviter la détérioration que lui fait éprouver la chaleur, ce qu’on lui reproche en le préparant par évaporation à froid 3 pour l’obtenir ainsi, il suffit de faire traverser le suc de la plante par un courant d’air continu 9 ainsi que l’a pratiqué M. Guillard , pharmacien, d’après l’idée que je lui en ai donnée. En conservant ainsi l’intégrité de ses propriétés et les obtenant plus actives par la concentration , cet extrait n’a pas, comme la poudre , l’inconvénient d’occasionner un sentiment désagréable à la gorge , ni de dévoiement, inconvéniens qui obligent souvent de suspendre l’usage de celle-ci.
Il ne faudrait cependant pas accorder à cette substance plus de puissance qu’elle néen a réellement , et lui donner une confiance exclusive , comme à un spécifique infaillible. Les succès que l’on a obtenus de son administration sont en partie revendiqués par les autres médications que bon a toujours conjointement employées.
M. Récamier a bien pu voir, comme il l’affirme , la résolution d'engorgemens squirreux et autres de Eutérus, du foie, delà rate, des seins, des testicules et des membres, obtenue par l’usage de l’extrait alcoolique ou acétique de ciguë. Mais ce médicament n’a pas été employé seul , ni sans autres précautions hygiéniques 3 celle, par exemple, de soumettre les malades à une diète rigoureuse a contribué pour une bonne part à amener la guérison. L’extrait de ciguë, administré seul, ne produit souvent que peu d’effets ; l’abstinence absolue a opéré seule la résolution de beaucoup d’engorgemens. Par le con-
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cours de ces deux moyens , on peut compter, dans certains cas, sur des succès qui tiennent du merveilleux.
On donne l’extrait de ciguë préparé à la vapeur, et sous la forme pilulaire, à la dose de deux grains par jour, que l’on peut porter graduellement jusqu’à un gros. On divise ces doses en deux ou plusieurs parties que l’on administre matin et soir; M. Récamier fait prendre par-dessus chaque dose une tasse de décoction de squine (une demi-once par pinte d’eau).
Les remarques sus-mentionnées sont applicables à l’aconit (extrait d’aconit napel) , qui a partagé avec la ciguë les honneurs de la spécificité dans les affections cancéreuses.
Viennent ensuite la belladone , le jusquiame , la more lie y et enfin Y extrait de laitue montée ( thridace ), genres de sédatifs moins puissans ou moins expérimentés que les précédens.
L’opium et ses préparations sont d’un puissant secours pour calmer les douleurs, alors que tous les autres sédatifs ont épuisé leur action, ou que la maladie est arrivée au point de ne plus laisser d’autre espoir que de la rendre supportable. Mais comme ce médicament a sur le système capillaire une action telle qu’il en active la circulation, ou du moins y rend le sang stationnaire de manière à produire une congestion active ou plutôt passive, son emploi dans les cas qui nous occupent ne peut convenir comme moyen curatif, ni même préservatif; c’est donc comme palliatif ou accessoire qu’on doit y avoir recours. Cependant ces motifs d’exclusion ne paraissent pas être applicables à plusieur des préparations d’opium , à la morphine , à V acétate , ou au sulfate de cet alcali végétal.
M. Fourcade a obtenu de Y acide phosphorîque la suspension des douleurs cancéreuses qui avaient résisté aux narcotiques; il le donne à la dose de quatre à cinq gouttes étendues dans une grande quantité de véhicule.
Je me lais à dessein sur Y acide hydrocyanique qui n’a produit que des effets incertains et contestables dans les engorgemens chroniques comme dans les affections cancéreuses de l’utérus. Ses avantages douteux sont loin , dans tous les cas , de racheter les dangers que son administration peut entraîner,
Je l’ai souvente-fois remplacé avec un avantage marqué, mais seulement comme calmant, parles simples infusions plus ou moins concentrées de feuilles de pécher ou de celles de laurier-cerise.
Lorsqu’on emploie les narcotiques plus particulièrement dans l’intention d’assoupir les douleurs, on n’oubliera pas toute la réserve qu’exige leur usage. On sait que l’économie s’accoutume facilement à leur action, et que bientôt leurs effets sont nuis. C’est surtout pour ces médicamens qu’il est nécessaire de procéder par doses insensiblement progressives , d’en suspendre l’usage de temps en temps, cl’en varier les formes, les préparations , et de changer de voies d’administration. Un sédatif qui a échoué une première fois , redonné à la suite d’un autre qui a usé son action, produit des effets qui avaient manqué la première fois. Il faut savoir tenir compte , pour leurs effets, des idiosynchrasies particulières. M. Dufresnoy a vu une trèspetite dose de belladone occasionner un état cl’ivresse très-marqué; nous avions vu cette substance provoquer du délire aigu, avec d’autres symptômes cérébraux très-inquiétans.
Les médicamens les plus simples ou dont l’action paraît faible produisent souvent des effets caïmans très-marqués. J’ai vu rarement l’insomnie occasionnée par les sensations douloureuses ou pénibles que provoquent les altérations organiques de l’utérus résister à l’usage d’une potion émulsionnée, composée seulement d'eau de laitue distillée et recoobêe , d’eau distillée de pivoine y de quelques amandes et de sirop simple , ou de pavot blanc , ou de morphine .
Les médications adoucissantes , relâchantes , tempérantes , émollientes , sont aussi dun grand secours dans le traitement des engorgemens durs de l'utérus. Si l’action de la plupart des agens qui composent ces médications semble etre en partie physique, et avoir pour effet de détendre la trame parenchymateuse des altérations organiques, de détremper et ramollir pour ainsi dire la matière infiltrée , et de la rendre ainsi plus facilement résorbable, ils en ont une toutaussi manifeste, c'est celle de tempérer la vitalité exagérée du tissu malade , ou pour mieux dire de modérer l’innervation ; élément physio-
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logique de cette vitalité, de la ramener au degré normal indispensable au retour de la faculté résorbante.
Tous les médicamens, soit caïmans, soit sédatifs, sont administrés sous toutes les formes et par toutes les voies : par la bouche en boissons , en potions , en pilules ; par le rectum en lavemens, ou mieux encore en injection épaisse , susceptible de séjourner dans cet intestin et d'opérer par le moyen du voisinage une action plus directe sur l’utérus malade. Nous avons quelquefois réussi à calmer des douleurs hystériques aiguës en ajoutant à des quarts de lavemens composés de la décoction de plantes narcotiques et émollientes , 6 à io gouttes de laudanum de Rousseau , ou 5 à 6 grains de poudre de belladone.
Les injections portent directement les médicamens sur l’organe malade ; aussi retire-t-on de leur emploi des avantages très-grands clans le traitement des maladies de la matrice , surtout quand elles affectent le col.
On compose la matière des injections avec les décoctions de racine de guimauve , de graine de lin , de laitue , de mauve, de feuille de bouillon-blanc , de pariétaire, de seneçon,de morelle, de tiges de pomme de terre, de tètes de pavot, de stramonium, de mandragore, de ciguë , de jusquiame , etc. On y ajoute des teintures ou solutions aqueuses des extraits d’opium , de belladone, ou mieux de la morphine ou des se] s de cet alcali végétal, Veau distillée de laurier-cerise.
Dans les cas d’engorgemens durs, indolens , sans ulcérations du col de l’utérus , l’injection peut être poussée avec force ou administrée en douche.
Lorsqu’au contraire il y a de l’irritation , de l’inflammation , quand l’engorgement est douloureux et que le col de l’utérus est en outre ulcéré, l’injection doit être poussée doucement et lentement.
Douches. — D’après l’indication que Benjamin Bell avait faite de l’application de Beau froide au traitement local du cancer, Alibert avait imaginé de faire administrer des douches perpétuelles en arrosoir, contre l’état squirreux de l'utérus. Ce moyen lui parut merveilleusement efficace ( Monog . des
dennat . ) dans la personne d’une danseuse de 1 Opéra , qui s y soumit pendant cinq années consécutives. L’auteur d’un Mémoire nouveau (i) a fait de cet ancien moyen, auquel il a joint les bains locaux de meme nature , la base principale du traitement des affections utérines. J’avais eu l’occasion d’en constater les avantages dans certains cas, et notamment chez une dame de Saint-Germain. Elle portait un engorgement du col avec ulcération superficielle. Les moyens ordinaires et la cautérisation elle-même ayant exaspéré plutôt qu’amendé les accidens , je la soumis aux douches à la température de l’atmosphère, et la guérison s’opéra assez rapidement. (Juin i835.) Depuis , j’ai quelquefois obtenu de cette médication d’assez heureux résultats dans des cas analogues.
Bains. — Les bains généraux , à la température de trente à trente deux degrés, et de courte durée, portent sur la peau une excitation dérivative avantageuse dans quelques cas. On obtient cet effet plus fortement par les bains médicamenteux, aromatiques, ou d’eaux minérales froides thermales, les bains de mer... Mais ils ne conviennent ainsi que dans les engorgemens squirreux indolens. Dans les cas contraires , des bains tièdes et prolongés d’une à deux ou trois heures sont préférables.
Les bains de siège ou de fauteuil ne doivent être pris qu’à une température peu élevée, de vingt-quatre à vingt-huit degrés au plus , par exemple; autrement, ils pourraient attirer ou entretenir vers les organes pelviens une fluxion sanguine que l’on a tant d’intérêt à éviter ou à détruire.
J’ai connu une dame affectée d’un cancer ulcéré de la matrice très-avancé, qui, après avoir épuisé tous les sédatifs, ne trouvait plus de soulageinens à ses cruelles souffrances que dans l’eau froide administrée en bain de siège, en injection et en lavement.
On peut rendre les bains de siège caïmans et adoucissons en les composant de la décoction des mêmes plantes qui servent aux injections.
(i) Mémoire sur les maladies dites cancéreuses de la matrice , par Maurice Treille, 1 838,
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Enfin, des cataplasmes composes de la même manière pourront contribuer par leur application sur le bas-ventre, autour des reins, à combattre les douleurs que les altérations utérines font diverger jusque dans ces régions, et concourent plus ou moins directement à la guérison. Il en est de même des mictions sur les lombes , i’hypogastre , aux aines, à la partie supérieure des cuisses , avec des linimens , onguens ou baumes ayant pour base quelqu’un des sédatifs indiqués précédemment; ainsi l’huile de jusquiame, la pommade de belladone, le baume tranquille , l’huile de laurier , etc.
Les autres moyens hygiéniques cpii ont sur le système nerveux une action propre à en modérer l’influence , à rétablir l’harmonie de sa répartition, et tà empêcher par conséquent sa concentration anormale et funeste sur les organes affectés, viennent aussi prêter l’appui de leurs précieux secours.
Il est d’observation que toute impression forte, portée par une circonstance ou une cause quelconque sur le système nerveux, va, lorsque l’utérus est malade, retentir sur cet organe et aggraver ses symptômes morbides, ou les réveiller s’ils étaient assoupis. C’est ordinairement ce qui arrive dans les cas d’engorgemens durs et dans les affections cancéreuses de l’utérus. J’ai vu quelquefois les traitemens les plus appropriés à la maladie, et sur lesquels j’avais droit de fonder l espoir du succès , échouer par cela seul que les malades étaient tourmentées par la surveillance des soins domestiques , parles contrariétés et les inquiétudes des affaires commerciales ou d’intérêt , par la fatigue des devoirs sociaux, et surtout par les peines, les chagrins et toutes les émotions violentes, trisles ou gaies, pénibles ou seulement désagréables, que l’habitude des villes et les conditions inévitables de la vie entraînent fréquemment à leur suite. Quelquefois il a suffi de faire transporter ces malades à la campagne loin du fracas des villes, des affaires et des habitudes domestiques, pour voir des engorgemens opiniâtres marcher alors rapidement vers la résolution, ainsi que le témoignent quelques unes des observations qui seront rapportées.
L influence de l’air pur et naturellement embaume' de la
campagne a d’ailleurs l’avantage de contre-balancer des effets pernicieux que peuvent produire sur l’économie la sévérité du régime et l’action atonique des moyens qui forment la base du traitement le plus rationnel. ^
C’est dans le meme but que I on permettra les exercices passifs, qui, par les oscillations qu’ils impriment à toute l’économie, ou par le changement d’air qu’ils procurent^ produisent une répartition égale de la puissance vitale, et en activant l’exercice de toutes les fonctions, empêchent les concentrations qui occasionnent ou entretiennent et propagent les altérations organiques. Ce n’est donc que dans certaines mesures qu’il convient de prescrire le repos. Obéissant autrefois à des suggestions étrangères , nous imposions à toutes nos malades le repos le plus absolu. Nous avons transgressé dans plus d’une occasion cette règle trop exclusive, et nous n’avons qu’à nous en louer maintenant.
L’excitation périphérique sera aussi entretenue par l’usage de vêtemens chauds , et surtout par le port habituel de flanelle sur la peau , les frictions sèches , etc.
Troisième indication. — Provoquer ou favoriser la résorption des matières morbides qui forment les engorgemens. — Cette indication constitue le traitement résolutif proprement dit.
Traitement fondant proprement dit . — On vient de voir que les premières indications peuvent suffire, dans un grand nombre de cas , pour provoquer la résolution d’engorgemens
résultant, soit d’une phlegmasie chronique , soit de l’induration , même de quelques uns qui , selon toutes les apparences, portaient le caractère squirreux. Ces indications , et les moyens propres à les remplir, pourraient donc être considérés comme formant un traitement résolutif indirect. Mais il existe en outre des moyens susceptibles d’agir directement sur l’organe malade , de manière à exciter ou favoriser la résorption des substances morbides ou des matériaux organiques anormaux qui composent les engorgemens ou constituent les altérations. A ces agens appartiennent plus spécialement les noms de résolut fs, de fondans et à’ incisifs , de
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discussifs , de désohstruans , etc. Leur usage compose le traitement résolutif direct.
Appliquant à cet objet la marche analytique qui a été suivie précédemment, nous diviserons les résolutifs directs , ou proprement dits, i° en ceux qui modifient les matériaux morbides dans leur état physique ou dans leur composition , de manière à les rendre plus facilement résorbables ; 2° et en ceux qui , par l’action qu'ils exercent sur la trame organique des altérations , y développent ou y réveillent la faculté absorbante.
i° Modificateurs des matériaux , ou des élémens des altérations organiques . — De ces modificateurs , les uns agissent physiquement, d’autres mécaniquement, d’autres chimiquement.
Nous rapporterons aux modificateurs physiques les agens thérapeutiques qui paraissent n’agir qu’en ramollissant, détrempant ou macérant , pour ainsi dire , les substances organiques concrètes anormales 3 telles sont les applications émollientes liquides , les applications emplastiques qui , pour la plupart, agissent moins par les propriétés médicamenteuses des substances qui les composent , que par l’espèce de bain de vapeur quelles entretiennent sur les parties avec lesquelles on les met en contact, par suite de l’obstacle quelles apportent à l'évaporation de la matière de la perspiration, comme, par exemple, les emplâtres de diachylon , les emplâtres diapalmes ou saturnés, etc.
En tête des agens mécaniques se place la compression, moyen dont M. le professeur Récamier a obtenu des effets si remarquables dans les engorgemens squirreux externes. Son application serait difficile , et ne serait pas sans de graves inconvéniens dans les cas d’engorgemens durs de l’utérus , à moins cependant que l’altération 11’existât au col et 11e fut bornée à cette partie. Dans ce cas , des disques d’agaric ou de peau de daim, ou des gâteaux de charpie, pourraient être appliqués sur le col engorgé , et maintenus par une cuvette métallique ou en ivoire, peu profonde. Une tige, fixée au centre de cette cuvette, comme dans le pessaire en bilbo-
quet, servirait à fixer l'instrument et à exercer la compression à l’aide d’un bandage en T.
Viennent ensuite les douches ascendantes, qui, bien dirigées sur la partie malade, graduellement renforcées et suffisamment prolongées , agissent à la manière de la compression et peuvent favoriser la résolution , comme on en a rapporté quelques exemples.
Modificateurs chimiques . — Si la potasse ou les préparations savonneuses ont la faculté de détruire ou de modifier , dans le sang, les élémens organiques qui doivent entrer dans la composition des altérations morbides , ainsi que les faits semblent le prouver, on peut penser que ces mêmes substances, prises à l’intérieur à haute dose, pourront être portées par la circulation jusque dans le parenchyme des altérations, et que là , par leur contact immédiat , elles modifieront les matériaux qui les composent, de manière à les rendre plus faciles à être résorbés. Les succès obtenus de l’usage soutenu des pilules savonneuses et des eaux minérales alcalines dans les obstructions viscérales et autres engorgemens abdominaux , sont fondés sur un trop grand nombre de faits pour que l’on puisse les révoquer en doute. Pour nous , nous nous sommes souvent bien trouvé de leur usage dans des cas d’engorgemens chroniques variés , et nous croyons particulièrement devoir attribuer à ces médicamens leur part d’action dans la résolution de quelques engorgemens durs de l’utérus. ( Voyez les Observations ci-après consignées.)
2° Modificateurs de la 'vitalité de la trame organique des engorgemens durs propres à y exciter la faculté absorbante . — C’est ici le lieu de rappeler ce que nous avons indiqué précédemment sur les conditions vitales qui donnent aux
tissus de l’économie la faculté absorbante ou la leur rendent.
Etablissons donc sur des preuves irrécusables que l’acte de la résorption est en raison inverse de l’exagération vitale des tissus j que cette résorption, n’importe sur cpioi elle s’exerce , n’est conséquemment jamais plus active que quand la vitalité des tissus est à l’état naturel ou même au-dessous du degré physiologique. On sait avec quelle promptitude sont absorbés
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des liquides injectés clans les cavités séreuses ou dans le tissu cellulaire chez les sujets sains. Que, par suite d’une violence extérieure, du sang se trouve infiltré ou meme épanché , soit dans le tissu cellulaire, soit dans un sac séreux ou synovial , quels sont iq^ moyens les plus efficaces pour en provoquer la résorption ? Ne sont-ce pas les agens propres à déprimer pour ainsi dire la vitalité, à l’empêcher ainsi de monter jusqu’au ton phlegmasique ? Parmi ces agens, le froid tient le premier rang. Aucun moyen n’est plus propre à déterminer, dans un espace de temps souvent fort court, la résorption du sang infiltré ou épanché , et à prévenir l’inflammation et les désordres redoutables qui résulteraient nécessairement de la phîegmasie développée dans ces circonstances.
Dira-t-on que le froid agit dans ce cas en excitant les forces vitales , lorsque l’on sait positivement que cet agent a une action essentiellement déprimante ou sédative? N’est-ce donc pas au contraire en produisant cet effet sédatif qu’il prévient la surexcitation, précurseur de Pinflammation? Ainsi donc le froid ne peut alors favoriser la résorption des liquides infiltrés ou épanchés qu’en maintenant la vitalité des tissus au degré normal, ou en ramenant au-dessous du degré physiologique. Tant qu’un bubon est rouge , chaud , douloureux , l'abcédation et la rupture extérieure sont imminentes; mais du moment où, par une cause quelconque, ces signes de la surexcitation vitale disparaissent , on peut espérer que, malgré la certitude de l’épanchement purulent indiqué par une fluctuation manifeste , la résolution , ou pour mieux dire la résorption aura lieu. On provoque très-bien cette résolution, qufil y ait ou non fluctuation, en déprimant l’inflammation par l’application du froid. Il est peu de praticiens qui niaient fait ainsi disparaître en très-peu de temps des bubons plus ou moins volumineux en les couvrant de glace.
Dans les hydropisies essentielles, dites aigues et actives, et même dans quelques unes de celles qui sont symptomatiques , les émissions sanguines , souvent si efficaces pour provoquer la résolution de ces vastes épanchemens, en suspendraient seulement les progrès, si elles ne faisaient que
détruire l’activité vitale exagérée jusqu’à l’inflammation, ou seulement jusqu’à la surexcitation qui a présidé à la sécrétion ou à l’ exhalation anormale. Force donc est de reconnaître et d’admettre cpie par le fait seul du rappel de la vitalité ou de l’excitation vitale à son rliythme physiologique , l’acte exhalant se trouvant suspendu , la faculté absorbante reprend son empire • aussi la rapidité avec laquelle la résorption s’opère parfois dans ces cas tient-elle du merveilleux.
Il serait facile d'exhumer des archives de la médecine un grand nombre de faits confirmatifs des exemples généraux que nous venons de rapporter. Mais ce que nous avons dit suffira, je crois , pour démontrer cpie la résolution , dans tel cas que ce soit, ne doit pouvoir s’obtenir quen ramenant la vitalité exagérée ou surexcitée du tissu malade a son état naturel , ou même a un degré inférieur , condition indispensable pour que ce tissu , en perdant sa faculté sécrétoire anormale , récupéré sa faculté résorbante physiologique .
Que Ton fasse l’application de ces considérations au traitement des engorgemens durs de la matrice , et même à celui de toute altération organique quelconque sous forme d’engorgement, et l’on trouvera la clef de la manière dont beaucoup d’agens thérapeutiques produisent la résolution dans ces cas; elles serviront, d’une autre part, à éclairer le praticien dans l’appréciation, et à le diriger dans le choix des nombreux résolutifs prétendus qui ont tour à tour été préconisés ; il pourra aussi en déduire les règles non moins importantes et de leur opportunité , et de leur mode le plus convenable d’administration.
On concevra aussi , d’après ces considérations, que les noms de résolutifs, de fondans, etc., sont applicables et conviennent à toute médication susceptible d’agir en déprimant, diminuant la vitalité des organes ou des tissus; ainsi i° à la médication antiphlogistique , qui outre qu’elle prive , par les saignées, la diète, etc., la partie engorgée des élémens de renouvellement , lui enlève la surexcitation qui présidait à la formation de l’altération , et ramène ainsi sa vitalité à l’état ou au-dessous du degré normal ; 2° à plus forte raison , à des
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médications sédatives, stupéfiantes, narcotiques, qui produisent les mêmes effets d’une manière plus active et plus directe. Je répéterai donc ce que j’ai avancé plus haut, que je suis fondé à croire que les médicamens sédatifs, stupéfîans, narcotiques, préconisés comme résolutifs spécifiques des engorgemens squirreux , n’agissent de cette manière qu’en faisant cesser l’exagération vitale, même avec aberration particulière qui préside au développement de ces altérations, ou qui en constitue l’élément vital ou physiologique.
Il est probable que si l’on pouvait employer ces médicamens avec largesse , on obtiendrait des effets plus marqués et plus constans. Mais on sait quon ne pourrait, sans s’exposer à des accidens graves , les administrer à doses un peu élevées; si l’on y parvient par gradation , l’habitude que l’économie et notamment le système nerveux prennent, réduit toujours leur action à un bien faible degré.
Nous ne reviendrons pas sur le mode d’emploi de ces résolutifs indirects , en ayant suffisamment parlé aux articles qui les concernent particulièrement.
Maintenant se présente une question importante ! Existet-il des médicamens doués de la propriété spéciale d^exciter l’absorption considérée d’une manière générale, mais plus particulièrement dans les tissus frappés d’altérations organiques? En un mot, existe-t-il des résolutifs spéciaux ou directs?
Si l’on s’en rapporte aux faits sur lesquels on a fondé la préconisation de certains médicamens , la réponse à ces questions paraîtrait devoir être affirmative.
Nous nous sommes suffisamment expliqué sur la ciguë , l’aconit et autres plantes vireuses, sur le mode d’action desquelles nous avons émis notre opinion. ïl nous reste à parler d’autres médicamens dont l’action résolutive directe, dans les cas d’engorgemens durs de la matrice, et surtout dans les états squirreux , est appuyée sur des observations probantes ; ce sont le mercure, Fiode , l’arsenic , l’hydrochlorate d’or, auxquels j’adjoindrai le tartre stibié.
Mercure , — Des faits nombreux attribuent au mercure et
à ses composes la propriété de provoquer la résolution des cngorgemens formés par l’induration et l’état squirreux. Cependant ce médicament échoue quelquefois. Est-ce comme excitant particulier des tissus qu’il agit? Ne serait-ce pas encore à la manière des préparations alcalines , en modifiant les qualités du sang, en diminuant sa plasticité, détruisant ainsi plus particulièrement ceux cle ses élémens organiques qui alimentent les engorgemens durs? Le mercure rend eh effet le sang plus clair, plus diffluant. Ne porterait-il pas aussi la même action dissolvante jusque sur les matériaux intimes de ces derniers? Quelques recherches récentes tendraient à prouver qu’il en est ainsi, comme, par exemple, quand on l’applique topiquement.
Peut-être l’inefficacité des mercuriaux dépend-elle, quand on l’a observée, de ce qu’on n’a pas rendu la partie malade apte à en recevoir faction bienfaisante, en la mettant dans les conditions que nous avons démontrées être nécessaires pour que la résorption soit possible. Cette remarque est applicable à l’emploi de tous les résolutifs.
Les préparations mercurielles acquièrent un plus haut degré d’efficacité dans les cas d’engorgemens durs, à la production desquels le principe vénérien n’est pas étranger.
On préfère ordinairement le calomel (mercure doux , protochlorure de mercure, aquila albd) aux autres préparations mercurielles. Préparé à la vapeur, le calomel n’a pasles inconvéniens attachés aux préparations ordinaires; il est aussi dans un état plus complet de division, qui rend plus facile sa pénétration dans l’économie , soit qu’on le donne par la bouche, soit qu’on
l’administre en frictions. Pour ce dernier mode d’administra-
lion , on obtient cependant des succès plus marqués de la pommade mercurielle dite onguent gris. On doit , dans tous les cas, surveiller les phénomènes attachés à l’usage de ces substances , et le suspendre ou le modérer dès que le gonflement et le saignement des gencives, la puanteur de l’haleine ou l’humectation continuelle de la bouche annoncent l’imminence du ptyalisme. ( Voir pour exemples des effets résolutifs des mercuriaux dans les engorgemens utérins , les Observ. de la troisième série. )
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Iode . - — On a fondé de grandes espérances sur Fiode et ses préparations. Ce médicament est doué d’une action très-énergique, et l’observation a constaté principalement quelle avait pour résultats la résolution de certaines intumescences. On en a étendu l’application aux traitemens des altérations organiques de l’iitérus, et nous croyons qu’il peut avoir de grands avantages dans celles de ces altérations qui se présentent sous forme d’engorgement. Mais pour bien apprécier sa valeur thérapeutique, et se diriger dans l’opportunité et l’administration de son emploi, il est nécessaire de connaître la manière dont cette substance agit sur l’économie. Or, on peut déduire de l’observation et del’interprétation rigoureuse desphénomènes physiologiques qui résultent de l'administration de l’iode, qu’il exerce trois espèces différentes d’action : la suppression de la nutrition, une excitation générale et une excitation locale spéciale.
i°. Les préparations d’iode agissent de la même manière que nous avons dit que le ferait le cura faillis (p 280). Ce qu’il y a de certain, c’est que dans la plupart des cas où on l’ait vu opérer le plus efficacement la résolution des goitres, cle tumeurs strumeuses, ou d’autres engorgemens indolens, il avait au préalable occasionné un amaigrissement plus ou moins considérable. Il est vrai de dire que cet amaigrissement, qui parfois va jusqu’au marasme , paraissait être lui-même la suite de l’irritation et de l’inflammation dont le médicament avait frappé les voies digestives. Je rappellerai à ce sujet que les préparations iodiques, administrées sans mesure ou prises sans précaution, jettent les malades dans un marasme qu’on pourrait appeler aigu, qui est promptement mortel , et qu’à l’ouverture des cadavres on trouve des traces de phlegmasies et des ulcérations sur toute l’étendue de la membrane muqueuse gastro-intestinale. O11 peut donc attribuer en partie les effets résolutifs de ces méclicainens à la suppression des fonctions digestives , à la suspension et même à la rétrogradation consécutive de la nutrition, d’où résulte la prééminence du mouvement de décomposition sur celui de composition, et par conséquent l’atrophie des tissus pathologiques aussi bien que des tissus normaux. On doit aussi tenir compte , pour la juste appréciation de
l’action thérapeutique de l’iode , de l’irritation qu’il produit sur les voies de son application, savoir, la surface cutanée et les voies digestives , irritation dont l’action dérivative peut contribuer à favoriser la résolution.
2°. A doses modérées et administrées avec prudence, les préparations d’iode stimulent l’économie, activent toutes les fonctions; elles agissent donc alors comme dérivatives générales, en éveillant ou ramenant et disséminant dans tout l’organisme la vitalité dont la concentration anormale occasionne ou entretient les états morbides locaux.
5°. Enfin on ne peut se refuser à reconnaître dans ces médicamens une propriété résolutive directe, constatée par V action de leurs applications locales sur beaucoup d’engorgemens ou d’épanohemens.
On déduira de ces remarques les conséquences pratiques suivantes : i° éviter l’administration de l’iode par les voies digestives , quand elles sont le siège d’irritation ou de phlegmasie , surtout aiguë, et ne la permettre que lorsqu’on a détruit ces états pathologiques contre - indiquans par un traitement approprié; 2° ne l’administrer intérieurement qu’avec prudence, à l’état de division et par doses fractionnées que l’on augmente graduellement et que l’on diminue ou que l’on suspend, dès que se manifestent des signes d’irritation gastro-intestinale. La préparation proposée par notre honorable confrère et ami M. le docteur Bande! ,eque est celle que nous préférons maintenant, comme la plus propre à éviter les inconvéniens et les accidens attachés à l’usage de cette substance. Elle se compose de la solution de deux grains d’iode et de quatre grains d’iodnre de potassium par douze onces d’eau distillée. On la donne par cuillerée ou double cuillerée, que l’on répète deux, trois ou quatre fois et plus par jour.
5°. Dans le cas de contre-indication par les voies digestives, on administre les préparations d’iode par la méthode iatraleptique , c’est-à-dire en frictions. On se sert pour cela de l’hydriodate de potasse , des iodures de soufre , de plomb , de mercure, auxquels on donne la forme de pommade, en les incorporant avec l’axonge, Les proportions sont d’un gros du
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médicament par once d’axonge. On augmente l’action résolutive de la pommade en y ajoutant quelques grains d iode. ( Voir les Observations de la quatrième série.)
4°- Les préparations iodiques ne conviennent que dans les engorgemens froids, indolens. Pour peu que l’affection présente des caractères phlegmasiques ou d'irritation , ils seraient contraires.
Or et ses préparations . — Un grand nombre d’expérimentations ont aussi constaté la puissante influence des préparations d’or sur l’économie. On lui a surtout reconnu une action résolutive énergique dans les engorgemens qui sont dus à une cause scrofuleuse.
Les observations du docteur Krimer sur les effets résolutifs de l’hydrochlorate d’or dans les engorgemens de la matrice portent principalement sur des femmes lymphatiques ou scrofuleuses. J’ai aussi essayé de ce médicament dans six cas. Dans deux, où il existait un squirre ulcéré déjà avancé, je n’obtins aucun résultat manifeste. Sur les quatre autres malades affectées d’engorgemens durs de nature douteuse , la résolution s’accomplit chez trois , mais elle se fît bien plus long-temps attendre que dans les cas analogues traités par l'absorption cutanée du tartre stibié : chez la quatrième , après une petite diminution apparente de l’engorgement, il resta in statu cjuo. Mais je pense que le noyau de ce dernier était de nature fibreuse , espèce d’altération dont la résolution est bien plus difficile, bien plus longue , souvent meme entièrement inobtenable. Mais les engorgemens de cette nature sont heureusement les moins redoutables pour le présent et quant aux conséquences.
Il m'a semblé que les préparations aurifères étaient principalement utiles dans les ulcérations avec engorgement du col utérin, soit que l’insuffisance des autres traitemens ou quelques précédens fassent soupçonner une origine syphilitique, soit que cette cause soit tout-à-fait étrangère.
Ce métal précieux ne s’administre pas, comme autrefois, à l’état inactif métallique j c’est l’hydrochlorate simple ou potassé que l’on emploie, On donne cette préparation à l in té-*
rieur à la close de un seizième à un huitième de grain par jour, en pilules, dose que Ton porte graduellement jusqu’à un grain. On le fait encore absorber parles membranes muqueuses externes, principalement en l’appliquant en frictions à la surface interne des joues , sur les gencives , sur les bords de la langue* et dans les affections utérines, à la surface interne des grandes lèvres. Le docteur Krimer portait immédiatement sur le col de rutérus engorgé deux à trois grains d’hydrochlorate d’or mêlé avec du sucre. (Observ. de la quatrième série.)
Emétique. — Quelques auteurs , et Portai entre autres (i), ont préconisé l’eau émétisée , un grain pour deux livres d’eau , comme un puissant résolutif des engorgemens internes. Personne n’en a fait usage dans les altérations de l’utérus. Je ne sache pas, du moins , qu’un autre avant moi ait fait connaître l’application du tartre stibié, administré par l’absorption cutanée, au traitement des engorgemens phlegmasiques et autres de l’utérus. Ce n'est qu’après avoir bien constaté les propriétés résolutives de ce médicament ainsi employé dans les pneumonies chroniques , avec ou sans épanchement pleurétique, que je l’essayai avec non moins de succès dans les métrites, suites de couches qui tendent à passer à l’état chronique , comme j’en ai donné des exemples dans un des précédens chapitres (page 252). Je l’ai ensuite expérimenté dans quelques cas d’engorgemens durs de l’utérus, et il m’a semblé qu’il avait contribué pour beaucoup à activer la résolution. On peut en juger en méditant l’histoire des cas dans lesquels j’en ai fait usage. Un praticien de Dijon, qui avait amené sa sœur à Paris pour prendre mes conseils sur un engorgement chronique de l’utérus dont elle était affectée, m’a depuis fait savoir qu’il avait obtenu des effets heureux de ce moyen que j’avais spécialement indiqué, et qu’il en avait recueilli de non moins remarquables chez plusieurs autres dames également affectées d’engorgemens utérins , avec ou sans ulcérations.
Afin de favoriser l’absorption du tartre stibié, et pour em-
(i) Traité des maladies du foie.
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pêcher en même temps qu’il n’occasionne des pustules inutiles pour le but que je me propose , quelques précautions sont à prendre dans l’application de ce médicament.
Je fais incorporer une partie d’émétique dans huit d’axonge non lavée (un gros par once). On prend pour chaque friction la valeur d un demi-gros de cette pommade. Une première friction est faite à la partie interne d’une jambe. Le soir même, une seconde friction à l’autre jambe. Le second jour, frictions aux cuisses , une le matin , l’autre le soir. Le troisième jour, on frictionne également les deux bras alternativement ; puis les côtés du thorax le quatrième jour. On recommence ensuite dans le même ordre. On doit frotter avec la paume de la main, largement, légèrement et long-temps. Si quelques pustules se montrent sur une partie , on cesse d’y appliquer d’autres frictions; car ce n’est pas pour déterminer une éruption, comme on le fait ordinairement, que je les emploie , mais pour faire pénétrer le médicament par absorption; ce n’est pas une action dérivative externe, mais une action altérante interne que je me propose d’exciter. Si on n’aperçoit aucun résultat , après avoir employé de cette manière la valeur d'une demi-once à une once d’émétique, il faut en cesser l’application. J’observerai qu’aucune des malades soumises à cette médication n’olfrit de phénomènes indiquant que le tartre stibié ainsi administré ait poité son action sur les voies digestives, (hoiries Observ. de la cinquième série.)
Arsenic. — Je ne ferai mention de l’arsenic et de ses composés que pour rappeler les dangers attachés à l’emploi de cette substance éminemment délétère. Les avantages que l’on en a retirés dans le traitement des affections squirreuses sont tellement incertains, quhls sont loin de compenser les accidens toniques graves que ces méclicainens peuvent occasionner.
Quelques faits isolés ont engagé les médecins à regarder et à proposer beaucoup d’autres médicamens comme résolutifs des engorgemens durs, et notamment des affections squirreuses et cancéreuses de Tutérus. Tels sont le cyanure ou 1 hydrocy anale de plomb pris à l’intérieur ou administré en in-
jeetions et en bain,, X hydrochlorate cle baryte , les sous-carbonates de plomb et de potasse , les sulfates d ammoniaque , de cuivre et de fer vert • les muriates de fer ou db ammoniaque , Xhydriodate et le chromate de potasse , le borate de soude , l’erm oxigénée , etc. De nouvelles observations sur ces niédicamens, encore trop peu expérimentés , sont nécessaires pour établir leur valeur thérapeutique dans les cas qui nous occupent.
Il est de la plus grande importance de remarquer que la plupart des résolutifs dont il vient d’être question sont pris dans la classe des médicamens stimulans ou irritans. Ils ne sauraient donc convenir avant d’avoir déprimé la vitalité de l’organe engorgé , et arrêté le développement de l’altération par l’usage préalable des médications des deux premières indications. Autrement, non seulement ces médicamens, tels héroïques qu’ils soient, échoueront, mais ils pourront même produire des effets opposés à ceux qu’on en attendait. Si, au contraire, on n’v avait recours que lorsque l'altération est disposée, par les traitemens appropriés à sa nature, à en recevoir pleinement Faction , il est probable que les succès seraient moins rares qu’ils ne Font été jusqu’à présent.
Bésumé sur le traitement clés altérations organiques de la matrice qui se présentent sous forme d^engorgement durs.
i°. Le traitement débilitant ou antiphlogistique ayant pour but de faire prévaloir le mouvement de décomposition sur celui de composition des altérations organiques, effet qu’il produit en diminuant ou tarissant la source des matériaux qui entrent dans leur formation , et en rendant en même temps à la faculté absorbante du tissu altéré toute son activité par la réduction de l’exagération vitale qui préside à leur développement, ce traitement, dis-je, est essentiellement indiqué dans les engorgemens durs de la matrice, quelle que soit d’ailleurs la nature des altérations qui les constituent.
Il opère seul la guérison, lorsque les engorgemens sont le résultat d’une inflammation.
Il convient, dans la presque universalité des cas > pour dis-
ENGORGEMENS DE IA MATRICE
poser la partie altérée à recevoir avec avantage Faction des autres médications, et principalement des résolutifs et des fondans proprement dits. Le traitement antiphlogistique forme, clans ces cas, partie préparatoire indispensable ou auxiliaire obligé des autres méthodes de traitement.
Enfin, c’est encore lui qui fournit, en général, les moyens les plus efficaces pour, dans les cas où l'altération porte le caractère d’incurabilité, en entraver la marche et modérer plusieurs des symptômes qui sont les plus redoutés de ces maladies. Ainsi il arrête la complication inflammatoire , qui le plus ordinairement est le moyen d’extension de l’altération des parties affectées à celles qui étaient encore saines, ou cpii en marque ou active les transformations redoutables, ou enfin rend très-douloureux des engorgemens squirreux, cpii auparavant étaient indolens.
2°. Le traitement sédatif ou stupéfiant peut , en déprimant l’exaltation ou l'exagération vitale qui préside à la formation des engorgemens durs de l’utérus, ou des altérations qui les constituent, arrêter leur développement, et, en laissant à la faculté absorbante du tissu altéré tout son empire, favoriser leur résolution. Mais l’obligation dans laquelle on est de n’administrer les méclicamens qui composent les médications sédatives ou stupéfiantes qu’avec réserve, vu les dangers qui résulteraient de leur action toxique , s’oppose à ce que l’on puisse retirer de ces médications tous les avantages que l’on aurait droit d’en attendre. Du reste, nous croyons qu’on aurait toi t d’attribuer à quelques uns de leurs agens une spécificité
absolue.
Les sédatifs , les stupéfaits et les narcotiques deviennent des auxiliaires puissans des autres médications. Combinés avec le traitement débilitant , et notamment avec la diète, on peut compter sur de prompts et heureux résultats.
Unis aux résolutifs proprement dits, ils en favorisent aussi les effets, en eontre-balançant ou empêchant faction irritante des médicamens qui les composent, action epui pourrait mettre obstacle à l’accomplissement des résultats heureux qu’ils promettent. Ainsi on unit avec succès les extraits de ciguë, u’a-
conit, d’opium, etc. , au eaîomélas, aux préparations d’iode ou d’or, à l'émétique , aux savonneux , aux alcalins , etc.
Enfin ces médications conviennent spécialement dans les cas de prédominance des symptômes nerveux , comme lorsqu’il existe des douleurs violentes ou très aiguës , de l’insomnie , des spasmes ou des convulsions, etc.
5°. Enfin les médications résolutives ou fondantes proprement dites ne sont applicables avec succès que lorsque, après un emploi raisonné des moyens appartenant aux deux indications qui précèdent, il ne reste plus qu’à réveiller ou à activer, d’une manière plus directe ou plus spéciale , la faculté absorbante des tissus, siège de l’altération. Auparavant, ces médications seraient inefficaces, et souvent meme plus préjudiciables que favorables.
Il nous reste maintenant à présenter les faits sur lesquels nous avons fondé les considérations thérapeutiques qui précèdent. Ils serviront à montrer la valeur de chacune des médications que nous avons passées en revue, à faire connaître à quels cas chacune déciles convient plus spécialement, et à diriger le praticien dans leur application considérée sous les différens rapports de temps, d’opportunité, de méthode, de durée, d’indication et de contre-indication.