‹ Maladies de la matriceChapitre 40 sur 86 · TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE GENERAL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE GENERAL

85e OBS. Engorgement chronique du col avec prolapsus de l’utérus ; guérisonpar le traitement antiphlogistique ordinaire . — Mme Delah. accouche à vingt-sept ans ^quelques mois après, elle fait une fausse couche occasionnée par une grande frayeur : elle était enceinte de deux mois au plus. Dès le lendemain, elle vaque à ses affaires. Le soir, hémorragie. Repos pendant trois jours. Le sang continue de paraître , mais en petite quantité. Douleurs sourdes dans le bassin; alternatives de gonflement et d’affaissement du ventre; perte de l’appétit et de l’embonpoint. Quelques mois se passent, et les règles ne viennent pas. On conseille l’application de sangsues à la vulve,

ENGORGEMENS DE LA MATRICE

des pëdiluves irritans et quelques emménagogues. Les accidens augmentent. Mme Delah. sent comme un corps étranger dans les parties sexuelles; quand elle s’accroupit , il lui sembl e que quelque chose de gros va s’échapper de la vulve; elle est tourmentée par des ténesmes utérins, de la constipation : tantôt ses urines coulent presque involontairement, mais goutte à goutte; tantôt elles restent plusieurs heures , une journée meme sans être évacuées; mais après quelques instans de position horizontale , elles coulent en abondance. D’après l avis de la sage-femme , approuvé par son médecin, Mme Delah. réitère l’application des sangsues à la vulve. On prescrit le repos au lit pendant plusieurs jours et l’usage d’un pessaire. La présence de cet instrument ^ quoique très-gênante et trèsdouloureuse, est cependant supportée, la malade désirant à tout prix se débarrasser de son infirmité. Par la suite , les menstrues paraissent, mais à peine , et chaque fois les douleurs de reins et de bas-ventre augmentent d’intensité. C’est sur ces entrefaites qu’ayant été appelé en consultation pour le fils de Mme Delah., malade d’une gastro-entérite avec symptômes cérébraux alarmans , on me fit part de l’état de la mère (huit mois après l’avortement). J’enlevai le pessaire, et je trouvai le col de l’utérus du volume d’un gros oeuf , très-dur, chaud et douloureux; c’est-à-dire qu’en le comprimant, la malade se plaignait que je lui faisais beaucoup de mal aux reins. Je présumai que le déplacement de l’utérus pouvait n’avoir été que le résultat de l’engorgement de cet organe; je conseillai en conséquence les saignées , les injections , les bains , un repos absolu pendant cinq ou six semaines , et un régime trèsdoux. Ces moyens, employés avec constance, firent disparaître complètement l’engorgement. Quatre saignées furent pratiquées , les règles se rétablirent , et depuis il n’y eut plus de signes ni de descente ni d’engorgement de la matrice.

86e OBS. Descente de matrice par engorgement chronique du col de cet organe. — Guérison par les saignées , le repos et la dicte. — Grossesse consécutive. — Mme Havet, ébéniste, âgée de trente ans , d’une petite stature et fortement musclée , demeurant faubourg Saint-Antoine , n° ioi , portait une des-

eente de matrice depuis trois ans et demi quelle était accouchée de son second enfant. Elle attribuait cet accident à ce que , douze jours environ après sa couche, elle avait voulu porter un meuble, de ses ateliers jusqu’à la porte Saint- Antoine. Depuis lors elle avait senti des tiraillemens douloureux dans les reins et l’estomac , de la pesanteur sur le siège , et les approches de son mari lui étaient très-pénibles. Les règles étaient réduites à peu près à rien. La sage-femme qui avait accouché Mme Havet lui conseilla un pessaire , quelle ne put garder à cause des douleurs violentes que sa présence produisait dans les reins. Néanmoins, d’après le conseil deM. Dupuytren , elle voulut le replacer, mais elle fut bientôt encore obli gée de le retirer. Plusieurs tentatives ayant été infructueuses , elle prit son mal en patience. Mais l’état de souffrance et de gêne quelle éprouvait, l’impossibilité où elle était de soulever des corps un peu lourds , ce qui l’empêchait même de faire son lit comme de coutume , l’engagèrent à retourner voir M. Dupuytren, qui lui conseilla de mettre un pessaire ou de faire un autre enfant. Les essais pour ce dernier moyen ayant augmenté beaucoup les accidens , je fus demandé , le 1 1 juillet 1818 , pour placer un pessaire , pensant que j’aurais l’adresse de le faire sans occasionner de souffrances : mais l’état dans lequel je trouvai le col de l’utérus m’ôta toute envie de me rendre au désir de la malade. Cette partie était très-tuméfiée , dure, très-sensible au toucher. Je pensai que tous les accidens que la malade éprouvait , et la descente elle-même, pouvaient bien dépendre de cet engorgement. Je fis coucher sur-le-champ la malade , en lui recommandant de garder le lit pendant un mois au moins ; je lui pratiquai une saignée du bras , que je renouvelai de huit en huit jours, à la quantité seulement de deux poèlettes chaque fois; je la soumis à un régime doux et modéré. Quand au bout de quatre jours la matrice eut repris sa place naturelle, je prescrivis des injections émollientes , et des bains entiers tous les deux jours.

Tous les quatre ou cinq jours la malade prit une cuillerée d’huile de ricin qui suffisait pour provoquer deux ou trois selles et combattre la constipation qui la fatiguait.

ENGORGEMENS DE LA MATRICE

Quand je commençai le traitement , l’époque des règles approchait, l’écoulement eut lieu en effet le surlendemain, mais aussi peu abondant que de coutume.

A l’époque suivante , menstruation plus abondante , mais qui ne dure qu’un jour. Le col de l’utérus a diminué de plus d’un tiers, il est plus souple. ( Deux saignées.')

A la troisième époque , le col de l’utérus , qui avait repris , à peu de chose près, son volume et sa forme ordinaires, se tuméfia 5 cependant la perte du sang dura toute la journée (7 septembre) avec assez d’abondance. Le lendemain, saignée de deux goélettes.

La malade, qui a bon appétit et qui sent ses forces renaître, se lève malgré ma défense; néanmoins aucun accident n’a lieu. À l’époque suivante, les règles coulent deux jours pleins , ainsi que cela avait lieu autrefois. Enfin , la cinquième époque ne parut pas. Mme Havet vient elle-même me trouver, craignant une récidive. Mais le toucher me montre le col de l’utérus en très-bon état; je soupçonnai un commencement de grossesse , qui en effet existait.

L’accouchement eut lieu à terme , et aussi facilement qu’aux deux précédens ; mais , par précaution , je tins la malade couchée pendant les quinze jours qui suivirent la délivrance , et je ne lui permis de sortir et de se livrer à ses exercices domestiques qu’après que les six semaines furent expirées. Depuis , rien de particulier ne s’est manifesté du côté de la matrice.

87e OBS. Engorgement du col de l’utérus dé apparence squirreuse , résolution presque complète sous ï influence des saignées répétées , etc.; fatigues précoces , situation morale pénible. — • Tendance a la récidive. — Guérison. — Mme C***, âgée de quarante ans , a eu six enfans. Après son avant-dernière couche , elle souffrit long-temps du bas-ventre et ressentit des pesanteurs sur le siège. Depuis son dernier enfant, qui a maintenant cinq ans , les mêmes douleurs ont récidivé; les règles ont diminué en quantité ; des élancemens fréquens dans la région sacrée , un sentiment presque continuel de brisement dans les cuisses, des anxiétés produites surtout par

la station ou une marche un peu prolongée, l’altération du teint et des traits ont fait des progrès insensibles. La fatigue et les inquiétudes occasionnées par une maladie grave de sa fille aînée ont exaspéré ces acciclens. L’accoucheur, plusieurs fois consulté, a conseillé un pessaire , qui n’a pas été porté, et des moyens insignifians qu’on a négligés.

Le 5 mars i85o, je constate l’existence d’un engorgement très dur du col de l’utérus avec descente de matrice.

Je ne puis obtenir de la malade quelle reste couchée constamment. Habituée à soigner, diriger et surveiller sa petite famille , elle ne peut s’en rapporter à d’autres personnes de ces soins ; le mari, de son côté, craint que la diète, les bains, et surtout les saignées répétées que je conseille, ne produisent une trop grande faiblesse : il désire une consultation. M. Marjolin est choisi. Il reconnut l’engorgement et porta unprognostic beaucoup plus fâcheux que le mien , mais il renferma le traitement dans les limites que j’avais tracées. La malade , plus effrayée , fut un peu plus docile • elle se soumit, et bientôt l’engorgement laissa à peine quelques traces dans la lèvre postérieure.

Une saignée était pratiquée quelques jours avant, et une autre quelques jours après l’époque des règles. Celles-ci , dès la troisième époque, furent faciles, sans augmentation des accidens , et plus abondantes quelles n’avaient été depuis long-temps. La malade prenait d’abord des bains de siège ; mais malgré leur température peu élevée, les ardeurs et les chaleurs des reins ne diminuaient pas. Les bains entiers parurent produire de meilleurs effets.

Mme C***, se sentant mieux , fit des courses et reprit son ancienne manière de vivre, elle négligea le régime adoucissant que je lui avais prescrit , et au commencement de l’hiver les accidens reparurent. Ils cèdent de nouveau au repos et reviennent en mars 1 85 1 . La malade, tourmentée alors par des affaires d’intérêt, et irritée d’ailleurs pour les motifs les plus légers, a une fièvre cérébrale rémittente, qui , combattue par les émissions sanguines, cède définitivement au sulfate de quinine; dès lors le col de l’utérus est revenu à son état natu»

ENGORGEME NS DE EA MATRICE

rel , à l'exception d’un petit engorgement tuberculeux et douloureux qui existe à la lèvre postérieure. 11 est ci craindre que ce noyau ne devienne la source d’une récidive et d’altérations plus profondes, si la malade persévère dans son indocilité.

Quoique ce fait soit incomplet, il n’en prouve pas moins les succès obtenus du traitement antiphlogistique prolongé, de la diète , du repos absolu , etc. Je suis convaincu que la guérison aurait pu être définitive si la malade eût été plus patiente ou ne se fût pas trouvée placée dans des circonstances morales dont l’influence fâcheuse sur les maladies de l’utérus est toujours à redouter.

Depuis, placée dans des circonstances plus avantageuses, la personne qui fait le sujet de cette observation s’est soumise d’elle-même au repos absolu, au régime , a pratiqué des injections épaisses que je lui avais prescrites autrefois; et , après plusieurs mois de persévérance , elle s’est retrouvée dans son état naturel. Il ne reste plus, aujourd’hui 20 janvier i852 , aucune trace d’engorgement ( 1 858) La santé

ne s’est pas démentie , et quoique la personne approche de l’époque critique , rien n’annonce d’état morbide en travail du côté de la matrice.

88e Engorgement chronique clu corps de V utérus. — Traitement antiphiogisticfuc. — Guérison. * — Mme Demonche , d’une constitution délicate , et mariée à seize ans et demi, devint successivement mère de quatre enfans , un tous les ans j après son dernier, elle eut une métrite aigue qui céda aux applications de sangsues et de cataplasmes sur le basventre. Un engorgement inflammatoire des seins l’obligea de suspendre l’allaitement qu’elle avait commencé; son mari , frappé d’une phthisie héréditaire au premier degré , et comme la plupart des phthisiques , très-enclin aux plaisirs vénériens , voulut user de ses droits maritaux avant l’expiration des six semaines et pendant que sa femme était à peine rétablie.

Des douleurs profondes quelle ressentait encore dans le bas-ventre et les reins , l’impossibilité de se tenir debout , des nausées et des vomissemens en furent le résultat. Ces accidens cédèrent en partie à quelques jours de repos et aux

applications émollientes sur le bas-ventre. Mais dès que la malade se levait ou souffrait les approches de son mari, les memes phénomènes revenaient plus intenses. Les règles n’ayant pas reparu , Mme Demonclie se crut encore enceinte.

Trois mois se passèrent, et comme le ventre ne prenait pas de volume, que ses seins s’affaissaient, quelle maigrissait considérablement, phénomènes entièrement opposés à ceux qui signalaient ses précédentes grossesses • comme en outre elle avait des étourdissemens , des maux de tète , elle se décida à recourir à mes conseils. Près de cinq mois s’étaient pour lors écoulés depuis l’accouchement. Le col de l’utérus était plus que quadruplé de volume et formait un bourrelet épais, à dépression centrale peu considérable et présentant trois espèces de mamelons séparés par autant de sillons qui convergeaient vers la dépression centrale. L’un de ces mamelons, l’antérieur, paraissait formé par toute la lèvre antérieure du museau de tanche ; la lèvre postérieure représentait deux tumeurs inégales , la gauche plus volumineuse que la droite. La dépression qui conduisait dans l’orifice utérin était humectée par des mucosités sanguinolentes. Le toucher fut peu douloureux; la main appliquée sur I hypogastre ne put sentir l’utérus.

Je conseillai d’abord aux époux de faire lit à part; et, sous l’influence de deux seules saignées , des fomentations émollientes , des bains , des injections muciîagineuses et de la diète, tout rentra dans l’ordre.

J’ai appris dernièrement que cette jeune dame, étant devenue veuve, s’était remariée deux ans après, et qu’elle avait eu un cinquième enfant de ce second mariage.

Page 1