EK GO R G EM EK S UTERIKS TRAITÉS PAR LES SANGSUES AU COL
Cette série comprend quelques unes des nombreuses observations que j’ai recueillies concernant l’action puissamment résolutive des sangsues appliquées immédiatement sur le col utérin, dans certains cas d engorgement de cette partie ou de toute la matrice,
EHGORGEMENS DE LA MATRICE
89e OBS. Engorgement du col et descente de Vutérus , suite de couche ; application de sangsues à la vulve , dont quelques unes prennent accidentellement au col utérin, — Résolution rapide. — Je fus appelé , en 1816, au marché Saint- Jean, n° 5, pour voir une grosse et forte domestique, âgée de vingt-deux ans, qui se plaignait de douleurs dans les reins et le bas-ventre, et de quelque chose de pesant qui semblait vouloir sortir de la partie. Je trouvai , en effet, la vulve entrouverte par le col utérin énormément engorgé et d’une couleur rosée $ son orifice laissait suinter un peu de sérosité sanguinolente j abdomen souple et indolent, constipation, urines difficiles.
Cette fille était allée accoucher à Versailles quatre mois auparavant j le cinquième jour, elle était revenue de pied à Paris, et aussitôt elle était rentrée domestique dans une maison où elle se fatiguait beaucoup, étant obligée de faire des lits de maître. Malgré les douleurs, la pesanteur, les tiraillemens des reins , les engourdissemens qu’elle éprouvait dans les cuisses, elle continuait ses travaux. Les règles n’avaient pas paru depuis la couche. Cette fille continua de travailler jusqu’au moment où l’accroissement des accidens la força d’avouer à sa sœur, chez laquelle je la vis, ce qui s’était passé et ce qu’elle éprouvait. L’appétit s’était assez bien conservé. ( Saignée du bras de é\.poelettes , tisane clJ orge miellée , die te , repos.)
Le lendemain, je trouve la malade levée • elle prétend que le lit augmente ses douleurs de reins , et qu’elle se trouve mieux d'aller et de venir dans la chambre, ce quelle fait en se tenant le bas-ventre et en marchant courbée en avant. (20 sangsues a la vulve.)
Le troisième jour, je trouve les sangsues, que l’on venait seulement d’appliquer, répandues sur les grandes lèvres, et quelques unes attachées au col saillant de 1 utérus , ce qui m’inquiéta d’abord et me fit attendre le résultat avec une sorte d’anxiété j je craignais surtout que les piqûres ne donnassent lieu à une hémorragie dangereuse. Je revins deux heures après ; le sang coulait modérément. La malade
se trouvait soulagée j elle avait pu prendre enfin et garder îa position horizontale* l’utérus était remonté de plus d’un pouce , et son col me parut bien moins dur. J’aurais pu être éclairé parce résultat; mais je ne l’attribuais pour lors qu’à la perte générale du sang : aussi réitérai-je, deux jours et six jours après, l’application des sangsues à la vulve. La malade garda le repos le plus absolu, et elle se soumit , pendant un mois environ, à un régime sévère. Son appétit avait diminué dans les premiers jours du traitement; il revint ensuite. Enfin, le mois étant expiré, l’utérus était complètement replacé; le col en était souple, plus volumineux que dans l’état ordinaire, mais tout sentiment de douleurs était passé. Je ne revis plus la malade.
90e OBS. Engorgement du corps et de la lèvre postérieure du col de V utérus • ovarite; hystéralgie. — * Insuccès des saignées et autre antiphlogistiques . — Guérison par les sangsues sur le col. Une sage -femme, très-bien constituée, bien menstruée, se marie à l’âge de vingt-cinq ans. Au bout de quelques mois ses règles sont moins abondantes et souvent presque nulles. Des douleurs sourdes et continues se font sentir dans les reins, le bas-ventre, principalement du côté droit ; en outre, des douleurs utérines plus violentes se manifestent de temps en temps, et surtout quand par suite de sa profession la malade passe des nuits fatigantes. Elle est pour lors obligée de suspendre ses occupations pendant plusieurs jours.
M. Marjolin , consulté , constate un engorgement de l’utérus, et présume un autre engorgement de l’ovaire droit, et ne dissimule pas les suites qu’il peut avoir à une époque plus ou moins éloignée. Il prescrit une saignée et le repos pendant un mois. Un soulagement marqué en est le résultat , mais il n’est pas de longue durée ; les accidens se reproduisent bientôt avec un nouveau degré d’intensité. O11 revient aux mêmes moyens , mais dès que la malade se sent un peu mieux elle recommence ses fatigues et retombe dans le même état.
Il y avait près de trois ans que cet état durait avec augmentation progressive, au point que la malade ne pouvait
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plus continuer sa profession qu'avec beaucoup de peine, lorsqu’elle me fit part de ses souffrances. L’ayant examinée avec la plus grande attention, je trouvai, !°un gonflement insolite, avec sensibilité dans la région iliaque droite ; 2° le col et le corps de l’utérus presque doublés de volume et très-durs. Cette exploration fut suivie d'une explosion de douleurs avec niouvemens nerveux généraux. La figure était habituellement facile à se colorer ; le pouls était fort et dur • il y avait des palpitations et des étouffemens. La malade était, en outre de ses douleurs utérines , tourmentée par une douleur rhumatismale très-mobile, mais avec laquelle les douleurs utérines ne paraissaient point avoir de rapport; le rhumatisme affectant par exemple souvent l’épaule et le bras droits sans que pour cela les accidens utérins fussent en rien diminués.
Prescription. Saignée, de bras , repos pendant huit j ours , flanelle sur la peau , etc. Quelques applications de sangsues furent faites sur le bas-ventre sans plus de succès.
La malade, qui avait vu des exemples des effets heureux que j’avais obtenus de l’application de sangsues au col de l’utérus pour des cas analogues au sien, prévint mon intention , me demanda de faire usage de ce moyen. Le succès surpassa notre attente Après une autre saignée et l'application de sangsues sur le bas-ventre, j’en fis prendre huit au col de futé» ns; l’engorgement se dissipa presque instantanément. Les règles reparurent comme autrefois, et Mme S***1 put reprendre ses travaux avant la fin du mois. Néanmoins elle se ménagea , fit un usage journalier de bains de siège à peine chauds , de deux heures chaque fois; elle se tenait couchée le plus long-temps possible. Les accidens ont voulu reparaître plusieurs fois depuis, mais au moindre indice, une forte saignée du bras, des bains et du repos empêchaient le développement du mal. Les règles ont reparu comme de coutume; l’exploration la plus attentive ne m’a rien fait découvrir cjui put me faire craindre une récidive. La résolution , qui date maintenant (ï852J de près de quatre ans , me parait être bien définitive....
P. S. ( 1 858) L’utérus a continué de conserver son état nor-
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mal, mais l’engorgement de l’ovaire s’est insensiblement rétabli , et il a maintenant acquis le volume de deux poings réunis faisant saillie au-dessus de la fosse iliaque cotres* pondante, et plongeant dans l’excavation pelvienne en déplaçant l’utérus et gênant les autres organes.
91e OBS. Mét.rite chronique ; sangsues au col , hémorragie inquiétante ; tamponnement — Guérison rapide. — Mnie Debeur, rue Beaubourg, n° 26, âgée de trente ans, tempérament mixte, ayant eu deux enfans , fait une fausse couche de deux mois et demi à trois mois. Elle reprend presque immédiatement après ses occupations de ménage ; l’écoulement lochial s’arrête bientôt. Douleurs vagues dans le bassin, pesanteurs sur le fondement , douleurs dans les reins , et ti rail — lemens dans les aines. Amaigrissement, langueur de toutes les fonctions. Cependant la malade n’est pas arrêtée. Six semaines après l’accouchement préludes de la menstruation, sans que le sang paraisse : dès lors augmentation des accidens, fièvre, inappétence, douleurs dans le bas-ventre par intervalles très-rapprochés , s’irradiant de là dans tout l’abdomen; urines difficiles, déjections alvines rares, insomnie.
Quinze jours se passent encore , mais la gravité des accidens engage la sage femme, jusque-là consultée, à demander ellemême des conseils. C’était le 2 mai 1827 • deux applications de sangsues sur la région hypogastrique sont faites sans autres avantages que de diminuer les douleurs générales de l’abdomen ; bains de fauteuil y cataplasme , etc.
Le 9 mai , toucher. Le col de l’utérus est engorgé ainsi que le corps. L’affaissement des parois du ventre permet de sentir le fond de ce viscère derrière le pubis. Il est du volume d’un œuf d’oie, dur et sensible à la pression. Douze sangsues sont appliquées sur le col utérin ; une hémorragie très-abondante, inquiétante même et comme foudroyante, se manifeste , mais le tamponnement du vagin en rend entièrement maître.
Le 10 j’enlève le tampon. L’utérus était réduit de plus de moitié , souple , avec son col plus saillant. A dater de ce moment la résolution s’accomplit en peu de temps. La malade resta
ENGGRGEMENS DE LA MATRICE
long-temps faible et décolorée , par suite de la perte énorme de sang produite par les piqûres des sangsues. Vers la fin de 1829 elle redevint mère , et elle accoucha heureusement et sans accidens consécutifs , pendant les événemens mémorables de juillet 1 85o.
92e OBS. Engorgement chronique du col de V utérus , avec descente de ce viscère. — Sangsues au col utérin. — - Mme âgée de vingt quatre ans, d’une constitution forte,
mais détériorée par une jeunesse malheureuse et un mariage mal assorti , a un accouchement laborieux en juin 1820. Depuis elle n’a cessé d’éprouver des douleurs dans le basventre, des pesanteurs dans le bassin et des tiraillemens dans les reins* les cuisses sont aussi le siège de douleurs contusives insupportables : ces symptômes augmentent d’intensité par la marche, les veilles laborieuses et les chagrins domestiques. Les menstruations sont rares et peu abondantes ; leucorrhée fatigante, digestions pénibles, bouffées de chaleur, fièvre irrégulière , amaigrissement et pâleur générale. La malade redoute les approches conjugales, tant elle en souffre.
Rien n’a été fait pour parer à ces accidens jusqu’au 2 octobre 1821, que je suis consulté, seize mois après faecouchement. Je trouve la malade pâle, maigre, affaissée, dans un découragement complet. La fièvre était devenue continuelle ou à peu près, avec soif, nausées, insomnie, oppression et toux fréquente , qui inspirent des craintes de phthisie; besoin d’uriner sans cesse renouvelé; fhypogastre est douloureux , mais je n’y sens point de tumeur. Le toucher me fait reconnaître l’utérus plongeant dans le canal vaginal au point que son col était de niveau avec les petites lèvres. Son corps remplissait presque la cavité pelvienne; cet organe était d’une sensibilité exquise et très-dur. On ne pouvait méconnaître une métrite chronique; le poids de l’utérus engorgé expliquait sa chute dans le vagin , et l’une et l’autre rendaient raison des envies fréquentes d’uriner, des tiraillemens dans les reins , etc.
L’application quatre fois réitérée de sangsues , tant sur
l’hypogastre qu’à la vulve ; les cataplasmes, les injections émollientes, un régime adoucissant, des boissons délayantes et la position horizontale, ainsi qu’un repos absolu, amenèrent un soulagement marqué. Cependant les forces ne se relevaient point, l’utérus conservait encore de la sensibilité et de l’engorgement. Dès que la malade se levait , cet organe se déplaçait de nouveau, et la plupart des accidens se réveillaient avec une nouvelle intensité.
27 octobre. - — Dans cet état de choses , je me déterminai à appliquer 6 sangsues sur le col utérin, à l’aide clu spéculum de M. Récamier. Les piqûres furent à peine senties; les sangsues se remplirent , et l’écoulement subséquent du sang put être évalué à deux poêlettes environ.
Dès le 28 , l’utérus avait beaucoup diminué de volume; le col était plus souple, plus mou, et bien moins sensible; même état général.
Le 29. — - Nouvelle application de sangsues au col utérin ; la perte de sang est plus abondante; dès lors l’utérus se réduisit presqua son volume ordinaire. Depuis les forces se sont rétablies , la malade a pu marcher et se livrer à des exercices fatigans sans en être incommodée.
On remarquera dans les deux faits qui précèdent le prolapsus de la matrice consécutif à son engorgement, et disparaissant avec lui , circonstances que nous ont déjà présentées plusieurs observations précédentes (pag. 20 , Obs. y3 , et les Obs. 85 et 86), et que nous retrouverons encore.
93e OBS. Engorgement phlegmasicjue de la lèvre posté rieure du museau de tanche rebelle aux trailemens ordinaires. — - Sangsues locales , résolution prompte (1). - — « Une jeune dame que nous avions soignée, avant son mariage , d’affections variées ayant principalement rapport , soit aux névralgies 5 soit à l’érysipèle, eut une première grossesse tourmentée par des péritonites, circonscrites au bas-ventie, et qui se dissipèrent à l’aide de saignées du bras , des applications de sang-
( 1 ) Guilbert , Considérations pratiques sur certaines affections de Vutérus , page i3.
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
sues, des bains, elc. ; à l’époque de l'accouchement , nouvelle péritonite , combattue avec succès et effacée par les mêmes moyens ; mais la jeune dame sort bientôt en voiture , par le froid, et fait ainsi quatre lieues pour aller voir son enfant qui était en nourrice à la campagne. De retour au logis, la péritonite se représente , plus considérable, et accompagnée d’une métrite marquée. L’accoucheur (M. Gardien ), appelé de nouveau, reconnaît ces diverses lésions; un traitement convenable est employé d’une manière prompte et active : on parvient à faire cesser la péritonite; la métrite elle-même a beaucoup diminué, mais l’engorgement du corps de 1 utérus persévère, bien qu’on persévère aussi dans l’emploi des moyens qui paraissent devoir être utiles particulièrement. De nouvelles saignées révulsives et dérivatives, des bains, des cataplasmes autour du bassin, des vésicatoires volans , et à l’intérieur du vagin, des injections appropriées , etc., tout cet ensemble de moyens demeure sans effet. M. Récamier, appelé en consultation , constate un engorgement assez marqué de la lèvre postérieure du ifîuseau de tanche , et au-dessus, en face du rectum, une tumeur faisant à peu près la saillie que présenterait la moitié d’une noix. La tumeur était rénitente, la sensibilité naguère exquise du museau de tanche était diminuée; on prescrivit des douches, émollientes d’abord, puis résolutives, et à 1 intérieur des narcotiques; les douches renouvelèrent les douleurs , et il fallut les abandonner; en un mot , les moyens les mieux calculés restaient sans effet utile, et les parties malades dans le même état.
« C est alors qu’il me vint en pensée de faire appliquer des sangsues sur l’engorgement lui-même, immédiatement sur la lèvre épaissie du museau de tanche, et aussi sur une portion notable de la base de la tumeur.
« On commença par une application de quatre sangsues; elles furent dirigées, sans peine, sur les points nécessaires : elles s’y attachèrent en causant moins de douleurs que sur la peau, et elles parurent fournir un peu plus de sang qu’ailleurs. Cette petite saignée, qui avait été d’épreuve, fut réitérée quelques jours après. La seconde application fut de six
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sangsues 5 elle dissipa les douleurs, l’engorgement et la rougeur. La malade, qui ne pouvait plus supporter la voiture, la supporta sans peine.
« Cependant, quand s'est représentée l’époque des règles cliez cette jeune dame , de nouvelles douleurs plus légères se sont aussi représentées : on a employé le meme moyen , qui cette fois n’était peut-être pas indispensable. On s’en est bien trouvé néanmoins; en même temps qu’il a suppléé aux menstrues, il a fait cesser les douleurs. »
J’ai rapporté l’observation de M. le professeur Guilbert , parce qu’elle confirme pleinement plusieurs des considérations dans lesquelles nous sommes entrés , sur les signes des engorgemens durs de l’utérus, et sur les résultats efficaces de lapplication des sangsues sur la partie malade.
94e OBS. Engorgement chronique du col de V utérus ; infécondité. — Amendement parle traitement antiphlogistique suivi rigoureusement. - — Séjour à la campagne. — Résolution prompte d’un reste d’engorgement par l’ application de sangsues sur la partie engorgée. — Grossesse consécutive. *— La femme d’un officier de gendarmerie éprouvait des douleurs violentes lors des approches conjugales ; mariée depuis quatre ans, elle se désespérait de n’avoir pas d’enfant. Les règles, copieuses lorsqu’elle était fille, paraissaient à peine depuis son mariage; quelquefois cependant elles s’étaient montrées sous forme de pertes plus ou moins abondantes : elle avait en outre une leucorrhée à laquelle on attribuait et ses douleurs , et son amaigrissement, et son
infécondité.
Le toucher me montra que le col de l’utérus était engorgé et dur ; la lèvre postérieure faisait surtout une saillie du volume d’un œuf de pigeon placé transversalement : cette partie se trouvait à environ deux pouces et demi de la vulve. Je ne sentis rien à i’hypogastre. Voici la prescription que je fis :
Aller passer six semaines à la campagne ( le motif se conçoit); se faire pratiquer une ou deux saignées du bras dans 1 intervalle des règles ; tenir constamment une position
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horizontale ; ne se nourrir que de laitages et de légumes , Environ huit mois après , cette dame vint me trouver, et je ne pus d’abord la reconnaître , tant elle avait pris d’embonpoint, et surtout de fraîcheur. De retour à Paris depuis quinze jours , elle n’avait pas voulu cohabiter avec son mari avant de m’avoir consulté 3 car, malgré le bon état dans lequel elle se trouvait, elle était toujours inquiétée par des douleurs sourdes de reins, et ses règles , devenues plus abondantes, ne l’étaient cependant pas encore autant qu’autrefois. Je trouvai la cause de ces accidens dans un reste d’engorgement de la lèvre postérieure du museau de tanche. Eile avait le volume du pouce, était très-dure. Je proposai l’application de sangsues sur le lieu meme 5 elle fut acceptée. Huit furent mises dès le lendemain. Deux jours après , l’engorgement était diminué de plus de moitié, et la partie rendue plus souple. Le surlendemain, six nouvelles sangsues ; le dégorgement fut complet. J’engageai la malade à faire lit à part pendant encore quelques mois.
Elle devint enceinte en 1825 j mais comme elle partit avec son mari pour le Midi , je n’en ai plus eu de nouvelles.
95e OBS. Engorgement chronique d'apparence squirreuse , avec ulcération du col utérin. — Application immédiate de sangsues sur le col de l'utérus . — - Guérison. — Récidive. — - Terminaison par un cancer confirmé. — Mme Lévêque, âgée de cinquante neuf ans, d’une constitution forte, marchande de vin en boutique, a une suppression des règles à quarantesix ans, sans accidens ni phénomènes remarquables.
A cinquante-sept ans et demi environ , apparition spontanée d’un écoulement menstruiforme pendant quelques jours. Dès ce moment, sensation de pesanteur dans le bassin, quelques douleurs dans les reins, mais à un faible degré, et si peu constamment, que la dame Lévêque ne paraît se les rappeler que d’après les questions que je lui adresse à ce sujet.
A cinquante-huit ans et demi, un an plus tard, suintement séro-sanguinolent peu abondant , douleurs de reins plus fortes et plus fréquentes. Trois mois après , écoulement plus abondant, tantôt plus sanguin, tantôt plus séreux , parfois presque
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entièrement sanguinolent , mais continuel sous l’un ou l’autre de ces aspects. Douleurs de reins augmentées, quelques élancemens dans le bassin, sentimens d’engourdissement dans les cuisses, fatigue facile. Mais les symptômes prédominans sont : la perte d’appétit, des nausées, et en dernier lieu des vomissemens, d’abord des alimens, quoique pris en quantité modérée et peu irritans de leur nature, et plus tard de toutes les substances alimentaires et des boissons quelles qu elles fussent, peu d’instans après leur ingestion dans l’estomac. Constipation habituelle et urines rares et ordinairement foncées en couleur ou sédimenteuses; insomnies complètes.
Je fus consulté pour le vomissement qui fatiguait considérablement la malade , et qui lui avait fait perdre une grande partie de l’embonpoint quelle avait présenté jusque là. La langue était dans l’état naturel, plutôt pâle que rouge, sans développement des papilles, sans aucune espèce d’enduit à sa surface* aucune sensibilité à la région épigastrique où je ne découvris, malgré toute l’attention que je misa la palper, aucune espèce de lésion appréciable. Je pensai dès lors que les dérangemens et le trouble des fonctions de l’estomac pouvaient bien nôtre que sympathiques , et les renseignemens que je puisais en interrogeant la malade, et dont j’ai fait connaître précédemment le résultat, me firent soupçonner que c’était dans l’utérus que résidait la cause de ces phénomènes , que là existait la maladie principale. Le toucher changea mes soupçons en certitude. Les régions iliaques, et surtout l’hypogastre, étaient fort sensibles ; une compression , meme légère , y produisait des douleurs assez vives , surtout dans le dernier point. Là aussi existait un peu de tension, et un corps résistant , de forme sphéroïdale , qui ne dépassait cependant pas de beaucoup la région sus-pubienne. Comme la malade venait d’uriner à l’instant meme, je ne pus attribuer cette tumeur à l’état de plénitude de la vessie. Le toucher me fit découvrir une tumeur de la grosseur au moins d’un œuf d’oie , dure , bosselée , trèssensible au toucher, remplissant le fond du vagin presque jusqu’au méat urinaire. A son centre existait une ouverture à bords anfractueux, inégaux, rugueux. Le doigt, promené
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
autour de cette tumeur, rencontrait le cul-de-sac formé par le vagin qui se prolongeait à sa circonférence. En soulevant cette masse avec le doigt explorateur, et appliquant la main gauclie sur la région hypogastrique, je pus juger que cet engorgement s’étendait du col de l’utérus à son corps, dont le volume total pouvait égaler celui qu’il a acquis à deux mois ou deux mois et demi de grossesse. En retirant le doigt, j’amenai des glaires sanguinolentes; le toucher donna lieu à un écoulement de sang noirâtre assez abondant. Par le spéculum, je pus voir ce que déjà le toucher m’avait appris. Je découvris en outre que l’ouverture centrale était béante, irrégulière, que ses bords étaient formés par des bosselures séparées par des sillons profonds, et dont la surface était comme chagrinée, grisâtre, parsemée de points rouges, en un mot, d’apparence ulcéreuse. Cette tumeur était d’un blanc rosé, finement injectée à la circonférence.
Prescription. — ( 8 mars 1821 . ) Trente sangsues sur le bascentre ; cataplasmes êmolliens ; bains de fauteuil de deux heures ; tisane adoucissante ; quelques prises de magnésie ; injections muc.ilagineuses et narcotiques ; diète.
9. — La sensibilité des régions iliaques a disparu , celle de rhypogastre est moindre. Les votnissemens ont continué; les douleurs de reins persistent ainsi que les éluncemens profonds du bassin L’état de l’utérus est le meme.
ïo. — ~ Même état. Douze sangsues, appliquées sur le col altéré, au moyen du spéculum. Ecoulement abondant de sang. Même application le 16.
Le 22 , je dois prolonger le doigt de toute sa longueur pour trouver le col utérin, qui , auparavant, se présentait presqu’à l’entrée du vagin. Il était d’une mollesse remarquable , réduit à un volume très-petit; ou plutôt les bosselures qu’il présentait. auparavant semblaient être converties en espèces de vésicules souples et mobiles, faisant éprouver au doigt une sensation assez analogue à celle que produiraient des tumeurs hémorroïdales à demi engorgées, l e corps de l’organe paraissait être encore tuméfié, mais à un degré médiocre, et ce fut avec difficulté que je parvins à l’embrasser entre le doigt
explorateur et la main appliquée au-dessus du pubis. Les vomissemens avaient complètement cessé; la malade avait pu boire, sans les rendre , du bouillon de poulet , de l’eau d'orge blanchie avec du lait: l’écoulement avait également disparu. Continuation des moyens indiqués, moins les évacuations sanguines.
Les jours suivans , la malade se trouve tellement bien , que ce n’est qu’avec la plus grande peine, et en l'effrayant réellement sur les suites de sa maladie, que je parviens à obtenir qu’elle continuera les cataplasmes , les bains et son régime. Son mari, pour lui éviter des fatigues dangereuses , vendit son fonds de marchand de vin, et ils se retirèrent dans un des faubourgs de la ville.
Je perdis la malade de vue , jusqu’au 1 5 juillet 1827, qu’elle me fît demander. Eile s’éfait très- bien portée pendant cinq ans; mais elle avait éprouvé, depuis un certain temps, des élaneemens dans le bassin, des douleurs de reins. Depuis deux ans que ces accidens s’étaient réveillés, ils avaient progressivement augmenté : elle était maintenant dans un état de cachexie cancéreuse avancée, et reconnaissable à la teinte jaune plombée de la peau, h la bouffissure générale, à la perte des foi ces et h une diarrhée colliquative, Je trouvai le col de l’utérus plus engorgé et plus dur que la première fois, l’orifice utérin était agrandi par un ulcère anfractueux , à bords coupés à pic. Il y avait un écoulement sanieux et fétide. La malade succomba deux mois après.
96e OBS. Mélrite générale chronique , suite de couches. *— Saignées , sangsues à l utérus ; séjour a la campagne ; guérison complété . — Sept ans apres , phthisie ; mort. — Mlle Kr., Provençale, petite, brune, très-ardente, avait suivi son amant à Paris. Là , abandonnée par lui , elle s’aperçut bientôt qu’elle était enceinte. Soit pitié, soit un autre motif, un riche marchand de charbon de terre la secourut, et bientôt ils vécurent maritalement. Je fus choisi pour l’accoucheur. Les douleurs de l’enfantement commencèrent par les reins le i5 décembre 1822; la dilatation ne lut à peu près complète, malgré la saignée et les bains , que le 26 au soir. L’application
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du forceps, indiquée par la rigidité des parties , le volume de la tête de l’enfant et l'épuisement delà personne, fut facile.
Le placenta était adhérent, et une hémorragie presque foudroyante m’obligea de porter la main dans la matrice pour le décoller. Une métrite aiguë des plus violentes se déclara 5 elle céda à un traitement antiphlogistique vigoureux , et le rétablissement fut prompt.
Redemandé au mois de juin suivant (1825), je trouvai la demoiselle Kr. excessivement maigre , ayant les yeux caves et cernés, l’haleine fétide 5 elle ne pouvait quitter le lit depuis près d’un mois. Elle me dit quelle n’avait pas tenu compte des conseils que je lui avais donnés, quelle s’était livrée aux plaisirs de la danse , du spectacle , de la table , etc. , peu après ma dernière visite. Des douleurs, d’abord sourdes, puis violentes, s’étaient développées dans le bas-ventre, au point quelle ne pouvait se tenir droite , et quelle était obligée de marcher courbée en avant \ les règles n’avaient point paru depuis la couche , mais elle était constamment mouillée par des eaux rousses. En palpant l’abdomen, je sentis aussitôt dans Ehypogastre une tumeur dure et arrondie , paraissant un peu aplatie cependant d’avant en arrière , et offrant une légère dépression à son sommet. La malade venait d’uriner, elle était en outre affectée de diarrhée depuis long-temps,* il était évident que cette tumeur était formée par l’utérus engorgé. Le toucher confirma mon diagnostic ; le museau de tanche était à sa place ordinaire, engorgé , mais effacé, c’est-à-dire ne faisant point saillie dans le vagin. La malade , très-volontaire, avait jusque là bu et mangé comme de coutume, malgré son inappétence. La langue était rouge , pointue et papillaire , l’épigastre douloureux , la peau du tronc sèche et brillante , les extrémités plus souvent froides que chaudes 5 ce 11e fut qu'avec beaucoup de peine qu’elle se soumit au régime sévère auquel je l’assujettis.
Une forte saignée, puis quatre autre petites , à distance de quatre à cinq jours , les fomentations émollientes , les bains diminuèrent beaucoup l’engorgement utérin. Cependant, le 10 juillet, après ma première visite , l’utérus conservait le volume du poing environ $ il y avait toujours des douleurs
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sourdes. Deux applications de huit sangsues avec le spéculum opérèrent une résolution presque instantée. La malade était d’une faiblesse extrême , d’une maigreur squelettique , bien que la diarrhée eût cessé, et que l’estomac commençât à supporter les alimens.
Dans l’intention de consolider sa santé, et plus encore pour prévenir la récidive, j’exigeai et j’obtins que cette malade irait passer quelques mois dans une campagne isolée (à Cour neuve). Là elle se rétablit en partie 3 puis revint à Paris, et y reprit son grand train de vie ordinaire, que la ruine de son nouvel aidant la força seule de changer. Elle retomba dans la misère. Il y a deux ans ( 1828) , une de ses nouvelles voisines me pria de venir lui faire une visite 3 je la trouvai dans un galetas, et parvenue au dernier degré de phthisie pulmonaire, à laquelle elle succomba quelques jours après. Les règles s’étaient de nouveau dérangées depuis le développement de l’affection de poitrine, qui la minait 3 mais je 11e trouvai rien de particulier du côté de l’utérus.
Je n’ai fait entrer dans cette série que les cas dans lesquels l’application des sangsues a été la médication principale, ceux dans lesquels la résolution a évidemment appartenu à ce moyen. Dans plusieurs des cas des autres séries de faits, ce moyen a quelquefois été employé avec avantages, et s’il n’a pas guéri alors , il a du moins préparé les parties malades à recevoir avec succès l’action des autres médications.