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TROISIÈME SÉRIE DE FAITS

EKGORGEMEKS UTÉRINS TRAITES PAR LES MERCURIAUX.

Dans les observations qui suivent, c’est aux préparations mercurielles que revient l’honneur de la résolution définitive de quelques engorgemens de l’utérus, soit qu’ils aient été d’origine syphilitique plus ou moins présumable, soit que rien 11’ait pu faire soupçonner cette cause.

97e OBS. Engorgement chronique avec ulcération du col de V utérus, suites de métrite aiguë , et paraissant entretenus par une cause vénérienne présumée. Traitement antiphlo •

ENGGRGEMENS DE LA MATRICE

gis tique > frictions mercurielles . résolution , récidive. Mûie L*** s’était mariée, contre son goût et pour plaire à sa famille, à un homme repoussant sous tous les rapports. Elle perdit bientôt son ancienne fraîcheur, ne conserva qu’en apparence sa gaieté naturelle, et eut une leucorrhée habituelle. Craignant d’ajouter aux malheurs qui avaient accablé sa famille, en lui Taisant part de ses chagrins domestiques , elle concentrait ses peines en elle - même. Cependant elle eut trois enfans , qui tous trois Turent lymphatiques et scrofuleux. Quelques jouis après la dernière couche (27 septembre 1822) , et malgré sa Taiblesse et sa souffrance, elle se leva pour vaquer aux affaires de son ménage, afin de ne pas s’exposer aux reproches et aux mauvais traitemens accoutumés de son mari. Une métrite aiguë ne tarda pas à se manifester : le traitement antiphlogistique en triompha, ou du moins en arrêta la marche; mais , faute de précautions assez long temps continuées, la maladie passa à l’état chronique , et bientôt le dérangement profond de la santé commença à inspirer des craintes sérieuses au mari lui-même, qui vint m’en Taire part.

L’examen de la malade me fît découvrir un engorgement

dur et mamelonné du col de l’utérus , qui dilatait et emplissait le Tond du vagin. Sa surface, lisse, présentait cependant une dépression avec inégalité en dehors de la commissure gauche du museau de tanche; et là, où le toucher devenait beaucoup plus douloureux, il me sembla qu’il existait une ulcération. La malade ne voulut pas se soumettre à l’exploration par le spéculum. Il s’écoulait incessamment de la vulve une humeur jaunâtre et parfois sanguinolente, d’une odeur fade et nauséeuse. Outre les douleuis continuelles des reins et la sensation d’une brûlure dans le bas du bassin, des douleurs lancinantes revenaient à des intervalles assez rapprochés, et pendant la nuit réveillaient subitement la malade, quand, accablée par le mal et les fatigues , elle se livrait à quelques courts instans de repos. Le traitement Tut le même que dans les cas précédens , seulement je fis ajouter aux injections un gros de laudanum pour chacune; je fis Taire à la partie interne des cuisses des frictions avec le calomel incorporé dans del’axonge.

M ÉT il I T E C H U O Ni I Q UE , I N D IJ il \ T ION, S QU I R RF,. 335

C’était moins comme résolutif que j’employai ce médicament, que parce que les affections vénériennes qu’avait eues le mari dans sa jeunesse me faisaient soupçonner que l’engorgement ulcéié de l'utérus pouvait bien être entretenu par cette cause, quoique cet homme, dont j’avais la confiance, m’eût assuré que dès long-temps avant son mariage tout symptôme syphilitique avait disparu , sans que depuis il ait eu aucun indice de retour. En moins de trois mois , le col de l’utérus reprit son volume ordinaire, et les règles se rétablirent. Mais depuis quelques années elles se sont dérangées de nouveau, et tout annonce que la maladie a récidivé. Mais la malade , lasse de la triste vie qu’elle mène , ne veut plus se soumettre à aucun traitement, dans l’espoir que ses malheureux jours en seront abrégés.

J’écrivais ce qui précède en 1829. En i852 je fus appelé à donner de nouveau mes soins a la malade. Pour lors je crus bien évidemment à l’existence d’un squirre ulcéré du coi de l'utérus, tant était volumineux et dur { engorgement, tant l’ulcération était large et profonde. Cependant ayant mis, avec instance et persévérance , en usage les mêmes moyens qui dès le principe du mal avaient procuré d’heureux effets, et les ayant renforcés par des boissons sudorifiques et des pilules de deuto-chlorure de mercure, je fus merveilleusement surpris de voir la guérison s’opérer très-promptement et d’une manière si complète que depuis six ans elle ne s’est pas démentie.

98e OBS. Engorgement utérin d’apparence srjuirreu.se , datant de plus de douze ans , complètement et définitivement guéri par les saignées générales et immédiates , et les frictions mercurielles . — Ce fait est sans contredit un des plus remarquables qui se soit offert à ma pratique. L’ancienneté de l’engorgement, les signes qu’il présentait et qui caractérisaient une altération squirreuse, l’âge de la malade, l’altération profonde de toutes les fonctions , l’insuccès des moyens jusque là mis en usage par un médecin distingué, toutes ces circonstances devaient faire craindre que la maladie ne fût désormais au-dessus des ressources de l’art, et cependant elle en fut complètement guérie.

Mme B***, âgée de cinquante-sept ans, sans être douée d'une constitution robuste , avait toujours été bien portante. Elle habitait Yandœuvre , bourg de la Champagne. Elle eut quatre enfans, le dernier à l’âge de trente-huit ans , en mars i8i5. La mère l’allaita, comme les autres, jusqu’à dix mois. Il était sevré depuis six semaines , lorsque arrivèrent les ennemis du Nord. La frayeur que Mme B*** en ressentit occasionna une métrorrhagie abondante. La perte de sa fortune, le pillage de son habitation, les dangers que coururent son mari et ses enfans , les mauvais traitemens qu’elle eut ellemême à subir, contribuèrent à altérer profondément sa santé. Les règles parurent dès lors très- irrégulièrement , tantôt supprimées , tantôt revenant deux ou trois fois dans le même moisj quelquefois abondantes , le plus souvent en petite quantité, et plutôt séreuses que sanguinolentes. Bientôt/leucorrhée, élancemens dans le bassin, douleurs dans les reins, le bas-ventre 5 perte d’appétit. La malade vient à Paris avec sa famille, en 1819. Jusque là elle n’avait employé aucun traitement. La misère, la fatigue, et le chagrin accru encore par la mort de deux de ses enfans , l’avaient plongée dans un état de désespoir qui lui faisait regarder la mort comme un bienfait, et la maladie dont elle était atteinte comme un acheminement vers ce terme désiré.

E11 1820, mon honorable confrère M. de Kergaradeck voit la malade. Outre ces accidens utérins, elle avait des vomissesemens continuels , des céphalées fréquentes , précédées et accompagnées de bouffées de chaleur et de vertiges. Tout l’abdomen était douloureux , surtout aux régions hypogastrique et iliaque. Les hypocondres et l’épigastre étaient tendus ; il y avait oppression , soupirs fréquens , constipation habituelle, et parfois diarrhée. Les saignées du bras , l’application des sangsues sur l’épigastre, avaient à plusieurs reprises produit du soulagement , la suspension même des accidens , si ce n’est cependant des symptômes utérins qui persistaient toujours, et dont elle n’obtint un amendement marqué , mais passager, que par l’application sur la région lombaire d’un large emplâtre de poix de Bourgogne éinétisé.

MÉTRITE CHRONIQUE , INDURATION, SOUIRRE. 337

La malade avait pourtant atteint sa cinquante-deuxième année; mais alors raccroissement des symptômes d’une affection utérine devenant plus intense, mon confrère, M. de Kergaradeck, me pria de voir sa cliente, d’examiner la nature et le siège de la maladie utérine présumée , et d’employer les moyens que je croirais les plus convenables. Je trouvai Mme B*** levée (avril 1827), mais ne se traînant qu’avec peine dans sa chambre et ne pouvant se tenir complètement droite sans augmenter les douleurs dont l’abdomen, et surtout le bas-ventre et les reins, était le siège.

Ii existait une décoloration générale des membranes mucineuses, une teinte jaune paille et plombée de la peau, avec maigreur générale et bouffissure œdémateuse de la figure et des extrémités. On ne pouvait attribuer cette décoloration à l’anémie , car la malade n’avait point de pertes , et elle était fréquemment tourmentée par des étourdissemens pendant lesquels la figure prenait momentanément une couleur rouge générale : le pouls était plein, dur et résistant. Depuis long-temps ii y avait insomnie , ou , quand la malade , abattue parla fatigue, pouvait s’assoupir, des douleurs aigues interrompaient bientôt ce repos passager. Il y avait par la vulve un écoulement séro-muqueux et parfois sanguinolent.

Je trouvai par le toucher le col de l’utérus à deux pouces de la vulve , du volume de la grosse extrémité d’un œuf de poule, séparé en trois lobules par trois sillons, dont deux latéraux très-profonds et un antérieur qui l’était moins. Le corps de l’utérus me parut lui-meme engorgé; mais ce 11e fut que quelques jours après, quand la sensibilité abdominale eut cédé aux émissions sanguines par la lancette et les sangsues sur l liypogastre , que je pus constater que cet organe avait 1(3 volume d’un œuf d’oie. Cette tumeur était très-dure et peu sensible au toucher. Le col utérin dilaté, comme anfractueux , laissait suinter une sérosité rougeâtre peu abondante. Nous pensâmes donc d’après toutes ces circonstances qu’il existait un squirre utérin ; nous portâmes un prognostic fâcheux , nous fondant sur l’âge dans lequel se trouvait la malade, l’ancienneté de son affection et les signes caractéristiques qu’elle

ENGORGEMJENS DE LA MATRICE

présentait. Nous ne dûmes point nous flatter de l’espoir d’une guérison ; néanmoins , M. de Kergaradeck m’engagea à tenter les moyens de traitement dont il savait que j’avais obtenu d’heureux résultats dans des cas analogues à celui que présentait Mme B***.

Après avoir détruit l’irritation qui s’était irradiée dans l’abdomen, par les saignées générales et les sangsues sur cette région, les cataplasmes , les bains , le repos et la diète, j’appliquai des sangsues sur le col de l’utérus. Je dus réitérer cette application , cinq fois dans l’espace d’un an , et deux fois la faire précéder d’une saignée du bras. Chaque application produisit un soulagement tel que la malade avouait n’en avoir jamais éprouvé d’aussi grand depuis plus de treize ans qu’elle était malade. Des frictions avec du calomel incorporé à l’axonge furent pratiquées sur les cuisses; des pilules savonneuses furent aussi administrées. L’utérus reprit peu à peu son volume ordinaire; le col devint moins gros, moins dur, et reprit graduellement aussi sa forme et sa souplesse naturelles. Depuis le milieu de 1828 la résolution paraît avoir été complète. Tous les accidens ont disparu; Mme B*** a pu reprendre un régime de vie ordinaire , se livrer aux occupations du ménage, et maintenant (mars i852 ) quelle a atteint sa cinquante-septième année, elle se sent aussi forte et aussi bien portante qu’à aucune époque de sa vie. Seulement des céphalées avec bouffées de chaleur et des étourclissemens l’obligent de loin en loin à recourir à une petite saignée. En i858, dix ans après le traitement de l’engorgement squirreux , le sujet de cette observation est plein de vigueur et de santé.

Cette guérison inespérée doit être en grande partie attribuée d’abord aux émissions sanguines , et principalement aux sangsues appliquées sur le col utérin. Déjà les bains, les injections, les laxatifs que l’on employait concurremment, avaient été mis long-temps en usage et sans succès. La persévérance dans la sévérité du régime a, autant que ces derniers moyens, contribué à soutenir et à assurer les effets si avantageux des saignées utérines. Enfin les frictions mercurielles et les pilules savonneuses employées, quand déjà l'engorgement

marchait vers la résolution, ont du aussi contribuer évidemment à l’activer.

99e OBS. Engorgement de la lèvre postérieure et de V angle gauche de l'utérus , avec ovarite gauche . — Traitement antiphlogistique — Frictions mercurielles . — Guérison. — Mlle Louise P. , âgée de vingt-cinq ans , d’une forte complexion, vit ses règles diminuer de quantité et en durée h la suite de peines intérieures. Bientôt douleurs qui , d’abord sourdes et passagères , devinrent vives et presque continuelles dans la région iliaque gauche et vers le sacrum, avec sentiment de pesanteur incommode sur le rectum. Elle ne pouvait rester long-temps debout et la marche devenait extrêmement pénible. Les digestions s’altéraient 3 le sommeil, souvent nul, était agité, anxieux. Je trouvai la lèvre postérieure du col utérin clu volume d’une grosse noix, dure, peu sensible à la pression. L’engorgement gagnait obliquement le corps de l’utérus dont le côté correspondant formait une saillie d’ou résultait le refoulement de ce viscère à droite. Par la pression des régions sus -pubienne et iliaque gauche, je perçus une tumeur de la forme et du volume d’un petit œuf de poule très-douloureuse , que je jugeai provenir de l’engorgement inflammatoire de l’ovaire. Les saignées du bras répétées aux approches et après la cessation des règles , les sangsues sur la région hypogastrique, les fomentions émollientes, les bains, un régime léger, et enfin l’application de sangsues au col utérin, amenèrent, après deux mois de l’emploi successif de ces moyens , la diminution de l’engorgement que présentait celui-ci. Mais il restait encore un noyau assez dur à la paroi postérieure de Futérus , et l’engorgement ovarique avait à peine diminué. La malade était très-affaiblie , pâle; je ne pouvais plus insister sur les émissions sanguines; je la soumis aux frictions avec la pommade mercurielle, un demigros tous les jours, et lui fis prendre des pilules de calomel et d’extrait de ciguë. Je suspendais cette médication de quinze jours en quinze jours, et la reprenais huit jours plus tard quand quelques signes de ptyalisme que j’avais observés paraissaient dissipés. Dans ces intervalles, j’administrais deux

purgatifs simples. L’engorgement et du col et de l’ovaire avait déjà bien diminué : un mois plus tard il n'en restait plus de trace. C’était en janvier 1857, et depuis cette époque aucun trouble n’est survenu du côté des parties qui avaient été malades.

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