‹ Maladies de la matriceChapitre 43 sur 86 · QUATRIÈME SÉRIE DE FAITS · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SÉRIE DE FAITS

EMPLOI DE L’iODE DANS LES ENGORGEMEKS DURS DE LA MATRICE.

Le premier exemple des avantages que l’on peut espérer de l’emploi de l’iode dans les engorgemens de la matrice , a été fourni par Klaproth. Je remarquerai seulement que le nom de squirre qu’il a donné à l’engorgement qu’il a traité par cette substance pourrait bien n être pas mérité. La constitution lymphatique de la malade , les scrofules dont elle avait été affectée dans son enfance, dénotaient une disposition scrofuleuse qui a bien pu imprimer son cachet particulier à l’engorgement de l’utérus et le rendre conséquemment plus susceptible d’être heureusement influencé par l’action de l’iode.

Yoici ce fait curieux : nous l’empruntons à la Revue médicale , cahier de mars 1824, page 5ii.

100e OB5. - — « Wilhesmes , âgée de vingt-cinq ans , fut attaquée de scrofules pendant son enfance, maladie dont elle fut cependant délivrée à l’époque de sa puberté , qui eut lieu à l’âge de treize ans : sa menstruation s’établit régulièrement à cet âge jusqu’à celui de dix-sept ans où elle devint enceinte 5 la délivrance fut difficile , et l’on dut employer le forceps pour y parvenir. A vingt-deux ans elle avorta , et eut pendant quatre jours une forte perte • quatre mois après, elle eut une nouvelle perte qui dura huit jours. Depuis cette époque les règles ne reparurent plus} et à leur place il s’établit une leucorrhée , d’abord bénigne 3 mais deux ans plus tard elle s’accompagna de douleurs aux aines et de chaleur vers les parties sexuelles. ,Six semaines se passèrent ainsi sans secours de l’art, au bout desquelles cependant on eut recours à M. Klaproth.

« Au toucher, il découvrit un endurcissement de l’orifice de l’utérus, accompagné de sensibilité et de chaleur. Tl pre-

MÉTRITE CHRONIQUE, INDURATION, SQUJRRE. 341

scrività l'intérieur la teinture d'iode , à la dose de huit gouttes trois fois par jour, et à l’extérieur des frictions avec un onguent dans lequel il entrait de la digitale, de la belladone et de la jusquiame. Après que la malade fut arrivée à prendre vingt-huit gouttes de teinture d’iode par doses journalières, la menstruation se régularisa, la leucorrhée diminua beaucoup , et la chaleur des parties sexuelles se dissipa insensiblement : à cette époque, des symptômes nerveux et une grande faiblesse forcèrent de suspendre le médicament , mais bientôt on put le reprendre. Au bout de quelque temps des étourclissemens et des crampes obligèrent de nouveau à la suspension du médicament ; néanmoins la teinture d’iode fut continuée pendant plusieurs mois , quoique souvent suspendue et souvent reprise; et à l’époque où M. Klaproth revit sa malade , la menstruation était entièrement régularisée, la dureté du col de l’utérus avait presque entièrement disparu , les douleurs étaient tout-à-fait dissipées , et la leucorrhée guérie. »

101e OBS. Engorgement général de V utérus, durant depuis six ans; descente de cet organe. — Goitre. — - Leucorrhée abondante. — - Traitement par les saignées , les sangsues à V utérus , les préparations d’iode. — Guérison de tout. — Grossesse consécutive. — La femme d’un fabricant de bijoux de Lyon vint à Paris pour se faire soigner d’un prétendu squirre de l’utérus contre lequel deux médecins très -habiles de cette ville avaient vainement employé toutes les ressources de l’art.

Elle était accouchée six ans auparavant , mais les lochies avaient peu coulé ; et depuis , les règles , autrefois abondantes , ne faisaient plus qu’humecter les parties d’une sérosité rougeâtre , qui se supprimait au bout de quelques heures. La malade était affectée de douleurs dans les reins, les aines, de pesanteurs insupportables sur le siège. Les jambes refusaient de faire plus que quelques pas , elles s’engourdissaient aussitôt et devenaient meme le siège de douleurs contusives qui se faisaient surtout sentir dans la partie antérieure des cuisses. Ces accidens prenaient un caractère de

ENGORGEMENS BE LA MATRICE

violence souvent insupportable pendant les Luit à dix jours correspondant aux époques menstruelles. Alors la malade était forcée de garder le lit; des accès hystériques se montraient assez fréquemment , et plus d’une fois ils avaient donné de l’inquiétude par leur durée et leur violence. Une maigreur squelettique avait remplacé l’ancien embonpoint, les yeux étaient caves , la peau sèche et décolorée. Vomissemens fréquens , constipation opiniâtre, urines fréquentes, mais en petite quantité , altération, insomnie.

Je vis la malade le 2 avril 1825. Depuis deux mois à Paris, elle s’était reposée quinze jours sans pouvoir se remettre de la fatigue d’un voyage fait cependant à petites journées ; elle avait été ensuite consulter deux médecins renommés. L’un n’avait vu qu’une hystérie par rétention des règles; il 11e l’a pas touchée. L’autre annonça un squirre incurable , pour lequel il conseilla un traitement seulement palliatif. Deux traitemens presque opposés furent en conséquence prescrits.

Sur ces entrefaites , des relations de commerce ayant donné occasion à la malade d’apprendre que j’avais traité avec succès Mme F***, bijoutière, qui fait le sujet de la 104e Obs., pour des accidens semblables à ceux quelle éprouvait , elle me fît demander. Je la trouvai dans l’état que je viens de décrire. Le mari me dit en particulier que ses médecins de Lyon l’avaient prévenu que tout traitement serait inefficace , la maladie étant au-dessus des ressources de l’art, opinion qui était corroborée par celle de l’un des médecins qui venaient d être consultés.

En palpant l’abdomen qui était sensible inférieurement , et en refoulant les parois vers la cavité du bassin, je découvris une tumeur sphérique , plus grosse que le poing d’un adulte, s’élevant de plus d'un pouce au-dessus des pubis , et paraissant présenter une étendue de quatre à cinq pouces transversalement.

En voulant exercer le toucher, je rencontrai à l’entrée du vagin une tumeur du volume d’un très-gros œuf , au centre de laquelle existait une ouverture enfoncée de manière que cette

tumeur représentait un bourrelet circulaire; elle était trèsdure, peu sensible à la pression. En la soulevant, la tumeur hypogastrique suivait les memes mouvemens qu’on imprimait à celle-ci , mais ces mouvemens étaient peu étendus. Il me fut impossible cle faire pénétrer le doigt entre le vagin et la circonférence de la tumeur qui remplissait complètement ce conduit.

La langue était papillaire , décolorée cependant la peau était sèche et chaude , le pouls petit, serré et dur. Un chapelet de tumeurs hémorroïdales bouchait l’anus.

Prescription. — - Saignée du bras de trois poelettes ; eau d’orge perlé , gruau coupé avec du lait, trois petites tasses par jour pour toute nourriture. Chiendent gommé , cataplasmes sur le ventre , coucher horizontal , le bassin tenu élevé au moyen d’un coussin en baie d’avoine.

Le 19, le col de l’utérus est remonté d’un pouce , mais la tumeur hypogastrique dépasse toujours autant les pubis. Nouvelle saignée. — Le 24. Col utérin un peu moins épais. Douze sangsues sont appliquées immédiatement sur cette partie au moyen du spéculum. — Le 26. Le col a diminué en volume de plus de moitié. L’organe a repris à peu près sa place ordinaire. La tumeur hypogastrique n’est cependant pas plus saillante, et en même temps elle paraît beaucoup moins volumineuse que précédemment.

Le 2 mai. Nouvelle application de sangsues au col utérin. Dès le 5 la matrice ne fait plus de saillie au-delà des pubis, elle paraît n’avoir que le volume d’un gros œuf de poule. Le col est saillant dans le fond du vagin , mou et du volume des deux pouces réunis. [Six tasses de lait coupé.) — Le 16. Six sangsues sur le col. Semoule légère au bouillon de poulet. Dès ce moment, Y utérus revint à peu près à son volume naturel. — Le 5o. Turgescence, douleurs de reins, et bientôt écoulement par la vulve d’environ deux cuillerées de sang pur, dans l’espace de la journée.

La malade recouvra bientôt assez de force pour se lever et marcher dans sa chambre.

Deux mois après elle m’appela pour un goitre assez volu-

ENGORGEMENS DE LA MATRICE

milieux qui avait paru aussi après sa couche, sur lequel les traitemens précédens n’avaient pas influe , et dont elle désirait beaucoup être débarrassée. Une leucorrhée , qui était plus abondante encore que durant sa maladie , lui occasionnait des tiraillemens d’estomac. Il existait encore un peu d’engorgement de l’utérus. Depuis ma dernière visite elle n’avait eu que deux accès d’hystérie, peu forts , et provoqués par des contrariétés. Je fis incorporer quinze grains d’hydriodate de potasse dans huit onces de sirop , dont la malade prit une cnil" lerée quatre fois par jour; des frictions avec la pommade hydriodatée furent pratiquées sur la tumeur; la malade alla passer quelque temps à Belleville , village des environs de Paris, situé dans un lieu très - élevé. Après la troisième dose du sirop ( en tout quarante-cinq grains d’hydriodate de potasse), le goitre avait entièrement dis» paru, la leucorrhée avait cessé, et l’utérus avait repris son volume normal.

Cette dame devint enceinte quelques mois après sa guéri» son; la grossesse suivit son cours sans accident, et les couches furent très-heureuses. Depuis , la santé s’est toujours trèsbien conservée. Cette dame, qui s’est établie bijoutière passage de l’Ancre , n’a rien éprouvé d’anormal vers les parties autrefois malades , depuis quatorze ans que je l’ai soignée.

Il faut avoir observé soi-même les effets de Inapplication des sangsues sur Futérus engorgé, pour n’être pas tenté de révoquer en doute la promptitude vraiment étonnante avec laquelle, dans la plupart des cas , elles opèrent le dégorgement. J’avouerai cependant que le fait qui précède n’est pas un des moins remarquables entre tous ceux que j’ai observés. Quant à Fliydriodate de potasse , spécialement administré pour le goitre, en procurant la résolution de cette tumeur , elle a fait en même temps disparaître la leucorrhée et provoqué la résolution des dernières traces d’engorgement de la matrice.

Il est à remarquer que parfois , après un certain temps de l’usage des préparations d'iode , la résolution des engorgemens n’étant pas complète , s’opère néanmoins quoique l’on suspende le médicament; son action parait se continuer

alors , comme le prouvent un assez grand nombre d’observations, et notamment la suivante :

102e OBS. Engorgement des glandes du sein et de Vaisselle gauche , des ganglions cervicaux ; induration douloureuse du col et du corps de V utérus , suites d’une couche laborieuse , et au bout d’un an guérison sous V influence de Viode. * — « Madame Dinavd, jouissant habituellement d’une bonne santé, se maria à l’âge de trente-six ans, et accoucha au bout de six mois de deux enfans. L’accouchement fut Irès-laborieux. Des aecidens graves se manifestèrent , et elle ne s’en rétablit qu’incomplètement après plusieurs mois d’alitement.

« Neuf mois après, les douleurs dans le ventre, les pesanteurs sur le siège et une grande difficulté pour marcher et se tenir debout persévéraient. On trouva la matrice , col et corps, engorgée, du volume d’un gros oeuf de poule, sensible à la pression , et descendue à un pouce de la vulve. Les règles étaient supprimées depuis la couche. Il existait un écoulement blanc jaunâtre et épais. ( Repos absolu , émolliens en boisson , bains , lotions , cataplasme. — Diète. — Trois petites saignées du bras des le premier mois. ) Cessation des douleurs utérines. L’engorgement persiste. Bientôt les glandes du sein et de l’aisselle gauche , des sous-maxillaires, et les ganglions cervicaux s’engorgent sans douleur ni signes d’inflammation. ( Frictions avec la pommade d’hydriodate de potasse parfois iodée ; à V intérieur , solution et teinture diode; tisane de houblon , régimefortifiant .) Après quatre mois de ce traitement, la matrice avait sensiblement diminué de volume. L’engorgement des glandes était moins considérable. Quoique le traitement fût alors suspendu, tout engorgement avait complètement disparu quelques mois plus tard. » (M. Téallier, p. 217.)

103e OBS. Tumeurs dures de V utérus guéries à l’aide de Viode. — Élisabeth, âgée de quarante-neuf ans, de stature moyenne , ayant les cheveux et les yeux noirs , mère de six enfans , a eu deux fausses couches 3 elle a perdu ses règles depuis cinq ans à la suite d’un froid humide aux pieds ; dès lors elle tomba dans un état chlorotique , suivi d’un dérangement cérébral qui a disparu à la suite d’un écoulement par le

ENGOilGEMENS DE IA MATIUCE.

nez et les oreilles. Les règles se rétablirent , mais pour cesser définitivement quelque temps après. Une leucorrhée abondante leur succède bientôt. Depuis trois à quatre mois douleurs lancinantes aux régions lombaires et hypogastriques ) écoulement mucoso -sanguinolent. Au toucher on trouva à la paroi supérieure du col de la matrice une tumeur dure s’étendant à la partie postérieure de l’utérus. Le col était lui-même dur et fissuré. [Repos > julep iodé , une once trois fois par jour , frictions avec la pommade d’hydriodate de potasse iodé, ) Sous l’influence de ce traitement on obtint une complète guérison. (Ashwell, Gaz. méd, , janvier 1 85 7 . )

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