ABSORPTION CUTANÉE
104e GBS. Engorgement chronique de la totalité de l’ utérus avec ulcération du col y offrant les principaux caractères du squirre . — - Résolution sous l’influence des émissions sanguines locales et des frictions avec la pommade stibie'e. ■— Mme F***, fabricante de bijoux , d’une forte constitution , mère de trois enfans , et jusque là bien menstruée, éprouve à trente ans une suppression des règles par suite de l’impression douloureuse que lui fit la mort presque subite de ses deux jeunes fils (1818). Cette suppression dura six mois , après lesquels l’écoulement utérin se rétablit: mais ce fut pour revenir à des époques irrégulières et sous forme de pertes. Des douleurs très-fortes se manifestent dans le flanc gauche ; il survient des étouffemens , des bouffées de chaleur très-incommodes à la tête , une sorte d’oppression des forces musculaires. Ces accidens sont portés au plus haut degré d’intensité lorsqu’il y a plus de quinze jours que la perte est arrêtée* ils diminuent quand elle reparaît. La figure est haute en couleur 5 les muqueuses sont d’un rouge foncé j les veines superficielles très-développées et le pouls ample, plein et fort. Malgré un régime léger et adoucissant 5 quelques saignées de bras, l’application plusieurs
fois renouvelée des sangsues, la plupart des symptômes relatés persistent ou ne disparaissent que momentanément. Bientôt il s en joint de nouveaux, savoir : un écoulement utérin blanc , quelquefois roussâtre , âcre, rubéfiant l’orifice du vagin, et de là des cuissons insupportables , des ardeurs d’urine. Douleurs lancinantes dans l’utérus $ douleurs sourdes avec tiraillemens dans les reins 5 une sensibilité si grande de la partie antérieure des cuisses, que la plus légère pression y est insupportable • douleurs déchirantes dans les aines , se propageant parfois jusque dans les flancs 3 appétit capricieux, sommeil irrégulier. La malade atteint cependant l’âge de trente- six ans au milieu de tous ces désordres , encore accrus par des chagrins domestiques et des pertes commerciales. Quelquefois consulté dans le cours de 1820 , je m’assure par le toucher que l’utérus est engorgé au point d’égaler le volume du poing ; le col lui-même , très-gonflé et dur , offre des bosselures séparées par deux sillons profonds correspondant aux commissures de l’orifice utérin • la lèvre antérieure paraît plus volumineuse que la postérieure , et d’une sensibilité exquise • son ouverture à demi-béante laisse écouler tantôt une sérosité limpide ou roussâtre , tantôt des filamens glaireux plus ou moins sanguinolens. J’insiste sur les saignées locales et générales , je prescris des bains de fauteuil, des injections adoucissantes , etc. ,* mais la malade met beaucoup de négligence dans l’exécution des conseils que je lui donne, parce que des commères lui font croire , et quelle se persuade elle-même , quelle est dans une époque critique précoce , et qu’il ne faut pas contrarier la nature. Cependant la persistance et l'accroissement des accidens lui inspirent des inquiétudes, et je suis de nouveau consulté en 1821 . Ce qu’il y a de remarquable , c’est que malgré le désordre des fonctions, malgré les circonstances morales défavorables qui l’assaillent , cette dame conserve une apparence d’embonpoint 3 mais la mollesse de ses chairs, la couleur jaune de son teint , annoncent une altération profonde de la santé.
Un traitement antiphlogistique et calmant , tant interne qu’externe , ne procure qu’un soulagement faible et momen-
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tané • la malade ne peut bouger de ses appartemens , le moindre exercice développe les douleurs à un degré insupportable 3 saignée de deux goélettes le 19 août.
Le 23 août, application de six sangsues au col utérin, injection d’une décoction épaisse de guimauve et de têtes de pavots. Le spéculum, à l’application duquel la malade se décidait pour la première fois, me permit de voir le col très -engorgé, formant une tumeur à deux renflemens , l’un postérieur et l’autre antérieur, d’une couleur blanc-rosé, lisse et unie, si ce 11 est à la face antérieure de la lèvre postérieure , où il existait une érosion superficielle de six à buit lignes d’étendue transversale. Après l’application des sangsues, toutes les douleurs et la plupart des autres symptômes tombent comme par enchantement, le sommeil se rétablit, l’appétit revient, la malade se lève et se promène dans sa chambre sans souffrances. Le col de l’utérus est moins volumineux, moins sensible, moins dur 3 il en est de même du col de cet organe , qui paraît beaucoup réduit. Cependant les accidens reparaissent 3 une nouvelle application de sangsues est faite le 293 je constatai que l’ulcération paraissait à peine. Soulagement dans la partie malade, et même, de ce moment, l’utérus a presque repris son volume naturel. Mais de nouvelles peines ramènent de nouveaux désordres qu’il est inutile de faire connaître. Il suffira de dire que l’altération utérine, quoique ancienne, et qui jusque là avait résisté à tout traitement, a sinon disparu complètement , du moins été considérablement mitigée , que les règles ont eu lieu deux fois depuis cette époque et dans des proportions naturelles» Je suis loin de regarder ici la guérison comme accomplie3 mais au moins n’est-il pas douteux que la maladie de l’utérus , consistant en une métrite chronique présentant des signes de l’état squirreux , a cédé pour le moment à l’application de sangsues sur le col utérin.
Ce qui précède était noté au mois de novembre suivant 3 depuis, voici ce qui s’est passé :
Mme F*** a repris ses anciennes occupations , qui consistent à porter des charges pesantes de bijouterie, soit au contrôle , éloigné de chez elle de plus d’une lieue , soit pour les annoncer
dans les hôtels garnis où descendent les commis-voyageurs de provinces. Les accidens se renouvelèrent à plusieurs reprises , et chaque fois ils cédèrent au traitement qui avait si bien réussi une première fois. Ils s’éloignèrent enfin ; mais la malade éprouvait presque constamment des douleurs et des pesanteurs dans les reins ; plus tard elle fut obligée de suspendre ses travaux , ne pouvant supporter la plus légère fatigue. Une petite saignée de temps en temps et un repos imparfait fut tout ce que je pus obtenir. En i83o, des symtômes de métro-péritonite aigue se déclarèrent. Les saignées, les applications réitérées de sangsues sur l’hypogastre , les bains, etc., rétablirent le calme 5 j’en profitai pour retenir la malade au lit pendant trois mois. Le col de l’utérus reste engorgé , et il est de temps en temps le siège de quelques douleurs lancinantes. ( Bains , injections , frictions stibiêes.)
(1852) La malade peut maintenant faire de longues courses sans trop souffrir; l’appétit est revenu; les règles sont moins abondantes et moins irrégulières depuis huit à dix mois; les symptômes de l’affection utérine paraissent plutôt diminuer qu’augmenter, et il est permis d’espérer que l’engorgement restera stationnaire ; et si l’époque critique se passe sans qu’il éprouve de dégénérescence ou de transformation , peutêtre finira-t-il par rester inerte, comme cela se voit pour les engorgemens squirreux du sein chez quelques femmes.....
Remarques. — Sous l’influence d’un traitement antiphlogistique , un engorgement utérin avec ulcération superficielle, existant depuis sept ans , et pouvant très-facilement passer pour un squirre ulcéré, diminue; il cède presque complètement à l’application de sangsues sur la partie malade. L’interruption trop prompte du traitement sur la persévérance indispensable duquel l’expérience ne m’avait pas encore suffisamment éclairé, les fatigues auxquelles la malade est constamment exposée, etc., occasionnent une récidive, puis d’autres encore. L’engorgement finit par rester stationnaire. L’époque critique approche ; une recrudescence phlegmasique sur-aiguè de l’utérus s’étendant au bas-ventre , se développe alors; un traitement actif, suivi d’un repos prolongé, de
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l’usage clés bains, d’injections, de frictions stibiées, produit un peu de réduction dans l'engorgement utérin, qui depuis est resté stationnaire, mais sans offrir, comme autrefois, des caractères inquiétans , et sans altérer notablement la santé générale. N’est -il pas probable qu’un traitement plus patiemment prolongé aurait amené une guérison complète? On a cependant encore assez gagné, si l’on peut amener la maladie à rester stationnaire et à prévenir sa dégénérescence en cancer confirmé. L’état actuel de la malade donne l’espoir d’obtenir ce résultat, si elle prend toutes les précautions hygiéniques et thérapeutiques que sa position exige.
P. S. En 1 858 la malaçle a eu une iritis des plus intenses , d’où est résultée la perte de la vue 3 elle a dépassé lage critique sans que rien se soit manifesté du côté du bassin. Ifutérus n’est plus malade. Elle avait continué avec une rare persévérance la ligne de conduite cpie je lui avais tracée.
105e OBS. Engorgement chronique du col de V utérus, datant de sept années ; leucorrhée , descente de V utérus , hystérie aiguë, sangsues à V utérus % frictions stibiées. ■ — - Guérison en moins de trois mois. — Grossesse peu de temps après. — Madame Humblot, âgée de vingt-sept ans, tenant restaurant et maison garnie, rue des Rosiers, n° 55, était affectée de flueurs blanches abondantes qui dataient de sept ans. Elle avait perdu à cette époque son premier et unique enfant âgé de trois mois : elle attribuait sa leucorrhée , le dérangement de ses règles et les douleurs qu elle éprouvait dans le bassin au chagrin que lui avait occasionné cette perte. Aux douleurs continuelles des reins, du bas-ventre, des cuisses, etc., vinrent se joindre des accès violens d’hystérie, dus tantôt à des douleurs lancinantes qui interrompaient le sommeil ou surprenaient la malade au milieu de ses occupations, ou bien ils étaient occasionnés par des contrariétés même légères, par l'extrême irritabilité que la malade avait acquise par suite de ses souffrances, et qui l’avaient rendue très-facilement colérique. Ces accès arrivaient aussi plus fréquemment aux époques menstruelles , et alors aussi les autres symptômes devenaient plus intenses.
De cinq ou six médecins qui avaient été appelés successivement pour lui donner des soins , Fini n avait prescrit que des moyens prétendus anti-leucorrhéiques , un autre des e mm démagogues. Un troisième prétendait que tous les accidens étaient uniquement dus à la descente de la matrice, qui existait en effet , et il avait en conséquence posé et reposé à plusieurs reprises des pessaires de différentes formes , de différons volumes et de différentes matières. La malade ne put en supporter aucun. Lasse enfin d’employer des moyens inutiles, elle avait renoncé à tout traitement, sinon à l’envie de devenir une seconde fois mère, autant par le désir quelle en avait que par l’espoir qu’on lui avait donné qu’une grossesse la guérirait. Mais ses souffrances devinrent enfin insupportables, elle perdit l’embonpoint qu’elle avait en partie conservé jusqu’à la fin cle la cinquième année ; elle ne pouvait rester levée plus de deux heures par jour, éprouvant un sentiment général de faiblesse auquel elle opposait des alimens substantiels , bien qu’elle les prît avec répugnance. Des nausées, des indigestions, une diarrhée fréquente en furent le résultat.
Madame H. se fit conduire chez moi le 25 août 1828. L’énumération quelle me fit de ce quelle éprouvait me rit soupçonner une affection de la matrice. Le toucher changea ces soupçons en certitude. Lé col de l’utérus se présentait entre les nymphes , ayant le volume et la forme du fond d’une fiole de verre blanc à goulot, de la capacité de six onces; il était dur et d’un blanc rosé. La couleur rouge foncé des pommettes contrastait avec la teinte pâle et jaunâtre du reste de la peau ; mais la malade me dit qu’elle avait toujours eu les joues très-colorées. La langue était rouge et pointue, il y avait de la sensibilité à l’épigastre, les traits étaient allongés , les yeux creux et cernés ; les extrémités constamment froides et difficiles à réchauffer. Je renvoyai aussitôt la malade chez elle, lui conseillai de se tenir couchée horizontalement, le bassin plus éîevé que le reste du tronc, et le lendemain , 24 août, je pratiquai une saignée de dix-huit onces ; cataplasmes , boissons adoucissantes , dicte
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sévère, bains de deux heures tous les deux jours ; eau de gomme y demi-lavement avec la décoction de racine de guimauve et de tête de pavot .
Le 27, l’utérus a repris sa place, mais l’engorgement est le même. Douze sangsues sur le col de V utérus. Bain de deux heures. — lue 28 , la lèvre antérieure paraît un peu ramollie , sans être diminuée notablement de volume ; la langue n’est plus rouge qu’à la pointe , l’épigastre est à peine sensible, la diarrhée est arrêtée. —Le 3o , nouvelle application de sangsues ; la lèvre antérieure diminue d’un bon tiers , la lèvre postérieure est moins dure.
Ier septembre. Douleurs dans les reins, sentiment de tension j accès d’hystérie 5 la malade annonce quelle est arrivée à l’époque de ses règles. Elles paraissent en effet dans la journée , ou plutôt il y a suintement séro - sanguinolent peu abondant , qui continue jusque dans la nuit suivante. — Le 2 septembre. Les règles ont cessé ; le col de l’utérus est engorgé comme la première fois que je l’ai examiné, mais sa consistance paraît moindre. — Le ii; 12 sangsues au col qui produisent l’écoulement d’une grande quantité de sang. — Le 12 , la lèvre antérieure est réduite aux deux tiers et ramollie ; la faiblesse de la malade est telle qu’elle ne peut se mettre sur son séant sans perdre connaissance. On suspend les bains. Lait pur au lieu du lait coupé quelle prenait depuis l'avant-dernière application de sangsues, bouillons de poulet. Frictions sur les membres avec la pommade stibiêe, A compter du 26 septembre la résolution de l’engorgement marche rapidement ; deux potages légers , puis trois par jour.
Le 2 octobre, les règles viennent plus abondantes et plus normales, sans les préludes pathologiques ordinaires.— Le 17, le col est allongé, du volume du pouce, mou et trèssouple. On a usé en frictions stibiées huit doses de pommade, ce qui fait huit gros d’émétique ; quelques petites pustules vacciniformes se sont montrées vers les aines et au coude j on suspend les frictions. Œufs frais > légumes.
Le 6 novembre, la malade se lève, la leucorrhée est
presque nulle. — » Le 28 du même mois je îa trouve agis® santé , comme si elle n’eut jamais été malade. Deux mois et demi après, dans îe courant de janvier 1829 , elle était enceinte.
Dans le mois de juillet de la même année, Mme H. contracta une péripneumonie avec hépatisation du poumon droit qui résista à un traitement antiphlogistique énergique et passa à l’état chronique. MM. Marjoîin , Pillon et Vallerand de Lafosse , appelés en consultation, partagèrent mon avis sur la gravité du prognostic. La malade approchait du terme de sa grossesse j’avais tout disposé pour faire l’opération césarienne en cas de mort, qui paraissait imminente avant Fac» couchement : mais le 5 septembre la malade mit au monde, sans grand effort de sa part et par les seules contractions de l’utérus , un garçon vigoureux. Le sang lochial ne coula pas. 11 était dix heures du matin, la malade expira à midi.
106e OBS. Métrite générale chronique, suite de couches. — - Traitement antiphlogistique ordinaire ; pommade stibiée. — - Guérison. — - Mme B***, grande , élancée , frotte son appartement quinze jours après un accouchement long et laborieux qui avait laissé de l’engorgement dans la matrice • ce n’est que deux mois et demi après que je revois la malade. L’utérus faisait saillie dans Fhypogastre, il était dur et douloureux à la pression; le col était également dur, effacé; son orifice infunclibulé, entrouvert , laissait écouler une sérosité roussâtre, assez abondante. À la pesanteur, aux douleurs lombaires, se joignaient des vomissemens spontanés fréquemment répétés , la figure était alternativement animée ou pâle , les traits profondément altérés. ïl y avait évidemment métrite chronique. Je fis garder le lit. Huit saignées; la première copieuse, et les suivantes successivement moins fortes, furent pratiquées de huit en huit jours; deux cents sangsues ont été en plusieurs fois appliquées sur Fhypogastre ; des applications émollientes , des injections douces et un régime sévère ont composé le traitement.
Au bout de deux mois la résolution était presque complète , mais le col de la matrice restait encore engorgé et dur, La
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faiblesse generale était trop grande pour permettre de persévérer dans le traitement antiphlogistique $ j’employais les frictions stibiées. Après quinze jours, pendant lesquels on usa trois onces cle pommade, et par conséquent trois gros de tartre stibié, le col devint allongé et mou , en un mot , revint à son état naturel.
Mme B*** a eu depuis trois enfans.
107e OBS. Engorgement ulcéré du col de V utérus. — Saignées , sangsues au col de V utérus , habitation a la campagne , frictions stibiées. — Guérison. • — Je fus appelé en consultation avec M. Lisfranc , le 17 septembre i85o, chez Mme L**, que son médecin , d’une réputation d’ailleurs méritée , avait dit être affectée d’un cancer de l’utérus , et qui avait conseillé au mari de ne point faire des frais de traitement qui seraient inutiles , cette affection devant inévitablement amener la mort à une époque plus ou moins éloignée, mais qui ne pouvait aller au-delà de deux ans.
Cette dame était âgée de trente -un ans, blonde , d’une belle carnation ; elle avait eu un enfant à vingt-quatre ans. 11 y avait un an et demi que pour la première fois elle avait eu une leucorrhée assez abondante qui disparut à mesure que se manifestait une grossesse. Il y eut avortement à six mois les lochies coulèrent peu, et les douleurs de reins qui avaient précédé la fausse couche continuèrent : les règles furent par la suite remplacées par un écoulement séro-sanguinolent , et leur époque marquée par un redoublement des symptômes morbides. Ainsi, élancemens , sentiment de chaleur dans les reins, d’érosion et de brûlure vers le bas du sacrum, d’inquiétudes dans les extrémités inférieures. Nous trouvâmes la cause de tous ces accidens dans un engorgement très-dur, mais régulier du col utérin. Nous prescrivîmes : Saignées du bras répétées , cataplasmes et injections émollientes et narcotiques , repos absolu , diète sévère. Boissons adoucissantes. Je rassurai la malade en l’éclairant sur la nature de sa maladie, qui me parut seulement inflammatoire, et par la certitude d’une guérison complète.
Notre prescription fut irrégulièrement et incomplètement
MÉTRITE CHRONIQUE, INDURATION f SQUIRRE. 355
suivie : aussi les symptômes, d’abord calmés, reparurent-ils avec une intensité croissante. Mme L** fut alors consulter le professeur Dupuytren, qui annonça l’existence d'un cancer avec ulcération du col de la matrice : « 11 n’y a qu’un moyen , dit- « il, d’en prévenir les suites fâcheuses; ce moyen c’est d’en- « lever la partie malade ; il ne guérira peut-être qu’incomcc plètement , mais il soulagera. Je conseille de prendre une « décision prompte; toute temporisation deviendrait funeste. » C’était l’époque où l’amputation du col utérin était en grand honneur.
Plus désespérée que jamais , Mnie L** vint me trouver sans me dire d’abord qu’elle avait consulté : elle me fait part de ses inquiétudes et me demande si je pensais, comme la première fois que je la vis avec M. Lisfranc, que sa maladie était curable. Je l’examine de nouveau. Je trouve l’engorgement plus considérable , offrant un mamelon au milieu de la lèvre postérieure , et de plus une érosion à la face interne de cette meme lèvre. La malade se plaignait de douleurs continuellement sourdes et brûlantes , souvent aiguës , qui, de l’utérus, se répandaient dans toute la cuisse gauche ; il n’existait aucune trace d’écoulement , si ce n’est un suintement sanguinolent et séreux de la surface de l’érosion dont le fond grisâtre et granulé de rouge se dessinait sur la couleur blanchâtre légèrement rosée de la tumeur. Le cas était grave ; cependant, en tenant compte du peu d’ancienneté de la maladie (i5 à i4 mois environ) , de son origine , ayant vu guérir des altérations analogues plus anciennes et plus avancées, obligé d’ailleurs de calmer l’effroi qu’on lui avait inspiré, j’assurai à Mme L** que sa maladie , en augmentant d’intensité, n’avait pas changé de nature, et qu’elle était toujours susceptible de guérison.
Les saignées , la dicte . le repos les bains répétés , les injections , produisirent bientôt l’effet que j’attendais de l’emploi persévérant de ces moyens ; il fut surtout marqué à la suite de trois applications de sangsues sur le col de V utérus , faites le 26 février, les 11 et 18 mars derniers (i85i). Après chaque application, la malade se sentait soulagée de
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ses douleurs et se croyait guérie. Mais la résolution ne fut pas complète; les accidens fuient renouvelés par des chagrins domestiques et le tracas d’entreprises commerciales gigantesques , qui l’empêchaient de prendre un repos si nécessaire à sa position. Pour se soustraire enfin aux obstacles qui s’opposaient à sa guérison et pouvoir s’occuper exclusivement de son traitement , elle se relégua , d’après mon conseil, dans une campagne voisine de Paris. Depuis un mois qu’elle y est, une saignée du bras a été faite, une application de sangsues a eu lieu sur le col utérin, et aujourd’hui (5o avril) le col est allongé, souple, conservant un petit point d’engorgement du volume d’un noyau de cerise^ dans l’épaisseur delà lèvre postérieure. Toutes les douleurs ont cessé, les règles ont été très-abondantes, et sans renouveler ou redoubler les accidens comme cela avait eu lieu jusque là. Enfin, j’ai l’intime conviction que la guérison complète sera obtenue promptement.
P. S. (i852). Mon espoir n’a pas été trompé; mais ce n’a été qu’après plusieurs menacés de rechute qu’il a été définitivement couronné de succès. En effet , le mois suivant (mai i85i), renouvellement des douleurs; col engorgé et dur. L’érosion, qui s’était cicatrisée^ s’est renouvelée. Les règles ont été moins abondantes. Saignée du bras, • Régime sév'ere. — Bains. ■ — - Injections épaisses.
20 mai. — Les choses sont dans le même état. Huit sangsues au col utérin. — Pommade stibiée en frictions. — Injections épaisses tenues toute la nuit dans le vagin. — 24 mai. Disparition complète des douleurs. Je trouve le col un peu boursouflé , mais souple et mou dans toutes ses parties.
En septembre, la malade entreprend un voyage de près de deux mois, pendant lesquels elle se trouve très-fréquemment secouée dans les voitures publiques. Elle avait continué son régime débilitant. A son retour, elle désire que je m’assure de Eétat de l’utérus. J’applique le spéculum , et je trouve le col gonflé , du volume d’une grosse noix, dTm blanc rosé. Cet engorgement m’inspire de l’inquiétude. Mais elle fut bientôt dissipée par le toucher. La souplesse et la
mollesse de cette partie témoignaient que l’engorgement primitif avait disparu. J’attribuai ce boursouflement à une sorte d’état œdémateux analogue à celui dont se trouve frappée la luette quand elle a été phlegmasiée. 11 y avait de plus qu’autrefois de la leucorrhée. Je prescrivis en conséquence un régime moins débilitant , l’usage d’eaux ferrugineuses. Depuis cette époque la guérison paraît complètement confirmée $ tout symptôme du côté de l’utérus a cessé ; le col de cet organe est entièrement revenu à son état naturel. Il n’y a plus de leucorrhée, et l’embonpoint avec le retour de la fraîcheur du teint attestent le retour d’un état de santé des plus satisfaisans.
( 1 838 ) Jamais cette dame n’a présenté un état de santé aussi florissant. Que serait-elle devenue si on eût amputé le col utérin?
Les effets avantageux que retirent du séjour à la campagne les femmes affectées d’engorgement de l’utérus, déjà constatés par quelques uns des faits qui précèdent , se trouvent encore confirmés par un fait que M. Lagneau a rapporté dans une dissertation inaugurale. Je l’emprunte au tome 55e, pag. 290 du Dictionnaire des Sciences médicales .
108e OBS. — « Mme ***, âgée de trente-huit ans, d’un tempérament lymphatico-nerveux , n’ayant eu qu’un enfant, qui n’a pas vécu, après avoir éprouvé beaucoup de chagrins domestiques , devint sujette depuis deux ans à des douleurs hypogastriques très-incommodes sans être extrêmement aiguës. Ces douleurs existaient d’une manière continue et sourde, s’exaspéraient à la moindre contrariété, et principalement après le coït, qui, sur la fin de la maladie, était toujours suivi de l’écoulement de quelques gouttes de sang par le vagin. Les lombes , les aines , le pourtour des hanches et l’intérieur des cuisses étaient toujours plus ou moins douloureux j elle éprouvait en outre un sentiment habituel de pesanteur au rectum, accompagné de ténesmes. A ces symptômes se joignait un léger écoulement, tantôt blanc , tantôt jaune ou verdâtre. Le toucher fit reconnaître à plusieurs médecins que le col de l’utérus était tuméfié dans toute sa cir-
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conférence , et que le fond de cet organe faisait une saillie prononcée à l’hypogastre. La pression exercée sur cette partie était douloureuse.
« On prescrivit un régime adoucissant , un exercice modéré, des distractions, et la tranquillité d’esprit* en outre la saignée du bras , plusieurs applications de sangsues au fondement et à la vulve. Lorsque les menstrues étaient retardées, ou quelles ne coulaient point en suffisante quantité, l’organe restait dans un état d’engorgement qui renouvelait ou augmentait les douleurs ; les bains de siège et les bains généraux furent conseillés , ainsi que les injections d’eau de guimauve rendues calmantes par l'addition de plusieurs tètes de pavots, ou par une suffisante quantité d’opium brut.
« Ce traitement parvenait à calmer assez ordinairement les symptômes incommodes et inquiétans qu’éprouvait la malade ; mais ils reparaissaient plus ou moins de temps après , à l’occasion de quelques affections morales vives , ou quelquefois même sans qu’on pût les attribuer à aucune cause appréciable : enfin on lui conseilla d’habiter la campagne , où elle est restée trois mois. A sa sortie de Paris , elle commença à se trouver un peu mieux , et son séjour dans une habitation saine, loin de tout ce qui pouvait renouveler ses chagrins , a fini par la guérir entièrement. »
Remarques générales. — Les vingt-sept observations d’engorgemens durs que nous avons rapportées (y compris celles insérées dans les considérations générales de la première partie) , représentent tous les degrés d’altération depuis la simple phlegmasie chronique jusqu’aux états d’induration squirreuse les plus prononcés : quelques unes de ces dernières étaient compliquées d’ulcérations. J’aurais pu leur adjoindre un grand nombre de faits analogues que j’ai observés depuis, ou cpii m ont été communiqués par de bienveillans confrères j mais j’ai cru devoir m’en tenir à ceux-ci , parce cju’ils donnent des exemples suffisans des différentes espèces et des degrés variés des engorgemens durs de la matrice, et parce que le temps qui s’est écoulé depuis que je les ai recueillis m’a permis de compléter ces observations , et qu’il a confirmé la cer-
titude des guérisons obtenues. Et en effet la plupart des femmes, sujets de ces observations, existent encore aujourd’hui ( ï 858 ) , et ce sont précisément celles dont les altérations utérines présentaient les prognostics les plus graves, soit par leur nature, leurs symptômes, leur étendue, leur ancienneté , soit par les conditions défavorables sous l’influence desquelles ces maladies s’étaient développées , comme l’hérédité, par exemple. (Observ. 14,87, 100, 104, 107.)
Le plus grand nombre de ces altérations sont survenues à la suite de couches ; quelques unes ont été déterminées par la fatigue ou les violences que la matrice a éprouvées , soit que l’accouchement ait été laborieux (Obs. 87, 88, 92, 1 01, 102, 107), soit qu’il ait eu lieu avant terme , c’est-à-dire par avortement. (Obs. 85, 91, 100.) Mais la plupart, et dans ces caslà mêmes , ces affections ont été , sinon provoquées , du moins entretenues par les imprudences commises par les malades , puis par le peu de précautions hygiéniques quelles ont prises après leur délivrance, et par la négligence des moyens thérapeutiques que leur état réclamait d’abord. (Obs. 86, 89, 65, 106.)
Chez beaucoup de femmes les affections morales n’ont pas peu contribué, soit au développement de ces maladies, soit à les aggraver , ou du moins à contrarier d'une manière désavantageuse les effets des traitemens employés. (Obs. io4-,2o5.)
Cinq fois ces engorgemens ont eu lieu chez des femmes qui n’avaient pas encore été mères. (Obs. 90, 94, 96, 97, 99.)
Chez une dame, jeune encore, la maladie a été la suite d’une suppression brusque du flux menstruel , occasionnée par une émotion morale violente. (Obs. ïo5. )
Enfin, nous n’avons vu qu’une seule fois un engorgement offrant tous les caractères d’un squirre avec ulcération, survenu à la suite de l’époque critique. (Obs. 95. ) Il y eut guérison , puis récidive mortelle.
Chez quelques malades la descente de l’utérus, qui avait attiré seule l’attention des hommes de l’art consultés, a disparu sans retour avec l’engorgement* dans ces cas le déplacement n’était évidemment qu’un effet de laugmetilation de poids qu’avait acquise la matrice. (Obs. 85, 86, 89, 92, ïoi.)
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Quatre dames , depuis plus ou moins long-temps frappées d’infécondité par suite d’engorgement, soit de la totalité de la matrice, soit de son col seulement, sont redevenues enceintes très-peu de temps après la résolution de la maladie. Cette circonstance a alors confirmé que la guérison avait été complète. (Obs. 86,94, 101. io5.)
Considérés sous le point de vue de leur origine, tous ces faits viennent à l’appui de la remarque que nous avons déjà signalée, et qui prouve que les altérations organiques de l’utérus, ou sont plus communes avant que pendant ou après le retour d’âge, ou que la plupart de celles qui se démasquent à l’époque critique avaient pris naissance à une époque plus ou moins antérieure.
Succès nombreux exemples d’engorgemens de l’utérus, la moitié environ affectait exclusivement le col , et le reste , soit la totalité de cet organe, soit le corps seulement. Parmi la plupart des premières, l’altération atteignait tout le col* dans deux cas seulement elle affectait une seule lèvre , et c’était la postérieure (Obs. q3 et 99); ce qui tendrait à confirmer la remarque déjà faite, que les engorgemens partiels du col utérin affectent de préférence la lèvre postérieure.
Si parmi ees faits beaucoup appartiennent évidemment à la métrite chronique , il en est plusieurs qui offrent avec plus ou moins d’évidence les caractères du squirre, et même du cancer
ulcéré.
Je citerai notamment , comme présentant ces caractères , les Obs. i4, i5, 87, q5, 104, 107, dans lesquelles 011 retrouve les signes diagnostiques reconnus par les médecins et proclamés par les auteurs comme caractéristiques de ce genre d ’alté* ration grave et avancée.
Et néanmoins sous l’influence de traitemens rationnels toutes les malades ont guéri , le plus grand nombre définitivement, quelques unes seulement avec clés récidives; mais l’expérience du passé permettrait de penser qu’on aurait pu ou prévenir ces récidives , ou empêcher leur terminaison malheureuse.
Cette funeste terminaison était cependant d’autant plus à
MÈTRITE CHRONIQUE, INDURATION^ SQUiRRE. 861
redouter chez quelques unes de nos malades, que leur affection s’e'tait montrée sous la fâcheuse influence de l’hérédité. (Observ. nf - )
Sur les observations composant les cinq séries de faits qui précèdent, les émissions sanguines par la lancette ont été la médication principale dans quatre cas : dans sept, c’est aux sangsues appliquées sur le col cpie revient l’honneur de la résolution,- soit que ces altérations portassent le caractère syphilitique ou non dans les trois cas qui suivent, la guérison est due aux mercuriaux. Trois observations prouvent les effets résolutifs de l’iode. Enfin , dans huit affections chroniques présentant des caractères fâcheux, le tartre stibié, employé par la méthode endermique , a été couronné de succès.
N’est-il pas probable que si ces maladies , guéries sous l’influence de traite mens rationnels, avaient été ou négligées, ou attaquées par des traitemens simplement symptomatiques, elles auraient fini par dégénérer en altérations plus profondes, et rentrer dans la classe des affections cancéreuses?
Les praticiens doivent bien se persuader que c’est moins sur l’action de tel ou tel médicament héroïque ou spécifique qu’ils doivent compter pour réussir dans le traitement des engorgemens simples de la matrice, et surtout des affections cancéreuses confirmées , que sur l’emploi opportun et sagement combiné des moyens thérapeutiques les plus ordinaires avec les précautions hygiéniques. L’examen des observations qui précèdent prouvera que notre thérapeutique , si souvent heureuse , a été en général renfermée dans un cadre assez resserré de moyens antiphlogistiques ou débilitans auxquels ont été associés, mais en seconde ligne, quelques fondans , quelques résolutifs particuliers, parmi lesquels je noterai le tartre stibié administré par absorption cutanée.
Je crois et je fonde ma conviction sur l’observation d’un grand nombre de faits , que tant que la matière , quelle qu’elle soit, qui compose les engorgemens durs de l’utérus, est dans son état natif, ou telle quelle a été déposée, soit par un acte nutritif, soit par un acte sécrétoire , dans les mailles ou les
E N G Oit GE M EN S DE LA MATRICE.
interstices du parenchyme de l’organe qui en est le siégé, on peut compter sur la possibilité de la résolution, et espérer de l’obtenir de l’emploi bien combiné des moyens sur le mode d’action desquels nous ayons appelé l’attention des médecins.
Quand ils échouent , on doit présumer que la matière de l’engorgement a subi une autre manière d’être ; qu’elle s’est ou altérée ou plutôt organisée spécialement. Elle a pris alors , pour ainsi dire, une existence individuelle ou propre. On pourrait considérer les altérations qui constituent ces engorgemens comme des organes parasites qui n’ont de rapport avec le reste de l’économie que parce qu’ils vivent et se développent à ses dépens.
Ainsi , tant que l’induration reste formée par une substance fibro-albumineuse déposée dans les mailles du tissu cellulaire de l’organe malade, la guérison est possible. Cette substance peut être résorbée: mais dès qu’à l’instar des pseudo-membranes qui se forment dans les cavités séreuses , et qui n’en diffèrent qu’en ce que la matière est ici en lamés plus ou moins étendues, tandis quelle est comme infiltrée dans l’induration ; quand, dis-je, cette matière passe à l’état cartilagineux et osseux, toute résolution devient dès lors impossible.
La matière du squirre finit aussi par s’organiser et éprouver des transformations qui , pour être entièrement opposées à celles que subit l'induration, n’en sont pas moins fâcheuses. Ainsi, le squirre se crée un système circulatoire du système capillaire qui le parcourt, il se ramollit, s’altère et se décompose. Ces transformations sont rendues plus actives par la présence de la matière encéphaloïde , etc. Dans tous les cas, la résolution qui pouvait être obtenue quand le squirre était à l’état de crudité, est maintenant impossible.
La transition des engorgemens durs de l’état curable à Fétat incurable n’est pas facile à saisir. Ce iFest guère que sur des circonstances éventuelles que l’on peut, sous ce rapport, établir le diagnostic. Ainsi l’âge de la malade , l’état d’ancienneté de la maladie, la nature des causes qui ont provoqué sa
formation ou qui ont présidé à son développement } enfin , quelques signes particuliers déduits de la comparaison que l’on aura déjà faite entre des cas d’engorgemens durs simples , et d’autres dans lesquels les altérations profondes mentionnées sont très- évidentes , etc. , sont les seuls moyens de parvenir à quelques données satisfaisantes dans les cas douteux.
Au reste, cette distinction 'se trouve heureusement inutile pour le traitement. Les moyens qui seraient curatifs dans les engorgemens primitifs, sont indiqués comme palliatifs dans les cas désespérés. Ils peuvent encore entraver les progrès de l’altération, quelquefois la rendre stationnaire, et presque constamment ils en modèrent les accidens et rendent ces maladies supportables.
Je dois dire qu’il ne faut pas trop se hâter de désespérer de la réussite des traitemens , parce qu’après un certain temps de leur emploi on n’en aurait obtenu, que des résultats peu ap* préciables , incertains ou incomplets. On a vu par quelques unes des observations ci-dessus relatées que ce n’a été qu’après plusieurs mois, quelquefois un an et plus, que la résolution s’est opérée et que la guérison s’est trouvée con-, firmée. (Obs. 98, iozf, 107.)
Je suis intimement persuadé que l’on peut triompher des engorgemens durs de l’utérus dans la majorité des cas , en suivant avec attention et persévérance les traitemens dirigés d’après les règles et les préceptes que nous avons établis , sauf à modifier à propos , selon les circonstances particulières ou éventuelles qui se présentent, les moyens indiqués, ou autres analogues.
5°. ENGORGEMENS CARTILAGINEUX ET OSSEUX DE lVtÉRUS.
Synonymie : Dégénérescence cartilagineuse ; ossification de l’utérus.
L’histoire des engorgemens cartilagineux et osseux fait naturellement suite à celle des engorgemens par induration. La première de ces altérations reconnaît celle-ci pour origine. ■Nous avons dit cjue les indurations provenaient de produits phlegmasiques déposés , infiltrés , retenus dans les mailles des
ENGORGEMENS DE LA MATRICE
tissus, réduits parla résorption à leurs principes fibro-albumineux, et que ces produits ne différaient de ceux fournis par les membranes séreuses que par la forme. Ici ils affectent celle de membrane, là ils prennent celle d’engorgement, de tuméfaction. Leur analogie se continue dans les transformations subséquentes dont ils sont susceptibles 3 ainsi ils passent par l’état cartilagineux à l’état osseux. Un grand nombre d’observations authentiques , déposées dans les fastes de la médecine , attestent que la matrice est assez fréquemment affectée de dégénération cartilagineuse et osséiforme 3 c’est chez des femmes âgées qu’on les a rencontrées. Mayr ayant ouvert une femme morte avec une tumeur considérable dans l'abdomen , que l’on regardait comme formée par la matrice, trouva en effet ce viscère ayant acquis le volume d’une boule à jouer aux quilles , et dont les parois étaient tellement ossifiées^ qffil fut obligé de les casser avec un marteau ( Commerce littéraire de Nuremberg , juillet 1 7 5 1 ) . Verdier avait recueilli une matrice ossifiée, dont les parois avaient six lignes d’épaisseur, et remplie d’inégalités qui ressemblaient à des stalactites. On trouve dans Portai la description de matrices en quelque point ossifiées , et qui en d’autres étaient encore cartilagineuses. Nous devons dire cependant que, dans un certain nombre des cas donnés pour exemple d’ossification de l’utérus, le parenchyme de ce viscère n’en était pas le siège. Tantôt l’altération paraît avoir été formée par la couche celluleuse sous-péritonéale* d’autres fois c’est dans la cavité de ce viscère que ces productions ont eu lieu, soit quelles aient résulté de la transformation de polypes primitivement fibreux, soit que ces corps eux-mêmes n’aient été que recouverts d’une couche de mucus concrété , ou que cette même matière se soit déposée et accumulée en masses plus ou moins considérables qu’on a pu prendre pour des ossifications , mais qui doivent être plus généralement considérées comme des calculs utérins.
Au reste, le diagnostic de ces espèces de corps ou d’engorgemens durs doit être très-obscur 3 le plus ordinairement leur nature n’a été reconnue qu’a près la mort des sujets qui les por-