CHAPITRE III
Des ulcérations de la matrice.
De toutes les affections dont l’utérus puisse être le siège , il n’en est pas de plus fréquentes que les ulcérations. L’usage du spéculum en fait découvrir dans une fouie de cas où autrement on 11e les eût pas soupçonnées.
Si beaucoup des érosions ou ulcérations simples ne présentent pas de prognostic grave, si souvent elles sont susceptibles de se guérir d’elles-mêmes, elles ne doivent pas moins attirer l’attention du praticien , car elles peuvent aussi devenir la source d’altérations plus alarmantes, soit par suite de mauvais traitement, soit par leur seule persistance jusqu'à une certaine époque de îa vie des femmes. En parlant des ulcérations muqueuses ou érosions du col utérin , Dnpuytreu disait cpa’on ne saurait mieux les comparer qu’à l’ulcération du nez appelée ozène , et qui, simple d’abord, amenait cependant à sa suite la mort des malades , si le chirurgien ne leur apportait un secours salutaire. ( Clinique de i’ Hôtel- Dieu. ) Mais cette importance ne doit pas être exagérée , elle ne commande et n’excuse même pas ni ces excès de précautions hygiéniques auxquels on a voulu soumettre les femmes affectées de maladies utérines, ni surtout certains moyens locaux destructeurs dont 011 a fait un si déplorable abus depuis quelques années. Une funeste expérience commence à dessiller les yeux et à ramener les pra-
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ticicns trop prévenus en faveur de ce mode de traitement, aux exemples et aux conseils plus rationnels que notre faible voix avait essayé de donner. Il est sûr qu’un certain nombre d’ulcérations utérines guérissent d’elles-mêmes avec le temps, et surtout par le seul éloignement des causes qui les entretenaient; d’autres ne sauraient être soumises à un traitement uniforme: la différence de cause change nécessairement les médications et modifie les bases ainsi que les moyens de traitement. Sous ce rapport, on peut diviser les ulcères utérins en simples, en dartreux, en vénériens, en scrofuleux et en cancéreux. Ce n’est pas que ces différences d’origine impriment toujours des caractères génériques à la forme de ces altérations; on ne peut souvent en reconnaître la nature qu’en remontant aux signes commémoratifs, ou par suite de l’insuffisance des moyens ordinaires^, et par l’efficacité que l’on retire des traitemens spéciaux propres à la cause présumée. Quelles que soient leurs causes, ces ulcérations se présentent à l’état de la plus grande simplicité, ou s’accompagnent d’engorgemens variés, le plus ordinairement congestifs ou phlegmasiques ; d’autres fois elles offîent les caractères de l’altération la plus grave , de la désorganisation la plus profonde.
Art. 1er. Ulcérations simples de V utérus.
Ces ulcérations, tantôt semblent ne consister que dans la destruction de l’épithélium , tantôt elles pénètrent en profondeur et s’étendent jusque dans le tissu même de l’utérus. Les premières constituent les simples érosions; on peut distinguer les autres par la dénomination d ulcères bénins ; enfin il s’en présente sous forme de fissures.
A. Erosions simples. — Synonymie : Erosion ; ulcuscule ; exulcération ; ulcération granulée. — Le plus ordinairement ces ulcérations sont superficielles et paraissent n’être que le résultat de la destruction de 1 épithélium ou couche muqueuse qui recouvre le corps réticulaire; on les distingue au premier coup d’œil par la rougeur vive ou violacée formant une plaque plus ou moins étendue à la surface du museau de tanche, et tran-
ÉROSIOINS, EXULCÉRÀTIOISS.
chant sur la couleur pâle des parties circonvoisines non atteintes. Au toucher, on ne sent point de dépression appréciable, à moins que les bords de l’érosion ne soient un peu tuméfiés. Néanmoins , quand on est bien exercé au toucher, on peut reconnaî tre par ce moyen seul l’ulcération par la d.fférence de sensation que le doigt éprouve en passant d’une surface lisse, polie, égale, que présente la circonférence du col , à une place plus molle et comme tomenteuse ou légèrement granulée ou chagrinée , qui indique que là existe une érosion. Au lieu d’une dépression, il y a quelquefois une élévation résultant du boursouflement du corps réticulaire, qui alors est mollasse, et qui paraît due au développement exagéré des bourgeons cicatrisans.
Ces ulcérations sont parfois bornées à une lèvre sur laquelle elles s’étendent plus ou moins, ou elles envahissent quelquefois toute la surface du museau de tanche , et s’étendent meme, et plus souvent qu’on ne croit généralement, dans la cavité du col et jusqu’à la surface interne de la matrice. Ces ulcérations peuvent avoir commencé par ces parties profondes et meme y rester limitées, circonstances importantes à connaître pour le diagnostic et pour le traitement topique.
On ne prendra pas pour des ulcérations les plaques roses ou rouges plus ou moins foncées , disséminées sur le col et son voisinage, qui se remarquent à la suite ou à l’approche des règles, ou après des actes vénériens, taches dues à une congestion sanguine, et qui s’effacent sous la pression et disparaissent d’elles - mêmes en quelques jours. D’ailleurs les véritables ulcérations saignent facilement, et suintent constamment une mucosité plus ou moins épaisse, filante ou purifonne, mêlée de stries sanguinolentes. Cette matière, plus ou moins plastique, peut être assez abondante pour les masquer, et ne tarde pas à se renouveler quand on l’a enlevée. Cette matière suintant du col est souvent le seul indice des ulcérations qui , existant profondément , échappent aux moyens directs d’investigation.
Lorsque l’on a pu suivie le développement de ces érosions, on voit que tantôt elles commencent par une rougeur comme
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érythémateuse, d’autres fois par de petits points rouges analogues à des piqûres de puces, ou par des espèces de taches étoilées, ou par de petites vésicules miliaires discrètes ou confluentes, ou par de petits boutons cristallins, ou par des pustules phlycténoïdes plus ou moins volumineuses et semblables aux aplithes de la bouche. Ces éruptions ne se terminent pas toujours par ulcération , elles se guérissent quelquefois spontanément; vues à un premier examen, on ne trouve plus rien au second , fait après quelques jours.
Les signes qui font soupçonner l'existence de ce genre d’affection sont un sentiment de chaleur brûlante , de prurit incommode dans le fond du vagin , des douleurs vives du col de l’utérus éveillées par le contact du doigt, et qui rendent surtout le coït pénible. Mais le principal et le plus marqué, est fourni par l’écoulement plus ou moins abondant qui constitue la leucorrhée, et qui a long-temps attiré seul l’attention des praticiens : ce n’est que depuis qu’on a popularisé l’usage du spéculum qu’on a vu que beaucoup de ces écoulernens étaient dus à des affections ulcéreuses du vagin , et surtout de l’utérus. Dans ce cas, la matière ne provient pas seulement de la surface érodée,* l’irritation qui s’irradie au reste de l’utérus augmente sa sécrétion , et ce produit lui-même , par son contact avec le vagin, y excite et altère la sécrétion normale de ce conduit. Mais ce signe n’est pas constant; la. suppuration peut être assez peu abondante pour que la matière , pour ainsi dire perdue dans le canal vaginal , ne vienne point se manifester au dehors.
C’est à tort que l’on a attribué ce genre d'ulcération à l’action du produit catarrhal de la cavité utérine, lequel, par son passage et son contact prolongé, déterminerait l’érosion de la lèvre postérieure du col. Souvent, en effet, il y a catarrhe utérin sans ulcération du col; souvent aussi il y a ulcération au col sans sécrétion intra-utérine ; enfin , la non-récidive après cicatrisation de l’ulcère , nonobstant la persistance du catarrhe utérin , et souvent aussi la cessation de tout écoulement, par le seul fait de la guérison de l’ulcération , toutes ces considérations prouvent très - péremptoirement que ces
ÉROSIONS , EXULCÉRÀTIONS. 375
écoulemens non seulement ne sont pas cause, mais sont plus souvent essentiellement la conséquence de ces ulcérations.
M. le docteur Méfier, dans un Mémoire très-remarquable publié dans les Bulletins de l’Académie royale de Médecine de Paris , a signalé l’engorgement des ovaires comme accom pagnant fréquemment et étant la conséquence des ulcérations du col de l’ utérus , surtout celles de la cavité de cette partie , de meme qu’on voit l’orchite survenir à l’occasion d’une irritation gonorrhéique ou ulcéreuse du canal de l’urètre 5 mais outre que les rapports anatomiques ne sont pas tout-à-fait analogues ,, j'avouerai que j’ai vu très - rarement cette complication de l’ovarite, et qu’alors elle ne m’a pas toujours paru avoir rapport de causalité avec les ulcérations utérines. Au reste, il paraîtrait, d'après les faits observés par M. Méfier, que ces ovarites sympathiques ou consécutives se résolvent par le seul fait de la guérison des ulcérations du col, dont elles sont la conséquence.
La présence du pessaire provoque souvent des leucorrhées elles-mêmes résultant d’érosions semblables. M. Magistel cite le cas d’une ulcération provenant de cette cause : elle suintait abondamment un liquide jaunâtre * le col était tuméfié. Les injections émollientes employées pendant huit joui s, et une seule cautérisation opérée le quatrième , procurèrent la guérison.
Assez souvent les érosions reposent sur un engorgement congestif ou phlegmasique plus ou moins considérable, soit de la lèvre érodée , soit de tout le col de l’utérus , et pouvant même envahir tout ce viscère; d’autres fois elles sont cause des congestions hémorragiques permanentes ou périodiques.
Traitement des érosions utérines . — Les indications que présentent ces affections sont de détruire l’irritation phlegmasique morbigène, de favoriser la cicatrisation, et enfin de changer le mode de vitalité de la surface altérée. De là les traitemens antiphlogistiques, cicatrisant , et la cautérisation.
i° Traitement antiphlegmasique. et calmant . — L’érosion constatée , rien n’est plus facile que d'en obtenir la guérison. Est- elle d’un rouge vif, sensible, douloureuse 3 reposet-elle sur un fond engorgé, congestionné ou enflammé 3 le
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sujet est-il jeune et fort, on débute par une saignée, on le soumet à un régime rafraîchissant, on pousse doucement et fréquemment des injections de liquides mucilagineux et narcotiques à température basse, comme d’une décoction de racine de guimauve ou de graine de lin et de tête de pavot, ou on les remplace par des cataplasmes à demeure ; les bains entiers et les bains de siège presque froids conviennent également. On proscrit toute e>pèce de fatigue, on éloigne les causes qui ont déterminé ou qui entretiennent l’érosion, et on recommande principalement le repos absolu des organes; on surveille les éval uations alvines, et on soumet la malade à un régime approprié.
11 2e OBS. Erosion simple du col de V utérus. — Une femme âgée de trente -deux ans a eu deux enfans , dont le dernier a quatre ans. Elle est parfaitement menstruée , mais elle appréhende les approches de son mari , parce qu’eîles occasionnent des douleurs dans les parties profondes de la génération. La matière des flueurs blanches dont elle est modérément affectée se teint ordinairement en rouge à la suite de ces approches.
La lèvre antérieure du museau de tanche me paraît plus tuméfiée que la lèvre postérieure, mais sans dureté cependant. Le centre de cette tuméfaction paraissait moins lisse que le reste , dans l’étendue de la pulpe du doigt; la circonférence était marquée par une sorte de vive arête peu saillante. Le toucher produisit une douleur assez forte, qui se prolongea dans la partie affectée, et le doigt entraîna un peu de mucosité sanguinolente. Je soupçonnais, sans en être bien certain, une ulcération. Le spéculum me fournit le moyen de fortifier le diagnostic; je vis au milieu de la lèvre antérieure, qui était rouge et un peu tuméfiée, une légère dépression assez régulièrement circulaire, dontîe centre était à. vil comme si l’on eût enlevé une couche mince de l’organe.
Le soir, les règles parurent et firent surseoir à la saignée que j’avais conseillée pour le lendemain. L’écoulement du sang dura quatre jours comme de coutume. A l’examen des parties, deux jours après , je les trouvai dans le même état, avec un
ÉROSIONS , iSXULCÉRATIONS,
peu plus de tuméfaction. ( Saignée , bains tièdes -prolongés injections fréquentes d’une décoction de racine de guimauve et de têtes de pavots , lavemens , demi- diète et repos .)
Huit jours après, la tuméfaction n’existait plus, l’ulcération était réduite au diamètre d une ligne environ, et ressemblait assez à une de ces aphthes qui se montrent dans la bouche et dont la pellicule a été enlevée $ les douleurs avaient complètement disparu. Cette dame continua encore quelques jours les mêmes moyens, puis les abandonna. Deux ans après , elle eut un troisième enfant, et je ne sache pas que sa santé ait été depuis dérangée en aucune manière.
On n’obtient pas tou joui s une guérison aussi prompte par les seuls antiphlogistiques et les précautions hygiéniques congénères, mais ces moyens sont nécessaires dans beaucoup de cas pour préparer à l'efficacité de l’action des autres médications.
2° Traitement tonique et astringent. — Plus tard, quand les symptômes d’irritation paraissent calmés, si ces moyens n’ont pas suffi pour provoquer la guérison, ou primitivement s’il y a atonie générale et locale, on vient à un régime moins rigoureux, on permet l’usage du vin coupé avec quelques eaux minérales ferrugineuses. On rend la matière des injections détersive, résolutive , siccative par l’addition graduée soit de chlorure de chaux, d’acétate de plomb (3 13 à 3 j pour livre) , soit de sulfate de zinc ou de cuivre, ou d’alumine, soit encore du vinaigre rosat ; ou on compose ces injections avec des décoctions toniques , astringentes, comme du quinquina , de la noix de galle, ou leurs préparât ions , et principalement la teinture alcoolique de cette dernière substance , obtenue d’après le procédé de M. Boutigny, pharmacien à Paris (i) ; on en mêle une partie à huit parties d’eau j on se sert aussi de l’écorce de chêne , de roses de Provins, etc. Combien de femmes chez lesquelles la nature de l’écoulement leucorrhéique indiquait l'existence probable d’ulcéra lion du col, et qui ont été guéries sous l’influence de ces médications toniques ou astringentes connues et employées de tout temps ! Il n’est même besoin quelquefois que de l’élo.i-
(i) Revue médicale , janvier 1837.
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gnement des causes qui entretiennent l’érosion pour en obtenir la guérison. C’est principalement dans ces cas de simples érosions qu’on a obtenu des succès tant vantés de l’emploi topique de la suie de cheminée ou de la créosote.
La créosote , espèce d’huile essentielle extraite du goudron , si elle est pure , agit à la manière des caustiques; elle semble désorganiser en les racornissant les surfaces suppurantes sur lesquelles on l’applique. Suffisamment étendue (huit à dix gouttes par demi-once , et au plus une once de véhicule), elle coagule l'albumine , partie intégrante des fluides excrétés par les plaies saignantes ou suppurantes , et produit ainsi une pellicule qui, défendant la surface dénudée de tout contact irritant , détruit la douleur et la sensibilité , et permet à la cicatrisation de s’opérer. M. Blaud de Bancaire a donné la suie de. cheminée comme un succédané de la créosote. On peut employer la décoction en injection (une forte poignée pour une livre d’eau), ou on lui donne la forme de Uniment (huile d’olive, § xv, suie, 5 iv, faites bouillir pendant vingtquatre heures à petit feu, et passez avec expression), ou celle de pommade (suie et axonge, de chaque partie égale, ou encore battre six onces de blancs d’œuf avec deux onces de suie).
La décoction peut être simplement injectée ou tenue en contact plus ou moins prolongé avec la partie malade, au moyen de bourdonnets ou de tentes de charpie : c’est de cette dernière manière que l’on applique les linimens ou les pommades.
Quand surviennent ou reparaissent les accidens congestifs ou inflammatoires , on revient au traitement antiphlogistique, et on alterne ainsi selon l’exigence des accidens qui se présentent.
3° Cautérisation. — C’est principalement dans les cas d'éro* sion que l’on a fait depuis quelques années une application souvent inutile, quelquefois dangereuse, du caustique. Il est rare cependant que ce genre d’affection résiste long-temps aux moyens précédons rationnellement employés et convenablement administrés. Dans tous les cas, le caustique ne sera appli-
ÉROSION S , EXULCÉRATIONS.
que que s’il n’existe pas de symptômes d’irritation trop vive ou d’engorgemens congestif et plilegmasique trop aigus , symptômes qu’il faudrait d’abord s’attacher à détruire. Ici la cautérisation doit être très-superficielle ) elle a plutôt pour but de modifier la vitalité du tissu affecté cpie de le détruire. Après avoir nettoyé la partie au moyen de charpie , d une éponge fine ou d’un pinceau de papier de soie roulé , on passe légèrement le pinceau imbibé de proto -nitrate de mercure sur la surface érodée, de manière à la changer en une tache blanche • dans cette première application, le fluide agit plutôt à la manière de la créosote que comme caustique, c’està-dire en coagulant l’albumine qui forme pellicule sur l’érosion. Une seule application suffit souvent. Si au bout de quatre à six jours de la première , l’état des parties n’a pas changé, on la réitère de la meme manière, et on la répète ainsi à des intervalles semblables pendant un certain temps. Dès que la partie malade blanchit moins et dans une moindre étendue sous le contact du caustique, dès que l’on voit pointillé!' des espèces de petites granulations rouges , indice du développement de bourgeons cicatrisans , on touche plus légèrement et plus rarement.
Lorsque l’érosion présente une sorte de boursouflement , ordinairement mollasse et sanguin , que la surface est élevée au-dessus du niveau circonvoisin , la cautérisation est essentiellement indiquée 5 elle doit être plus profonde: il y a là un commencement d’exubérance ou de végétation qu'il faut détruire , pour mettre le corps réticulaire à nu et rappeler l’affection à l’état d’érosion simple , qui pour lors se guérira d’elle-même, ou sous l’influence des traitemens précédens.
Quand après un certain temps de l’emploi de ces divers traitemens locaux, et surtout de la cautérisation, l’érosion persiste, ou ne diminue d’abord que pour reprendre ses premières dimensions, il est bon de suspendre , pour y revenir un peu plus tard, tout traitement topique, et de se borner aux précautions hygiéniques précédemment indiquées. Les moyens locaux ne sont pas toujours étrangers à cette persistance. On voit en effet assez fréquemment de ces ulcérations rebelles
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disparaître spontanément après quelques jours de repos. Leur persévérance récalcitrante peut tenir à une disposition maladive de la constitution , être un indice de quelque principe pathologique, et due, par exemple, à une cause interne syphilitique, herpétique, scrofuleuse, etc. On s’en assure en remontant aux antécédens , et on dirige le traitement en conséquence.
Je n’ai parlé comme caustique appliqué aux simples érosions, que du nitrate acide de mercure, qui généralement suffit dans ces cas. Le nitrate d'argent fondu (pierre infernale), ou dissout dans l’acide nitrique, me parait moins convenir, à cause des douleurs plus vives qu’il occasionne et de la congestion sanguine qu’il détermine 5 on sait que son application au col utérin détermine ordinairement un écoulement de sang. Je le réserve pour les cas où l’ulcération est végétante, d’un rouge peu vif, et repose sur un col engorgé, mou , et paraissant comme infiltré. La solution à laquelle on peut donner des degrés variés de concentration peut remplacer le nitrate acide de mercure. On a substitué d’autres substances à ces caustiques ^ ainsi le sulfate de cuivre (dissolution plus ou moins concentrée), et le chlorate de zinc.
Je rappellerai que l’érosion s’étend souvent , si elle n’y a pas pris naissance, jusque dans la cavité du col de l’utérus. Se borne-t-on à appliquer les topiques ou le caustique sur la portion visible de l’érosion, ou bien elle résiste, ou après avoir disparu dans les parties apercevables , on la voit bientôt récidiver par extension de celle interne. 11 est urgent , dans ces cas , de porter les médicamens jusque dans la cavité du col, soit au moyen des injections qu’on y pousse d’après le conseil judicieux et la méthode du docteur Méfier, soit en introduisant à travers l’orifice utérin le pinceau imbibé du caustique liquide, ou le crayon de nitrate d argent.
On ne saurait trop répéter que les ulcères simples occupent assez souvent l’intérieur du col et du corps de l’utéi us, et ne se manifestent que par la nature de l’écoulement que l’on voit suinter, au moyen du spéculum, de l’orifice utérin. Ces ulcérations peuvent être l’unique cause du gonflement du col.
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ou même du corps de ce viscère , ou même des ovaires. Il faut alors mettre ces ulcérations à découvert, en dilatant progressivement le col , et les traiter par des injections immédiates ou la cautérisation • on voit alors bientôt disparaître les engorgemens qui n’étaient que le résultat de ces ulcérations. ( Mélier. )
Quelques praticiens (MM. Mélier, Téallier, etc.) ont cru trouver des avantages aux pansemens fixes et réguliers dans les cas d’ulcération de l'utérus; ils conseillent cEappliquer, après la cautérisation , par la voie du spéculum , contre le col malade, jusqu’au fond du vagin, avec une pince à anneau, un plumasseau de charpie imbibé de décoctions émollientes ou narcotiques, ou d’eau créosotée , ou bien enduit de pommade rendue narcotique par l’opium, la belladone, la ciguë , l’acétate ou l’hydrochlorate de morphine : on renouvelle le pansement toutes les vingt-quatre heures. Cette méthode, excellente dans des ulcères graves ou compliqués, m’a paru au moins inutile quand ils présentent un caractère de simplicité et de bénignité. En effet, les fatigues, les collisions inséparables de l’application du spéculum, etc., peuvent, en irritant les organes, empêcher ou détruire les bons effets que pourraient promettre ces applications permanentes; en outre, le contact des produits sécrétés, retenus par ces moyens , peut exercer une fâcheuse influence sur l’état des parois. Je préfère les injections répétées.
Assez fréquemment l’engorgement sur lequel repose l’érosion semble être Eaffection principale , et parce que son développement a été primitif, qu’il est considérable, et même par les caractères d’altération profonde qu’il présente. Ainsi on voit des érosions plus ou moins étendues sur des cols durs, bosselés , carcinomateux, squirreux. Ici il faut reconnaître une simple coïncidence , et l’on doit diriger d’abord les moyens de traitement contre l’affection la plus culminante. Dans quelques circonstances ils ont suffi pour guérir les deux maladies, comme on peut en voir des observations dans les faits d’engorgemens avec ulcération, rapportés précédemment, cas dans lesquels rien n’a été fait contre les
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exulcérations , qui se sont trouvées guéries en même temps que les engorgemens, auxquels s’adressaient seuls les moyens de traitement. (Ohs. 107.) Dans le cas contraire, après avoir combattu l’engorgement ou l’avoir modifié, on attaque l’ulcération récalcitrante par les caustiques. On en voit aussi des exemples , rapportés précédemment.
Depuis que j’ai recueilli le fait de la 107e observation , concurremment avec quelques autres analogues , j’ai voulu m’assurer jusqu’à quel point la cautérisation était nécessaire pour déterminer la cicatrisation des exulcérations coïncidant avec un engorgement du col et même du corps de la matrice. Eli bien! j’en suis arrivé au point d’être convaincu que ce que la cautérisation a produit d’avantageux dans mes premières malades , j’aurais pu l’obtenir des modificateurs ordinaires agissant sans destruction de tissu , tels que les injections créosotées , chlorurées, etc, j et je me suis demandé si cette cautérisation avait eu d’autre action que d’opérer une modification analogue à celle qu’auraient produite ces derniers et simples moyens.
Quelquefois j’ai dû favoriser la cicatrisation en établissant des émonctoires irritans et suppurans, tels que des cautères aux lombes , aux cuisses , aux jambes ou aux bras 5 mais ce n’a pas été seulement dans les cas où je n’avais eu recours qu’à l’emploi insuffisant des modificateurs simples que j’ai été obligé d’en fortifier l’action par l’application deinono toires 3 j’ai dû tout aussi souvent y avoir recours lorsque j’avais employé le caustique.
Généralement, j’ai dû rarement recourir, dans les cas si communs de simples érosions, à la cautérisation, qui n’est utile que dans le très-petit nombre de ceux où tous les autres moyens paraissent inefficaces, après un temps plus ou moins prolongé de leur emploi. Dans tous les autres, elle n’est pas seulement inutile , elle peut être défavorable et prolonger la maladie , loin d’en bâter la guérison , en changeant de simples excoriations ou érosions superficielles en de véritables et profondes ulcérations, qui deviennent encore plus redoutables dans les cas de coïncidence d’engorgement.
ÉROSIONS, EXULCÉRATIONS. 383
L’application des caustiques n’est innocente, dans toutes ces exulcérations , que lorsqu’on ne les emploie que comme modificateurs, ce qui suppose ou qu’ils sont peu concentrés, ou que , passés très-légèrement , ils n’agissent qu’en coagulant la couche albuminifîée qui humecte les ulcérations , ou détruisent tout au plus l’espèce de membrane épidermique anormale et sécrétante qui , s’organisant à leur surface , empêchait leur cicatrisation. Je le répète donc , employés comme simples modificateurs , les caustiques sont d’une utilité marquée dans les érosions simples ou compliquées d’engorgemens consécutifs 5 ils favorisent , hâtent ou déterminent la cicatrisation ; ils l’empêchent, au contraire, si on les emploie comme escarrhotiques.
Le repos des organes malades est sans doute une condition essentielle au succès des traitemens employés. Mais 11’a t- on pas trop abusé de ce précepte hygiénique , chez les femmes dont toute l’affection consistait en érosions simples ou en ulcères bénins , et chez lesquelles l’engorgement qui les accompagnait était symptomatique , en les condamnant à l’immobilité dans une position horizontale pendant des semaines et des mois entiers? Combien de fois la perte de l’appétit , les troubles consécutifs de la digestion, des névroses variées, l’allanguissement de toutes les fonctions, l’épuisement des forces , l’altération de la constitution , conséquences ordinaires de cette inaction exagérée , ont changé une affection locale, et souvent sans importance, en un état valétudinaire bien plus alarmant, et qui vient à son tour entretenir, aggraver même le mal primitif, et apporter d’insurmontables obstacles à l’action des moyens les plus rationnels et les plus efficaces! Dans tous les cas d’affection à marche chronique de l’utérus, soit congestive, soit hémorragique, soit phlegmasique , le repos absolu est plus nuisible qu’avantageux; il n’est indiqué positivement que lorsqu’il y a engorgement congestif hémorragique essentiel ou phlegmasique aigu ou sub-aigu , ou quand, il existe du déplacement. J’ai rarement été obligé d’y soumettre mes malades affectées d’ulcérations, soit simples, soit herpétiques, soit syphilitiques, etc., si ce n'est dans les premiers jours. J’ai vu bon nombre de
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James en traitement, obligées de vaquer constamment à leurs occupations ordinaires, et plusieurs meme venir des environs de Paris , de quatre à dix ou quinze lieues et plus , une ou deux fois par semaine, et qui n’en ont pas moins été bien promptement guéries. Quelques unes cependant étaient cautérisées chaque fois.
L’engorgement congestif et la sub-inflammatoire du col utérin sont-ils une contre-indication à la cautérisation des ulcérations? Dans les cas de simples érosions, si après l’emploi des antiphlogistiques les choses restent dans le même état, il est à présumer que l’engorgement est entretenu par l’érosion , et alors la cautérisation , loin d’exaspérer les symptômes phlegmasiques , les modère , d’après cette remarque générale, que les inflammations développées sur les membranes muqueuses dans leurs portions accessibles à la vue, résistant aux antiphlogistiques , cèdent très-souvent aux topiques existans, ou aux caustiques mêmes.
113e OBS. — Mme N., marchande fruitière, vieux marché Saint-Martin, ï i , âgée de trente-quatre ans , ayant récemment perdu une de ses sœurs qui avait succombé à une maladie de matrice, était elle-même tourmentée par des douleurs dans le bas-ventre, les reins, des tiraillemens dans les aines, pesanteur sur le siège avec sentiment de brûlure , douleurs au sacrum, aux reins; écoulement leucorrhéique peu abondant, mais continuel et parfois sanguinolent , menstrues douloureuses et allant en diminuant en quantité et en durée à chaque époque. Elle faisait remonter l’origine de ees symptômes à son dernier accouchement , qui datait déjà de quatre ans et demi (janvier i85o); les approches conjugales étaient redoutées. Elle était de petite taille, mais assez fortement constituée. Oppression, palpitation, fatigues faciles : en la touchant, je trouvai le col de l’utérus presque immédiatement au-dessus de l'isthme de la vulve; il avait le volume de la grosse extrémité d’un œuf de poule, avec une érosion rouge vif, occupant tout le pourtour de l’orifice , et pénétrant jusque dans la cavité du col. Cette exulcération présentait une surface à granulations plates et molles; elle suintait du