ULCÈRES SCORBUTIQUES
ramollie , devenue comme caséeuse, se fraie d’abord une petite ouverture d’où on la voit sortir par la pression qu’exerce le spéculum. Ces ouvertures fistuleuses s’élargissent insensiblement, et la sortie de la matière tuberculeuse laisse le foyer à découvert sous forme d’une excavation dont le fond est grisâtre, blafard; la matière puriforme qui s’en écoule porte une odeur désagréable , différente cependant de celle des ulcères cancéreux. Cette espèce d’ulcères utérins est rare; elle s’est montrée cirez des femmes à constitution lymphatique et portant le cachet scrofuleux .
Si les tubercules sont peu nombreux et bornés au col utérin, la guérison s’opère facilement. Les ulcères consécutifs se détergent, se rapetissent et se cicatrisent au bout d’un temps plus ou moins long ( voyez à la page 565).
Traitement , - — • Ici s’appliquent les remarques que nous avons présentées ailleurs relativement au traitement de toute ulcération symptomatique. Pour assurer l’efficacité des moyens locaux , il faut d’abord agir sur toute l’économie , afin de détruire ou modifier la disposition tuberculeuse , cpii rarement est bornée à un organe , comme dans les cas heureux qui ont été rapportés précédemment ( Obs. i io).
Art. IV. Ulcères scorbutiques.
Cette espèce est très-rare et je n’en connais qu’un exemple , cité par M. Desvouves, de la Martinique. (Thèse inaugurale, 11° 221 , 1826. )
120e OBS. — Une femme de quarante-neuf ans fut admise à l’hôpital des vénériens pour une syphilis constitutionnelle. Le col utérin visité fit voir une ulcération de nature vénérienne : après un temps assez court et sous l’influence d’un traitement général et local, eette ulcération fut cicatrisée. Restaient des pustules ulcérées aux jambes et à la face. Au bout de trois mois, un scorbut avec ses caractères les plus tranchés se manifesta. Toutes les plaies en prirent la forme ; en examinant le col , on trouva une ulcération large comme une pièce de trente sous , entièrement semblable aux plaies exté-
ULCÉRATIONS DE LA MATRICE
Heures; le col était gonflé, mollasse, dune couleur livide. L’ulcération saignait au plus léger contact et laissait échapper un sang noir.
Traitement. — Qu’est-il besoin de répéter cpie ce pourrait être en vain que l’on chercherait la guérison de ces ulcères par des topiques, si on n’a pas détruit préalablement la disposition vicieuse utérine? Bien plus, le traitement général propre à la cause suffit ordinairement pour amener la disparition de l’affection locale , qui n’est que symptomatique. Si après la destruction de l’état pathologique général, l’ulcération persiste, elle est réduite alors au niveau des ulcérations simples ou essentiellement locales, et rentre sous les memes indications thérapeutiques.
Art. V. Ulcères chancreux.
Synonymie : Chancres, ulcères syphilitiques, ulcères malins , ulcères
rongeans.
J’ai fait une espèce particulière de ces ulcères qui tiennent le milieu entre les ulcères bénins dont ils se rapprochent, quanta la facilité de les guérir, et les ulcères cancéreux dont ils revêtent souvent toutes les formes et prennent l’aspect au point qu’il est souvent difficile de les en distinguer jusqu’au moment où le résultat de certains traitemens vienne accuser leur nature fondamentale et poser leurs différences morbi ; gènes.
Les ulcères chancreux ont de la tendance à s’étendre autant en profondeur qu’en largeur; leurs bords sont taillés à pic , leur fond est recouvert d’une couche grisâtre ou verdâtre qui se détache et se renouvelle sans cesse. Ils occasionnent des douleurs brûlantes, térébrantes et rongeantes, ou lancinantes , qui jettent les malades dans l’anxiété, et les obligent à changer incessamment de position , comme si parla elles pouvaient les fuir. Il s’écoule de la vulve un fluide séro-muqueux , pu ri l’orme , verdâtre, sanguinolent, irritant, phlogosant et érodant les parties avec lesquelles il se met en
ULCÈRES CHANCREUX.
contact, et dont le moindre inconvénient est un prurit trèsincommode. Le coït est très-douloureux, non pas seulement à cause de l’extrême sensibilité que ces ulcères développent au col de l’utérus, mais aussi par suite de la phlogose érythémateuse ou ulcéreuse du vagin ou de l’entrée de la vulve, résultant du contact des produits irritans de l’ulcère. Ces produits paraissent plus abondans et plus sanguinolens à la suite de cet acte ou du toucher. Toujours ces ulcères reposent sur une base engorgée; cet engorgement est quelquefois proportionné à l’étendue de l’ulcère, et peu profond; d’autres fois il est très-considérable , et présente la dureté et la forme mamelonnée et comme bosselée du squirre. C’est alors qu’il en impose pour un cancer ulcéré. Cependant il m’a semblé que dans les ulcères chancreux, mais non cancéreux, le toucher était bien plus sensible et douloureux que dans les ulcères réellement cancéreux ; différence résultant de ce que dans les premiers l’engorgement est essentiellement phlegmasique avec toutes ses conséquences d’exaltation de la sensibilité, tandis que dans les autres l’engorgement , d’un caractère froid , n’éveille qu’acciclentellement la sensibilité.
Les ulcères simples peuvent présenter les caractères d’intensité, d’étendue et de persistance , ou prendre et offrir la marche progressive et rongeante de ces ulcères chancreux, quand ils sont négligés ou mal t rai tés , ou sous la seule influence de la constitution détériorée du sujet, sans pourtant qu’il existe de vices ou virus généraux ou spéciaux. L’Observation rapportée précédemment (Obs. 1 16, pag. 588) en est un exemple. Mais le plus souvent c’est cette forme qu’affectent spécialement les ulcères de nature syphilitique, ce sont surtout aussi ces chancres vénériens qui prennent parfois les apparences de cancers ulcérés ou d’ulcères cancéreux.
Le traitement des ulcères chancreux simples ne diffère pas de celui des ulcères bénins ; combattre l’inflammation locale, écarter toutes les causes susceptibles de l’entretenir ou de l’exciter, ramener la constitution générale à des conditions meilleures par une application rationnelle des règles de l’hygiène, etc., puis modifier la vitalité de la partie affectée
ULCERATIONS DE LA MATRICE
par des topiques, comme les astringens ou les toniques, la créosote, les chlorures et enfin la cautérisation.
Soupçonne-t-on la nature vénérienne de l’ulcère , soit d’après ses caractères locaux , soit par la coexistence d’autres symtômes spéciaux , ou d’après des signes commémoratifs , l'indication est précise et le résultat du traitement antisyphilitique ne tarde pas à lever tous les doutes. Il est en effet remarquable avec quelle rapidité se comblent et s’effacent de profondes excavations caverneuses, et se résolvent des engorgemens comme squirreux de l’utérus ^ sous l’influence de ce traitement opportunément appliqué; résultat merveilleux, souvent inespéré , et qui ferait presque regretter cpie tous les ulcères utérins ne portent pas ce caractère originaire. Loin de là, les ulcères de l’utérus le présentent rarement, au rapport de Cullerier, autorité imposante sur cette matière. Sur plusieurs centaines d’affections ulcéreuses de la matrice qu’il a traitées dans les hôpitaux , il n’en a trouvé qu’une d’équivoque , et une bien évidemment vénérienne. Dans sa nombreuse clientèle en ville, il ne vit qu’un seul exemple d’ulcère vénérien de la matrice, lequel céda aux sudorifiques et au deuto-cblorure de mercure. Voici un extrait de ce fait intéressant rapporté par M. Lagneau. ( Traité des Maladies vénériennes . )
121e OBS. —« Mme *** cohabitait depuis plusieurs années avec M. ***, dont la mauvaise santé était occasionnée par des retours fréquens d'une ancienne maladie vénérienne. Presque dès le commencement de ce commerce , cette dame s’était aperçue, au col de l’utérus, d’une sensibilité qui ne lui était pas ordinaire ; mais elle l’attribua à tout autre cause que celle qui existait réellement. Cette sensibilité passa successivement à la douleur lancinante la plus vive , et s’accompagna. bientôt d’un écoulement sanieux , âcre et très-abondant. Après trois ans, cette dame , ne pouvant plus tolérer ses souffrances , vint consulter Cullerier. Ce praticien reconnut un engorgement squirreux considérable au col de la matrice, qui était en outre le siège de plusieurs ulcères à bords durs et perpendiculaires, sources de l’écoulement sanieux dont nous ayons