‹ Maladies de la matriceChapitre 54 sur 86 · ULCÈRES CHANCREUX ET SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

ULCÈRES CHANCREUX ET SYPHILITIQUES

presque toute la surface du corps. Je soumis la malade à un traitement dépuratif qu'elle suit encore en ce moment 3 l’affection utérine n’a pas reparu.

Il importe d’autant plus de s’assurer positivement de la Cause de la maladie, en mettant à profit toutes les circonstances qui en ont précédé le développement, que l’expérience a prouvé que le traitement anti syphilitique , favorable seulement dans le très-petit nombre de cas où l’affection est vénérienne, aggrave considérablement les ulcérations qui ne reconnaissent pas cette cause , et hâte leur dégénérescence cancéreuse. Il en est probablement ainsi parce que le traitement , essentiellement excitant , nonobstant ses propriétés spécifiques , doit augmenter ou développer l’inflammation , moyen ordinaire de progression , de transition des affections cancéreuses, ou qui du moins exalte les symptômes et les accidens attachés à ces maladies , en active la désorganisation et précipite le terme fatal.

Cependant lorsque l’engorgement ulcéré de la matrice est de nature phlegmasique et que l’ulcération ne consiste que dans une simple érosion, les mercuriaux, loin d’être préjudiciables, fournissent au contraire de puissans résolutifs : des exemples en ont été donnés (Obs. 97 et suivantes).

Les observations que nous venons de rapporter ci-dessus offrent des cas d’ulcérations syphilitiques ayant présenté les apparences de cancers ulcérés. Ce genre d’ulcérations 11e se montre pas toujours avec ce haut degré de développement ^ elles peuvent exister sous les formes d’exulcérations ou d’érosions tomenteuses ou granulées. Mais est-il vrai que les érosions granulées du. col de l’utérus soient, dans le plus grand nombre des cas, un symptôme vénérien consécutif, ainsi que le pense l’auteur d’un opuscule récemment publié (1)? Sur cinq cents femmes vénériennes, M. Gibert en a trouvé cent quarante-trois qui ont offert ce symptôme , et parmi elles il existait seul chez une quinzaine. Cette proportion, qui se conçoit d’ailleurs dans un établissement exclusivement consacré aux

(1) Remarques pratiques sur les ulcérations du col de la matrice , par C. M. Gibert? page 10,

' ULCÉRATIONS DE LA MATRICE

maladies vénériennes, est très-loin d’être tel en général. Sur une centaine de cas d’érosions observés dans ma pratique en ville , je n’ai eu que deux fois l’occasion de reconnaître le caractère évidemment syphilitique de l’affection 3 dans l’un, l’érosion granulée avec leucorrhée étaient les seuls symptômes. Ce n’est qu’après avoir expérimenté sans succès les divers traitemens auxquels cèdent d’ordinaire ces affections quand elles sont idiopathiques, que je conçus quelques soupçons sur leur nature. Les révélations du mari de la malade vinrent alors les confirmer. Un traitement approprié fut suivi d’une guérison prompte et complète. Dans l’autre fait , le spéculum dévoila une érosion de même aspect bénin; mais en retirant l’instrument , je vis sur deux points du vagin , non pas de simples érosions, mais de véritables ulcères creux, à

bords coupés à pic, à fond grisâtre

Or, si l’on réfléchit , i° que les ulcérations produites ou entretenues par une cause vénérienne ne se bornent pas en général à de simples érosions, mais qu’elles ont pour caractère essentiel de tendre à gagner en profondeur; 20 que les érosions granulées sont extrêmement communes, et qu’on en trouve non seulement chez la plupart des femmes affectées de leucorrhée , mais souvent aussi chez celles mêmes qui ne présentent aucun symptôme qui puisse en faire soupçonner l’existence; d’après ces considérations, dis-je , ne pourrait-on pas se demander si chez les femmes affectées de syphilis anciennes ou récentes, ces érosions ne constituaient pas des altérations indépendantes , seulement coexistantes , et qui existaient peut-être déjà avant l’infection? Ces remarques me paraissent devoir être prises en grande considération par les praticiens, qui, s’ils s’en rapportaient à l'opinion exprimée dans l’opuscule sus-mentionné, pourraient être tentés d’appliquer à toutes les érosions granulées un traitement spécifique au moins inutile. Je suis d’autant plus porté à croire a l’indépendance de toute conséquence vénérienne de la part des exulcérations ou érosions granulées, que dans le cas que je viens de citer de concomitance de ce genre d’affection utérine avec des ulcères vénériens au vagin, le traitement anü-

Page 1