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ULCÈRES CANCÉREUX

syphilitique qui a fait disparaître ces derniers avec une promptitude remarquable, n’a rien produit sur l’érosion, si ce n’est cependant que sa surface est devenue bourgeonnée , saignante , tomenteuse , et que j’ai dû lui appliquer trois fois le caustique (, nitrate oxide de mercure') pour en avoir raison.

Les ulcérés rongeans simples de la matrice ont un caractère de gravité qui se trouve modifié, i° par l’étendue de l’ulcération ; 2° par l’âge de la malade. Ceux qui se développent à l’époque critique ont pîus de tendance à désorganiser l’utérus et à se transformer en cancers confirmés , que ceux qui attaquent les jeunes femmes.

Au reste, leur traitement est le même que celui des ulcères simples j mais ici l’on doit être plus rigoureux sur l’emploi des moyens qui le composent. C’est surtout dans ces ulcères , qu’après avoir détruit ou amorti les phénomènes phlegmasiques qui les accompagnent , on retire des effets avantageux des chlorures de soude et de chaux , administrés en injections. Pour rendre l’action de ces médicamens plus soutenue, on pourrait introduire dans le vagin des bourdonnets de charpie, imbibés des mêmes solutions, et que l’on maintiendrait en contact avec la partie ulcérée , mais il ne faudrait pas les laisser à demeure plus de deux on trois heures.

Si l’ulcère chancreux, soit idiopathique , soit syphilitique , résiste à l’emploi successif ou simultané de ces moyens de traitemeut, il reste encore une ressource, la cautérisation, qui dans ce cas est facile, vu que le tissu de l’organe n’est pas en général profondément altéré ^ et efficace, parce que ces ulcères n’étant ordinairement pas dus à une cause interne , ou celle-ci ayant pu être détruite préalablement , l’organe a de la tendance à revenir à son état ordinaire après qu’on l’a débarrassé de cette phlegmasie ulcéreuse anormale.

Art. VI. Ulcères cancéreux.

Synonymie : Ulcère cancériforme ; ulcère cancroïde. — Noli me tangere.

On confond généralement les ulcérés cancéreux avec les cancers ulcérés , et cependant il y a entre eux des différences

ULCÉRATIONS DE LA MATRICE

remarquables qui, changeant leur prognostic, ont une grande influence sur leur traitement. Tandis que dans les cancers ulcères l'ulcération est secondaire , quelle n’arrive que consécutivement à des engorgemens squirreuX, encéphaloïdes ou sanguins , cas dans lesquels ils sont le plus ordinairement la conséquence du ramollissement , de l’abcédation ou*? de la désorganisation de ces altérations organiques , dans les ulcères cancéreux ou cancroïcles , au contraire , l’affection a commencé par rulcération , celle-ci est primitive , et ce n’est quelquefois qu’après avoir persisté pendant un certain temps à l’état de simplicité , que son fond s’indure et devient squirreux j ou bien il y a eu simultanéité de développement, l’ulcère ayant, dès son apparition, présenté un fond dur,? Ainsi , dans les premiers , l’ulcération a pour ainsi dire marché de l’intérieur du tissu à l’extérieur 5 elle se développe dans le sens contraire pour les ulcères cancéreux. Les ulcérations des cancers ulcérés sont en général profondes $ celles de l’ulcère cancéreux sont plus superficielles , plus rongeantes en largeur qu’en profondeur. Dans ceux-ci, qui ont la plus grande analogie avec le noli me tangere de la peau, on trouve une surface inégale, plus ou moins anfractueuse, sillonnée, laissant suinter d’abord à peine une matière sérosanieuse dont l’odeur spécifique s’attache au doigt explorateur, et divulgue la nature de l’ulcération qui la produit. Sa couche indurée ou squirreuse ne s’étend pas bien profondément , et c’est à cette espèce de cancer que se rapporte cette autre remarque d’anatomie pathologique de Bayle (1), savoir, que le tissu de la matrice est presque toujours sain à deux ou trois lignes au-delà de l’ulcère cancéreux , disposition précieuse , puisque d’une part elle permet d’atteindre facilement les limites de l’ulcération avec l’instrument tranchant ou le caustique, et que , d’autre part, elle doit rendre les récidives bien moins à craindre qu’à la suite de la destruction des cancers ulcérés, dont la base se jette inégalement à des profondeurs plus ou moins considérables.

(1) Traité des Maladies cancéreuses .

ULCÈRES CANCÉREUX OU CÀNCROlDES.

Comme l’engorgement qui sert de fond à F ulcère cancéreux paraît lié à l'existence meme de l’ulcération; que, selon notre conviction , cette base ne prend parfois le caractère squirreux que consécutivement et comme accidentellement, il en résulte que si l’on parvient à modifier la surface ulcérée de manière à la mettre dans des conditions favorables à la cicatrisation, on voit l'engorgement disparaître en meme temps, et par cela seul que l’ulcère a changé de nature.

IN’est-ce point ainsi qu’ont agi les traitemens locaux, les médications topiques, dont l’efficacité est attestée par des faits plus ou moins nombreux, dans des cas considérés par leurs auteurs comme des cancers ulcérés, mais qui n’étaient probablement que des ulcères cancéreux?

Le Journal clés Progrès de la Médecine donne , d’après le docteur Brimi, sous le nom de cancer de l'utérus , une observation d’ulcère cancéreux qui a été guéri au moyen des injections faites avec de l’acide bydrocyanique étendu. La promptitude avec laquelle s’opéra la guérison ne permet pas de douter que ce prétendu cancer n’était qu’un ulcère de l'espèce qui nous occupe , un ulcère à base carcinomateuse ou squirreuse , consécutive. On pourrait en dire autant des cancers dont on proclame avoir obtenu une guérison prompte et facile, au moyen des injections simplement aqueuses et froides ou faites avec des solutions de chlorure de soude ou de chaux , ou simplement avec des substances émollientes , calmantes ou sédatives , ou encore sous l'influence de modificateurs locaux et agissant superficiellement , tels que la créosote, la suie. M. Blaucl ( Revue médicale, juin i834) nous fournit un exemple très-curieux des résultats produits par cette dernière substance.

124e OBS. Ulcère cancéreux de V utérus, Cicatrisation prompte de V ulcération sous V influence de la décoction de suie employée en injections et en pommade . — Marie Bernard , âgée de soixante- quatre ans, perd ses règles à cinquante ans; deux ans plus tard, elle éprouve un sentiment de pesanteur dans les voies génitales , auquel se joignit bientôt une leucorrhée intermittente irrégulière. D'abord la santé

Ulcérations de la matrice.

generale ne fut point troublée, et la matrice ne parut pas altérée ; mais à la fin la malade ressentit des douleurs lancinantes, surtout à Taine gauche, s’étendant au membre correspondant, et de la difficulté dans les excrétions urinaires et stercorales. L’écoulement devient continuel , ichoreux , sanguinolent , fétide. Elle éprouve une sensation d’un froid glacial dans les lombes. Son sommeil est nul , son appétit diminue, elle maigrit et s’affaiblit.

Le 21 décembre 1 835 M. Blaud découvre par le toucher une large ulcération à la région qu’occupe le col de l’utérus , qui a le volume d une pomme de reinette , est bosselé et dur ; cet ulcère a trois pouces dans son plus grand diamètre, et. deux pouces dans son plus petit ; ses bords sontinégaux, durs, renversés en dehors, et divisés en plusieurs lobes par des fissures profondes. Un des lobes , situé à gauche , plus volumineux que les autres, forme une espèce d’anse, et se continue avec le reste du corps de la matrice. Sous l’influence des traitemens ordinaires, de l’aconit, de la ciguë, le mal ne fît qu’empirer. Le ii mars, M. Blaud commença le traitement par la suie. Quatre fois par jour on injecta d’une décoction de deux fortes poignées de suie dans une livre d’eau (bouillie une demi-heure et passée avec pression, administrée tiède).

Le 22, l’ulcère avait perdu de son étendue; on joignit aux injections l’application de pommade de suie (parties égales de suie etd’axonge).

Le 26 , l’ulcération était réduite au quart de sa surface primitive. Ses bords étaient affaissés , moins durs, plus égaux et le volume de la tumeur était moindre. Les fissures avaient disparu, les douleurs avaient cessé, rémission des selles et des urines était plus facile, le sommeil revenait.

M. Blaud remplaça les injections par un arrosement continu de la même décoction de suie , au moyen d’un entonnoir à bout recourbé (espèce de clysoir. )

Le 10 avril, l’ulcération n’est plus sensible. L’utérus, dont l’engorgement a beaucoup diminué, est très-élevé, il est encore dur et squirreux. Cependant le 10 mai suivant cet

UJLGÈRES CANCÉREUX OU CANCROÏDES.

organe avait reprit sa souplesse et sa consistance normales a Seulement le col n’existe plus, il a été détruit par l’affection cancéreuse ainsi qu’une partie considérable du segment correspondant de la matrice. La cicatrice s’offre au toucher sous la forme d’une bourse globuleuse, fermée par un cordon.

Ainsi donc c’est à tort que les praticiens et les écrivains confondent, sous le nom de cancers utérins , les ulcères cancéreux avec les cancers ulcérés $ l’on doit rapporter aux premiers seulement les cas dans lesquels ils ont obtenu une guévison aussi prompte que facile, par le seul emploi de modificateurs locaux et sans destruction des parties malades. On conçoit la résolution prompte d’un engorgement par la destruction ou la. modification de la cause locale qui en a provoqué le développement. On ne conçoit pas la disparition aussi rapide d’une ulcération dans les cancers squirreux ou cérébriformes ulcérés; quelles que soient les vertus des substances présentées à la surface de l’ ulcère que ces altérations profondes ont produites, aucune n’aurait la vertu de résoudre ainsi ces engorgemens , cpii sont la base de l’altération et qui la constituent essentiellement.

Au reste, ces deux états morbides sont très-faciles à confondre quant à leur diagnostic respectif, puisque dans tous deux il y a ulcération à base dure ; mais en général les ulcères cancéreux sont plus larges que profonds , et dans la plupart des cas l’épaisseur peu considérable de leur base n’est pas en rapport avec leur étendue. Il faut donc tenir compte, pour établir le diagnostic, d’abord de l’origine et du mode de développement de F ulcère, et ensuite de la profondeur ou de l’épaisseur de l’engorgement sur lequel il repose.

Lorsque l’affection est ancienne ou a marché rapidement, l’extension de l’engorgement, les ravages de l'ulcération, la rapprochent des cancers ulcérés, dont elle ne peut plus se distinguer et dont elle partage d’ailleurs alors le prognostic grave.

Traitement de Y ulcère cancéreux . — - L’engorgement des ulcères cancéreux étant souvent, dans le principe, de nature phlegmasique avec induration , le traitement antiphlo-

ULCÉRATIONS DE LA MATRICE

gistique local doit encore trouver ici une heureuse application ; c’est dans ces cas que Ton devra espérer du. succès de l’apposition immédiate des sangsues sur les bords ou même à la surface de l’ulcère , en même temps que l’on fera concourir les autres moyens que nous avons indiqués à l’occasion du traitement, soit des engorgemens simples , soit des ulcères sans engorgement, et notamment des topiques modificateurs , tels que la créosote, les eaux chlorurées, etc.

Ce ne sera qu’après que l’on aura essayé de ces moyens sans en avoir obtenu le succès complet, que l’on se décidera à séquestrer la partie malade avec l’instrument tranchant , ou mieux encore par le caustique avec lequel on peut facilement et plus exactement, dans ces cas , atteindre les limites de îa maladie.

J’avais eu plusieurs fois l’occasion d’observer des ulcères utérins offrant les caractères de ceux dont il est présentement question ; mais les considérant comme au-dessus des ressources de l’art, ou inaccessibles, par leur situation , aux moyens destructeurs , je ne leur opposai que les moyens palliatifs alors employés contre les affections cancéreuses en général; mais depuis que j’ai été mieux éclairé par Inobservation et la méditation des faits, j’ai vu un cas analogue, et j’ai pu en obtenir la guérison , résultat qui est venu confirmer les idées que j’avais acquises sur ce genre de cancer.

125e OBS. Ulcéré cancéreux de la lèvre antérieure du col de ï utérus , s3 étendant dans V intérieur de la cavité. — Traite mens variés sans succès. — Cautérisation. — Guérison. — Mme T***, âgée de trente-huit ans, ayant autrefois étudié pour être sage-femme, avait éprouvé, même avant son veuvage, des symptômes qui lui firent craindre une maladie grave de la matrice. Le sang reparaissait fréquemment dans les intervalles menstruels; elle avait un écoulement jaune, roussâtre ; elle éprouvait des douleurs lancinantes dans la région sacro-coccygienne. Elle se toucha elle-même, trouva sa matrice basse, son col inégal, douloureux, saignant, engorgé. Elle se négligea cependant , d’après la persuasion qu’il îffy avait point de guérison contre un cancer utérin , ce dont elle

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