ULCÈRES CANCÉREUX OU CÀNCROÏDES
croyait être affectée. Après la mort de son mari , voyant les accidens augmenter et ses forces dépérir de jour en jour, elle me consulta (i855). Je constatai ce quelle avait trouvé elle-même. La lèvre antérieure du col utérin était rongée , de manière que la postérieure la dépassait de deux lignes environ, par un ulcère à bords anfractueux , à fond grisâtre et verdâtre, rendu inégal par de petits mamelons d’un rouge-brun qui s’en élevaient. Cet ulcère pénétrait jusque dans le col. Toute cette partie était engorgée , mais la lèvre ulcérée présentait seule une dureté squirreuse qui allait en s’amoindrissant à peu de profondeur 5 l’engorgement de la lèvre postérieure était plus élastique. Le toucher fut très-douloureux et excita un écoulement de sang. Il y avait quelques plaques érythémateuses à la surface interne du vagin, et des rougeurs aux grandes lèvres et à la face interne des cuisses , là où la matière de l’écoulement habituel se mettait en contact. Je soupçonnai d'abord la nature vénérienne de cet ulcère. Ayant en effet plusieurs fois traité le mari pour des gonorrhées, je dus penser que cet ulcère était syphilitique. Un traitement antisyphilitique général et local , soutenu d’abord, puis varié, suspendu et repris, et continué pendant plus de trois mois , ne parut avoir d’autre influence que de maintenir l’altération dans un état à peu près stationnaire. Je crus dès lors devoir suspendre cette espèce de traitement , et je soumis la malade à des moyens hygiéniques propres à modifier favorablement son état général , qui était profondément altéré. ( Prescription : Régime substantiel , séjour à la campagne , entretenir deux cautères cpie j’avais fait appliquer à la région lombaire. ) Après six semaines , les forces se ranimèrent, mais Taffection utérine ne changeait pas; seulement elle restait limitée; le peu d’épaisseur de l’induration la rendait accessible aux moyens de destruction. Devais -je pratiquer l’amputation du col, ou donner la préférence à la cautérisation? Je me décidai pour cette dernière, dans l’espoir de ménager la lèvre postérieure, dont l’engorgement ne me paraissait que l’effet consécutif, et portait le caractère congestif, La première application de pierre
à cautère , faite largement et profondément , fut très-douloureuse. Des signes de métrite s’ensuivirent • je les combattis avec rapidité et succès. Huit jours après, l'ensemble du col n’était pas plus tuméfié qu’avant la cautérisation 5 l’ulcère , qui paraissait plus large et plus profond, était moins grisâtre, moins saignant. Il me sembla que la dureté de sa base était plus élastique. Seconde cautérisation avec le nitrate acide de mercure. Dès la quatrième cautérisation ( 24e jour), la surface de l’ulcère était rouge, granulée, ses bords assouplis. ( Injections chlorurées.) Le 58e jour, l’ulcère a beaucoup diminué d'étendue, mais il a repris à sa partie interne une teinte grisâtre, et paraît là se creuser. Je pense que l’ulcération s’étendant à la surface interne du col utérin, la portion non atteinte par le caustique a persévéré, et qu’elle tend à envahir de nouveau la portion apparente. Il fallait la cautériser sans endommager l’autre lèvre. J’introduisis dans l’orifice utérin une tige de baleine large d’une ligne et demie, aplatie et légèrement creusée en gouttière. Elle me servit à écarter la lèvre postérieure et à la défendre du contact du crayon de nitrate d’argent , que je portai jusqu’aux limites présumables de l’ulcère , et ne retirai la baleine qu’après avoir répété plusieurs injections 3 je la remplaçai par une petite mèche de charpie. Cette cautérisation , plus douloureuse que celles faites avec le nitrate acide de mercure, le fut cependant beaucoup moins que la première fois. Elle ne produisit qu’un léger suintement de sang. Les injections, les cataplasmes, les bains prolongés prévinrent les symptômes phlegmasiques. Deux autres cautérisations semblables furent faites à six jours d’intervalle. Après deux mois et demi et avoir pratiqué sept cautérisations , la guérison était complète. Le col utérin était encore tuméfié, mais élastique. Il paraissait comme taillé en biseau d’avant en arrière , et la place de l’ulcère n’était reconnaissable qu’à la dépression de la lèvre qui en avait été le siège , à son aspect lisse , à sa couleur bleuâtre et comme nacrée. Maintenant à la tête d’une institution de demoiselles , cette dame a recouvré son ancien état satisfaisant de force et de santé.
Art. VII. Cancers ulcérés.
Dans cette espèce , les ulcères ne viennent que consécutivement à l’engorgement squirreux ou cérébriforme , ou au troisième degré de l’engorgement sanguin de l’utérus.
Le diagnostic de ces ulcères est très facile* nous y reviendrons à l’article suivant, que nous consacrerons à l'histoire des affections cancéreuses de la matrice ; considérées d'une manière générale.