‹ Maladies de la matriceChapitre 57 sur 86 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des affections cancéreuses de la matrice.

Le cancer! À ce nom, mille idées confuses se présentent à quiconque cherche à en fixer l’application. Rien des siècles se sont passés depuis qu’on l’a créé, bien des hommes se sont attachés^ en préciser la signification. Qu’a-t-on résolu? Nombre d’auteurs l’ont défini , tous Font fait d’une manière différente • aucune de ces définitions n’est complètement satisfaisante, sans en excepter les plus récentes , elles aussi, empreintes du même vague, de la même incertitude. C’est qu’en effet il est difficile, eu pour mieux dire impossible, de soumettre au même niveau cette fouie d’affections diverses d’origine, de composition , démarché, d’aspect que l’on a rapportéesau nom cancer. Demande-t-on à l’anatomie pathologique des bases analogiques , elle montre comme élémens spéciaux dans les unes des productions squirreuses, dans d’autres la matière encéphaloïde , chez d’autres un mélange d’induration, de ramollissement , d’exubérance cellulo-vasculaire formant une carcinome ou sarcome qui ne présente pas toujours des traces évidentes de squirre ou de matière encéphaloïde, etc. Prendon pour point de comparaison la marche de l'altération, ici elle est rapide, aigue et incessamment désorganisante j là elle paraîtra chronique ou stationnaire, tant ses progrès sont lents.

cancers de la matrice.

La communauté d’origine est la condition de toute communauté de nature. Or,, rien de plus varié que la nature des altérations susceptibles de devenir la souche d’affections cancéreuses. Tantôt la maladie a débuté par une sorte de ganglion indolent plus ou moins douloureux , tantôt elle est le résultat des progrès d’une ulcération simple à base plus ou moins indurée. Dans certains cas , un engorgement présentant tous les caractères phlegmasiques ou simplement congestifs ou d’hypertrophie, ne prend que consécutivement les insignes cancéreux (métrite granulée, cancers sanguins, engorgemens fibreux). 11 n’est pas jusqu’aux exubérances, aux végétations, qui ne servent de germe ou de cause, soit que l’altération commence dans leur propre tissu , soit qu’ils la développent dans celui d’où elles s’élèvent. Ou a vu des polypes devenir cancéreux, des fongus frappés à leur périphérie d’ulcères prenant un mauvais caractère, ou être suivis de désordres plus profonds qui gagnaient l’utérus.

Différentes quant à leur origine, quant à leur nature, quant à leur marche, les affections imputées au cancer ne le sont pas moins quant à leur forme. Quelle analogie établir entre ces ulcérations détruisant dans leur marche plus ou moins rapidement envahissante jusqu’aux traces de l’organe (ulcères cancéreux) , et ces masses qui augmentent sans terme le volume des parties (cancers squirreux , tubéreux, carcinomateux)? Combien ne diffèrent pas de ceux-là les champignons cancéreux , et dans lesquels, par conséquent, l’organe n’est ni détruit, comme dans les ulcères cancéreux, ni hypertrophié, comme dans les cancers squirreux, tandis qu’eux consistent dans une exubérance anormale de tissus surajoutes !

Enfin il n’est pas jusqu'aux résultats des traitemens qui ne sont pas uniformes pour tous les cancers. De là la division qu’on en a faite, pour sauver ces disparates, en cancers réellement cancéreux et en affections cancérifonnes ou cancroïdes, c’est-à-dire cancers non cancéreux. On ne peut donc admettre le cancer comme un état pathologique uniforme. Ou bien ce mot s’applique à des affections de nature différente, ou bien le cancer ne constitue pas une maladie toujours identique,

CANCERS HYPERSARCOSÏQUES.

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Dans tous le cas, il faut en reconnaître plusieurs espèces, parmi lesquelles il en est qui sont essentiellement propres à l’utérus, par exemple le cancer mou ou sanguin , dont le premier nous avons donné une histoire exacte, et qu’il ne faut pas confondre avec le cancer fongueux des auteurs, qui par-là désignent tantôt une exubérance , tantôt le squirre brun ramolli.

On a condamné la division du cancer en plusieurs espèces que nous avions établies , en prétendant que tous ces cancers procédaient de la même source, avaient la même origine, n’étaient que les résultats d’une seule et même affection, et que conséquemment ils ne constituaient qu’une même maladie offrant seulement des variétés relatives à ses périodes : on ne pouvait émettre une opinion plus erronée.

Loin que les affections cancéreuses procèdent d’une même source et ne diffèrent que par leurs résultats , c’est l’inverse qu’il faut établir. Combien ne diffèrent pas entre elles les altérations par où elles débutent ou auxquelles elles succèdent, ainsi que nous l’avons dit et démontré dans les chapitres précédées! Loin donc que ces affections primitives soient des formes variées et subséquentes d’une même altération, quelles aient une origine commune, c’est par leur terminaison au contraire qu elle prennent parfois des caractères communs qui constituent essentiellement le cancer. Ainsi un cancer squirreux , un cancer carcinomateux , un cancer sanguin, un cancer fongueux, un ulcère cancéreux, qui jusque là offrent des différences fondamentales, peuvent se terminer en cancer ulcéré à symptômes identiques.

Les fausses idées proclamées sur le cancer ne proviendraientelles pas de ce que l’on n’a eu en vue, pour base de définition, d’application et de description , que les cancers communs aux mamelles ou à toutes les régions du corps? On n’a pas assez remarqué que parmi les altérations désorganisatrices et cancéreuses de l’utérus , il en est qui sont propres à cet organe, conséquence des caractères d’organisation, de vitalité et de fonctions particulières à ce viscère , et qui le rendent si remarquable entre tous les autres.

Les maladies cancéreuses (et non pas le cancer) de l’utérus ,

procédant, pour la plupart, des altérations organiques simples dont nous avons détaillé l’histoire, se présentent donc comme elles sous les trois états ou formes, i° d’exubérance ne produisant qu’une espèce principale, cancer fongueux ou liypersarcosique; 2° d’engorgemens comprenant deux espèces, le cancer sanguin ou mou et le cancer squirreux ; 5° ou d’ulcération formant une seule espèce, le cancer ulcéreux, qui tantôt est primitif, mais non moins souvent le dernier terme de l’ ulcère cancéreux ou carcinomateux ou rongeant , ou des espèces précédentes.

En traitant des altérations organiques simples de l’utérus , j’ai du montrer par quelle marche, par quel mode de transition elles passaient à l’état d'altération profonde, envahissante ou désorganisatrice qui constitue ces cancers.

Je ne pouvais donc séparer l’histoire de ces cancers des affections simples dont ils sont les derniers termes ; aussi ne me reste-t-il plus qu’à en tracer les caractères spéciaux propres à établir leur diagnostic individuel et à faire ressortir leurs différences respectives et réciproques. Je réserverai pour un dernier article l’histoire particulière du cancer ulcéré , qui tantôt est primitif, tantôt procède des genres ou espèces qui suivent.

premier genre. — Cancer hypersarcosique .

Synonymie : Cancer fongueux , cancer mural ou granulé , cancer pédicule , etc. Chou-fleur cancéreux , hémaiodé (Hooper).

Caractères. — Tumeur s’épanouissant en champignon à la surface du col, qui représente un pédicule ou excroissance tenant à cette partie par un pédicule réel plus ou moins épais : surface ordinairement lobulée et comme granulée j consistance tantôt molle (fongus), tantôt assez ferme (champignon carcinomateux ) couleur rouge brunâtre ou violacée -, production d’un fluide roussâtre, séreux ou puriforme , ou filandreux , ou de sang noir. Ici l’hémorragie peut être continuelle , comme dans l’engorgement par congestion sanguine , mais elle a plus rarement le caractère de perte que dans cette dernière altération. On remarquera, au reste, que

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