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DE LA COMPRESSION LENTE DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

Les causes les plus fréquentes de la compression lente de la moelle épiuière proviennent le plus communément des altérations des os qui composent le rachis: tantôt le canal vertébral est rétréci par une exostose, soit du corps, soit des lames d'une ou de plusieurs vertèbres : tantôt le gonflement de la to-

talité du corps et des lames produit un rétrécissement circulaire, un étranglement de la cavité rachidienne : ce rétrécissement peut être assez étendu. Portai en cite plusieurs cas : dans l'un de ces exemples, le rétrécissement vertébral occupait la longueur des trois premières vertèbres lombaires. Il a encore trouvé le canal vertébral réduit à la moitié de son diamètre ordinaire dans l'étendue des deux vertèbres dorsales inférieures, chez un homme affecté d'ancienne syphilis. Quelquefois le canal n'est aussi rétréci que dans un point, par le gonflement isolé des lames d'une seule vertèbre; l'altération est alors plus souvent dépendante d'une diathèse rachitique. En voici un exemple recueilli par Olivier, d'Angers.

Un infirme de soixante ans, haut de 4 pieds, rachitique, marchait toujours avec des béquilles à cause de la courbure et de la contorsion de ses extrémités inférieures; admisàBicêtre, il ressentit au bout de plusieurs mois une douleur profonde et continuelle vers la partie moyenne et postérieure de la tête et le long du cou : cette douleur augmenta graduellement ; un an après, il s'aperçut qu'il existait une tumeur saillante près la nuque et que sa tête se penchait en avant : la peau du cou et la partie supérieure du thorax étaient le siège d'un engourdissement continuel, accompagné de démangeaisons excessives; un an plus tard, les membres supérieurs perdirent de leur force, ainsi que les membres inférieurs ; enfin la paralysie devint complète dans ces parties; il succomba à de larges escarres gangreneuses. A l'autopsie, on trouva un gonflement apophysaire et des lames de la deuxième vertèbre cer-

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vicale, dont la saillie était aussi prononcée dans le canal vertébral qu'à l'extérieur ; les deux premières vertèbres lombaires étaient ramollies, et leurs cartilages articulaires détruits en partie; il y avait une once environ de sérosité dans la cavité des méninges rachidiennes ; dans le point correspondant au gonflement de la deuxième vertèbre, la dure-mère présentait des rugosités osseuses; dans la région lombaire, la dure-mère était changée en une dégénérescence comme encéphaloïde, de couleur jaune, semblable au tissu des grosses artères. Vis-à-vis la deuxième vertèbre cervicale, on voyait sur la moelle épinièreune dépression demi-circulaire ; la substance y était molle sans être désorganisée ; au niveau de la sixième vertèbre cervicale, les substances médullaires blanche et grise offraient un ramollissement analogue au premier, et qui s'étendait jusqu'à la deuxième dorsale ; il existait un troisième ramollissement semblable depuis la septième vertèbre dorsale jusqu'au renflement lombaire.

Cette observation offre plusieurs particularités qu'il faut noter : on voit d'abord que les divers points ramollis correspondent aux parties qui ont été le siège du fourmillement douloureux et de la paralysie qui lui a succédé; et Olivier remarque que la moelle épinière était intacte juste dans le point correspondant oli, pendant la vie, la peau avait conservé sa sensibilité : ensuite on voit encore que les faisceaux postérieurs, par leur altération, ont causé la perte de sensibilité à laquelle n'a succédé que beaucoup plus tard l'anéantissement du mouvement.

Les exemples de compression lente de la moelle

épinière à la suite de la carie des vertèbres sont fréquents : cette compression ne commence que lorsque la gibbosité est très-marquée, et elle augmente à mesure que cette dernière se prononce davantage. Cependant il peut se former une saillie très-prononcée d'une ou de plusieurs vertèbres, sans que la moelle soit comprimée, mais alors la difformité extérieure consiste dans un gonflement ou toute autre altération des lames et de l'apophyse épineuse de la vertèbre, sans chevauchement de son corps sur celui de la vertèbre voisine; de sorte que le canal vertébral conserve ses dimensions naturelles. Quelquefois un mouvement brusque du malade, ou un effort, détermine un déplacement subit des os cariés, qui produit alors tous les effets de la compression rapide, sans qu'avant ce déplacement l'on ait observé de lésion notable dans le sentiment ou dans le mouvement • disons aussi qu'il arrive que le malade ressentait vaguement de la douleur ou de l'engourdissement dans les membres, avec une gêne plus ou moins prononcée dans les mouvements ; c'est le cas le plus ordinaire.

Un garçon de vingt-deus ans, enfermé dans les prisons deBicêtre, était connu pour se livrer aux plus dégoûtantes manœuvres avec les autres détenus ; il est pris d'une douleur violente à la partie postérieure du cou; léger gonflement et pression douloureuse au niveau des première et deuxième vertèbres cervicales; la tête est penchée sur l'épaule gauche ; les membres sont engourdis, la déglutition est difficile. Au bout de six mois, paralysie des bras, ensuite des jambes : le malade meurt subitement dans un mouvement imprimé à la tête,

A l'autopsie, on trouve que les parties molles de la région postérieure du col sont dégénérées en une substance lardacée, blanchâtre; le condyle droit de l'occipital est carié ; la masse droite de la première vertèbre et l'apophyse odontoïde sont aussi cariées; le prolongement rachidien présente un étranglement et une compression à la partie postérieure et gauche du rebord du truu occipital : cet os était luxé sur la première vertèbre.

La compression exercée dès le principe sur la moelle épinière, dans ce cas, produit les premiers phénomènes d'engourdissement, et, à mesure que la compression devient plus forte, le mouvement paraît devenir aussi plus difficile, et la mort arrive par la luxation spontanée de l'occipital : il est remarquable que la moelle ait conservé ses principales fonctions dans sa portion inférieure pendant la compression exercée si longtemps, mais à un faible degré, sur sa portion supérieure.

Ce fait est analogue à celui rapporté par Schupke ; l'altération occupait le condyle droit de l'occipital, ainsi que la surface articulaire corrrespondante de l'atlas ; la paralysie qui d'abord avait frappé le bras droit, s'étendit ensuite au bras gauche, et le malade mourut subitement à la suite de la luxation.

Ces divers exemples ne laissent pas à douter de la cause qui détermine ainsi brusquement la mort; elle provient de la compression instantanée de la moelle, au moment du déplacement des os cariés.

M. Sédillot a publié, en 1833, dans la Gazette médicale, un exemple de luxation de l'atlas sur l'axis, déterminée par une secousse brusque imprimée à la tête, et qui causa la mort subitement.

On conçoit d'après ces faits que la luxation des premières vertèbres cervicales, causée par leur carie ou par la destruction de leurs ligaments, détermine ordinairement une lésion profonde dans le mouvement et dans la sensibilité, dès que la compression de la moelle commence à s'opérer. On a vu bien rarement la luxation spontanée des deux premières vertèbres ne pas produire de symtôme grave ; cela n'a pu arriver que lorsque la compression s'opérait lentement, ou que le malade avait pu se tenir longtemps immobile. Rust rapporte plusieurs exemples de la luxation de ces deux vertèbres, guérie par les seuls efforts de la nature.

Quand on n'observe pas de paralysie à la suite de ce genre de luxation, malgré la déformation du col, on doit présumer que ce déplacement progressif de l'atlas sur l'axis s'est effectué sans que la moelle épinière ait été comprimée. C'est ce qu'Olivier a pu constater une fois sur le cadavre ; l'altération consistait en une carie de l'apophyse odontoïde de la seconde vertèbre avec destruction de ses ligaments, qui avait déterminé une luxation incomplète de la première vertèbre sur la seconde ; il n'existait aucune compression de la moelle épinière.

On possède aujourd'hui dans la science un assez grand nombre d'exemples de luxation spontanée des articulations occipito-vertébrales ; mais ce travail s'opère toujours avec une lenteur telle qu'il n'en résulte dans les premiers temps aucun symptôme souvent appréciable, ou tellement vague que le diagnostic en est fort obscur. Lorsque les deux premières vertèbres cervicales éprouvent ainsi peu à

peu un déplacement même étendu dans leurs articulations, sans que les surfaces articulaires ou le corps des vertèbres soient cariés, la moelle épinière s'habitue en quelque sorte, dans ce chevauchement progressif, à une compression dont les progrès sont insensibles : il en résulte l'absence de troubles fonctionnels graves, quoique la dépression du bulbe rachidien puisse être considérable.

Duverney en rapporte un exemple curieux : il s'agit d'une tête, avec laquelle les six premières vertèbres cervicales ne faisaient qu'une continuité, étant toutes ossifiées ensemble. Le corps de la première vertèbre était poussé en avant ; il laissait deux ouvertures. La seconde vertèbre se jetait en arrière avec l'apophyse odontoïde, en sorte que l'articulation de cette apophyse avec la première vertèbre n'avait plus lieu, étant éloignée de l'entrée du canal; d'où l'on peut conclure que du vivant de cet homme la moelle avait été comprimée, puisque le diamètre du canal était diminué des deux tiers. Duverney présume que cette altération de toute la région cervicale sera survenue à la suite d'une pendaison momentanée, qui aura relâché les ligaments, et éloigné les ■ vertèbres les unes des autres.

On voit au muséum d'histoire naturelle une pièce dont parle Daubenton, et qui a beaucoup d'analogie avec la précédente : la seconde vertèbre du cou a été déplacée et poussée si loin en arrière, qu'il ne reste qu'un intervalle de trois lignes entre l'apophyse odontoïde et l'arc postérieur de l'atlas; cette vertèbre est en même temps inclinée à droite. On conçoit facilement le mécanisme d'une telle luxation; mais

quand le canal vertébral a été tellement rétréci, et la moelle épinière si fortement comprimée, il est surprenant que le malade ait pu vivre assez longtemps pour permettre à l'ankylose de se consolider. « J'ai vu, ajoute Daubenton, plusieurs pièces osseuses qui m'ont fait soupçonner que la première vertèbre avait été entièrement déplacée, sans que la mort s'en fût suivie. J'ai trouvé sur deux pièces cette première vertèbre ankylosée avec l'os occipital ; et le trou occipital, au lieu de répoudre au trou de la première vertèbre, était placé beaucoup plus postérieurement, et comme divisé en deux parties par la portion annulaire de la première vertèbre. Ces deux condyles de l'os occipital ne répondaient plus aux masses latérales de la première vertèbre, qui étaient soudées avec l'os occipital par une double ankylose. »

Riolan rapporte qu'il a observé des squelettes fort vieux, sur lesquels le canal vertébral avait perdu dans certains endroits une partie de sa cavité ; qu'il a également préparé plusieurs squelettes rachitiques, et qu'il a trouvé dans quelques-uns la figure du canal si changée, et la moelle de l'épine tellement comprimée dans les liens~ du rétrécissement, qu'il était très-difficile de comprendre comment ces individus avaient pu vivre si longtemps avec de telles difformités.

On ne peut expliquer en effet la persistance de la vie, que parce que le déplacement des os s'opère lentement, comme nous l'avons dit, et que, par cette espèce d'habitude, la moelle épinière parvient à conserver l'intégrité de ses fonctions. M. Jules Cloquet en a observé un exemple intéressant. C'était une an-

kylose de la seconde vertèbre cervicale avec l'occipitale, chez une femme de trente-huit ans, qui avait été attaquée, six à sept ans avant sa mort, d'une douleur dans la région postérieure du cou, avec renversement de la tète en arrière et impossibilité d'exécuter les mouvements de rotation dans cette région; on voyait sur la pièce anatomique, que la première vertèbre avait été détruite, de manière que la seconde avait pu remonter au-dessus, et se souder à l'occipital : l'apophyse odontoïde entrait dans le grand trou occipital, dont elle rétrécissait le diamètre ; elle comprimait fortement l'origine de la moelle épinière ; et cependant, pendant la vie, il n'y avait existé que des symptômes obscurs d'une lésion du sj'stème nerveux.

Les déplacements de l'occipital sur l'atlas, et de cette vertèbre sur l'axis, sans phénomènes extérieurs bien remarquables, ont été observés déjà en assez grand nombre de fois, comme le prouvent les exemples que nous venons de rapporter. Boyer fait observer que l'articulation occipito-atloïdienne n'est presque jamais seule à subir des changements de rapports, et que presque toujours l'articulation atloaxoïdienne et les ligaments occipito-odoutoïdiens ont éprouvé des altérations plus ou moins anciennes. La déviation des surfaces articulaires peut être causée aussi par des exostoses développées sur l'os occipital près de ses condyles articulaires.

Lorsque le rétrécissement du canal vertébral est produit par une conformation vicieuse dès les premiers temps de la vie, alors la moelle épinière se moule pour ainsi dire dans sou développement sur la

cavité qui la renferme, et c'est dans ce cas surtout qu'on peut très-bien n'observer aucun des symptômes de compression de cet organe. C'est ainsi que chez un soldat âgé de vingt-deux ans, mort à la suite d'une petite vérole confluente, Olivier, d'Angers, trouva sur le cadavre un rétrécissement irrégulier du trou occipital, dont la forme était analogue à celle d'un croissant: cette configuration particulière provenait de ce que le condyle du côté droit, au lieu d'être obliquement placé d'avant en arrière sur les côtés du trou, était dirigé transversalement, de ma • nière que son axe se trouvait perpendiculaire à celui du condyle du côté opposé : son grand diamètre était le même que celui de ce dernier, et il faisait saillie de la moitié de sa longueur du côté du trou occipital. Ce condyle, au lieu d'être convexe, était concave, et l'apophyse articulaire correspondante de l'atlas était convexe, de sorte que la diminution de capacité du canal résultait seulement de la saillie intérieure du condyle droit de l'occipital... L'individu jouissait de la plénitude de tous ses mouvements.

Dans les cas assez fréquents ou la carie a envahi les vertèbres cervicales placées au-dessous des deux premières, la mort n'est pas aussi subite quand les os viennent à se déplacer, parce que les mouvements de la respiration peuvent encore continuer quelque temps. Dupuytren en a vu un singulier exemple.

Une femme de trente-cinq ans entra à l'Hôtel- Dieu, se plaignant d'une forte douleur au côté gauche du cou, avec immobilité de cette partie ; ces douleurs existaient depuis six mois, et étaient plus

fortes la nuit que le jour; les renseignements ayant appris, de plus, que cette femme avait été infectée plusieurs fois du virus vénérien, elle fut soumise à un traitement régulier. Cependant on remarqua tout d'un coup de la douleur et de la roideur dans les deux bras : ils sont paralysés ; la sensibilité y est éteinte ; la respiration devient pénible ; le soir la malade expire. A l'autopsie, Dupuytren peut observer que le corps de la troisième vertèbre cervicale était presque entièrement détruit par la carie et réduit à la grosseur d'une fève ; que le corps de la quatrième vertèbre était rugueux, séparé de la troisième, et que le ligament intervertébral était détruit; devant le corps de la quatrième vertèbre cervicale, il y avait une tumeur aplatie, fibreuse; la moelle épinière était ramollie au niveau de la troisième et de la quatrième vertèbre cervicale.

Dans les courbures de la colonne vertébrale chez les racbitiques, la moelle épinière est rarement comprimée, parce qu'elle suit le mouvement de courbure que subit lentement l'axe osseux. Les courbures latérales du rachis seulement peuvent déterminer un changement remarquable dans les trous de conjugaison ; alors les nerfs racliidiens présentent une différence de grosseur suivant le côté ou ils sortent, et suivant la hauteur de leur sortie; cette disproportion peut expliquer l'inégalité de force et de développement qu'on observe dans leurs membres.

Il arrive quelquefois, dans les affections scrofuleuses, que le gonflement des cartilages intervertébraux puisse déterminer la compression lente de

la moelle épinière : dans ce cas on rencontre dans la cavité rachidienne un bourrelet transversal, saillant, qui repousse le ligament vertébral commun postérieur, et au-dessous duquel la substance nerveuse est souvent ramollie.

Dans les divers exemples que nous avons rapportés on voit que la carie des vertèbres est ordinairement accompagnée d'un ramollissement plus ou moins étendu de la moelle dans le point correspondant, et d'après les symptômes manifestés pendant la vie, on peut juger que cette myélite est consécutive à l'altération même des os, et constitue cette carie scrofuleuse connue sous le nom de mal vertébral de Pott. Chez d'autres malades la compression exercée par le développement anormal des corps des vertèbres peut produire un aplatissement delamoelle sans désorganiser son tissu.C'est une déformation assez rare et dont M. Scoutetten a communiqué à Olivier, d'Angers, un cas que nous allons reproduire.

Un sergent âgé de quarante-huit ans entre au Val-de-Grâce le 18 avril 1821 pour y être traité d'une ascite qui s'était développée à la suite de l'impression longtemps prolongée d'un air froid et humide; quinze jours plus tard, le malade ressentit des douleurs dans les cuisses et dans les jambes, avec difficulté dans la marche ; bientôt il y eut paralysie des extrémités inférieures, mais intégrité dans les fonctions de la vessie et du rectum; l'ascite augmenta de volume ; l'infiltration gagna le scrotum et les cuisses. Cet état dura deux mois; il survint des excoriations, le ventre devint énorme, la respiration difficile, et le malade mourut sans avoir jamais

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accusé de douleur dans la région dorsale. Où trouva sur le cadavre, outre les épanchements abdominaux et thora chiques, une altération profonde de la douzième vertèbre dorsale ; la partie postérieure de son corps était réduite en une masse tuberculeuse, blanchâtre, caséiforme. La portion de la moelle épinière qui lui correspondait était tellement aplatie , qu'au premier aspect on pouvait croire qu'elle n'existait plus ; mais une dissection attentive fit voir que les membranes étaient intactes, et que la moelle était réduite à un ruban très-mince, pendant l'espace d'un pouce et demi ; au-dessus et au-dessous du point comprimé, le cordon rachidien reprenait son renflement, et le tissu nerveux ne paraissait aucunement altéré.

Il y a eu ici évidemment comme une atrophie de la moelle à la suite de la compression lente exercée sur elle par la tumeur, et le renflement bulbeux, observé au-dessus et au-dessous de l'atrophie, semble être le résultat du refoulement de la substance médullaire ; les deux portions reprennent ensuite leur yolume ordinaire.

Il peut arriver encore que la substance médullaire, après avoir été diffluente et ramollie, soit résorbée à la longue, et que les membranes restant intactes, elles seules servent ensuite à établir avec quelques nerfs rachidiens une communication entre la portion supérieure et la portion inférieure du cordon rachidien: il faut surtout alors que la pie-mère soit restée parfaitement intacte ; et dans ces cas on a vu la persistance du mouvement et du sentiment dans tous les membres.

Tous ces faits prouvent de plus en plus que les diverses portions de la moelle ont une activité spéciale, et que c'est surtout quand leur communication ne cesse pas tout à coup, comme dans une section de la moelle épinière, mais lorsque l'interruption ne s'opère que graduellement par l'efTet d'une lente destruction, que les fonctions départies à chacune de ces portions conservent leur influence et leur énergie habituelle ; et cette indépendance d'action est d'autant plus forte que l'individu est plus jeune.

Un enfant de neuf ans, offrant tous les caractères d'nne diathèse scrofuleuse, mourut dans un état de marasme complet : depuis longtemps il était afli"ecté d'une carie vertébrale, avec céphalalgie continuelle et intense; mais jusqu'à la fin le mouvement et la sensibilité avaient persisté dans ses membres. A l'autopsie, il fut constaté qu'il existait une interruption complète du cordon rachidien dejîuis la neuvième vertèbre dorsale jusqu'au commencement de la j)remière vertèbre lombaire, c'est à-dire dans une étendue de près de quatre pouces. Dans le point où la substance avait disparu, la triple enveloppe de la moelle épinière était aplatie d'avant en arrière et longitudinalement , mais sans offrir d'altération. Après avoir incisé la dure-mère, on vit que la partie supérieure à cette interruption présentait une terminaison bulbeuse et renflée ; la partie inférieure au contraire semblait comprimée d'avant en arrière ; sa consistance et sa couleur n'étaient nullement altérées. Cette portion inférieure de la moelle avait un pouce et demi de longueur environ. Elle ne

semblait pas diminuée de volume. La pie-mère qui établissait la continuation du cordon rachidien était aplatie longitudinalement; ses vaisseaux n'étaient pas injectés. On ne trouva aucune trace de substance médullaire dans sa cavité. Il y avait carie du corps des neuf premières vertèbres dorsales, et celui des trois dernières était détruit complètement et transformé en matière tuberculeuse ramollie. (Olivier, d'Angers.)

M. Bayle a rapporté dans la Revue médicale (année 1824) un autre exemple d'interruption de la moelle épinière, observée cbez un malade qui, bien que paralysé complètement de la sensibilité et du mouvement, éprouvait cependant des douleurs trèsvives, des élancements dans les membres inférieurs.

ALTÉRATIONS DE LA DUREMÈRE RACHIDIEMVE.

Outre les altérations du canal osseux qui peuvent produire la compression lente de la moelle épinière, il est des cas , beaucoup plus rares , oii l'altération réside dans les méninges seulement. Cependant il peut arriver qu'on trouve les méninges racbidiennes épaissies au point de déterminer une paraplégie, comme dans l'exemple suivant. Un jeune bomme de dix-liuit ans entre dans l'bôpital Saint-Antoine, pour cause de douleurs fixes dans les jambes ; il marchait difficilement. Bientôt les membres inférieurs furent paralysés, ainsi que la vessie et le rectum; il survint une diarrhée, avec formation d'escarres au sacrum ; il succomba dans le marasme. Le canal vertébral ayant été ouvert avec précaution,

on vit, en soulevant la moelle épinière, que sa face antérieure était couchée sur un lit de substance jaune concrète , dont on la détache facilement, excepté en bas, ou une petite portion de matière reste adhérente aux cordons lombaires. La couche de cette matière concrète fait saillie dans le canal ; elle est lisse, luisante ; la matière semble végéter sur la dure-mère. En examinant plus attentivement, on reconnaît que la dure-mère elle-même est dégénérée et disparaît à l'endroit où. commence la substance morbide. Les corps des cinq dernières vertèbres dorsales et des deux premières lombaires sont rugueux, percés de trous remplis de la même matière caséeuse ; au niveau de la dernière dorsale le ligament vertébral antérieur est détruit dans l'étendue d'un pouce. (Observation recueillie par M. Pétel.)

Une partie de l'altération avait son siège dans la portion la plus rétrécie du canal vertébral, comme le fait observer Oliviers, d'Angers, et c'est probablement à cette circonstance, suivant lui, qu'il faut attribuer une paralysie aussi complète avec une compression de la moelle en apparence si peu considérable. L'accroissement progressif de la paraplégie porte à penser que la dégénérescence tuberculeuse de la dure-mère s'est propagée de bas en haut, et Ton peut expliquer ainsi la marche des accidents jusqu'à la mort.

On a pensé que la dilatation anévrismale des artères qui avoisinent la moelle pouvait encore produire lentement sa compression. Morgagni a trouvé les petits rameaux qui naissent du tronc basilaire dilatés d'une manière remarquable. M. Serres a ob-

serve un exemple analogue d'anévrisme de l'artère basilaire, mais sans symptôme de compression de la moelle épinière. Une pareille cause doit être rare. En voici un exemple recueilli par M. Lebert :

Un homme, âgé de soixante-huit ans, avait éprouvé dix-huit années auparavant une perte subite de connaissance, avec paraplégie ; les mouvements revinrent lentement dans les membres; la tête resta lourde, et l'articulation des mots devint difficile. Peu apparents pendant les premières années, tous ces symptômes s'aggravèrent insensiblement; le malade fut forcé de rester au lit. Examine alors, il ne peut plus marcher ni se tenir debout ; la sensibilité générale est conservée ; les bras peuvent encore se mouvoir faiblement ; il y a imminence de suffocation. Un an plus tard, tous ces sj-mptômes s'aggravent; affaiblissement général; résolution des quatre membres; déjections involontaires, déglutition difficile ; dyspnée croissante jusqu'à la mort. A l'autopsie, on trouve une tumeur bleuâtre, ferme, inégale, mamelonnée à sa surface, ayant à peu près la forme et le volume d'un œuf de poule, existant au-devant de l'extrémité supérieure de la moelle, située entre l'arachnoïde et la pie-mère ; elle repose d'une part sur la gouttière basilaire, demeurée intacte, et de l'autre elle est en rapport avec la face antérieure du bulbe rachidien, qu'elle comprime fortement; elle se termine en bas par un léger renflement qui dépasse de quelques lignes le niveau du trou occipital. Sa base, dirigée en haut, se trouve à la réunion du bulbe avec la protubérance; elle détermine sur la partie interne et convexe de chaque

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lobe cérébelleux une dépression susceptible d'admettre un haricot. La couleur et la consistance du tissu nerveux ne sont pas changées ; la sixième paire de nerfs paraît avoir perdu le cinquième de son volume. L'extrémité supérieure de la moelle épinière, creusée en forme de gouttière, embrasse étroitement toute la partie correspondante de la tumeur ; elle offre de plus une teinte jaune et un ramollissement considérable, qui diminue à mesure que la tumeur devient moins volumineuse. On ne découvre pas de traces des éminences pyramidales, jusqu'à la partie supérieure du bulbe ; les éminences olivaires sont déjetées en dehors; les racines des nerfs hypoglosses sont en partie détruites ; celles des pneumo-gastriques et glosso-pharyngiens comprimées. La poche anévrismale, décrite ensuite avec beaucoup de soin par M. Lebert, est remplie par une masse fibrineuse, dense, homogène, qui y adhère faiblement ; elle en est séparée par une couche inégale de sang coagulé, d'une ligne et demie d'épaisseur.

On voit dans cette observation que la difficulté de la parole, de la déglutition, l'aphonie et la dyspnée sont produites par la compression des nerfs qui président à ces fonctions, et que le trouble des mouvements coïncide avec l'altération profonde et lente de la partie antérieure du bulbe rachidien ; il faut noter que sa partie postérieure est restée intacte, et que la sensibilité générale avait aussi conservé son intégrité ; qu'enfin la formation de l'anévrisme a probablement précédé la paralysie, dont l'apparition subite est due à un accroissement

également rapide de la tumeur, qui a rendu tout d'un coup plus considérable le degré de compression lente que le bulbe racbidien avait supportée jusque-là, sans qu'il survînt aucun symptôme.

Les causes de la compression lente de la moelle épinière peuvent, comme on peut le voir, être trèsvariées ; les plus fréquentes sont la formation d'un épanchement accidentel sanguin ou séreux, à l'extérieur ou dans l'intérieur des méninges rachidiennes ; la présence d'acéphalocystes, le développement de tubercules, ou de tout autre tissu accidentel, et la formation d'un kyste hydatique. L'effet de cette compression elle-même s'étend aux membranes correspondantes, et tend à leur donner plus d'épaisseur.

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