‹ Maladies de la moelle épinièreChapitre 18 sur 33 · DE LA MYELITE OU INFLAMMATION DE LA MOELLE ÉPIIMIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA MYELITE OU INFLAMMATION DE LA MOELLE ÉPIIMIÈRE

On a confondu longtemps l'inflammation de la moelle épinière avec celle de ses enveloppes, et les symptômes qui lui sont propres avec ceux qui caractérisent ces dernières affections ; ce n'est que dans ces derniers temps que leur diagnostic a pu être mieux établi. Harless et Goelis semblent cependant avoir encore commis cette confusion dans les cas qu'ils ont rapportés à l'inflammation de la moelle

épinière chez les enfants ; car il est certain que la myélite est plus rare chez eux que la méningite rachidienne. Et l'on peut ajouter à l'appui de cette assertion que Billard a constaté, en effet, sur une grande échelle, la vérité de ce résultat, et que les enfants succombent à des convulsions qui sont un des symptômes presque constants de la méningite rachidienne.

Les caractères anatomiques de l'inflammation de la substance médullaire de la moelle ne sont pas toujours les mêmes : ordinairement la moelle est ramollie, plus ou moins désorganisée, quelquefois réduite en un fluide jaunâtre, puriforme ; le ramollissement peut comprendre toute l'épaisseur de la moelle ou n'occuper qu'une de ses moitiés latérales dans une étendue variable ; d'autres fois il est plus marqué du côté de la face postérieure que par sa face antérieure; mais il arrive presque toujours que le centre est plus ramolli que le pourtour, puisque l'inflammation débute presque toujours par la substance grise, et que le ramollissement marche ainsi du centre à la circonférence.

Cette altération peut exister isolément dans la portion céphalique, cervicale, dorsale ou lombaire, et rarement dans toute la longueur de la moelle épinière ; quelquefois il y a augmentation de volume de la moelle dans le point ramolli ; mais il est plus ordinaire de la trouver réduite considérablement dans son volume, et souvent même dans des cas de myélite chronique ; on voit qu'elle ne forme plus qu'une trame cellulo-vasculaire, soutenant les molécules nerveuses et infiltrées de sérosité limpide. On

sait que le ramollissemeut du tissu nerveux n'est pas toujours inflammatoire, ou du moins qu'il ne se traduit pas au dehors par des symptômes de réaction bien sensibles, ni dans la substance nerveuse par des caractères de congestion active bien prononcés : ces derniers phénomènes sont surtout particuliers aux sujets vieux et débilités ; mais il faut reconnaître aussi que les enveloppes membraneuses, voisines du siège de l'altération sont rouges, épaisses, et que leurs vaisseaux sont injectés ; il arrive même que ceux qui pénètrent dans la substance de la moelle se tuméfient, rougissent et lui donnent une couleur plus ou moins écarlate : la nature du ramollissement est alors évidemment inflammatoire. Du reste, l'anatomie pathologique a démontré que la coloration, ainsi que le degré de cohésion des tissus envahis par l'inflammation, varient, suivent même les périodes que parcourt l'état inflammatoire.

C'est surtout dans les parties de la moelle où il existe une plus grande quantité de substance grise et oîi par conséquent les vaisseaux sanguins sont plus nombreux que se rencontre le plus souvent l'inflammation de la moelle : aussi le renflement lombaire et le renflement cervical sont-ils les deux points qui présentent le plus fréquemment des portions ramollies et désorganisées, La même observation a été, faite aussi par M. Dupuy, à l'école d'Alfort, sur les vieux chevaux ; les altérations les plus ordinaires, chez ces animaux, consistaient en des ramollissements étendus du renflement lombaire, d'où partent tous les nerfs continuellement en jeu dans

les violents efforts des membres postérieurs. De plus, les observations recueillies sur le ramollissement du cerveau chez l'homme ont encore démontré que les lésions sont plus fréquentes dans la substance grise que dans la substance blanche.

La vascularité très-développée de cette portion du système nerveux paraît donc être une des causes les plus ordinaires du ramollissement, et surtout du caractère inflammatoire qu'il doit souvent revêtir.

Il en est de même pour la moelle épinière ; le ramollissement est beaucoup plus fréquent et beaucoup plus prononcé dans le centre de chacun de ses cordons que vers son extérieur : cette observation est facile à vérifier lorsque le ramollissement est borné à l'une des moitiés latérales de cet organe ; alors cette moitié offre une fluidité très-apparente dans le milieu, pendant que le reste est intact ; l'inflammation colore aussi la substance grise en rose ou en violet, comme dans la cérébrite. Ce n'est que dans le cas oîi la myélite est consécutive à une méningite rachidienne que le ramollissement du tissu nerveux peut et doit commencer par la substance blanche , et rester circonscrite à cette substance, lorsque la mort est rapide.

Olivier, d'Angers, rapporte aussi l'endurcissement du tissu de la moelle épinière à la myélite ; dans certains cas, il peut en effet être non-seulement le premier degré de l'inflammation aiguë qui dégénère en ramollissement, mais je l'ai vu encore persister à cet état comme d'hypertrophie, avec tous les caractères d'une véritable phlcgmasie. Il fauL reconnaître aussi que celte induration est souvent le résultat

d'un travail chronique. Celte augmentation de densité se rencontre aussi dans la moelle avec une méningite racbidienne bien caractérisée : plusieurs observateurs ont signalé cet état de consistance extraordinaire, coïncidant avec un état rougeâtre des artères spinales et leur engorgement. Quand l'endurcissement est plus considérable , il dégénère en une véritable transformation organique. Olivier a trouvé aussi plusieurs fois cette augmentation de densité du tissu nerveux chez des épilep tiques, dont le cerveau n'offrait aucune altération notable.

Après ces considérations préliminaires, nous allons étudier les effets que détermine la myélite, suivant qu'elle occupe les parties supérieure, moyenne ou inférieure de la moelle épinière, ainsi que les divers phénomènes qui correspondent à ces différents sièges du travail inflammatoire : il sera nécessaire de s'éclairer continuellement de faits particuliers pour mieux faire ressortir les symptômes encore peu connus de cette maladie. Nous trouvons d'abord, dans la deuxième lettre de M. Lallemand, un exemple de ramollissement partiel de la protubérance annulaire.

Un homme de quarante-cinq ans, d'une faible constitution, éprouva, le 8 février 1858, des étourdissements et des bourdonnements dans les oreilles. Le 9 la parole devint difficile, et le 10 il entra à l'Hôtel-Dieu. Aux symptômes précédents se joignait un peu d'engourdissement dans le côté gauche du corps. Le 11, perte complète de la parole et des mouvements du côté gauche, face pâle, syncopes fréquentes : les symptômes s'aggravent; on applique

des sinapismes aux pieds plusieurs fois de suite ; on pose des vésicatoires aux cuisses. Malgré ces moyens énergiques, la paralysie devient générale, le malade perd connaissance et il meurt dans la journée, le quatrième jour de l'invasion de la maladie.

Autopsie.

Les vaisseaux du cerveau étaient fort injectés; la face inférieure de la protubérance annulaire était ramollie dans une étendue égale au volume d'une aveline : ce ramollissement, semblable à de la bouillie, ne contenait pas de sang, soit épanché, soit infiltré.

Nous voyons ici un ramollissement très-borné dans la protubérance annulaire produire des symptômes généraux de paralysie comme l'apoplexie dans le même centre nerveux et frapper à la fois les quatre membres , puis déterminer une mort assez prompte. Cependant il faut dire que dans l'hémorragie la paralysie est brusque comme l'irruption du sang, au lieu que dans le ramollissement sa progression est plus lente et suit le développement de l'altération. On peut penser, dans ce cas, que l'hémiplégie qui a précédé la paralysie générale a été produite par l'état inflammatoire qui a intéressé d'abord les fibres d'un des pédoncules et qui s'est ensuite étendu à l'autre. En efl"et, nous pourrons voir dans l'exemple suivant un ramollissement borné à une moitié de la protubérance déterminer seulement la paralysie du côlé opposé. C'est M. le docteur Délaye qui a recueilli ce fait à la Salpètrière.

Une femme de soixante-dix ans, placée dans cet hospice à la division des infirmes, était affectée de ce tremblement et de cette faiblesse des membres, avec difficulté de la parole si fréquents chez les vieillards. A la suite d'un dévoiement qui dura huit jours, son état parut empirer; elle éprouvait des lassitudes spontanées et plus de difficulté à parler et à se mouvoir. Elle fut prise subitement d'un délire violent avec agitation extraordinaire des membres ; elle poussa des cris toute la nuit, s'agita en tous sens, puis le matin tomba dans un profond anéantissement. Il y avait déviation de la bouche à gauche, perte complète de connaissance, paralysie du bras droit, paralysie moindre de la jambe droite, conservation du mouvement dans le côté gauche, sensibilité intacte des deux côtés. Le lendemain, persistance des mêmes symptômes et mort le surlendemain.

Autopsie.

Injection des méninges cérébrales ; rougeur uniforme de la substance grise périphérique du cerveau ; substance blanche comme résistante et fortement injectée dans toute son étendue. Les corps striés et les couches optiques , injectés comme la substance corticale. Le tissu de la protubérance annulaire, à la partie moyenne et postérieure de sa moitié gauche, un peu avant la séparation des pédoncules cérébraux et dans une étendue de quelques lignes en tous sens, est ramolli, désorganisé, infiltré d'une sérosité lactescente : ce ra-

mollissement est d'autant plus évident qu'il contraste davantage avec la résistance inaccoutumée des parties voisines. Le cervelet ofTre la même consistance que le cerveau.

Nous voyons dans cette observation d'abord une méningo-cérébrite qui n'a pas le temps de se développer, et qui, annoncée par le délire et l'agitation, se termine brusquement par une nouvelle complication , par le ramollissement partiel de la protubérance. Dès lors les symptômes deviennent comateux, la paralysie se montre du côté opposé à la lésion et la mort arrive promptement. La sensibilité générale reste intacte : aussi le ramollissement n'afïecte-t-il que les fibres des cordons antérieurs de la moelle. Nous citerons encore un autre fait à peu près semblable recueilli par M. Charcelay, mais en l'abrégeant un peu.

Un porteur d'eau, âgé de soixante-douze ans, est pris tout d'un coup d'une légère déviation à gauche de la commissure droite des lèvres et de la langue ; la pupille gauche est dilatée ; il n'y a dans les membres aucune paralysie du mouvement ni du sentiment; la parole est embrouillée; le malade rit et pleure alternativement sans motif; incohérence dans ses réponses. Le lendemain, douleur du côté droit de la tête, pesanteur et inertie des membres gauches; la sensibilité y est bien plus obtuse qu'à droite. Le troisième jour, paralysie prononcée des membres gauches; immobilité de la pupille de ce côté : nulle paralysie de la vessie ni de l'intestin. Le cinquième jour, assoupissement profond, respiration naturelle, coma et mort le septième jour.

Autopsie.

Quelques plaques rouges sous l'arachnoïde , sur la moitié antérieure des lobes cérébraux ; la substance cérébrale d'une consistance ordinaire. Dans la moitié droite de la protubérance ou trouve un ramollissement blanc du tissu nerveux ; la moitié gauche est intacte : le foyer du ramollissement se rapproche beaucoup de la face antéro-inférieure de la protubérance, dont il ne dépasse pas les limites supérieurement et inférieurement, tandis qu'il est exactement borné latéralement à la moitié droite de la moelle allongée : dans ce tissu ramolli , on ne voit pas d'infiltration de pus bien manifeste ; le centre du foyer est complètement diffluent ; un filet d'eau entraîne la matière pultacée centrale , tandis qu'on distingue parfaitement les fibres nerveuses qui restent flottantes à la surface des parois du foyer ; les fibres longitudinales du pédoncule , qui s'enlacent avec les fibres transversales de la protubérance, ont conservé leur continuité à la périphérie du foyer; elles sont écartées les unes des autres par des molécules complètement ramollies et que l'eau détache ; tandis que les fibres longitudinales qui correspondaient au centre du foyer sont toujours rompues et constituent le détritus puriforme déjà indiqué. Il n'y avait aucune trace de rougeur ni d'injection, ni d'épanchement sanguin autour de ce foyer.

On retrouve dans ce cas les caractères qui sont assignés au ramollissement blanc primitif; de plus,

on voit la forme remarquable que présentent les fibres médullaires rompues, leur écartement et le siège circonscrit du ramollissement dans un seul côté de la protubérance : aussi les efTets sont-ils conformes à l'altération ; il y a hémiplégie croisée, et les symptômes paralytiques se développent graduellement comme la lésion. Cet exemple est curieux comme montrant un ramollissement de la protubérance bien circonscrit et bien limité à un seul côté. Nous allons l'observer maintenant dans la région cervicale de la moelle épinière.

Dans cette région il peut arriver quelquefois que la myélite détermine dans le principe des symptômes qui peuvent faire supposer l'existence d'une angine. Ainsi un étudiant en médecine, âgé de vingt et un ans, éprouvait depuis son enfance des attaques d'épilepsie, dont les accès étaient assez rares. Il se plaint d'un mal de gorge, puis il éprouve une nouvelle attaque épileptique ; il est tourmenté par la présence d'un corps qui l'étouffé ; la déglutition est difficile ; il y a douleur aiguë à la partie inférieure de la tête et dans la nuque , respiration difficile; il survient de l'engourdissement dans le bras gauche, puis dans le bras droit; bientôt la paralysie des deux membres est complète. Excrétion involontaire des urines et des matières fécales ; intégrité des mouvements dans les membres inférieurs. Les symptômes de l'angine paraissent plus intenses; la dyspnée augmente et le malade succombe huit jours après l'invasion de la maladie, avec l'intégrité des facultés intellectuelles. L'nulopsic en est faite par Olivier, d'Angers Toutes les veines méningo-ra-

chidiennes sont gorgées de sang, snrtout dans la région cervicale; la face postérieure de la duremère est recouverte dans cet endroit d'un sang noir coagulé ; cet épancliement correspond à la moitié inférieure du renflement brachial de la moelle. Ce renflement est ramolli; la substance grise est rose, réduite en bouillie dans l'étendue de deux pouces, et la pie-mère en cet endroit paraît participer au travail inflammatoire. Au-dessous du renflement brachial, la moelle épinière offre dans toute son étendue un commencement d'injection morbide annoncée par un pointillement rouge de la substance grise.

Ce fait est curieux par les symptômes d'angine qui ont marqué la myélite. Ces phénomènes sympathiques se remarquent souvent dans les affections de la moelle : cependant il y a eu ici des symptômes caractéristiques bien tranchés pour l'affection aiguë de la moelle. Ainsi l'engourdissement et la paralysie, bornés aux bras seulement, indiquaient assez que le siège de l'altération devait se trouver dans la portion où les nerf brachiaux vont prendre leur origine; et comme la paralysie s'est développée successivement dans chacun des bras, il faut reconnaître aussi que l'altération a dû envahir par degrés les deux côtés du cordon rachidien. Nous ajouterons que le développement d'une inflammation semblable de la moelle chez un individu épileptique de naissance, et surtout dans la région supérieure de ce centre nerveux, est un nouvel indice que le siège de cette affection doit se trouver habituellement dans les faisceaux qui vont se réunir vers la base du cerveau ; on sait

en effet, que c'est de là surtout que partent toutes les contractions musculaires violentes. Qugint à la nature du ramollissement, elle est ici bien évidemment inflammatoire, ainsi que l'annonce la congestion sanguine, et l'épanchcmeut de sang, à l'extérieur de la dure-mère, dans le point qui peut y correspondre. Voici encore un cas analogue et recueilli par M. Fo ville.

Une femme âgée de soixante- dix-neuf ans se plaint d'une céphalalgie violente sous la région frontale; toutes les fonctions volontaires sont intactes; des fourmillements très-incommodes se développent dans le tras et dans la jambe du côté gauche, dont les mouvements deviennent difficiles : pour porter le bras gauche à la tête, elle le prend de la main droite et l'approche à peu près de son front. Bientôt les mouvements du bras droit s'engourdissent aussi; il devient le siège de fourmillements très-prononcés. Cependant les phénomènes généraux semblent rester stationnaires ; mais en peu de jours, la paralysie s'étend aux quatre membres et la malade succombe dans un état de résolution générale. Autopsie. Le cerveau ne présente aucune allération remarquable : mais la moelle épinière, dans la partie supérieure de la région cervicale, présente un ramollissement qui s'étend à presque toute son épaisseur : la couleur de cette partie ramollie est jaunâtre; la substance est réduite en bouillie.

On voit encore ici les phénomènes paralytiques se développer et envahir graduellement les diverses parties du corps, suivant que l'altération de la moelle elle-même s'étend davantage. Bornée d'abord

à une moitié du cordon, elle a bientôt fini par envahir la totalité, et alors les symptômes de la paralysie ont été généraux.

Pinel a publié, en 1821, dans le Journal de Fhysiologie de M. Magendie, deux cas de myélite que j'ai recueillis avec soin et que je vais rapporter à l'appui des faits précédents, malgré quelques dissemblances apparentes.

Marie Brisset, âgée de vingt-sept ans, ayant toujours joui d'une bonne santé, mais d'une susceptibilité nerveuse très-grande, est accusée d'un vol ; on la renvoie sur de faux soupçons : ses règles se suppriment à l'instant; profondément affectée, elle se croit perdue, déshonorée. Le troisième jour, on la trouve dans son lit et dans un état complet d'anéantissement des fonctions sensoriales et motrices. Elle est transférée à l'Hôtel-Dieu. Après un séjour d'un mois et demi, la stupeur a disparu, mais il reste un état de démence qui la fait admettre à la Salpêtrière, le 18 août 1818. Lors de son entrée, elle présente les symptômes suivants : regard étonné, difficulté d'articuler les mots; réponses tardives, pénibles, rarement justes; inertie, mais non paralysie de tous les membres; vie automatique , parfois accès décolère et d'impatience; les fonctions organiques s'exécutent avec plénitude et énergie. Pendant quinze mois, ces symptômes n'offrent que de légères variations ; le 13 janvier 1820, la malade est prise tout à coup de convulsions. Le lendemain, la bouche est écumeuse, les yeux sont renversés ; grincement de dents, serrement tétanique des mâchoires, coma profond, secousses convulsives du tronc, se répétant

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trois à quatre fois par minute ; les membres sont immobiles et sans convulsions ; le pouls est développé, fréquent, irrégulier, tumultueux; la respiration courte, gênée précipitée; les déjections involontaires; tout le corps est couvert d'une sueur abondante dont l'odeur est forte et tenace, et s'élève en vapeur audessus de la malade. Pendant trois jours, les convulsions du tronc se répètent continuellement, semblent être plus fortes pendant le jour et comme accompagnées d'un paroxysme fébrile ; les autres fonctions présentent les mêmes désordres. La malade meurt le 18 janvier au matin, sans qu'aucune interruption soit venue suspendre un instant cette succession rapide de graves désordres.

Ouverture du corps.

Le crâne est injecté, épais ; la dure-mère mince, presque diaphane ; le sinus longitudinal est gorgé de sang; l'arachnoïde présente dans toute l'étendue des régions frontale et pariétale les traces d'une ancienne inflammation, annoncée par l'épaississement de la méningite, par une couche albumiueuse, par de la sérosité comme purulente dans ses feuillets et par ses adhérences intimes avec la substance corticale; le cerveau et le cervelet n'offraient rien de particulier. Le rachis, ouvert avec précaution, ne présente aucune altération dans ses enveloppes membraneuses; mais après avoir incisé la dure-mère rachidienne dans toute sa longueur, je reconnais, dans la substance même de la moelle épiuicre, une dé-

Gorgauisationpultacée, commençant vers la quatrième vertèbre cervicale, et finissant vers la première lombaire; dans toute cette étendue, la pulpe nerveuse est réduite en une espèce de bouillie jaunâtre, diffluente, inodore; vers la région lombaire, la substance médullaire reprend sa consistance ordinaire et se trouve baignée par an peu de sérosité roussâtre.

Dans cette observation, remarquable par la marche rapide de la myélite, on voit que les secousses convulsives sont bornées au tronc, et que les membres au contraire, sont immobiles. Olivier, d'Angers, qui cite ce fait dans son ouvrage, demande pourquoi les membres n'ont pas éprouvé de convulsions comme le tronc. Mais il oublie lui-même que les convulsions des membres appartiennent surtout à la méningite rachidienne, comme nous le verrons plus tard, et que, dans ce cas, les méninges du rachis étaient saines, et que du reste, les secousses continuelles du tronc provenaient évidemment d'une exaltation musculaire, sympathique de la masse des muscles sacro-lombaires. Nous allons voir dans la seconde observation se manifester des mouvements incohérents mais non convulsifs des membres, dans un cas de mj'élite bornée à la région dorsale.

Félicie Lepoigny, d'une constitution sanguine, réglée à onze ans, fut effrayée à l'âge de quinze ans par l'entrée des Russes dans son village et par les poursuites acharnées de l'un deux. Elle fut atteinte d'accès épileptiques d'abord assez éloignés, mais qui devinrent de plus en plus fréquents : ses facultés intellectuelles s'affaiblirent profondément. Elle fut conduite à la Salpêtrière, dans un état complet d'i-

diotisme, compliqué d'épilepsie, dont les attaques revenaient tous les quatre à cinq jours. Pendant quatre années on n'observa aucun changement dans l'état de la malade. Les 7 et 8 janvier 1820, les accès épileptiques devinrent très-fréquents; ils s'arrêtèrent et, pendant quinze jours, reprirent leur type ordinaire ; mais le 23 janvier les convulsions générales se renouvellent et se succèdent avec une rapidité inconcevable. La face est rouge et injectée; les yeux convulsivement et inégalement contractés : secousses convulsives et continues du tronc; mouvements incohérents mais non convulsifs, des membres; anéantissement du sentiment et des facultés intellectuelles; respiration courte, luctueuse. Les secousses convulsives et les autres symptômes persistent avec la même intensité le 27 : le lendemain la malade succomba.

Ouverture du corps.

Crâne épais, injecté ; arachnoïde saine, mais injectée aussi, ainsi que toute la substance cérébrale, dont la consistance est ordinaire ; les ventricules sont petits etcontiennent très-peu de sérosité; le cerveletest mollasse, mais sain. Le rachis, ouvert dans toute son étendue, présente une très-forte injection dans tout son appareil veineux ; la substance médullaire est le siège, dans toute la région dorsale, d'une désorganisation pultacée, diffluente, semblable à celle qui a été rencontrée dans l'observation précédente; le ramollissement commence supérieurement à la région cervicale, au-dessous de l'origine des plexus ncr-

veux des membres thorachiques, et s'arrête inférieurement à la région lombaire ; au-dessus et audessous, la substance médullaire reprend sa consistance ordinaire.

Nous retrouvons dans cette observation beaucoup d'analogie avec la précédente, sous le rapport de la marche rapide des accidents et de quelques uns des symptômes observés dans le cours de la maladie. Ainsi mêmes secousses convulsives dans les muscles postérieurs du tronc, mouvements automatiques des membres qui sont libres, parce que sans doute la désorganisation n'atteint pas les deux renflements delà région cervicale etlombaire; ici la sensibilité est anéantie, phénomène que n'a pas paru présenter l'autre cas. La mort également rapide chez l'une et chez l'autre, et l'ensemble des phénomènes de réaction violente et fébrile, annoncent assez le caractère inflammatoire de cette désorganisation sur-aiguë de la moelle épinière. Les secousses comme convulsives du tronc ont été aussi observées par M. Honoré, dans un cas de myélite, bornée au tiers supérieur de la région dorsale, mais avec exaltation de la sensibilité; et c'est un symptôme qui peut être rangé parmi ceux de cette phlegmasie, quoique Olivier, d'Angers, le regarde comme accidentel.

La douleur rachidienne est encore un symptôme qui peut manquer dans la myélite, quoique l'observation constate souvent sa présence, surtout dans les cas aigus, ou qui sont bornés à un point circonscrit de la moelle. Ainsi M. Goupjl a rapporté l'exemple d'une personne qui, après un mois de maladie, succomba en peu d'heures, et chez laquelle on trouva

à l'ouverture du corps un ramollissement de la moelle épinière, et des traces bien prononcées d'inflammation des membranes qui l'entourent dans une étendue de quelques pouoes seulement, vers le milieu de la région dorsale. Le seul symptôme précurseur fut une douleur vive qui se propageait à toute la région dorsale.

Au lieu d'être bornée et circonscrite, l'altération aiguë de la moelle peut au contraire être entière et profonde, et cependant les accidents ne pas présenter plus de gravité pour cette raison.

Un caporal éprouve des vertiges et des nausées avec céphalalgie violente, respiration gênée, anxiété, douleur fixe au dessous de la mamelle droite, décubitus sur le dos, épigastre et hypocondre droit sensibles au toucher, crampes dans les jambes, puis une complication gastro-intestinale avec ses symptômes. Pendant sept à huit jours l'état du malade est à peu près le même; les urines cependant sont difficiles; le neuvième jour le malade éprouve plusieurs vomissements de matière noirâtre; il est dans un état stupide, la respiration est lente et (ce qu'il faut noter) le malade se lève lui-même pour satisfaire ses besoins ; dans la nuit il succombe.

Ouverture du corps.

le prolongement rachidicn présente, au niveau de la sixième vertèbre dorsale, une interruption complète de sa continuité ; de sorte que les deux bouts qui en résultent, coupés en biseau aux dépens de leur face postérieure, laissent entre eux un intervalle

de neuf ou dix lignes antérieurement, et d'un pouce et demi environ postérieurement ; dans cette intervalle est épanché un liquide d'une couleur jaunâtre et légèrement trouble ; les deux bouts correspondant à la portion de la moelle détruite sont ramollis dans l'étendue d'une à deux lignes, et ont une teinte grisâtre ; le reste de la moelle n'est nullement altéré, ni dans sa couleur ni dans sa consistance.

Les symptômes que pr..' sente ce malade sont certainement peu en harmonie avec une altération aussi rapide et aussi profonde de la moelle épinière ; on ne trouve pour la myélite que des crampes douloureuses dans les membres inférieurs, et quelque atonie dans les déjections ; mais la persistance de la motilité dans tous les membres, puisque le malade se lève lui-même pour satisfaire ses besoins, la veille de sa mort, est un phénomène des plus singuliers, et qui se rapproche un peu des deux cas que j'ai observés moi-même et rapportés plus haut.

Si cependant la destruction complète de la moelle s'observe rarement dans la myélite aiguë, il peut en arriver autrement dans ses affections chroniques, et nous en citerons quelques exemples pour donner une idée de leur marche, souvent insidieuse.

Un jeune soldat, récemment guéri d'une fièvre pétéchiale, se plaignait de douleurs vives dans les vertèbres dorsales, de difficulté de mouvoir les membres inférieurs, de suppression d'urine, d'ex crétion involontaire de matières fécales, et d'une débilité profonde ; il présentait enfin, suivant M. Bréra, tous les symptômes ataxo-adynamiques. On em-

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ploya un grand nombre de moyens thérapeutiques pendant plusieurs mois et sans succès. La faiblesse des membres abdominaux s'accrut jusqu'à la paralysie complète ; bientôt après les membres thorachiques furent également affectés de paralysie ; dès lors perte de la parole. Pendant quinze jours, il reste immobile , tout en conservant l'intégrité des facultés intellectuelles, puis il meurt subitement.

Autopsie.

On ne trouva rien dans le cerveau, le thorax et l'abdomen , mais la moelle épinière était plongée au milieu d'une grande quantité de fluide sanieux; elle était en suppuration et désorganisée à la partie inférieure de la région dorsale, sans pourtant avoir perdu sa forme naturelle. Ses membranes et le périoste du canal vertébral étaient détruits dans le point oïl le tissu de la moelle avait éprouvé une désorganisation plus profonde; les vertèbres et leurs ligaments étaient sains.

On voit encore dans ce cas que les symptômes ne sont pas en rapport avec la gravité d'une destruction aussi complète d'un organe si essentiel à la vie .

M. BuUier a rapporté, dans le journal de M. Magendie, un cas plus remarquable encore; il s'agit d'un homme de quarante ans, afïccté de naissance d'une déviation du rachis, qui fut atteint de paralysie du mouvement dans les membres supérieurs, avec conservation de la sensibilité dans ces parties ; il n'y avait nulle lésion des membres inférieurs ni

des facultés intellectuelles. Les accidents durèrent au même degré pendant sej^t années de suite ; puis il survint un marasme général, auquel succomba le malade. A l'autopsie, on put voir que la moelle n'éprouvait aucune compression de la gibbosité ; elle se contournait comme le canal vertébral dans la région dorsale ; la cavité arachnoïdienne contenait un peu de sérosité ; la moelle épinière était saine depuis la base du cerveau jusqu'à la quatrième paire des nerfs cervicaux ; les deux tiers inférieurs étaient également sains ; mais entre ces deux portions, c'està-dire dans l'étendue de six à sept pouces environ^ la moelle épinière offrait une cavité allongée, remplie d'une sorte de fluide gris rougeâtre, et dans lequel était disséminée une grande quantité de vaisseaux capillaires sanguins et de parcelles de tissu cellulaire. Ou voyait à peine, sur la partie antérieure de cette portion altérée, les cordons médullaires en rapport avec les racines correspondantes des nerfs spinaux : du côté gauche le cordon interrompu n'était plus marqué que par des portions lenticulaires de matière médullaire placées à la suite les unes des autres dans la ligne de sa direction.

Cette observation, que M. Magendie a commentée avec beaucoup de sagacité dans son journal, est une nouvelle preuve que la myélite chronique peut nonseulement durer très-longtemps, mais encore ne pas produire, malgré sa désorganisation entière, mais lente, des accidents aussi sûrement mortels que ceux qu'on pourrait supposer.

Le fait suivant, observé par M. Andral, fournit à

la fois un exemple assez rare de ramollissement dans toute l'étendue de la moelle épinière, et un exemple frappant de la marche que suit ordinairement la myélite dans son développement.

Un coffretier, âgé de trente-huit ans, commença à éprouver sans cause connue, dans le cours de l'année 1818, un engourdissement habituel et un sentiment de froid d'abord dans le doigt indicateur, puis dans la main, et enfin dans tout le bras du même côté ; un peu plus tard, développement des mêmes phénomènes dans le bras opposé; au bout d'un an, les membres inférieurs commencèrent à s'engourdir à leur tour, et peu à peu les quatre membres furent frappés de paralysie complète. Huit années après ces accidents, le malade présentait les symptômes suivants : contracture habituelle et douloureuse des deux membres abdominaux; jambes fléchies sur la cuisse, et la cuisse sur le bassin ; la sensibilité est obtuse. Les deux bras, dans une forte adduction, sont habituellement placés au-devant du thorax ; tous les doigts, contractures, sont fléchis dans la paume de la main. Il survint une large escarre au sacrum, suite du décubitus continuel sur le dos, et mort. A l'autopsie, M. Andral ne trouva rien d'insolite dans l'encéphale ni dans ses membranes. Audessous de la moelle allongée, la moelle épiniere était diminuée de volume ; en détachant la pie-mère du sillon antérieur de la moelle, on pénétra dans un canal contenant une notable quantité de sérosité, infiltrée dans un tissu cellulaire grisâtre à mailles larges : ce canal régnait ainsi dans toute l'élendue de la moelle épiniere, offrant une capacité plus cou-

sidérable dans la région cervicale. On n'y voyait plus aucune trace de la substance grise centrale, de sorte que la moelle formait un long canal, résultant du rapprochement des quatre cordons de la substance blanche qui la compose. Les faisceaux antérieurs et postérieurs de chaque moitié de la moelle n'étaient pas sépaiés par un sillon latéral; seulement, a leur jonction, la substance nerveuse formait une couche peu épaisse, presque transparente, qui laissait voir le liquide infiltré dans l'intérieur de la moelle.

Les faits qui viennent d'être rapportés montrent le ramollissement de la moelle à la suite de la myé^ lité aiguë ; nous allons voir que dans la myélite chronique on peut observer l'endurcissement très-prononcé de son tissu, aussi bien que les autres désorganisations de sa structure. Voici un fait rapporté par Abercrombie.

Un monsieur, à la suite d'une chute violente, dans laquelle le cou porta principalement, est pris de faiblesse et de paralysie dans le bras gauche. Ce membre s'atrophie sensiblement ; plus tard, le bras droit présente les mêmes phénomènes ; mais les membres inférieurs restent agiles. Il meurt subitement quatre années après l'apparition des premiers accidents. A l'autopsie, on trouve un endurcissement notable de la portion cervicale de la moelle, avec hypertrophie; de plus, les membranes rachidiennes sont fortement épaissies dans cet endroit , ce qui fait présumer qu'il y a eu dans cette région une méningite chronique, qui a contribué sans doute au développement anormal et à l'induration morbide de la moelle épinière.

La grande analogie qui existe entre la plupart des symptômes qui accompagnent l'induration du tissu nerveux en général, et ceux que l'on observe dans les affections chroniques, suffit pour faire rattacher ces deux états opposés de la substance nerveuse au même phénomène pathologique, et même l'attribuer presque exclusivement à un travail lent et phlegmasique. Nous avons déjà vu , du reste , que dans la cérébrite paralytique , cette induration pouvait revêtir tous les caractères extérieurs d'une violente inflammation , caractérisée par les symptômes les plus aigus; il est rationnel de supposer qu'il en est de même pour les affections du cordon rachidien.

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