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SYMPTOMES DE LA MYÉLITE AIGUË

On observe d'abord un engourdissement des doigts ou des orteils, avec gêne dans les mouvements et sentiment de pesanteur et de froid ; ces symptômes gagnent bientôt les membres et le tronc; il y a fourmillement incommode et rarement de véritables convulsions; dans quelques cas, il y a vomissements ; bientôt le malade se plaint d'une douleur vive et profonde dans un des points du rachis, qui correspond ordinairement au foyer du mal ; cette douleur peut se propager dans toute la longueur du dos et s'exaspérer parles mouvements. Ce dernier phénomène doit faire supposer qu'il y a complication alors de méningite rachidienne, dans laquelle nous verrons plus loin que les douleurs sont si prononcées et l'exaltation de la sensibilité est si fréquente. La douleur est quelquefois

augmentée par le décubiius sur le dos, ce qui, du reste, est assez rare, a moins que le malade ne soit couché sur de la plume. La pression n'exaspère pas la douleur, qui souvent même est nulle. On peut cependant reconnaître la hauteur à laquelle s'est développée la myélite, en portant successivement un ou deux doigts sur toutes les apophyses épineuses et en pressant légèrement sur chacune d'elles : c'est le mode d'exploration le plus simple. La pression ainsi exercée fait éprouver au malade une légère douleur dans un point qui jusque-là n'avaitété le siège d'aucune sensation appréciable; tout s'était réduit à un sentiment de faiblesse dans les mouvements, et à l'impossibilité de serrer fortement les objets avec la main.

On voit, dans la myélite, la paralysie suivre tantôt une marche ascendante, et gagner ainsi la partie supérieure du tronc, les membres thorachiques, et déterminer alors la gène de la respiration et enfin l'asphyxie, tantôt au contraire se propager vers les parties inférieures du corps. Dans certains cas l'abolition du mouvement existe sans altération de la sensibilité, ou celle de la sensibilité sans la paralysie du mouvement, suivant le siège et la marche de l'affection qui désorganise les différents cordons de la moelle. Ordinairement c'est un seul côté du corps qui est frappé de paralysie, puis l'autre, et alors les mains ou les pieds deviennent le siège de fourmillements et d'engourdissements; l'un des membres est souvent affecté en entier avant que les mêmes phénomènes se développent dans le membre opposé.

La sensibilité tactile étant plus développée aux mains et aux pieds qu'à la surface des autres parties du corps, les malades ressentent dans ces parties les premiers effets de la lésion de la sensibilité ; c'est surtout à l'extrémité des doigts, et dans les gros orteils que se développent d'abord ces phénomènes insolites, que l'on a cru devoir attribuer au début primitif de l'inflammation par les radicules nerveuses, et qui gagne ensuite les branches, les troncs nerveux et enfin le cordon rachidien. On peut encore expliquer le développement de ces symptômes par les degrés différents de sensibilité départie aux différentes régions du corps; et quel que soit le mode d'apparition de cette sensation, elle peut dériver aussi de l'état morbide déjà formé dans l'intérieur de la moelle épinière.

Il est inutile de répéter que la sensibilité et le mouvement sont plus ou moins altérés , suivant que la phlegmasie occupe plus ou moins profondément les cordons antérieurs ou les cordons postérieurs.

Lorsque la myélite affecte la région dorsale ou lombaire, les membres inférieurs sont seuls paralysés, et les membres supérieurs ne sont atteints dans leur motilité que lorsque le ramollissement occupe la portion cervicale de la moelle épinière. Cette règle est assez générale : cependant elle présente de fréquentes exceptions , car les faits nous ont prouvé que la motilité ou la sensibilité peut, dans certains cas, subsister au-dessous du point désorganisé. Quant à la sensibilité, elle n'est guère exaltée dans la myélite, n'importe son siège, que

lorsqu'il y a complication d'inflammation méningorachidienne. Cependant j'ai observé souvent ce phénomène chez des malades qui étaient atteints d'une affection chronique, bornée au cerveau seulement.

En général, les fonctions de l'intestin et de la vessie sont plus ou moins lésées, mais plus particulièrement celles de l'intestin ; il existe comme un état de contraction musculaire d'où dépend la constipation; puis il est suivi d'un relâchement paralytique qui s'annonce par les déjections involontaires. Les mêmes phénomènes s'observent dans la vessie, et leur succession est identique; l'accumulation primitive de l'urine et la distension de la vessie sont dus au spasme des muscles de son col.

Olivier, d'Angers, a observé que chez les malades dont l'affection paraît être de nature rhumatismale, on observe des secousses convulsives et comme tétaniques des membres incomplètement paralysés. Cette remarque ne nous paraît pas très-fondée, quoique cet auteur veuille la justifier en disant que dans ce cas les enveloppes fibreuses de la moelle participent à l'inflammation. Dans la période d'acuité, le pouls est ordinairement fréquent, développé, irrégulier, tumultueux ; en un mot il existe un état fébrile, avec retour de paroxysmes ; la respiration est gênée et fréquente.

Tels sont les symptômes généraux qui peuvent faire reconnaître surtout la myélite aiguë ; mais les communications nerveuses et si multipliées de la moelle avec les divers appareils organiques, deviennent la cause d'une foule de phénomènes sympathiques, qu'il faut étudier avec soin, suivant les di-

verses régions de la moelle épinière qui sont afTectées.

Quand l'inflammation occupe le bulbe céphalique ou les prolongements de la moelle épinière, on observe quelque dérangement dans les facultés intellectuelles, tel que le délire ou de la rêvasserie; alors comme le malade ne peut pas rendre compte aisément ni de la douleur rachidienne, ni des autres particularités qui se rattacbent aux progrès de la lésion des mouvements ou de la sensibilité, le diagnostic peut devenir obscur.

Tous les pbénomènes qui précèdent la paralysie doivent être regardés comme les effets du premier travail morbide, auquel succède la désorganisation du tissu de la moelle; c'est à partir de ce moment que la paralysie devient aussi complète. Dans la myélite de la portion crânienne du cordon racliidien il y a trouble des sens, délire, trismus, grincements de dents; la déglutition est difficile, la parole impossible, les mouvements de la respiration sont pressés, tumultueux ; on a vu quelquefois des s^^mptômes d'hydrophobie. A ces phénomènes succède une hémiplégie seule, suivant que le ramollissement occupe un ou les deux faisceaux de la moelle. On observe une douleur fixe dans la partie postérieure du cou, une rigidité prononcée dans les muscles de cette région ainsi que dans les membres supérieurs; la respiration est ordinairement diaphragmatique. La myélite peut aussi revêtir les formes de l'angine.

Dans la myélite de la portion dorsale, on observe des secousses convulsives et continues du tronc et une agitation générale, à laquelle succède promplcment une résolution complète : la respiration est

courte, accélérée et semble ne plus s'effectuer que par l'action des muscles respirateurs externes; il peut survenir des battements de cœur irréguliers et assez violents pour simuler un anévrisme.

Dans la myélite de la portion lombaire, la paralysie affecte principalement les extrémités inférieures, les muscles constricteurs de la vessie et de l'intestin; on remarque aussi une douleur profonde, bornée à la région des lombes, des coliques vives, des contractions spasmodiques des parois abdominales, ou la sensation d'un resserrement pénible dans cette région. On a vu cependant quelquefois les effets symptomatiques remonter de bas en haut, et, quoique le siège de l'altération soit dans les lombes , les extrémités supérieures s'agiter de mouvements convulsifs, et les troubles de la respiration et de la circulation être aussi profonds que dans la myélite cervico-dorsale. C'est surtout sur l'appareil utérin que l'altération de la portion lombaire fait retentir ses effets, en supprimant le flux menstruel et en déterminant des symptômes hystériques quelquefois très-violents. Enfin on a vu de véritables accès d'épilepsie survenir chez des sujets qui ont succombé à un ramollissement pultacé de cette partie de la moelle.

Dans la myélite chronique, tous les symptômes que nous venons de parcourir sont les mêmes, seulement leur développement est quelquefois insidieux à cause de sa lenteur : on a pu la confondre alors avec une affection rhumatismale, ou avec le lumbago; on observe en effet un état douloureux des membres qui rend leur attouchement douloureux, et qui

s'accompagne d'une douleur plus ou moins fixe dans l'étendue du rachis, et sans aucun phénomène paralj'tique. Tel est le début très-fréquent de la myélite chronique. La démarche paraît présenter des signes plus certains et plus appréciables : chaque pied se détache avec peine du sol, et dans l'effort que fait le malade pour le soulever entièrement ou pour le porter en avant, le tronc se redresse et se renverse en arrière, comme pour contre-balancer le poids du membre inférieur, qu'un tremblement agite avant qu'il soit de nouveau appuyé sur le sol. Dans ce mouvement de progression, tantôt la pointe du pied est abaissée et traîne plus ou moins contre terre avant de s'en détacher, tantôt elle est relevée brusquement en même temps que le pied est déjeté en dehors. Ces diverses lésions de la motilité rentreraient parfaitement dans les explications de Bellingeri sur les fonctions que certaines portions des cordons moteurs de la moelle épinière exercent sur les mouvements d'extension ou de flexion des muscles des membres.

Ce qui tend à confirmer cette opinion, c'est qu'en effet sur certains malades la paralysie se borne soit aux extenseurs, soit aux fléchisseurs : ainsi ces malades sont dans l'impossibilité de marcher, de porter un pied l'un devant l'autre , souvent même de rester debout, tandis qu'ils peuvent très-bien se mettre à genoux, ou marcher h quatre pattes, cl quelquefois avec une grande vitesse. Dans ces cas la paralysie est bornée aux muscles extenseurs des pieds et des jambes, et ceux des cuisses sont encore agiles. La motilité présente mille autres particularités dans les

lésions que les malades peuvent seuls comprendre et expliquer. Lorsque la myélite chronique est confirmée, les membres paralysés se raidissent peu à peu, se contractent, et restent ensuite toujours dans un état de contracture qu'il est difficile de surmonter: il faut dire aussi que cette rigidité n'est pas constante. Quelquefois les membres sont agités par des secousses comme galvaniques quand on passe légèrement la main sur le trajet des nerfs principaux.

Il y a diminution dans la température des membres, absence de toute transpiration cutanée, et de là cet aspect sec et furfuracé de la peau, et l'exfoliation continuelle de l'épiderme.

A ces symptômes propres à la myélite chronique se joignent des phénomènes secondaires que nous avons vus à l'état aigu, les battements du cœur, l'essouflement, des sufTocations imminentes, et quelquefois tous les caractères de l'asthme nerveux, ou bien de l'angine de poitrine; on a observé aussi des constrictions très-fortes dans les parois abdominales, des crampes d'estomac, des tiraillements douloureux dans les hypocondres. En général, les facultés intellectuelles sont intactes.

Le pronostic de la myélite aiguë ou chronique est toujours très-grave; dans quelques cas, la marche est tellement rapide, que la mort survient en peu d'heures, en peu de jours : ordinairement elle arrive du troisième au quatrième jour ; cette terminaison est constante quand le ramollissement envahit les parties supérieures et voisines du méso-céphale. Cette inflammation ne paraît guère susceptible de guérison, même quand elle se prolonge plusieurs

mois, puisque la destruction plus ou moins complète de la moelle épinière en est le terme inévitable, et avec elle, la cessation de la vie. La durée de la myélite chronique ne peut cependant être fort longue, et l'on a vu des malades vivre quinze et vingt ans paralysés, avec une désorganisation assez étendue de la moelle, qu'on a pu constater ensuite sur le cadavre. Le terme ordinaire ne dépasse pas quelques années, et la terminaison la plus commune arrive par tous les accidents consécutifs aux escarres du sacrum. Les exemples de guérison sont rares, mais ils sont possibles, et cette dernière considération oblige le médecin à ne pas négliger, dans une maladie aussi grave, toutes les ressources d'untraitement'énergique et surtout persévérant.

L'influence des moyens antiphlogistiques au début et à chaque exacerbation de la maladie ne saurait être mise en doute, et c'est, je le répète, à la persévérance du traitement qu'on peut attribuer de pouvoir entraver la marche de la maladie, quand la chose est possible. Les applications réitérées sur la région vertébrale, de tous les mo^^ens dérivatifs imaginables, plus l'usage d'un long emplâtre de poix de Bourgogne, saupoudré de quelques grains d'émétique, ont souvent produit de bons effets. L'éruption pustuleuse qui en résulte est alors un stimulant plus efficace que les cautères ; les ventouses scarifiées, des lavements légèrement purgatifs, une dicte sévère dans le principe, des boissons délabrantes ou un peu excitantes : tels sont aussi les moyens les mieux indiqués. Quand les premiers phénomènes d'excitation sont passés, ou peut administrer les douches d'eau chaude, de

33 à 34 degrés, et fortement salée, sur la longueur du rachis, à l'aide d'un conduit mobile, élevé de quelques pieds, suivant la force que l'on veut donner à la douche. On ^^eut encore appliquer des cautères, ou des vésicatoires volants sur les côtés des apophyses épineuses, oii le malade perçoit la douleur. Les bains de mer sont recommandés dans les paraplégies anciennes, et le rétablissement des fonctions urinaires est souvent un de leurs premiers effets. Quant aux médicaments internes, on a préconisé la strychnine, l'hydrochlorate de morphine et la teinture de cantharidespour ranimer les contractions de la vessie. L'électro-puncture, fort vantée dans un moment, doit être réservée pour les affections locales des nerfs ou filets nerveux.

ARTICLE Vin.

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