‹ Maladies de la moelle épinièreChapitre 20 sur 33 · DEL' ATROPHIE ET DE L'HYPERTROPHIE DE LA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

DEL' ATROPHIE ET DE L'HYPERTROPHIE DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

On a observé déjà depuis longtemps que chez les vieillards l'axe cérébro-spinal entier subit une diminution remarquable dans toutes ses parties , et que la moelle épiniére, tout en présentant en général une densité plus considérable, est toujours diminuée de volume et de longueur. Cotugno a signalé ce fait d'une manière précise, puis Haller et Morgagni. Chauffard a démontré que le raccourcissement et l'induration de la moelle étaient surtout manifestes

22/t MALADIES DE LA MOELLE ÉPEy'lÈRE

dans les cas où le rachis offre une courbure chez les vieillards ayant le dos voûté. Déjà Desmoulins avait aussi observé que dans la vieillesse, le cerveau aussi diminue de volume, et que ses fibres prennent en même temps plus de dureté et de cohésion ;' et même il a pu déterminer que cette densité du cerveau était d'un vingtième environ plus grande que chez l'adulte.

Mais l'altération la plus remarquable est l'espèce d'atrophie que subit la moelle épinière, atrophie que l'on peut constater également dans les régions cervicale, dorsale et lombaire. La densité augmente en proportion. Le volume des racines rachidiennes présente aussi une diminution proportionnée à celle de la moelle. L'abondance du liquide céphalo-rachidien augmente en raison de la diminution du centre nerveux. Bonnet dit qu'il a trouvé la moelle épinière sensiblement diminuée dans toute sa longueur, sur le cadavre d'un individu qui avait été agité de convulsions générales et presque continuelles pendant douze années; le canal vertébral contenait en même temps une très-grande quantité de sérosité.

Si l'âge produit habituellement cette modification dans le cordon rachidien, d'autres causes peuveul le déterminer aussi. La moelle épinière des individus hémiplégiques, quel que soit leur âge, diminue de volume dans toute l'étendue de la moitié latérale qui correspond au côté affecté. Chaussier a trouvé aussi, dans un cas semblable, l'atrophie du cordon rachidien et de tous les nerfs du côté paralysé. On a trouvé chez un cul-de-jatte, âgé de quarante-

neuf ans, le renflement lombaire réduit au volume d'une plume ordinaire; il était très-dur, sans matière grise; les nerfs étaient complètement atrophiés aussi.

Un idiot, âgé de vingt ans, rachitique, mourut a Bicêtre dans un état complet de marasme; les membres inférieurs étaient atrophiés, les cuisses fortement fléchies sur le bassin et les jambes sur les cuisses. On trouva sur son cadavre que la cavité des méninges rachidiennes contenait une assez grande quantité de sérosité limpide ; le volume de la moelle épinière était réduit de moitié, le renflement lombaire à peine marqué ; les racines des nerfs étant filiformes.

La paralysie de longue durée amène donc à sa suite l'atrophie de la moelle épinière et des nerfs qui en émanent : telle est la cause la plus fréquente de cette altération. Elle peut reconnaître aussi un ancien ramollissement qui aura été suivi d'une résorption lente et progressive de la substance nerveuse altérée.

L'atrophie sénile peut être plus prononcée dans certaines régions de la moelle que dans d'autres, quoiqu'il j ait diminution réelle dans toute sa longueur. Comment, dans ce cas, s'opère cette atrophie? Elle ne peut être que le résultat d'une perversion de nutrition, due a ce que la substance médullaire ne reçoit plus le sang réparateur nécessaire, à mesure qu'elle s'endurcit. Et cette cause doit être encore plus active chez les individus qu'une paralysie, ou toute autre affection, oblige de garder un repos complet pendant longtemps.

On comprend aisément que l'atrophie de la moelle peut être le résultat d'une compression longtemps exercée sur cet organe, soit par une déviation des os, soit par une tumeur accidentelle.

L'hypertrophie de la moelle est encore une altération sinon plus rare, du moins assez mal observée. Cette espèce d'altération se rattache à l'hypertrophie du système nerveux en général, et surtout à celle du cerveau, que nous avons vue être assez fréquente dans la troisième forme de la cérébrite paralytique. Elle peut être congéniale chez le fœtus, ainsi que l'a vu le docteur Reccelli. M. Andral a pu observer chez un enfant épileptique, une hypertrophie notable de la moelle épinière , bornée à la région cervicale ; le cordon nerveux remplissait exactement le canal osseux qui le renferme. M. Hutin rapporte un fait à peu près semblable : sur un enfant atteint de chorée, avec exaltation extraordinaire de la sensibilité tactile , on trouva , depuis le tronc occipital jusqu'au milieu de la région dorsale , une hypertrophie telle, qu'elle remplissait complètement la cavité de la dure-mère; son tissu, d'une densité considérable, avait une apparence caséiforme.

L'hypertrophie dans la moelle épinière peut revêtir, comme dans le cerveau, l'apparence d'un véritable état phlegmasique ; en voici un exemple intéressant qu'a observé M. Charcelay.

Une domestique, âgée de quarante-trois ans, entre aux Vénériens pour deux ulcérations au voile du palais; elle fut soumise à un traitement régulier. Trois mois après son admission, elle se plaint d'une douleur assez vive dans le bas de la région lombaire :

démarche pénible, secousses légères et convulsives, quand les membres inférieurs sont étendus ; le septième jour de l'invasion des premiers accidents, la jambe droite est complètement paralysée ; la jambe gauche remue encore, mais difficilement; sensibilité obtuse dans les deux membres, fourmillements à la plante des pieds et dans les jambes; quelques soubresauts dans les jambes ; paralysie de la vessie. Pendant trente-six jours cet état resta stationnaire et la malade succomba.

Autopsie.

Le cerveau est sain : en ouvrant le rachis on trouve dans la région dorsale une hypertrophie très-notable, surtout de la substance grise de la moelle épinière . elle est injectée, tuméfiée, un peu ramollie. Cette sorte de développement inflammatoire remonte jusqu'au niveau de la cinquième vertèbre dorsale ; dans toute cette étendue, la substance grise n'est plus recouverte que par une couche mince de substance blanche à sa face postérieure. Cette altération particulière de la substance grise avait envahi complètement les faisceaux postérieurs de la substance grise, également à droite comme à gauche, tandis que les faisceaux antérieurs étaient en partie intacts.

D'après les symptômes présentés par cette malade, il est évident que l'hypertrophie est ici entièrement inflammatoire, et son siège particulier dans la substance grise confirme encore cette opinion.

M. Monod a rapporté également deux faits très-

curieux, dans l'un desquels la substance grise altérée et mise à nu à la face postérieure de la moelle présentait un écartement des cordons postérieurs ; toute la moelle épinière était fortement indurée. Dans l'autre cas, fort analogue à celui-ci, il y avait aussi écartement des cordons médullaires postérieurs; la substance grise était hypertrophiée et altérée à la face postérieure de la moelle.

Quelles que soient la marche et la cause de l'hypertrophie de la moelle épinière , et qu'elle affecte principalement la substance grise ou la substance blanche, les symptômes se rapprochent plus ou moins de ceux de la myélite chronique. M. Hutin pense que lorsque l'induration du tissu nerveux coïncide, dans la moelle épinière, avec son hypertrophie, coïncidence qui est assez commune, du reste, on observe une exaltation notable de la sensibilité tactile dans les parties qui correspondent au siège de l'altération, ainsi que des convulsions, des contractions spasmodiques, des fourmillements douloureux. Il croit avoir remarqué que l'hypertrophie seule donne lieu à l'exagération plus ou moins grande de la sensibilité tactile. Le même phénomène s'est rencontré dans quelques cas de myélite aiguë terminée par ramollissement, et il a manqué dans plusieurs exemples d'hypertrophie de la moelle.

Page 1