‹ Maladies de la moelle épinièreChapitre 23 sur 33 · TUBERCULES DANS LES MEMBRANES RACHIDIEMVES · texte numérisé non relu

TUBERCULES DANS LES MEMBRANES RACHIDIEMVES

Dans la carie scrofuleuse du rachis, Delpecli avait eu l'occasion d'observer assez souvent de la matière tuberculeuse dans l'épaisseur des membranes rachidiennes, et il pensait à ce sujet que si l'on trouve des ulcérations de ces membranes dans les affections de la colonne vertébrale, elles n'ont d'autre' cause que le ramollissement des tubercules qu'elles renfermaient. Quelquefois la matière tuberculeuse est comme infiltrée dans le tissu de la membrane; d'autres fois elle est disséminée sous forme de granulations très-petites, transparentes ; souvent aussi ce sont des noyaux isolés, des tubercules ayant leur enveloppe propre, finissant par se rapprocher et par se confondre en une seule masse plus ou moins volumineuse et comprimant la moelle.

Le développement de la même affection se rencontre aussi dans les méninges cérébrales et constitue la méningite tuberculeuse.

23/j MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

Nous allons rapporter quelques exemples où la matière tuberculeuse s'est ramollie dans la duremère rachidienne ou dans l'arachnoïde de la même région.

Une fille de quinze ans, présentant une gibbosité dans la partie inférieure de la région dorsale, fut admise à l'Hôtel-Dieu pour cause de dyspnée trèsgrande et de rigidité des muscles abdominaux. Examinée par le docteur Fouilhouy, elle ne peut donner aucun renseignement sur les circonstances commémoratives de la maladie. Huit jours après son entrée, les facultés intellectuelles et sensitives sont complètement abolies ; il y a raideur tétanique des membres supérieurs et inférieurs du tronc, dilatation des pupilles, pouls accéléré. Cet état ne dure que deux jours et la malade meurt. A l'autopsie on trouva la membrane fibreuse qui enveloppe le cordon rachidien épaissie au niveau de la gibbosité ; elle présentait dans son épaisseur plusieurs foyers remplis de matière tuberculeuse ramollie ; un liquide purulent remplissait la partie inférieure de la cavité méningienne et communiquait avec un abcès placé sous le faisceau ligamenteux antérieur, au niveau de la quatrième vertèbre lombaire. La moelle épinière, dans le point correspondant à l'épaisissement des membranes, était désorganisée dans l'étendue de deux pouces environ ; son volume était diminué de moitié, et cette sorte d'atrophie semblait dure à la compression que les membranes éj^aissies avaient opérée sur sa substance. '

Les tubercules ne sont pas toujours la suite d'une

afTection des os : on peut les observer aussi avec l'intégrité parfaite des pièces osseuses du rachis ; ils sont souvent situés entre la dure-mère et l'arachnoïde qu'ils "soulèvent. Chez un enfant qui succomba à une phthisie tuberculeuse, il y avait un tubercule ramolli entre la dure-mère et l'arachnoïde rachidienne à la partie latérale gauche delà base ducrâne, près du trou occipital ; il avait le volume d'une petite noix , et M. Gendrin vit qu'il déprimait le bulbe rachidien au-dessus de la racine du grand hypoglosse. Ge^ tubercule n'avait donné lieu à aucun symptôme particulier, sans doute parce que son développement avait été très-lent et peut-être chez un enfant trèspeu irritable. Les phénomènes ont été en effet trèsopposés dans un autre cas, également rapporté par M. Gendrin.

Un enfant de douze ans était affecté de convulsions qui occupaient surtout le bras ; elles n'étaient pas périodiques et se manifestaient irrégulièrement à des intervalles plus ou moins éloignés. Depuis un an, elles étaient devenues plus fréquentes et suivies de perte de connaissance. Cet enfant mourut d'une phthisie tuberculeuse. Outre les altérations pulmonaires, on trouva que la moelle épinière était comprimée par un tubercule de la grosseur d'une noisette, développé entre l'arachnoïde et la dure-mère rachidienne, vis-à-vis la troisième vertèbre verticale; il était dur, ramolli à son centre.

On a pu quelquefois rencontrer aussi dans la duremère des productions accidentelles semblables au tissu jaune fibreux artériel, et disposées par couches élastiques.

PRODUCTIONS MORBIDES DAiAS LE TISSU DE LA MOELLE ÉPLMÈRE.

C'est surtout le tissu encéphaloïde et cancéreux qui paraît se former quelquefois dans la pulpe nerveuse rachidienne, et c'est encore par des faits qu'il faut procéder quand ils ne sont pas assez nombreux pour l'élever à une description générale.

Un enfant de sept ans fut amené à Paris présentant des symptômes d'une méningite chronique, d'après l'opinion des médecins les plus habiles. Il mourut bientôt sans que les membres eussent été un instant paralysés. A l'autopsie on trouva des masses encéphaloïdes dans la partie postérieure et inférieure du cervelet; elles s'étendaient jusque dans l'intérieur du rachis, comprimant la moelle en haut et en arrière, de manière que les corps restiformes et olivaires étaient eux-mêmes altérés et comme changés en matière cérébriforme.

D'autres fois l'altération commence par le centre de la moelle épinière, comme l'a vu M. Velpeau, dans l'exemple suivant.

Une dame, âgée de trente-six ans, éprouvait, depuis un an environ, des mouvements convulsifs passagers ; peu de temps après, le bras gauche fut pris de douleurs très-vives ; il survint ensuite de la céphalalgie ; le bras gauche fut paralysé entièrement, ensuite de nouvelles conviilsions survinrent aussi dans les membres inférieurs, et furent suivies d'une paralysie complète. Admise à Saint-Cômc,

cette femme ne souffrait pas du bras gauche, qui était paralysé, mais dans lequel la sensibilité était conservée ; les mouvements du bras droit pouvaient encore s'exécuter, et ce dernier membre était le siège de vives douleurs. Il j avait une large escarre au sacrum ; tout le bas du corps, jusqu'à la moitié inférieure de la poitrine, était privé de sentiment et de mouvement ; déjections involontaires ; paralysie graduelle du bras droit, qui avait pu se mouvoir jusque là ; marasme et mort.

Ouverture du corps.

Des que la dure-mère racbidienne fut ouverte, on vit, sur les trois quarts intérieurs de l'arachnoïde sous-jacente une grande quantité de petites plaques d'un blanc opalin, du diamètre de quatre lignes, rugueuses par leur face qui regarde la moelle, lisses et polies par l'autre face. En enlevant la moelle, on découvre, en haut de la région dorsale, une production accidentelle qui couvre toate la face antérieure du cordon médullaire, depuis la sixième paire cervicale jusqu'à la troisième. Cette végétation cérébriforme, d'une nature grasse, d'un blanc jaunâtre, a comprimé la moelle et surtout sa portion gauche.

On peut remarquer encore ici les rapports entre le siège de cette tumeur fongueuse et aplatie, et les altérations successives qu'ont subies la motilité et la sensibilité, d'abord dans l'un des bras, et ensuite dans les deux jambes, quand la tumeur a pu comprimer assez fortement la moelle épinière. Ce qu'il

y a de curieux ici, c'est que la tumeur encéplialoïde s'est développée et a pris naissance dans la substance même de la moelle.

On comprend, dans l'histoire du cancer, une dégénérescence dont les caractères anatomiques sont très-difTérents de ceux du squirre et de l'encéphaloïde, c'est-à-dire la matière colloïde, ou le cancer gélatiniforme ; cette altération a été rencontrée dans la moelle épinière. Ainsi, dans un cas observé par M. Hutin, toute la moitié postérieure du cordon rachidien, y compris la substance grise, jusqu'à la commissure centrale, se trouvait convertie en une matière jaunâtre, transparente, brillante comme une forte solution gommeuse ; cette matière faisait saillie sur toute la face postérieure de la moelle, dont les faisceaux antérieurs étaient indurés ; la paralysie de la sensibilité était complète, et les membres étaient agités de mouvements irréguliers, analogues à ceux de la chorée.

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