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DÉFAUT DE RÉUNION DE LA PROSTATE, PROSTATE DOUBLE

Lorsqu’on a examiné le mode de développement des organes génitaux, on ne tarde pas à reconnaître qu’ils sont soumis à la lo d’évolution symétrique et centripète si bien établie par notre illustre maître, M. le professeur Serres. Or, il arrive un moment où les deux parties symétriques se réunissent pour former l’urèthre et les organes impairs situés sur la ligne médiane, au nombre desquels se trouve la prostate. Mais, par contre, ce travail formateur peut s’arrêter, et alors se produit un vice de conformation dans lequel l’urèthre est ouvert inférieurement, et la glande prostate séparée en deux lobes distincts. Il y a donc là un défaut de réunion , dont il résulte une double prostate , comme il y a une double glande de Méry, pendant toute la durée de la vie.

ARTICLE III

M. Jarjavay (3) ne craint pas d’avancer que jamaisle tissu glandulaire de la prostate ne se trouve au-devant de l’urèthre. Les précautions qu’il a prises pour bien distinguer les divers tissus de la

(1) Mém. de la Soc. méd. d'émulation , t. IV.

(2) Traité d’anat. topogr. médico-chirurg ., 2e édit., 1857, p. 378.

(3) Recherches anal, sur l'urèthre de l’homme. Paris, 1856, p. 112.

prostate nous font adopter pleinement son opinion. Aussi nous regardons comme une exception les deux faits relatés par M. le professeur Denonvilliers et par Tanchou. En effet, au dire de M. le professeur Velpeau, ces deux chirurgiens auraient rencontré chacun un sujet sur lequel l’urèthre était en entier au-dessous de la prostate. Il peut se faire aussi que la réunion opérée en arrière des voies urinaires ne se fasse pas en avant, et alors on a l’exstrophie vésicale simple, sans vice de conformation des organes situés en arrière comme la prostate. Ainsi s’expliquent les faits de Pinel et d’Alessandrini.

ARTICLE IV

Les observations anatomiques d’absence de la prostate sont très rares. Il est probable qu’après les opérations de taille dans le jeune âge la prostate ne se développe pas, ou bien qu’après des abcès elle diminue beaucoup de volume ; mais est-ce bien là ce qu’il faut comprendre par atrophie? Je ne le pense pas. Il convient mieux de donner ce nom à une diminution du volume de la prostate sans lésion physique ou mécanique qui l’ait provoquée. Alors nous admettrons deux sortes d'atrophies : l’une, qui est la vraie atrophie, portant sur tous les éléments de la glande proprement dite; l’autre n’atteignant qu’un des éléments de la glande, tandis que les autres peuvent s’hypertrophier ou rester stationnaires.

M. le professeur Cruveilhier (1) a décrit un exemple assez remarquable de la première variété.

“ La prostate, dit-il, formait un cylindre complet autour du canal de l’urèthre, et même, par une disposition bien rare, la prostate manquait en partie autour de la partie inférieure de ce canal, ou plutôt elle était remplacée par les lobules décrits, tandis qu’elle était très épaisse autour de la partie supérieure de l’urèthre. Ce n est pas la première fois que je remarque cette disposition, qui s explique .ou par l’atrophie d’une portion de la prostate ou par le déplacement d’un certain nombre de grains glanduleux qui sont rejetés de l’un ou de l’autre côté.

” La facilité avec laquelle les granulations prostatiques se déplacent n explique- t-elle pas, en partie, pourquoi l’usage long-

(I) Traité d’anat. path. gêner., t. III, p. 48.

temps continué de grosses sondes a pu guérir certaines rétentions d’urine avec hypertrophie de la prostate 1 On pourrait également admettre que ces très grosses sondes peuvent, par leur présence, atrophier la partie inférieure de la prostate.

Les deux faits précédemment cités de M. Denonvilliers et de Tanchoune pourraient-ils pas s’expliquer par ces considérations?

La seconde variété d’atrophie a lieu de la manière suivante. Un corps fibreux, une tumeur quelconque se développe au milieu ou dans le voisinage de la prostate. Il en résulte une compression permanente de cet organe, et par suite son atrophie. M. Jarjavay (1) en a signalé des exemples. Il peut se faire encore que les fibres musculaires de la prostate qui enlacent les conduits de la glande s’hypertrophient ; alors ils atrophient cette glande par la compression.

De la direction des fibres musculaires du col de la vessie vers la prostate résulte que les lobes latéraux de cette glande ont déjà une tendance à être portés en avant et en dehors. L’hypertrophie de la prostate s’accompagnant presque toujours de celle du col vésical, cette tendance à la projection centrifuge des lobes latéraux de la glande sera encore plus grande dans cette maladie.

Les causes de cette atrophie sont à peu près inconnues. L’âge n’a certainement pas l’influence que de Graaf et Portai lui attribuaient. Au lieu de diminuer chez les vieillards, la prostate augmente considérablement. On a prétendu que la prostate était atrophiée chez les sujets épuisés, rachitiques. Nous dirons plus tard que le séjour d’un calcul dans le col vésical amène une atrophie plus ou moins marquée de la prostate.

Quand un malade est atteint d’une atrophie de la prostate, il ne s’en doute souvent pas. C’est par hasard que le chirurgien découvre cette lésion par le toucher, ou bien en pratiquant le cathétérisme. Ainsi, en portant le doigt dans le rectum, on sent qu’à la place d’un tissu dur, bosselé régulièrement de chaque côté de l’urèthre, il n’existe plus que des parties molles, souples, et si la sonde est dans l’urèthre, on la sent avec le doigt d’une manière très facile. De plus, le cathétérisme offre quelques particularités. Lorsque la sonde a franchi la courbure de l’urèthre, elle paraît entrer subitement dans la vessie sans qu’il soit nécessaire de relever son bec, comme il faut le faire dans les cas d’hypertrophie.

(1) Recherches anat . sur l’urèthre, p. H 3.

Suivant M. Civiale, au lieu d’être dévié en haut, l’orifice vésical est en quelque sorte porté en bas vers le rectum, et se trouve plus rapproché de l’arcade pubienne. La partie prostatique de l’urèthre étant très courte et en général très dilatée, et la partie membraneuse ayant peut-être moins de longueur, il en résulte que l’urine commence à couler aussitôt que les yeux de la sonde ont dépassé la courbure. On a dit que l’atrophie de la prostate amenait l’incontinence d’urine, mais M. Civiale s’élève contre cette opinion.

Il ne faudrait pas confondre l’atrophie de la prostate avec cet état dont nous avons parlé, état dans lequel les lobes latéraux sont portés en dehors, et dans lequel l’urèthre est senti très facilement par le toucher rectal.

L’atrophie de la prostate est, en général, peu grave en ellemême. Cependant les malades sont souvent tourmentés par des dérangements du côté de l’excrétion urinaire, et quelquefois ils sont impuissants; mais, après tout, leur santé est très supportable. Toutefois cette règle n’est pas sans exception. M. Civiale a vu des malades éprouver des douleurs vives et profondes.

L’art ne possède aucun moyen pour guérir l’atrophie de la prostate. On se bornera à combattre les accidents qui peuvent se déclarer du côté de l’excrétion de l’urine.

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