CHAPITRE IV
On ne trouve dans Morgagni que des renseignements peu précis sur les tubercules de la prostate.
Dans un très court chapitre intitulé : Etat scrophuleux de la prostate , Sœmmerring (1) se contente de rapporter l’opinion de Baillie, de Burgraw et de Howsip.
Baillie a trouvé , en incisant la prostate , la même matière blanche et caillée qu’on rencontre dans une glande lymphatique scrofuleuse. La compression faisait sortir des canaux excréteurs de la première un pus de mauvaise nature. Dans cette circonstance, la prostate, ramollie, se laisse aisément traverser par le cathéter, lorsque cet instrument est introduit avec force.
Burgraw voulait sans doute parler de l’engorgement tuberculeux de la prostate, quand il la décrivait remplie d'une matière sébacée.
(1) Loc.cit p. 160.
Ou ne touve aucun renseignement sur ce point dans les traités de Home et de Howsip. On ne peut guère regarder comme appartenant aux tubercules les quelques lignes tirées de ce dernier auteur, et rapportées par Sœmmerring. Il y est question, en effet, de fongosités douloureuses. Y a-t-il là un caractère du tubercule'?
Verdier décrit les tubercules de la prostate :
Dans les prostates où des phlegmons ont avorté depuis un certain temps, on rencontre, à l'état miliaire ou en masses volumineuses et enkystées,, une matière jaunâtre, pâteuse, qui n’est autre chose que du pus dont la partie liquide a été absorbée, et qui est réduit aux s^s et à la matière grasse qui entrait dans sa composition.
« A l’état miliaire ou en masses plus volumineuses, on trouve aussi dans la prostate une matière crétacée qui n’est elle-même que la partie saline du pus. Ces amas de matière inorganique sont toujours contenus dans une enveloppe qui se rapproche d’autant plus de l’état cartilagineux que le tubercule existe depuis plus longtemps. «
M. Velpeau a consacré un paragraphe aux tubercules de la prostate. Il s’est borné à expliquer comment les tubercules peuvent naître dans la prostate. Pour lui, quand la suppuration ne se réunit pas en un seul foyer, quand elle constitue une grande quantité de petits abcès disséminés dans la glande, elle donne lieu à de petites granulations qui ne sont autres que des tubercules.
Cependant M. Velpeau reste dans le doute sur la valeur de cette interprétation, car il a vu ces amas se ramollir, tantôt de la circonférence au centre, tantôt d’une manière tout inverse.
M. Lebert (1) avoue qu’il y a peu de ch )se à dire sur la tuberculisation des organes génito-urinaires; il dit avoir observé des tubercules dans la prostate, il n’en donne pas la description.
M. Dugas ne fait que mentionner les tubercules prostatiques sans les décrire ; cependant il a soin de dire qu’il ne les confond pas avec le pus qui distend les follicules muqueux après une inflammation terminée par suppuration.
Au dire de M. Dugas, Vidal aurait vu des tubercules de la prostate à leur premier état : c’étaient des granulations telles
(I) Maladies scrofuleuses el tuberculeuses. Paris, 1849.
qu’on les rencontre dans les poumons, et constituant ce que Bayle appelait la phthisie granuleuse ; ces tubercules étaient miliaires, de demi-transparence, comme celle de la corne fondue.
Les Bulletins de la Société anatomique renferment plusieurs observations où il est fait mention des tubercules de la prostate.
M. le professeur Cruveilhier (1), dans un mémoire sur le sarcocèle, dit avoir rencontré une prostate contenant dans son épaisseur un grand nombre de tubercules creux à leur centre.
M. Viard (2) a communiqué à la Société anatomique deux observations intéressantes :
Obs. 3. — Caverne tuberculeuse de la prostate. — Tubercules et ulcérations
de la vessie.
Lecler (Victor), âgé de trente-cinq ans, terrassier, d’un tempérament lymphatique, est entré le 13 juillet 1 846 à l’hôpital du Midi, service de M. Vidal (de Cassis), à la salle 1 0, lit n° 1 5.
Cet homme, sans blennorrhagie antérieure, sans autre cause connue, a vu naître peu à peu une tumeur à la région périnéale, à droite du raplié, à un pouce environ de l’anus.
Lorsqu’il entra à l’ hôpital , le 13 juillet 1 846, cette tumeur était douloureuse; les bougies introduites dans l’urèthre n’arrivaient dans la vessie qu’avec beaucoup de difficultés et en provoquant des souffrances aiguës. Quelques jours après, Vidal ouvrit cette tumeur ; il en sortit beaucoup de matière purulente, et les douleurs se calmèrent comme par enchantement. Pendant trois ou quatre jours, il ne s’écoula que du pus par l’ouverture périnéale; au bout de ce temps un peu d’urine vint s’y mêler, et bientôt toute l’urine sortit par là. Les sondes introduites par le méat urinaire, dans le but sans doute d’obtenir la cicatrisation de cette fistule, ne purent jamais parvenir dans la vessie. En même temps l’état général du malade s’aggrava, il commença à tousser, à suer la nuit, à maigrir s--. :out. Tels sont les renseignements que j’ai pu recueillir sur lui.
Au premier janvier 1847, j’entrai comme interne dans le service, et voici ce que je constatai moi-même sur ce malade : il existe maintenant au périnée deux orifices fistuleux (il s’en est ouvert un autre, en avant et en dehors du premier), par lesquels passe toute l’urine : il n’en sort aucune goutte par le canal de l’urèthre ; douleurs peu notables ; je trouve tous les signes stéthoscopiques et rationnels de l’affection tuberculeuse des poumons : commencement d’expiration prolongée du côté droit, crachats épais et un peu visqueux.
(1) Bull, de la Soc. anal. Paris, 1813, p. 197.
(2) Bull, de la Soc , anal. Paris, 1847, p. 326 et suiv.
Le \ 5, idem. Le malade est à peu près dans le même état ; il accuse de l’insomnie (looch diacodé).
Le 1er février. La pâleur et la faiblesse sont plus grandes, le sommeil est un peu agité; les parties latérales du thorax sont le siège de quelques douleurs. L’urine continue à passer par la fistule périnéale ; les bougies et l'es sondes ne peuvent arriver jusqu’à la vessie.
Le \ 5, idem. Les signes de lésions pulmonaires sont plus distincts ; la matité est plus grande ; on perçoit peu de râles sibilants dans toute l’étendue du poumon droit, et quelques craquements secs sous les clavicules ; les crachats sont plus épais et prennent une couleur verdâtre ; 1 oppression est plus considérable ; il y a de la diarrhée.
Le 1er mars, les orifices fistuleux prennent un aspect grisâtre; la dyspnée est plus forte : on entend dans la poitrine quelques bulles de râle sous-crépitant; il existe un léger mouvement fébrile, la face du malade présente un aspect terreux. (Lotions sur le périnée avec de l’eau-de-vie camphrée.)
Le 8, idem. Les lèvres des plaies fistuleuses deviennent noires; il ne passe plus que quelques gouttes d’urine; le malade est très faible, il se fait une espèce de râle trachéal ; les bulles de râle sous-crépitant sont plus grosses et plus nombreuses; il y a un peu de retentissement de la voix : la dyspnée est très considérable et gêne beaucoup le malade pour parler; le pouls est petit et fréquent.
Le 9, idem. Mort à huit heures du matin.
Autopsie. — Adhérences nombreuses des deux feuillets de la plèvre, surtout du côté droit; les deux poumons, le droit surtout, sont remplis de tubercules dont les plus gros ne dépassent pas le volume d’une petite noisette; la plupart sont à l’état miliaire; on en trouve quelques-uns plus ou moins complètement ramollis.
Quelques ganglions bronchiques sont tuberculeux.
Il n’y a rien ni dans le larynx, ni dans la trachée.
Le cerveau est sain. Quelques-uns des ganglions mésentériques pré sentent des tubercules.
Organes génito-urinaires. — Les orifices fistuleux présentent une couleur noire, un aspect gangréneux; en disséquant le périnée, on trouve, sur la ligne médiane, la paroi inférieure des portions prostatique et membraneuse de l’urèthre dénudée; la première l’est dans toute son étendue, la deuxième nè l’est qu’à sa partie postérieure; cette paroi est épaissie, son tissu présente un aspect blanchâtre comme granuleux, il est dur, et crie sous le scalpel.
On ne trouve plus à la place de la prostate qu’une poche assez considérable, de forme irrégulière, se prolongeant jusqu’au bas-fond de la vessie; sa surface interne est couverte de granulations qui, à l’incision, offrent tous les caractères des tubercules , sa couleur est noirâtre ; on trouve encore dans cette poche quelques parcelles de détritus gangréneux.
Il n’existe qu’un seul trajet fistuleux présentant deux orifices externes :
1 un des deux aboutit un peu en avant et en dedans de la tubérosité do l’ischion, l’autre est situé un peu en avant sous la branche descendante du pubis; ils ne sont séparés que par un pont formé par la peau et d’autres parties qu’il est très difficile de reconnaître; le trajet fistuleux contourne
donc la branche descendante du pubis et la racine des corps caverneux ; ceux-ci sont légèrement attaqués.
Si on introduit une sonde par le canal de l’urèthre, on voit que la communication de ce canal avec la poche prostatique a lieu à sa partie supérieure ou pubienne ; l’étendue de la perforation est considérable.
La sonde ne peut pénétrer dans la vessie; mais son bec arrive jusqu'à sa partie postérieure, dans la portion delà poche prostatique sous-jacente.
En pressant la vessie, on sent qu’elle renferme une certaine quantité de liquide qu’on ne peut faire sortir ; à l’ouverture de cet organe, il s’est échappé environ un verre d’urine purulente. Les parois de la vessie sont considérablement hypertrophiées, surtout au col, dans la région qui répond à la prostate; l’épaisseur de la paroi, dans cette partie de l’organe, est au moins de trois ou quatre millimètres. Les tissus sont durs, comme fibreux, et crient sous le scalpel ; on remarque quelques petits tubercules enkystés, disséminés au milieu d’eux. En regardant attentivement la coupe des parois de la vessie, on voit très distinctement que l’hypertrophie porte principalement sur la tunique musculeuse dont les fibres sont très apparentes.
La surface interne de cet organe est granulée, surtout près du col où il existe deux ou trois mamelons assez gros, surmontés d’ulcérations dont les plus grandes offrent le diamètre d’une pièce de 2 francs ; ces ulcérations sont taillées à pic; leur fond est grisâtre et comme fongueux ; leur circonférence est échancrée à différents endroits ; les bords forment des espèces de bourrelets d’un rouge vif; on ne trouve au-dessous que des tissus simplement hypertrophiés; presque toutes ces ulcérations ont leur siégé à la base de la vessie et dans le trigone, deux ou trois seulement au somhiet. L’ouverture du col paraît complètement oblitérée, du moins toutes nos recherches pour la trouver ont été infructueuses ; en passant un stylet par les uretères, on voit qu’ils s’ouvrent toujours dans la vessie, et chaque orifice aboutit au sommet d’un mamelon dont nous avons déjà parlé, et au centre d’une ulcération tout près du col.
Les vésicules séminales sont oblitérées, ainsi que la partie adjacente des canaux déférents, et converties en un tissu analogue à celui de la vessie. Tous les ganglions voisins sont tuberculeux.
Les reins n’offrent pas de lésions appréciables.
Les testicules renferment aussi des tubercules ; on en trouve en outre des deux côtés, dans la tête de l’épididyme ; on en rencontre un du volume d’un gros pois, dans l’épaisseur même du testicule gauche. Ces tubercules sont durs et se laissent énucléer avec assez de facilité.
Obs. 4. — Cavernes tuberculeuses de la prostate, des vésicules séminales et des testicules. — Ulcérations tuberculeuses de la vessie et des canaux déférents.
Le nommé Baudrier (Auguste), âgé de quarante ans, serrurier, entra le 17 mai 1847, salle 11e, lit n° 4 (hôpital du Midi, service de M. Vidal), pour se faire traiter d'une rétention d’urine; à la consultation, il ne manifestait aucune douleur considérable, aucun besoin pressant d’uriner, mais dans la journée son état s’aggrava, et sur les cinq heures on me fit appeler. Le malade, quand j’arrivai, avait complètement perdu connaissance, et respirait avec beaucoup de difficultés ; j’examinai le ventre que je trouvai
très tendu, et immédiatement, je tentai le cathétérisme ; la sonde que j’employai, quoique d’un faible calibre, fut arrêtée pendant assez longtemps dans la région prostatique ; enfin, sous une pression douce et modérée, j’eus la sensation d’une valvule qui se soulevait ; la sonde entra dans la vessie, et il s’écoula une grande quantité d’urine, entièrement décomposée, offrant une odeur ammoniacale très prononcée, contenant beaucoup de mucus et des grumeaux blancs d’aspect tuberculeux.
L’évacuation de l’urine soulagea aussitôt le malade, qui parut avoir repris ses forces et respirer beaucoup plus facilement, il demanda même à manger. A huit heures du matin, mort.
Autopsie. — Poumons. — Les poumons renferment une grande quantité de tubercules à différents états, de crus, de ramollis ; on y voyait aussi des cavernes dont les plus considérables sont assez vastes pour contenir une petite noix.
Les ganglions bronchiques ne sont pas tuberculeux.
Tube digestif. — Les intestins présentent des ulcérations dont le fond paraît tuberculeux ; on trouve un amas considérable de ces ulcérations dans l’intestin grêle, près de la valvule iléo-cæcale. La plupart des ganglions mésentériques contiennent des tubercules. Le foie est un peu plus volumineux qu’à l’état normal.
Organes génito-urinaires. — A l’ouverture de la vessie, il s’écoule une grande quantité d’urine décomposée et contenant des grumeaux d’aspect tuberculeux. Les parois de cet organe sont hypertrophiées, surtout dans la région prostatique; cette hypertrophie porte principalement sur la tunique musculeuse; la muqueuse vésicale est couverte d’ulcérations de différentes grandeurs, présentant les mêmes caractères que celles que j’ai décrites dans l’observation précédente. Leur fond est évidemment tuberculeux.
Les uretères s’ouvrent, librement dans la vessie ; seulement celui du côté droit a acquis un calibre très considérable. L’ouverture du col de la vessie dans l’urèthre est peu rétrécie.
L’urèthre est sain dans ses deux portions membraneuse et spongieuse ; mais la paroi inférieure ou prostatique de la troisième portion présente trois perforations considérables.
On ne trouve plus à la place de la prostate qu’une coque membraneuse, renfermant une quantité de liquide semblable à celui que contenait la vessie ; la paroi interne est tapissée d’une fausse membrane, couverte de granulations tuberculeuses. Cette partie communique avec la cavité de l’urèthre, et par elleavec le canal de la vessie ; du côté droit, elle s’étend jusqu’au niveau du point de jonction des branches ascendantes du pubis et descendantes de l’ischion.
Les reins ne présentent aucune lésion.
Les canaux déférents et les vésicules séminales participent aussi à l’altération ; leurs parois sont épaissies, dures, et crient sous le scalpel ; leur cavité est obstruée par la matière tuberculeuse, et présente sur la paro interne des ulcérations et des cavernes tuberculeuses.
Les testicules et les épididymes renferment aussi des tubercules en voie de ramollissement et des cavernes.
Le cerveau, examiné, est parfaitement sain. (Viard.)
Malgré tous ces travaux, Vidal soutenait en 1855 que l’étude de la tuberculisation de la prostate était très peu avancée. En effet, l’anatomie pathologique n’avait pas été encore envisagée avec des vues assez larges, et l’on ne s’était pas demandé quelle relation il pouvait y avoir entre la tuberculisation locale et la tuberculisation générale. Aussi la clinique et la thérapeutique de cette affection laissaient beaucoup à désirer.
Dans ces dernières années cependant des faits nouveaux ont été produits, et nous signalerons en première ligne les trois observations consignées dans le traité de Vidal et les recherches de M. Dufour.
L’observation suivante de Vidal montre le tubercule de la prostate à l'état de ramollissement le plus avancé :
Obs. 5 (4). — Le nommé Gravot, âgé de cinquante-sept ans, journalier, entra le 26 février 1850, à l’hôpital du Midi, pour des troubles dans les fonctions urinaires et des douleurs lancinantes dans le testicule gauche.
Cet homme, vers le mois de mars de l’année précédente, avait éprouvé des douleurs semblables dans le testicule droit, qui était devenu le siège d une tuméfaction lente, et depuis lors toujours croissante. En même temps étaient survenus des besoins fréquents d’uriner, des douleurs et des cuissons à la fin de la miction, qui n’avait lieu qu’avec effort ; les urines renfermaient un dépôt glaireux. Au moins de juin suivant, le malade était entré déjà à l’hôpital du Midi, où il avait subi pendant deux mois un traitement infructueux (iodure de potassium). Enfin, le 4 août, l’amputation du testicule droit avait été pratiquée, et l’autopsie avait démontré que la dégénérescence de la glande séminale était de nature tuberculeuse. Le 31 août, le malade était sorti, conservant un engorgement du cordon spermatique droit.
Au mois de novembre, une tumeur blanche s’était développée dans l’articulation interphalangienne du pouce gauche.
Un mois avant l’entrée du malade à l’hôpital (4 850), et sans cause appréciable, le testicule gauche devint à son tour le siège d’élancements ; à partir de la même époque il y eut du malaise, de l’inappétence, de l'insomnie.
Le 26 février 4 850, date de la rentrée, on constata un engorgement inégal, à bosselures arrondies de l’épididyme gauche. Le malade éprouvait des deux côtés, sur le trajet des cordons testiculaires, des douleurs qui allaients’irradiant dans l’abdomen. Il existait, en outre, des symptômes de catarrhe vésical. Le pouce gauche était le siège d'une tumeur blanche ulcérée. La maigreur était prononcée. On administra l’huile de foie de morue. Vers le commencement de mars, il survint de la diarrhée, une toux très fatigante et une expectoration de crachats jaunâtres, mêlés de matières filantes.
Mort le 1 9 mars.
A l’autopsie, on trouva l’épididyme restant (gauche) complètement tu-
(I) Vidal, Traite de pathol., t. 4, p. 677.
berculeux ; au niveau de la queue existait une petite niasse ramollie au centre.
Le tçsticule était seulement atrophié et ramolli.
Le canal déférent du côté amputé (droit) offrait, depuis le moignon jusqu’à la véhicule séminale, le volume d’une plume d’oie; il était dur, rigide, oblitéré par une masse tuberculeuse à letat cru, qui se trouvait enveloppée dans la tunique fibreuse dilatée du conduit. Les vésicules séminales, à parois épaisses, indurées, étaient infiltrées de tubercules crus du volume d’un pois.
La vessie présentait quelques petits tubercules crus sous -muqueux, au niveau du trigooe.
La prostate était transformée en une véritable caverne de la capacité d’une grosse noix. Les parois de cette excavation étaient anfractueuses, et formées aux dépens de masses tuberculeuses arrr ées à divers degrés de ramollissement. Elle communiquait largement ou plutôt se confondait avec les cavités vésicale et uréthrale; elle était remplie d’urine laiteuse et. mêlée de grumeaux tuberculeux.
L’urèthre offrait çà et là, dans toute sa longueur, des tubercules sousmuqueux; deux étaient tout voisins du méat urinaire : on voyait, de plus deux ulcérations ovalaires, à fond tuberculeux, dans la partie spongieuse, et quelques ulcérations plus petites dans la portion membraneuse.
Enfin les poumons, surtout le gauche, étaient infiltrés d’un grand nombre de tubercules miliaires, avec induration du tissu pulmonaire ambiant. (Observation recueillie par M. Legrand, interne des hôpitaux.)
Dans l’observation qui suit, due encore à Vidal, on voit que le tubercule était peu avancé dans la prostate, tandis qu’il avait parcouru toutes ses phases dans les autres organes. Aussi, malgré sa longueur, nous croyons qu’elle est assez intéressante pour que nous la reproduisions .
Obs. 6. — Reins et uretères. — Le rein gauche a environ quatre pouces et demi de hauteur, trois pouces et demi de largeur. A part un peu de décoloration, son tissu est à l’état normal. L’uretère de ce côté est dilaté dans toute son étendue, aussi large que le bassinet. Sa paroi incisée et étendue présente une largeur de trois centimètres. Elle est parfaitement saine.
Le rein droit présente un pouce de plus que l’autre en hauteur ; il n’est pas plus large, mais il est plus épais, plus arrondi. Du reste, sa forme est parfaitement régulière, la capsule fibreuse n’est nullement altérée. La surface du rein est d’un gris pâle, légèrement verdâtre sur la face antérieure. On y trouve des taches ardoisées et des points d’un blanc jaunâtre qui foni une légère saillie et offrent un peu de résistance au doigt. Çà et là on vot quelques arborisations vasculaires se dessiner en rouge vif sur le fond blanchâtre. Au toucher, le rein paraît avoir sa consistance normale.
Le tissu cellulaire du hile, ainsi que celui qui entoure l’uretère, est très adhérent aux parties qu’il recouvre, et paraît même confondu avec les parois de l’urèthre. 11 faut l’enlever par parcelles pour mettre à nu ce canal et le bassinet ; la graisse qu’il contient a un aspect gélatineux.
L’uretère a le volume du pouce dans l’étendue de quatre travers de doigt à sa partie supérieure : puis il se rétrécit et ne présente plus que le volume du petit doigt dans l’étendue de six centimètres. Il augmente de nouveau jusqu'à son entrée dans la vessie. Il est d’une couleur ardoisée; ses parois sont très épaisses, très dures, très inégales, surtout là où son volume est le plus considérable. Tl est très adhérent à la veine cave; il croise une masse de ganglions lombaires tuberculeux auxquels il est uni assez intimement.
La cavité du bassinet, des calices et de l’uretère était remplie, avant l’incision de ces parties, d'une bouillie granuleuse, formée évidemment de matière tuberculeuse ramollie.
Incisées dans toute leur longueur, les parois de l’urèthre ont une épaisseur de deux à trois millimètres, et sont formées en partie par une couche de matière tuberculeuse non ramollie, d'un gris sale. Cette couche est continue jusqu’au bassinet et présente une épaisseur variable à diverses hauteurs. A l’entrée du bassinet, cette matière morbide forme une plaque isolée, d’un centimètre et demi de diamètre, autour de laquelle on voit le tissu de l’uretère, avec une couleur d un brun ardoisé. Cette substance est . très adhérente et paraît grumeleuse ; mais si l’on en enlève une tranche avec le scalpel, sa coupe est parfaitement lisse.
Cette altération se prolonge dans toutes les directions des calices, où elle forme une couche continue, plus épaisse encore que dans l’uretère. Elle envahit les cônes de substance tubuleuse dans une étendue variable à partir de leur sommet. Le maximum de cette étendue est de cinq millimètres environ. Le tissu rénal qui entoure ces dépôts de matière tuberculeuse est mou, noirâtre, désorganisé, se déchire facilement. Dans le reste de la substance tubuleuse et dans la substance corticale, on trouve çà et là quelques granulations très discrètes. Les deux substances sont un peu injectées.
Vessie. — La vessie, un peu moins volumineuse que le poing à l’état de distension, est remplie d’une bouillie semblable à celle que nous avons trouvée dans les calices. La face externe est à l’état normal. La muqueuse est complètement détruite. Des colonnes charnues sillonnent la face interne du viscère. Ses parois présentent 5 à 6 millimètres sur les parties latérale et antérieure, 3 à 4 millimètres en arrière. Les fibres charnues sont très apparentes sur la coupe des parois vésicales.
Sur la partie de la face interne de la vessie qui correspond à l’intervalle qui sépare les vésicules séminales, on trouve une couche de matière tuberculeuse qui s’enlève facilement. En bas, au pourtour du col, toute l’épaisseur des parois est envahie par le même produit sous forme d’une large plaque. Dans le reste de l’étendue de la cavité, les tissus ont un aspect de macération très prononcé.
Prostate. — La prostate, dont le lobe droit a 3 centimètres de hauteur sur 2 centimètres et demi de largeur, et le lobe gauche 2 centimètres de hauteur sur \ centimètre et demi de largeur, présente aussi des dépôts tuberculeux dans l’épaisseur de son tissu. Dans le lobe droit, on trouve un noyau principal aussi volumineux qu’une aveline. Dans le lobe gauche, il y en a eu deux, dont un , plus voisin de la face postérieure, a le volume d’un haricot; l’autre, plus en avant, est plus petit. Deux ou trois autres noyaux, delà grosseur d’un pois environ, sont disséminés çà et là dans la
substance prostatique. Le lobe moyen est très peu développé. La matière tuberculeuse est encore à l’état de crudité, cependant elle commence à prendre la consistance caséeuse.
Testicules, canaux déférents. — Rien dans les testicules, ni dans les canaux déférents. Les vésicules séminales ont des parois dures, épaisses, et sont remplies d’un liquide gélatiniforme. Mais on n’y trouve pas de matière tuberculeuse.
Les deux poumons sont farcis dans toute leur étendue de tubercules ramollis. Çà et là quelques petites cavernes, dont les plus considérables pourraient contenir une noisette. Les ganglions bronchiques et mésentériques sont envahis par la matière tuberculeuse. Le péricarde contient environ un demi-verre de sérosité. Dans tous les organes où nous l'avons rencontré, le dépôt morbide nous a offert au microscope les caractères des tubercules.
La dernière observation de Vidal est un bel exemple du mode de terminaison de la tuberculisation prostatique.
Obs. 7. — Le nommé Trolé, fruitier, âgé de trente-cinq ans, entré dans le service le 22 février 1 850.
Huit ans auparavant il avait subi, dans le service de M. Puche, un traitement par les bougies, pour une difficulté d’uriner survenue à la suite d’un écoulement. Sorti guéri; seize mois avant sa rentrée, nouvel écoulement; jamais bien guéri.
En juillet I 849, orchite gauche, pas de traitement.
Le 22 juillet 1850, cet homme venait réclamer des soins pour une fistule urinaire siégeant au périnée et qui s’y était établie depuis quatre mois. Il avait depuis six mois environ ; considérablement maigri, et souffrait de vomissements revenant de temps à autre, son teint était cachectique. Au mois de mars, son état s’aggrava rapidement : les vomissements redoublèrent, l’abdomen devint très sensible à la pression ; il y eut de la toux , l’oreille fit entendre aux deux sommets des poumons une respiration rude et prolongée. Dévoiement colliquatif. Dans ses derniers jours, le malade fut tourmenté par des besoins fréquents d’uriner. Mort le 16 avril. A l’autopsie, péritonite tuberculeuse générale type.
Les deux épididymes sont complètement transformés en masses tuberculeuses ramollies au centre, les canaux déférents sont sains.
Le rein gauche est infiltré de matière tuberculeuse ramollie, ainsi que l’urèthre du même côté. La vessie, très petite, renferme quelques tubercules sous-muqueux en voie de ramollissement.
La prostate est transformée en une vaste caverne à parois tuberculeuses irrégulièrement sculptées, qui communique avec l’urèthre par une large ouverture située immédiatement au-devant du vérumontanum.
La portion membraneuse de l’urèthre est détruite, anfractueuse et communique par trois ouvertures avec un trajet fistuleux qui, situé en grande partie sous la peau, aboutit à l’orifice fistuleux du périnée.
La muqueuse de la portion spongieuse est extrêmement rugueuse, ce qui tient à une véritable éruption de tubercules crus sous-muqueux (miliaires).
Les vésicules séminales sont dures, volumineuses, confondues en un bourrelet transversal infiltré de tubercules ramollis. (Legrand.)
Les deux observations qui vont être rapportées nous paraissent bien propres à montrer les relations qui existent entre les affections tuberculeuses de la prostate et celle des autres organes.
Obs. 8. — T..., 25 3ns, admis à l’hôpital pour un abcès froid delà région dorsale. — Ce malade présente de plus une épididymite tuberculeuse, avec fistule scrotale du côté droit. — L’origine de cette dernière affection remonterait à sept mois environ. — Adénopathie inguinale droite , de nature strumeuse, en voie de suppuration. — Canal déférent droit hypertrophié, dur, monüiforme. — Aucun signe de tuberculisation pulmonaire.
Ouverture de l’abcès, qui était très tendu et menaçait de perforer les téguments. — Suppuration très abondante. — Accidents fébriles, diarrhée, affaiblissement, puis symptômes d’infection purulente. Mort rapide.
Dans les dernières semaines de la vie du malade, formation d’un noyau induré occupant la tête de l’épididyme gauche.
De plus, écoulement purulent par l'urèthre , avec absence complète de tout symptôme inflammatoire du canal. — Suppuration jaunâtre , phlegmoneuse , d' apparence blennorrhagique .
Autopsie. — Abcès métastatiques énormes du poumon et du foie. — Petit abcès dans le rein gauche. — Double pleurésie séro-purulente.
Epididyme droit. — Le globus major est converti en un putrilage blanc jaunâtre, au centre duquel se trouve un pus mal lié, grumeleux ; au-dessous, le tissu de l’organe est infiltré d’une matière blanc grisâtre, très dure, d’aspect tuberculeux.
Epididyme gauche. — Noyau tuberculeux occupant le globus major.
Testicules sains.
Prostate. — Cet organe est parsemé de noyaux constitués par une matière blanc jaunâtre, semblable à du mastic, ramollie sur certains points et presque diffluente, complètement liquéfiée sur d'autres points. — Perforation de l’urèthre au niveau de la prostate, établissant une communication entre ce canal et une large caverne prostatique, à moitié remplie de pus. (C’était de là que provenait l’écoulement uréthral qui s’était manifesté dans ies derniers temps de la vie du malade.)
Infiltration tuberculeuse des vésicules séminales. — Même dégénérescence du canal déférent [côté droit).
La nature tuberculeuse des noyaux de la prostate et de Tépididyme a été démontrée par l’examen microscopique. (A. Fournier.)
Obs. 9 — Il y a environ un mois je trouvai, à l’amphithéâtre des hôpitaux, un sujet ayant cinquante ar.s environ, dont les testicules étaient malades. Je reconnus bientôt qu’il s’agissait d une tuberculisation des organes géni to-urinaires. Jepriai alors un demesélèves, M. Charbonel, de disséquer attentivement tous ces organes. Or, voici ce que nous avons observé en coupant la prostate .
Cette glande était tout entière envahie par le tubercule. En effet, sa partie latérale gauche offrait une poche dans laquelle était renfermée de la matière tuberculeuse ramollie, de couleur gris verdâtre, légèrement fluide et ayant l’apparence du pus. Du côté droit, le tubercule était déposé dans une loge bien distincte; il était encore compacte, dur, et de couleur verdâtre. On ne voyait plus que des débris de la masse prostatique.
Les testicules offraient une altération analogue, mais plus avancée du
côté gauche. Il en était de même pour les vésicules séminales et le canal déférent. Les poumons étaient tuberculeux.
Les observations de M. Marjolin et de M. Broca offrent le plus grand intérêt, en ce qu’elles nous montrent la curabilité delà tuberculisation prostatique.
Obs. 10 (1). — M. Marjolin présente des pièces recueillies sur un homme qui, à une certaine époque, avait eu une gibbosité, une paraplégie et deux abcès par congestion qui étaient venus faire saillie aux aines. On applique des moxas sur le point malade de la colonne vertébrale, et dixhuit mois plus tard les abcès avaient disparu complètement, et la gibbosité était moindre.
Dernièrement ce malade eut une rétention d’urine, on le sonda, et le cathétérisme donna lieu à un écoulement considérable de pus ; à l'ouverture on trouva une dégénérescence tuberculeuse de la prostate et un vaste abcès autour de cet organe; lepididyme était rempli de matière tuberculeuse. Le corps de la troisième vertèbre lombaire était affaissé et réduit à très peu d’épaisseur; on n’y rencontrait point de tubercule. Les psoas formaient deux gaines presque ligamenteuses, contenant, la gauche, une matière caséeuse, la droite, une substance crétacée.
Obs. 11 (2). — M. Broca montre des tubercules crétacés nombreux développés dans l’épididyme et le canal déférent. Cette pièce a été trouvée sur le cadavre d’un homme de cinquante-cinq à soixante ans. Dans l’épaisseur de l’épididyme, existait une petite concrétion dure, faisant saillie sous la séreuse vaginale. Le cordon était moniliforme extérieurement, contenant de petites tumeurs blanchâtres, arrondies, l’une du volume d une noisette, les autres d’un pois, que je crus d’abord être des phlébolithes ; mais un examen plus attentif peut convaincre que ces masses crétacées sont contenues dans 1’épaisseur du cordon, qu’elles oblitèrent complètement, sans cependant donner lieu à des dilatations kystiques. Ces masses, que je crois être des tubercules crétacés, s’échelonnent jusqu’à la tête de l’épididyme. La prostate ne renferme qu’un seul tubercule crétacé. Les vésicules séminales étaient atrophiées, l'une d’elle contenait une petite masse tuberculeuse crétacée.
Nous mentionnons encore ici les observations dues à MM. Bacquias et L. Blin, parce qu’elles éclairent quelques points de la tuberculisation prostatique.
Obs. 12 (3). — M. Bacquias montre des tubercules développés dans les deux reins et dans la prostate d'un malade mort de paralysie générale à l’hospice de Bicêtre. Plusieurs tubercules crétacés et une caverne existaient au sommetd’un des poumons. Les deux reins, d’un volume ordinaire, sont criblés à leur surface de petits points tuberculeux. Ces petites masses, ramollies par plaques, se trouvent dans la substance corticale comme dans la tubuleuse, mêlées à un liquide purulent. La prostate, volumineuse, contenait également des tubercules ramollis.
(1) Bull, de la Soc. anat., 1838, p. 301.
(2) Bull, delà Soc. anal.y 1851, p. 89.
(3) Bull, delà Soc. anat.. 1851, p. 375.
Obs. 13 (1). — M. Louis Blin montre à la Société des pièces relatives à des tubercules des testicules, de la prostate, des canaux déférents, des vésicules séminales, et donne les détails suivants :
Le nommé Esslinger, âgé de quarante et un ans, est entré le 2 juillet 1 853, salle Saint- Lazare, 42, à l’Hôtel-Dieu. Ce malade, né de parentsbien constitués, dit avoir des frères et des sœurs qui jouissent d'une excellente santé. Il n’a jamais eu d’engorgements ganglionnaires dans son enfance.
En 1 837, il eut une fluxion de poitrine.
En 1841, il fut affecté d’un chancre sur le fourreau de la verge, du volume d’une pièce de 10 sous, induré ; il n’eut pas de bubon inflammatoire , mais il eut un engorgement ganglionnaire multiple dans les deux aines; l’alopécie, les plaques muqueuses à l’anus, etc., survinrent quelque temps après. Le malade entra dans le service de M. Ricord, où il ne resta que quelques jours ; depuis il n’a été repris d’aucun accident de syphilis constitutionnelle, bien qu’il affirme n’avoir jamais fait aucun traitement.
En décembre 1851, le malade entra à l’Hôtel-Dieu dans le service de M. Louis, pour une pleurésie à gauche; il sortit au bout de quelques mois mal guéri, mais néanmoins il put reprendre son travail ; depuiscette époque, il a toujours continué à tousser.
En 1852, vers le milieu de l’année, il s’est aperçu d’un gonflement du testicule droit, qui s’accompagna de douleur; six mois plus tard, vers le mois de janvier 1853, le testicule gauche s’est pris à son tour. Vers la même époque, c’est-à-dire vers le mois de janvier, le malade commença à uriner avec difficulté. Les érections devinrent de moins en moins fréquentes et ont fini par disparaître complètement.
Depuis plusieurs mois, le malade, renfermé à la Conciergerie, y a contracté une entérite qui l’a épuisé et réduit au dernier degré de marasme.
Etat actuel. — Le malade présente une maigreur excessive de tout le corps ; le membre supérieur gauche est notablement moins volumineux que le droit, et depuis deux ans il est devenu de plus en plus faible ; ce qui fait penser à une atrophie musculaire partielle. Le pouls est petit et accéléré. La voix n’est pas altérée ; la respiration est suspirieuse, quelquefois entrecoupée ; elle se fait surtout par le soulèvement des dernières côtes En appliquant l’oreille sur le thorax, on reconnaît l’existence de râles souscrépitants dans une grande étendue des deux poumons.
La langue est sèche, la soif vive ; la déglutition très difficile ; l’appétit est presque nul ; la diarrhée persiste.
Les deux testicules présentent un gonflement considérable ; à droite, il existe un épanchement dans la tunique vaginale. En explorant ces deux glandes, on reconnaît qu’elles sont développées très régulièrement , qu’elles n’offrent pas de bosselures, et qu’elles présentent à leur surface quelques rugosités , ce qui est signalé comme un caractère des testicules vénériens ; elles offrent à peu près le volume d’un gros œuf de poule. Le canal déférent droit est un peu volumineux et bosselé.
Le malade se plaignant de difficulté à uriner , on pratique le toucher rectal et le cathétérisme. Le toucher indique un développement de la prostate, qui fait saillie dans l’ampoule rectale; le cathétérisme montre
(1) Bull, de la Soc. anat.y 1853, p. 240.
qu'il n’existe pas d’obstacle dans toute l’étendue de l’urèthre , et la sonde arrive facilement dans la vessie.
Le malade a succombé, le 17 juillet, dans le dernier degré de consomption.
Autopsie. — Les deux poumons sont farcis de tubercules miliaires crus ou ramollis ; il existe à gauche et au sommet deux ou trois petites cavernes. La plèvre gauche contient environ un litre de pus ; elle est tapissée de fausses membranes épaisses. Rien de remarquable dans le cœur, dans le foie, dans la rate, dans les reins, dans les intestins.
Les organes génitaux ont surtout attiré notre attention.
Les testicules, du volume d’un œuf, ne présentent rien de remarquable extérieurement, à part quelques petits mamelons peu saillants qu’on trouve sur la tunique albuginée. A la coupe , on trouve du côté droit une masse tuberculeuse non ramollie, qui a remplacé presque entièrement la substance glandulaire. Malgré sa teinte jaunâtre , cette masse pourrait être prise pour du tissu fibro-plastique ; elle a été examinée au microscop e par M. Gosselin, qui n’y a trouvé aucun élément fibro plastique, et a au contraire découvert l’élément tuberculeux. D’ailleurs, l’incertitude ne pourrait exister, même à simple vue, pour l’épididyme; en effet, dans cet organe, le tubercule est. arrivé à la période de ramollissement , et se présente sous forme d’une matière jaune granuleuse. Le canal déférent du même côté présente dans sa longueur deux ou trois bosselures qui, à l’incision, sont trouvées formées par de la matière tuberculeuse ; il cesse d’être tuberculeux à 1 décimètre au-dessus du testicule ; du côté gauche, la lésion est moins avancée ; le tubercule est infiltré au milieu de la matière glandulaire ; il forme dans l’épididyme une masse compacte jaune, qui n’est pas encore arrivée au ramollissement. Il se propage dans une petite étendue du canal déférent, au-dessus de l’épididyme.
Après avoir fait la coupe des pubis et enlevé tous les organes contenus dans le petit bassin, nous avons incisé l’urèthre en arrière dans toute son étendue jusqu’à la vessie. La prostate, du volume d’un œuf, est convertie en une masse tuberculeuse, et il ne reste presque plus de traces de la substance glandulaire. Les glandes de Méry ne sont nullement altérées et conservent leur volume normal.
Les vésicules séminales sont tuberculeuses ; celle du côté droit, double du volume normal à peu près, est entièrement envahie par le tubercule, ainsi qu’une certaine étendue du canal déférent correspondant; celle du côté gauche est atrophiée, mais présente néanmoins, ainsi que le canal déférent du même côté, de petits noyaux tuberculeux.
La muqueuse de l’urèthre et celle de la vessie ne présentent aucune altération.
Tel était letat de la science quand nous avons cherché, M.Ch. Robin et moi, à déterminer d une manière rigoureuse si le tubercule prostatique pouvait débuter dans la glande, y rester ensuite longtemps sans que les autres organes fussent atteints. Or, voici une observation qui est bien propre à résoudre le problème.
Obs. 14. — Homme de soixante ans environ, maigre, bien conformé;
j’ai trouvé une prostate malade dont je vais donner la description après avoir dit dans quel état se trouvaient les autres viscères. Le poumon droit, comme le gauche, était dans l’état le plus parlait, sans congestion, sans induration ni au sommet ni à la base. Le cœur était intact ; le foie, la rate, étaient exempts de lésions. Je n’ai pu examiner les intestins qu’on avait enlevés à l’autopsie.
Si nous portons notre attention du côté des organes génito-urinaires, nous constatons les lésions suivantes :
Le rein droit n’est pas volumineux ; il n’offre rien à noter, si ce n’est une dilatation plus grande du bassinet et des calices.
Le rein gauche avait été enlevé à l’autopsie.
Les uretères droit et gauche étaient aussi dilatés, mais ils n’olfraient aucune trace d’inflammation ni de dégénérescence. La vessie était hypertrophiée et en même temps dilatée; il n’y avait pas non plus de traces d’inflammation aiguë ou chronique. Sa capacité était le double environ de l’état normal.
La prostate a plus particulièrement fixé notre attention. Elle avait doublé de volume; sa consistance était un peu plus grande: quand on la comprimait, on sentait dans son épaisseur des noyaux durs et placés au centre de la glande. Après l’avoir fendue par la partie supérieure de l’urèthre, si on exerçait une compression même modérée sur les lobes latéraux, on faisait couler un liquide épais, crémeux, blanc jaunâtre dont nou3 donnerons l’analyse microscopique.
Après avoir fendu la prostate, nous avons vu qu’à la périphérie il y avait une couche musculaire hypertrophiée, se continuant bien manifestement sur le col vésical. Les conduits prostatiques étaient remplis de matière semblable à celle que nous faisions suinter par la pression des lobes latéraux. La même lésion existait des deux côtés. L’urèthre n’offrait pas d’altérations; seulement nous avons remarqué une hypertrophie considérable des glandes de Méry. Leur volume, qui égale ordinairement un petit pois, égalait ici celui d’une cerise, mais elle n’offrait pas d’autres lésions. Le liquide qui s’écoulait à la surface uréthrale quand on les comprimait, avait une couleur transparente, muqueuse, bien différente du liquide prostatique qui était opaque et de couleur laiteuse.
Examen au microscope par MM. Ch. Robin et Béraud. — Nous avons à examiner ici deux choses : A. — La matière s’échappant des conduits prostatiques dans l’urèthre. Cette matière, d’un blanc jaunâtre, fort analogue à du tubercule ramolli, mais pourtant d’un blanc un peu plus crémeux et moins jaune. Elle offre en outre une particularité dont l’anatomiste ne pourrait rester immédiatement frappé : c’est que cette matière est visqueuse, ce qui ne s'observe pas dans le tubercule ramolli. En outre, placées dans l’eau, les portions de cette substance ne s’y dissocient pas de manière à émulsionner ce liquide, comme le fait le tubercule mou ; elle s’y gonfle, on peut la réduire en fragments pulpeux qui n’abandonnent , dans cette dissociation, qu’une portion de leur masseau liquide ambiant.
Examinés au microscope , les fragments et les portions qu’ils ont abandonnés à l’eau se montrent composés d’une matière amorphe très granuleuse, à granulations de volume uniforme ; cette matière amorphe représente à elle seule environ les sept dixièmes à huit dixièmes de la masse du tissu morbide.
Bér.
Elle est parsemée de corpuscules larges de six à huit millièmes de millimètre, rarement neuf millièmes : quelques-uns ont au contraire cinq millièmes seulement ; ces corpuscules sont légèrement polyédriques, à contours un peu irréguliers, parsemés dans leur intérieur de granulations analogues à celles de la matière amorphe, mais sans nucléoles.
L’aspect extérieur de ces corps est manifestement celui qu’on décrit dans les corpuscules caractéristiques du tissu tuberculeux; l’acide acétique agit sur eux comme sur ces corpuscules caractéristiques. Nous avons, en effet, constaté que cet agent rendait pâles, très transparents, ces corpuscules, sans les gonfler notablement, ni les dissoudre et les faire disparaître d’une manière complète.
L’acide acétique rendait transparente la matière amorphe décrite plus haut, sans la dissoudre complètement; il nous a été facile de constater qu’il rendait cette matière amorphe, moins pâle que celle du tissu tuberculeux des ganglions lymphatiques et du poumon. Elle y laissait aussi un plus grand nombre de fines granulations jaunâtres, à contours foncés, à centre brillant que dans la matière amorphe du tubercule pulmonaire.
B . Ayant examiné ensuite la matière d’aspect tuberculeux infiltrant les parties latérales delà prostate et y formant par places de petits amas décrits plus haut, nous avons observé les particularités suivantes : ce tissu s’est montré plus mou que le tissu du tubercule pris dans le poumon. Sa consistance était absolument la même que celle de la matière décrite en premier lieu. En outre, ce tissu nous a présenté d’une manière tellement absolue la constitution intime de la matière demi-solide que nous venons d'examiner en premier lieu, qu’il est inutile de reproduire ici la description qu’on vient de lire ; c’était, en effet, la même matière amorphe et les mêmes corpuscules, offrant également les mêmes réactions au contact de l’acide acétique.
Il est manifeste, d’après cet examen, que cette matière était contenue dans les tubes prostatiques qu’elle distendait; on n’observe rien de semblable dans les canaux pulmonaires.
Je n’ignore pas non plus que, suivant M. Ch. Robin, on peut trouver à la face interne des trompes et dans diverses sortes de conduits glandulaires une matière semblable à la précédente, au point de vue de la constitution interne et des réactions de l’acide acétique ; que cette matière, considérée par tous les auteurs comme du tubercule, n’est point interprétée ainsi par lui. Je lui ai entendu professer à plusieurs reprises qu’il résultait de ses recherches sur les altérations que peuvent éprouver les épithéliums nu cléaires, dans différentes conditions morbides, des faits qui confirment certaines des recherches de M. Kuss de Strasbourg sur le tubercule. Ces faits consistent en ce que, dans ces conditions accidentelles, les épithéliums nucléaires, tout en devenant peut-être plus granuleux, et certainement plus irréguliers qu’à l’état normal,
subissent, des modifications de composition moléculaire qui en changent les réactions.
11 pense, en effet, avoir démontré qu’en même temps que ces changements d’aspect extérieur ont lieu, les épithéliums nucléaires cessent d’être absolument inattaquables par l’acide acétique, et deviennent, au contraire, susceptibles de pâlir de plus en plus sous son influence, à mesure que cette matière jaunâtre s’accumule en plus grande quantité, et séjourne plus longtemps dans l’économie.
Quoiqu’il en soit de ces recherches, qu’il ne rentre pas dans mon sujet déjuger, il n’en est pas moins évident que nous avons eu sous les yeux dans la pièce précédente un exemple-type de ce que tous les classiques décrivent sous le nom de tubercules , de ce que, jusques aux recherches que je viens de rappeler, les observateurs au microscope déterminaient sous les noms de matière amorphe et de corpuscule caractéristique du tubercule. Je continuerai donc à regarder, en suivant l’exemple de mes maîtres, ce produit comme en étant ce qu’on appelle tubercule de la prostate .
Certains tubes que nous avons pu isoler, et qui étaient distendus par la matière tuberculeuse, nous ont montré que le tissu de la trame de la prostate interpose aux tubes secréteurs offrait quelques particularités dignes d’être signalées. Les fibres de tissu cellulaire et les fibres musculaires de la vie organique qu’ils accompagnent ne pouvaient pas être dissociées aussi facilement qu’à l’état normal, sans être manifestement ramollies ; elles se brisaient plus facilement. Il semblait qu’il y eût un peu de matière amorphe, interposée à ces éléments, qui en gênait l’examen et en rendait les contours moins nets. Mais ce qu’il y avait de très évident, c’était la présence d’une assez grande quantité de fines granulations : les unes grisâtres, solubles dans l’acide acétique ; les autres jaunâtres, insolubles, qui étaient parsemées dans tout le tissu de la trame, entourant les conduits distendus.
Enfin, il était facile de constater que ces derniers conduits se déchiraient plus facilement que ceux de la partie saine.
De la lecture de ces observations, nous pouvons tirer quelques conclusions. Et d’abord, elles nous montrent que la prostate n’est pas en dehors des atteintes de la dégénérescence tuberculeuse : le tubercule, dans la prostate, peut se présenter, comme dans le
poumon, à l’état de crudité, de ramollissement et de liquéfaction -, il suit donc ici la même évolution que dans les autres organes.
On sait que , dans le poumon , le tubercule existe tantôt à l’état d’infiltration, tantôt à l’état de granulation, de masse. En est-il ainsi dans la prostate? Nos observations nous permettent de juger cette question. La forme par enkystement ne soulève pas le moindre doute, toutes les observations que nous venons de relater sont là pour le prouver; mais la forme par infiltration existe- t-elle réellement? Si nous nous basions seulement sur les observations des auteurs, nous serions obligé de répondre par la négative; mais une observation récente nous a permis de lever tous nos doutes à cet égard. Sur une prostate qui nous a été remise par notre excellent ami M. Godard, nous avons vu d’une manière évidente que tout le lobe latéral gauche était infiltré à son sommet par des granulations tuberculeuses.
Quels sont les tissus envahis de préférence par le tubercule ? C’est le tissu glandulaire de la prostate. Dans toutes les prostates que nous avons examinées au début, au milieu de la maladie, alors que les désordres matériels n’étaient pas trop considérables, nous avons vu que le tubercule siégeait dans les canaux prostatiques ; ce n’est que plus tard que le tissu musculaire, fibreux, etc , est envahi par la dégénérescence.
Mais examinons la question au point de vue chirurgical et cherchons à établir quelles sont les régions de la glande qui sont envahies les premières ou qui le sont de préférence.
Constatons un fait : c’est que les deux lobes sont toujours pris simultanément; cependant, sur la pièce qui m’a été remise par M. Godard, je remarque que le côté gauche est plus atteint et à une période plus avancée que le côté droit. D’un autre côté, je trouve dans une observation de M. Verneuil (1) que le tubercule a envahi le lobe droit en premier lieu et le gauche après; aussi est-il permis de croire que, lorsqu’un lobe est pris, l’autre l’est déjà ou bien ne tardera pas à l’être.
Un fait intéressant a été remarqué et signalé par Vidal à la Société de chirurgie (2), à savoir que, lorsque la tuberculisation a envahi la prostate, c’est toujours par la portion supérieure ou sus-
(1) Bull, de la Soc. anat.y 1854, p. 73.
(2) Gazette des hôpitaux , 1850, p. 440.
rnontale qu’elle débute. Sur les pièces que nous avons sous les yeux, nous remarquons en effet que le ramollissement est plus grand en haut qu’en bas.
Voici une autre remarque aussi importante que la précédente pour le diagnostic au début du mal : c’est que le tubercule commence de préférence du côté de la face uréthrale de la prostate. Ainsi nous nous sommes assuré que déjà cette face était profondément altérée par du tubercule ramolli, et cependant la face rectale n’offrait pas 'encore d’altérations bien appréciables au toucher. Disons cependant que, le plus souvent, le tubercule commence au centre delà glande. Chose curieuse, c’est que la prostate affectée de tubercules- n’est pas augmentée de volume, ou du moins, s’il y a augmentation, elle est peu considérable; c’est ce que nous prouve notre observation, et nous nous trouvons sur ce point d’accord avec les auteurs.
Défait le plus capital qui ressort de notre étude, c’est la question du tubercule que je pourrais appeler ‘primitif . En effet, on sait qu’il existe dans les auteurs une question importante, celle de savoir si le tubercule qui envahit la prostate est sous l’influence d’une diathèse ou bien s’il en est indépendant, s’il y a enfin un tubercule malin et un tubercule bénin , comme le disait Vidal au sein de la Société de chirurgie. Déjà M. Velpeau s’était posé cette question, et il paraissait incliner vers cette distinction, si utile dans la pratique. Quant à nous, nous avons abordé le sujet, et, grâce à l’obligeance de M. Ch. Robin, nous pouvons affirmer qu’il y a du tubercule dans la prostate alors que tous les autres organes n’en offrent pas le moindre vestige.
Il va sans dire que, le plus ordinairement, la tuberculisation ne borne passes ravages à la prostate. Rien déplus fréquent que de voir les autres organes de la génération et de l’urination atteints consécutivement ou antérieurement ; le testicule, sous ce dernier rapport, peut être placé au premier rang. Enfin, tantôt la tuberculisation est bornée aux organes génito-urinaires, tantôt il y a en même temps tubercules pulmonaires.