‹ Maladies de la prostateChapitre 9 sur 25 · II. Symptômes et · texte numérisé non relu

II. Symptômes et

diagnostic.

Ces symptômes peuvent être divisés en physiologiques et en

anatomiques.

Les symptômes physiologiques sont ; îa douleur, le ténesme vésical, la dysurie, quelquefois la rétention d’urine, l’hématurie, la blennorrhagie tuberculeuse. Nous ne dirons rien de la douleur et de toutes les variétés qu’elle peut présenter, et qui, d’ailleurs, ne fournit pas un signe de grande valeur pour le diagnostic ; il en sera de même du ténesme vésical et de la dysurie, qui appartiennent à la plupart des maladies de la prostate.

Nous nous arrêterons un instant sur les autres symptômes.

Et d’abord, l’hématurie existe bien réellement dans la tuberculisation des organes génito-urinaires. Mais comment distinguer ce qui appartient en propre à la prostate l Le sang peut venir, en effet, non-seulement des reins, des uretères et de la vessie, mais des vésicules séminales elles-mêmes. Cependant, si l’on remarque que l’écoulement sanguin se fait en dehors de la miction ; si le sang se montre au milieu du liquide spermatique, dont la couleur peut être de diverses nuances par son mélange avec le sang en plus ou moins grande quantité; si, dis-je, on réfléchit à toutes ces considérations, on sera en droit de croire que l’hémorrhagie est sous l’influence de la tuberculisation prostatique.

La blennorrhagie tuberculeuse a été signalée par M. Ricord et par M. Dufour (thèse citée, p. 98). Plusieurs des malades observés par ce dernier auteur ont présenté ce phénomène. M. Ricord insiste avec raison sur ce symptôme, qui, pour n’être pas constant, n’en est pas moins précieux.

L’urine présente-t-elle des caractères parliculiers dans la tuberculisation de la prostate \ Nous n’avons sur ce point que des renseignements insuffisants. On comprend, d’ailleurs, qu’au début on ne trouvera rien dans les urines, si la prostate seule est malade ; et plus tard les signes seront tellement tranchés, qu’il ne sera plus nécessaire de recourir à cet examen.

Les symptômes anatomiques sont les plus importants pour le diagnostic. Le cathétérisme pourra indiquer un gonflement du col de la vessie dans le cas où l’on serait obligé de sonder le malade ; mais il faut avouer que c’est là un signe de peu de valeur.

Le symptôme le plus important est fourni parle toucher rectal . En effet, par ce moyen on peut palper la prostate, reconnaître sa consistance, son volume.

Quand on porte le doigt dans le rectum, on ne constate pas une augmentation de volume bien évidente; mais si l’on presse avec le

bout de l’index sur la face rectale de la prostate, on sentira tantôt un noyau dur au centre de la glande, tantôt des points ramollis à côté d’autres qui sont plus durs et plus profonds; on dirait autant de foyers purulents.

Mais, d’après les observations de Vidal, ce signe serait infidèle si l’on bornait son examen à la partie inférieure de la glande. 11 faut presser fortement sur le périnée pendant que la main est dans le fondement, afin que le bout du doigt puisse atteindre la base de la prostate, où souvent débute le tubercule. C’est dans les cas de cette nature qu’un examen incomplet pourrait faire diagnostiquer une cystite du col vésical, ou une névralgie.

Dans les cas douteux, le diagnostic pourra se compléter par l’observation de ce qui se passe du côté des testicules et des poumons. Ainsi, qu’un individu présente un testicule gonflé, induré, à bosselures disséminées du canal déférent ou de l’épididyme, et qu’il vous accuse de la douleur du côté de la vessie, du ténesme, etc. , vous pourrez à coup sûr affirmer que sa prostate commence à être malade. A plus forte raison, vous arriveriez au même résultat si vous trouviez, du côté du poumon, des signes de phthisie.

§ lîï. — Marche, durée, terminaison, pronostic.

Tout le monde connaît la marche incessante vers un terme presque fatal de la phthisie pulmonaire, la prostatite tuberculeuse n’a pas une marche différente. Une fois déposé dans la prostate, le tubercule y subit ses transformations, détruit les organes et finit par amener des désordres considérables au bout d’un temps qu’il est difficile de bien préciser. Quand la diathèse tuberculeuse a at teint le poumon, il arrive souvent que les tubercules de la prostate n’ont pas parcouru toutes leurs phases. D’autres fois la mort arrive moins rapidement, et alors les foyers tuberculeux ramollis, fournissent une suppuration qui sefraye une issue au dehors et amène une nouvelle série de phénomènes que nous allons bientôt étudier. Dans ces cas, le pronostic est doublement grave, d’abord à cause de la constitution qui fabrique incessamment le tubercule, et ensuite à cause de l’état local qui, à lui seul, peut amener la mort par des désordres profonds dans la miction.

Mais, il faut le dire, il y a des cas moins graves; le tubercule peut devenir crétacé, ainsi que l’a observé M. Broca, et ensuite il existe une forme de tuberculisation de la prostate où la marche

des phénomènes est moins rapide : c’est lorsque le mal a débuté par les organes génito-urinaires et que le poumon est sain. Voici deux observations de cette forme tuberculeuse de la prostate.

Obs. 14. — M (Alexis), vingt-neuf ans. Antécédents de scrofule.

Ophthalmies répétées dans son enfance. Adénopathies sous- maxillaires et cervicales. Éruption croûteuse du cuir chevelu, etc.

Engorgement tuberculeux de lepididyme gauche; le testicule correspondant a conservé sa forme et son volume normal. Cordon intact dans toute sa longueur. Le toucher rectal fait constater une tuméfaction de la prostate. Cet organe est comme bosselé à sa surface ; les saillies qu’il présente sont d’une extrême dureté. M. Ricord diagnostique une dégénérescence tuberculeuse de la prostate. Le malade quitte l’hôpital dans le même état. (A. Fournier.)

Obs. 15. — H (Charles), dix-huit ans. Constitution assez robuste;

tempérament lymphatique ; faciès scrofuleux. Aucune maladie antérieure.

Épididymite tuberculeuse à droite. Canal déférent du même côté hypertrophié, dur, renflé sur plusieurs points de son étendue, moniliforme.

Prostate tuméfiée, surtout à droite, avec bosselures présentant une grande dureté. La vésicule séminale du côté correspondant paraît constituer une tumeur en forme de noyau de datte ou de petite amande, très dure ou indolente. M. Ricord diagnostique une dégénérescence tuberculeuse de l’épididyme, du cordon, de la prostate et de la vésicule.

Aucun symptôme de tuberculisation thoracique. (A. Fournier.)

Quand la tuberculisation des organes génito urinaires se mani feste, le testicule est-il atteint le premier, ou bien serait- ce l’organe qui nous occupe? Généralement le mal débute parle testicule, mais à cela on trouve des exceptions. Je lis en ce moment une observation fort intéressante qui m’a été communiquée par M. E. Godard, et qui montre que la tuberculisation de la prostate peut précéder celle du testicule. Dans ce fait la prostate a été malade six ans avant le testicule.

§ SV. — Traitement.

Nous n’avons pas la prétention de donner des indications pour guérir une tuberculisation de la prostate. Cependant il faudra, dans la forme grave, employer les moyens usités dans la phthisie (huile de foie de morue, iodés, régime tonique fortifiant, etc.).

Mais, dans la seconde forme, celle qui est locale et que M. Velpeau, se plaçant au point de vue de la pratique, regarde avec raison comme le résultat d’une suppuration dans le parenchyme prostatique; dans cette forme, dis-je, il faudra attaquer le mal par des pommades résolutives entremêlées d’émissions sanguines locales,

de vésicatoires volants, et par l’emploi des bains iodurés. Il sera bon d’administrer à l’intérieur de l’iodure de fer ou de l’iodure de potassium à haute dose. En même temps on pourra recommander les bains de mer et l’habitation à la campagne. Un régime tonique mais non excitant devra être recommandé au malade.

Page 1