MALADIES CAUSÉES PAR DES ACARIENS ET DES INSECTES
Erineum malinum (Am.) ou Erinose du Pommier,
VErineum malinum, acarien microscopique très voisin de VErineum pirinum, produit, à la face inférieure des feuilles de Pommier, des galles semblables à celles de l'érinose du Poirier.
Ce parasite détermine, par suite de Tirritation causée par ses piqûres sur les cellules épidermîques rallongement de ces dernières en forme de poils qui se courbent, s'entortillent et produisent une sorte de feutrage où vivent ces acariens.
Pour leur destruction, on emploiera les mêmes remèdes que ceux indiqués précédemment pour VErineum pirinum.
Ces deux maladies sont heureusement peu communes ; toutefois elles existent dans notre pays. Il en a été envoyé plusieurs échantillons à l'Institut national agronomique, où j'ai pu examiner ces parasites.
Le Puceron lanigère.
Aphis lanigera (Hausm.).
Syn. : Schizoneura l-antgera (Hausm.).
Le Puceron lanigère ou Schizoneura lanigera est un des plus grands ennemis du Pommier, auquel il
cause souvent de grands dommages ; comme tous les Pucerons, il présente dans le cycle de son développement plusieurs formes différentes, dont il est essentiel de connaître les principaux caractères.
La forme la plus fréquente, que Ton rencontre presque toute Tannée sur le tronc, les branches et les rameaux, excepté toutefois sur les feuilles, est la forme aptère ou asexuée. La taille de ces individus est comprise entre deux millimètres et deux millimètres et demi ; pendant l'hiver ils sont recouverts d'un duvet d'un blanc bleuâtre, qui leur donne un aspect cotonneux, qui leur a valu le nom de Lanigère^ Ce duvet est un produit de sécrétion cireuse exsudé par des glandes disposées sur quatre lignes longitudinales, deux dorsales et deux latérales; chaque anneau du corps présente quatre de ces glandes. Lorsque ce duvet manque, le puceron a une teinte variant du brun jaunâtre au brun foncé (fig. 22).
Le corps est piriforme, la tète est surmontée de deux antennes à six articles; les pièces de la bouche, modifiées pour la succion, se composent ^^&- ^^- ,"~.^"" ^. ,, . , . , ceron lanigère
essentiellement de quatre stylets que (forme aptère).
rinsecte enfonce dans Técorce de la plante nourricière ; ces stylets sont logés dans le rostre, sorte de demi-gouttière dont les bords peuvent se rapprocher; ce rostre représente la lèvre inférieure modifiée.
Le corps est divisé en 13 anneaux, 3 thoraciques et 9 abdominaux ; l'abdomen est dépourvu des cornicules, si caractéristiques des pucerons; il existe à leur place, sur le sixième anneau, deux ma*
melons obtus, munis d'un orifice par lequel sortent des gouttelettes d'un liquide sécrété par des glandes spéciales. Ces pucerons rejettent d'ailleurs, comme les autres pucerons, un liquide sucré, dit miellat,par l'anus.
Ces pucerons aptères et asexués se reproduisent par parthénogenèse, c'est-à-dire sans fécondation, et sont vivipares ; les jeunes qui en sont issus pondent à leur tour, au bout d'une quinzaine de jours. Durant tout l'été, il y a ainsi une succession de 8 à 12 générations, qui produisent un nombre incalculable de pucerons.
En automne, il naît une génération d'individus ailés, dont le corps est moins trapu, plus allongé, pourvu de quatre ailes membraneuses, et dont l'extrémité de l'abdomen porte également des houppes cireuses.
Avant l'hiver, il y a une génération d'individus sexués, qui peuvent également se reproduire sans fécondation, et donner le jour à des petits pucerons aptères, de deux formes différentes : les uns plus petits, de couleur verdâtre, sont les mâles; les autres plus arrondis, d'une teinte jaunâtre, sont les femelles, qui renferment un gros œuf unique ou œuf d'hiver.
D'après des recherches très intéressantes du docteur Keller, de Zurich, sur le développement de ces œufs, ces derniers devraient plutôt être appelés œufs d'automne, car ils n'hiverneraient pas, les œufs écloraient en automne, et les larves passeraient la mauvaise saison dans les fentes ou sous l'écorce de l'arbre, ou encore à quelques centimètres de profondeur, au voisinage du collet de la racine ; ces pucerons, en mai, pondent des petites larves qui vont
attaquer et piquer les jeunes pousses de Tannée.
D'après Muhlberg, ces insectes hiverneraient également dans les plaies des branches et des rameaux, qu'ils ont occasionnées par leurs piqûres.
De la connaissance de ce développement compliqué, il résulte que la meilleure époque pour combattre le Puceron lanigère est de fin mars à la mi-avril, car pendant cette période les jeunes ne sont pas encore éclos, et Tadulte n'a pas encore quitté Tabri, toujours facile à découvrir, où il a passé la mauvaise saison.
L'organisation et le développement du parasite étant ainsi donnés dans leurs grandes lignes, nous devons maintenant examiner les dommages qu'il cause aux Pommiers.
Le Puceron lanigère K^Todixii sur les branches des chancres, des galles et des plaies; il attaque de préférence les jeunes rameaux, enfonce son rostre dans l'écorce, atteignant même les couches les plus internes, et en même temps les plus jeunes du bois. L'irritation causée sur les tissus par ces piqûres y détermine des hypertrophies, des boursouflures ; en ces points, le bois est le siège d'un développement exagéré, et proémine en dehors, sous forme de saillie ou de loupe, et l'écorce qui le recouvre, ne pouvant suivre cette croissance rapide, se fend longitudinalement. Le puceron trouve ainsi un abri dans ces fissures de l'écorce, dont les bords s'épaississent en forme de bourrelets, et détermine par suite de nouvelles piqûres, la formation de nodosités et de boursouflures de plus en plus marquées.
Il en résulte, au bout d'un certain temps, la production de chancres, ayant quelque ressemblance avec ceux que cause sur le Pommier le Nectria Mis-
sima^ mais dont il est toutefois facile de les distinguer.
Selon les circonstances, ces chancres occupent au bout de quelques années le quart, la moitié, les trois quarts, et même la totalité de la circonférence de rameaux de Tépaisseur du pouce, et peuvent atteindre la grosseur d'une noisette, plus tard d'une noix, ou même d'un poing d'enfant. La branche ainsi attaquée dépérit rapidement, et est incapable de nourrir et de porter des fruits.
Non seulement le Puc^onlanigère àéiQvminQ la formation de plaies et de chancres, mais en outre, il épuise l'arbre, en aspirant à l'aide de son rostre la sève, dont il fait sa nourriture.
Les arbres attaqués par cet insecte sont facilement reconnaissables, grâce aux taches blanches produites par l'agglomération d'un grand nombre d'individus; ils se tiennent de préférence à la face inférieure des branches, cherchant autant que possible un abri contre le vent et le soleil. Si ces taches blanches frappent immédiatement le regard, un grand nombre de pucerons échappent néanmoins à la vue, car beaucoup se dissimulent dans les crevasses ou sous les écorces, et d'un autre côté dans le courant de l'hiver le duvet n'existe pas.
Toutes les variétés de Pommiers sont-elles également atteintes?
Non; et on a remarqué, d'une façon générale, « que les races dont les fruits contiennent le plus de principes sucrés sont les plus exposées à ses attaques, celles dont les fruits sont insipides, acres, et surtout amers, sont moins atteints » (M. Girard).
Les variétés qui sont particulièrement atteintes sont les Rambour d'hiver. Calville rouge d'hiver, Reinette de Cassel, etc.
Il faut en chercher probablement la raison dans la nature de la sève, qui renfermerait des principes différents suivant les variétés considérées, ainsi que dans la dureté de l'écorce, qui offrirait une résistance plus ou moins grande à leurs piqûres.
Un grand nombre de remèdes ont été indiqués pour combattre ce pa,rasite, mais il est toutefois nécessaire que la substance chimique soit liquide, car l'emploi de poudres n'a jamais produit de bons effets ; peut-être cela tiendrait-il au duvet cotonneux qui les protégerait du contact des fines particules, dont se composent ces poudres.
On peut faire usage de jus de tabac en solution très faible ; un jus de 12 à 15° devra être étendu de 15 à 20 fois son volume d'eau.
La Revm horticole conseille, pour les jardins, l'emploi de la naphtaline dissoute à froid dans l'essence de pétrole, et appliquée au pinceau, et pour les vergers, un mélange de naphtaline brute et de chaux, additionné d'huile lourde de goudron.
On peut encore employer avec succès un mélange d'huile et de savon noir, appliqué en frictions avec une brosse à chiendent.
Enfin il y a un traitement qui donne toujours de bons résultats, et qui permet de se débarrasser en même temps de beaucoup d'autres ennemis du Pommier, tels que VAnthonoma et la CheimatoUa hrumata : on gratte avec soin toutes les croûtes qui recouvrent le tronc et les principales branches, puis on badigeonne la surface de l'arbre avec du lait de «baux, enfin on arrose également le sol, au pied de l'arbre, et tout autour.
Tous les débris d'écorces doivent être soigneusement ramassés et brûlés, pour empêcher l'émigra-
tion des pucerons et autres insectes qui y seraient logés.