‹ Maladies des arbres fruitiersChapitre 12 sur 57 · PHANÉROGAMES PARASITES · texte numérisé non relu

PHANÉROGAMES PARASITES

Le Gui.

Viscum album (Linné).

Le mot de Gtd évoque immédiatement le souvenir des immenses forêts gauloises, où chaque année les Druides cueillaient solennellement sur le Chêne, avec une faucille d'or, le Gui sacré.

Cette plante, qui à cette époque était Tobjet d'un culte particulier, est rangée maintenant parmi les végétaux nuisibles, que tous nos efforts doivent tendre à faire disparaître.

C'est une plante malheureusement trop répandue, et par conséquent très connue, qui constitue un des principaux ennemis du Pommier ; et s'il était possible d'apprécier à peu près le préjudice causé par le Gui à ces arbres fruitiers, on verrait que la récolte du cidre est diminuée de milliers d'hectolitres.

Le Gui ne vit pas seulement sur le Pommier, on le trouve également sur le Peuplier, le Tilleul, l'Aubépine, le Robinier, l'Epicéa, et très rarement sur le Chêne. A la suite d'une enquête faite en 1882 par M. Le Héricher, président de la société d'archéologie d'Avranches et de Mortain, on a également classé comme porte-Gui le Poirier, le Pêcher, le Prunier, le Cerisier, le Coignassier du Japon, TAzerolier, le Néflier, le Sorbier, le Rosier cultivé, l'Orme, le Noyer commun, le Noyer d'Amérique, le Noisetier, le Saule-Marsault, le Charme, le Tremble, le Bouleau,

LE POMMiEft 73

le Micocoulier, TÈrable, lé Houx, le Tulipier et le Marronnier d'Inde.

Le Gui est une Phanérogame de la famille des Loranthacées , qui frappe immédiatement le regard par son port et la couleur verte de son feuillage, ainsi que de ses rameaux. Cette plante se présente en effet sous forme de touffes de rameaux dichotomes, portant des feuilles opposées, simples, sans stipules, avec un limbe entier et charnu ; en automne, elle offre un grand nombre de petites baies blanches, translucides, ^essiles, agglomérées au sommet des rameaux.

Les organes floraux ont une structure très simple. Les fleurs peu apparentes sont unisexuées, régulières. Les mâles, d'un vert jaunâtre, exhalent une odeur analogue à celle du buis; les femelles, à calice verdâtre, ont une corolle formée de quatre pétales jaunes. 11 n'y a pas d'étamines individualisées. La fleur mâle est formée de quatre sépales, qui produisent dans le parenchyme de leur face supérieure un grand nombre de sacs poUiniques, arrondis, s'ouvrant à l'extérieur par un pore. Le pistil se compose de deux carpelles soudés dans toute l'étendue de leur face ventrale, et par suite forme un corps plein ; il n'y a x>as d'ovules proprement dits ; ce sont certaines cellules de l'assise sous-épidermique de la face ventrale des carpelles soudés qui produisent chacun un sac embryonnaire, dont deux ou trois arrivent à développement complet. Le fruit est une baie contenant une substance gluante, la viscine, qui fournit la glu des oiseleurs; cette baie renferme une, deux ou trois graines.

Les baies du Gui arrivent à maturité en novembre, décembre, janvier et février ; certains oiseaux, tels que les merles et les grives, en sont très friands. La

faculté germinative n*est pas détruite par Faction des SUCS digestifs, et les graines, après avoir passé dans le tube intestinal, sont déposées sur les branches des différents arbres, et particulièrement des Pommiers, où elles germent et se développent, à moins qu'elles ne soient dévorées par des insectes, ou des limaces.

Les touffes de Gui de moyenne grosseur portent annuellement quatre cents k cinq cents graines ; il est heureux que la plupart de celles-ci se trouvent détruites, ou ne soient pas placées dans un endroit propice pour multiplier encore. A la suite d'expériences, on a constaté que sur 100 graines posées sur des branches en hiver, dix à peine se retrouvent au printemps, le reste est mangé principalement par les petits oiseaux grimpeurs.

Les jeunes plantules issues de ces graines ont un développement très lent, ce qui est très important au point de vue de leur destruction ; des graines placées sur de jeunes sujets vigoureux ont donné des plantes qui n'avaient pas un centimètre de hauteur au bout de deux ans. Sur le vieux bois la végétation est encore plus lente, et sur les branches rugueuses Timplantation ne se produirait que rarement. Ce n'est qu'au bout de trois à quatre ans seulement que les touffes poussent vigoureusement. La première floraison a lieu au plus tôt la sixième ou la septième année.

Nous devons maintenant examiner de quelle façon le parasite s'implante sur les Pommiers, et ea général, sur la plante hospitalière.

A la germination, la radicule s applique sur la tige, traverse l'écorce et arrive au cambium, où elle se ramifie en formant des cordons qui enveloppent le bois, et d'où partent des racines en forme de coins

qui pénètrent dans les tissus ligneux ; ces sortes de coins entourés chaque année par Taccroissement du bois, s'allongent à leur insertion sur le cordon, qui reste toujours dans les assises ducambium.

A l'aide de ce système de suçoirs, le parasite puise dans les tissus du Pommier les substances et les sucs nécessaires à l'entretien de la vie dans ses organes végétatifs, ainsi qu'à leur croissance.

Les Botanistes ne le considèrent pas comme un parasite absolu, car le parenchyme de ses feuilles et de ses rameaux renferme un peu de chlorophylle ; ces corps, comme on le sait, ont pour fonctions de décomposer, sous l'influence de la lumière, l'acide carbonique de l'air et de fixer du carbone.

Le Gui à fruit blanc {Viscum album) est la seule espèce que l'on puisse rencontrerjen France. Sur les Oliviers il en existe une autre, le Viscum cruciatum, dont les feuilles cunéiformes sont plus petites ; cette espèce produit des baies d'environ 6 millimètres de diamètre, d'un beau rouge carmin. Ce Gui à fruit rouge est assez répandu dans le Portugal, mais n'a pas encore été constaté dans notre pays.

Pour détruire ce parasite, il faut inciser profondément, de façon à enlever le système de suçoirs, ou même mieux supprimer la branche qui le porte; car autrement des bourgeons pourraient se développer sur les tronçons de crampons, et redonner des branches nouvelles.

Le cultivateur est d'autant plus coupable, en laissant le Gui sur ses Pommiers, que cette plante peut lui rendre de réels services, à une époque où la nourriture fait souvent défaut ; pendant l'hiver, on peut la donner aux vaches, aux moutons et aux porcs.

Les analyses qui en ont été faites prouvent que

c'est un fourrage très riche en matière azotée, et très recherché des animaux.

Toutefois il est bon de remployer de préférence à l'état cuit et bouilli ; on conseille de ne pas l'employer à l'état cru, car on aurait constaté plusieurs cas, où il aurait produit des effets fâcheux, et déterminé un commencement d'empoisonnement.

Enfin il existe, pour les côtes de Normandie et de Bretagne un débouché important. Quelques semaines avant les fêtes de Noël, de Christmas en Angleterre, nos voisins d'outre-Manche importent chaque année des quantités assez considérables de Gui, En 1890, le port de Granville a expédié 25,980 touffes pesant 75,775 kilos, et le port de Cherbourg 46,000 kilos. .

En résumé, il est hors de doute que le Oui cause l'affaiblissement du Pommier, et favorise par suite l'action de tous les parasites, d'où diminution sensible de la récolte, et mort prématurée de l'arbre. D'autre part en tenant compte de ces pertes et des modes d'utilisation dont nous venons de parler, il devrait ne pas rester une touffe de Gui dans les Pommiers.

Remarquons encore qu'il ne faut pas se borner à détruire le Gui sur le Pommier, il est également nécessaire de l'enlever sur tous les arbres, où on peut le rencontrer.

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