CRYPTOGAMES PARASITES SUR LES RACINES
Pourridié.
Le blanc des racines ou Pourridié peut être causé par plusieurs espèces différentes de champi-
Fig. 17. — Poirier tué par VAgaricus melleus, dont les rhizomorphes portent les appareils fructifères.
gnons parasites. Les racines de Poiriers, Pommiers, Cerisiers, etc., ont principalement à souffrir des atteintes de VAgancua melleics, Hyménomycète que Ton désigne sous le nom d'Armiîlaria mellea, et enfin d'une Sphériacée, le Dematophora necatrix,
Agaricus mélleua — VAgaricus melleus appartient à la famile des Basidiomycètes et au groupe des hyménomycètes. On Ta classé parmi les Agaricinées dans le sous-genre Armillaria [Armillaria mellea). Il
attaque un très grand nombre d'espèces d'arbres d'essences différentes; les arbres résineux, ainsi que beaucoup d'arbres forestiers et fruitiers, entre autres les Poiriers, Pommiers, Cerisiers, sont sujets à ces atteintes (fig. 17).
Mycélium, — VAgarims mélîem présente, dans son système végétatif, certaines particularités qui per-
Fig. 18. — A, tronc d'arbre envahi par le Rhizomorphe (forme Rhizomorpha subcorticalis des anciens auteurs) de VAgaricus melleus. — B, tronc d'arbre dont Técorce a été enlevée pour laisser voir le rhizomorphe sous-cortical a, d'où portent à la base deux cordons rhizomorphiques souterrains. — b, C| réceptacles fructifères naissant du. rhizomorphe a.
mettent souvent de le distinguer, alors même qu'il n'existe pas d'appareil de fructification.
On reconnaî sa présence à un mycélium blanc, qui se développe sous l'écorce des racines et de la partie inférieure du tronc ; de ce mycélium partent des cordons bruns noirâtres, de 0,5 à 3 millimètres de diamètre, qui végètent dans la terre, à la façon de racines, et nommés rhizomorphes ; les anciens auteurs les considéraient comme un champigon autonome
que Roth appela Rhizomorpha fragilis; ce dernier comprenait à son tour deux formes principales : le Bhkomorpha suhterranea^ et le Rhizomorpha subcorticolis (fig. 18).
Le Rhizomorpha subterranea représente les cordons souterrains qui croissent librement comme des racines, et le Rhizomorpha subcorticalis la partie du stroma qui végète entre l'écorce et le bois.
Cesrhizomorphes offrent sur une coupe transversale une écorce brune noire, entourant une sorte de moelle blanche : ils sont formés par une condensation de filaments mycéliens, dont les plus extérieurs ont une paroi brune et épaisse.
Ces cordons s'allongent par leur extrémité conique, qui est recouverte d'une couche gélatineuse, les parties les plus jeunes sont d'un blanc nacré.
Lorsqu'un de ces cordons rencontre une grosse racine, il perce l'écorce, détruit le cambium, à la place duquel il se développe en forme de ruban, ou d'éventail, c'est là le Rhizomorpha subcorticalis des anciens auteurs, qui présente la même structure que le Rhizomorpha subterranea, dont il n'est pour ainsi dire qu'un épatement. De ce stroma sous-cortical partent des rameaux courts, disposés assez irrégulièrement, qui traversent le liber, et pénètrent dans l'intérieur du bois, en suivant les rayons médullaires, les dernières ramifications envahissent les cellules et les vaisseaux, et en déterminent rapidement la mort (fig. 19).
Le mycélium de VAgaricm melleus se montre phosphorescent dans l'obscurité ; cette phosphorescence s'observe surtout sur les parties les plus jeunes et en voie de croissance ; la lumière ainsi émise est blanche et d'une intensité constante.
Appareils fructifères, — Les appareils fructifères de VAgaricus melïeus apparaissent à la fin de septembre ou dans la première quinzaine d'octobre, ils naissent, soit du rhizomorphe subcortical, et sont par suite situés sur Técorce des arbres, soit à Textrémité d'un cordon du rhizomorphe souterrain.
Le réceptacle fructifère complètement développé est d'assez grande taille.
Fig. 19. — Rhizomorphes de VAgaricus melleus, — a, Rhizomorphe s'étant développé entre l'écorce et le bois. — 6, Racine entourée par les rameaux du rhizomorphe.
Son chapeau, qui peut atteindre un diamètre de 12 à 15 centimètres, est charnu, légèrement conique, mais s'aplatissant un peu avec l'âge. Sa couleur est assez variable; la teinte jaune-miel, qu'il présente quand il est jeune, lui a valu le nom de melleus ; en vieillissant, il devient fuligineux. La surface du chapeau adulte est lisse ; à la partie inférieure, il est garni de lamelles blanches rayonnantes, tapissées par des basides ovoïdes, produisant quatre spores incolores, au sommet de petits pédicelles ou stérigmates.
Ces lamelles se prolongent un peu sur le pied, qui, par suite, présente à sa partie supérieure un aspect strié.
Examiné à moitié de son développement, sa surface n'est pas lisse, mais poilue, écailleuse; les lamelles ne sont pas visibles, étant masquées par une
Fig. 20. — Réceptacles fructifères de VAgaincus melleus en A au moment où le yoile se détache du chapeau, en B complètement développé. A, le voile. /", chapeau.
membrane mince, tendue entre la partie supérieure du pied et le bord de la surface du chapeau : c'est le voUe^ qui bientôt, ne pouvant suivre le développement rapide de ce chapeau, se déchire irrégulièrement près de son bord et forme par suite une colle-
rette ou anneau, fixé autour de la partie supérieure du pied; celui-ci est allongé, renflé en massue à la partie inférieure, avec, sous l'anneau, quelques poils écailleux qui lui font revêtir un aspect tigré (fig.20).
Ce Champignon est très commun; on le trouve en automne par bouquets dans les forêts de bois feuillus, et dans celles de bois résineux, sur la souche des arbres morts ou exploités.
VAgaricKs mélUus est comestible. Le pied étant coriace, on ne fait usage que du chapeau, dont la chair blanc jaunâtre se sépare facilement de la pellicule; il a une odeur forte et un peu vireuse, une saveur nulle, ou le plus souvent acre et désagréable, on le vend sur les marchés de Vienne.
Bien que la cuisson lui fasse perdre son âcreté, il n*est nullement recherché en France, on ne le mange guère que dans le Languedoc.
On a longtemps discuté pour savoir si VAgaricus mellem devait être rangé parmi les Champignons parasites, ou parmi les Saprophytes.
M. Brefeld, à la suite de travaux et d'expériences remarquables, a montré qu'on pouvait le cultiver dans du jus de pruneaux stérilisé ; ce savant a même obtenu la pénétration et l'infection de jeunes plants de conifères par les rhizomorphes, qui s'étaient développés dans ces conditions.
Il est maintenant bien reconnu que ce Champignon vit d'abord en saprophyte sur des substances végétales en voie de décomposition, puis produit ces cordons stromatiques ou rhizomorphes, qui courent horizontalement dans la terre ; si l'un d'eux vient à rencontrer des racines de Poiriers, de Pommiers, ou d'autres arbres d'essences diverses, il pénètre sous l'écorce, détruit le cambium, développe à la place
son mycélium, et entraîne ainsi rapidement la mort de l'arbre; puis le parasite, ne trouvant plus dans ces tissus morts des conditions aussi favorables à son développement, forme ses réceptacles fructifères, et redevient ainsi saprophyte.
En résumé, VAgaricus mellem peut se multiplier : 1° par ses spores qui germant sur le sol, au voisinage des racines, les attaquent directement; 2' par ses rhizomorphes.
Le premier mode d'attaque est de beaucoup le plus dangereux; car la spore, germant à la base du tronc ou sur les grosses racines, produit un mycélium, qui gagne et s'étend rapidement, dans tout le système radiculaire.
Dans le deuxième cas, la maladie présente une marche moins rapide.
Si par exemple l'extrémité d'un rhizomorphe vient à rencontrer une petite racine d'ordre élevé, et assez éloignée du collet, le parasite mettra un certain temps, quelquefois plusieurs années, avant d'atteindre, en cheminant ainsi entre l'écorce et le bois, la base de cette racine ; pendant toute cette période l'arbre peut encore puiser sa nourriture dans le sol, par ses racines restées intactes ; mais une fois que le parasite a atteint la base du tronc, à partir de ce moment, la maladie présente la même marche et le même caractère de gravité que dans le premier cas.
Le développement de cette maladie n'est nullement en rapport avec la nature du sol et l'influence des agents atmosphériques ; elle sévit également sur les sols les plus riches comme sur les sols les plus pauvres, sur les terrains humides comme sur les terrains secs.
Nous devons maintenant nous demander quel est
o4 MALADIES DES ARBRES FRUITIERS
le remède à employer, pour combattre un pareil ennemi.
Il n'existe qu'un seul remède efficace pour arrêter ses ravages : c'est d'extirper et de brûler les souches et racines des Poiriers et Pommiers atteints, ainsi que des arbres fruitiers voisins, même s'ils ne présentaient aucun symptôme de maladie, s'ils se trouvent dans le rayon, où le champignon étend son système végé tatif.
Dematophora necatriz (R. Hart).
Le Denuttophora necatrvx est un Ascomycète^ du groupe des Pyrmomycètes,
De même que VAgmicus melleus^ il attaque les racines d'un grand nombre d'arbres forestiers et fruitiers. Sur la vigne, il occasionne cette maladie nommée vulgairement jt?(?«n*t^«e ; sur les arbres fruitiers, il produit le dïanc des racines.
Ce parasite forme sur les racines des Poiriers et Pommiers des plaques d'un blanc pur, peu étendues, et d'une épaisseur assez variable ; ces plaques se re- €ouvrent dans une atmosphère humide d'une sorte de duvet cotonneux, ayant environ un centimètre de hauteur. Les filaments mycéliens sont pourvus de renflements piriformes, au niveau des cloisons ; ce caractère est très important, et sert à distinguer nettement ce parasite d'un autre, le EosélUnia aquila, qui se présente avec le même aspect; remarquons toutefois que ce dernier champignon n'a pas encore été signalé sur les arbres fruitiers.
De ce mycélium partent des sortes de cordonnets blancs, n'ayant jamais plus de deux millimètres de diamètre, et qui s'étendent dans le sol comme le font
les rhizomorpJies de VAgaricus mellem ; mais ils en diffèrent par la couleur et la structure : ils ne présentent pas d'écorce brune, ni d'orieutation longitudinale des filaments ; ce n'est pas un stroma comme dans VAgarieus melleus, mais bien un mycélium condensé, où les tubes sont entrelacés, pourvus de distance en distance des renflements dont nous avons parlé.
M. Viala a obtenu la production de Glamydospores^ en plongeant dans Teau le mycélium. Ces organes ne sont autre chose que des cellules enkystées ; ils se forment généralement, quand les circonstances deviennent défavorables à la végétation; le protoplasma se condense dans les parties renflées de ces filaments, acquiert une membrane propre de cellulose, et passe à Tétat de vie latente ; le reste de ces filaments se vide et meurt.
Le Dematopkora necatrix ne présente dans la nature, comme appareil reproducteur, qu'une forme conidienne, qui, du reste assez rare, ne se développe que sur les plantes infestées, mortes déjà depuis quelque temps. Cet appareil conidien revêt Taspect d'un fin gazon gris foncé, d'une épaisseur de 1/2 à 1 millimètre. Au microscope, on distingue des filaments dressés ou hyphes^ portant à leur sommet des conidies incolores ; cette forme conidienne apparaît toujours dans le voisinage du collet de la racine.
M. Viala a obtenu en outre, sur des sarments de vigne conservés dans son laboratoire, despgniides^ ainsi que despérithèces.
Lespymides naissent sur des sclérotes formés dans les tissus par le mycélium ; elles sont closes et produisent à leur intérieur des conidies brunes, généralement unicellaires, mais qui peuvent acquérir avec Tàge une ou deux cloisons.
Lespérithkes apparaissent plus tard; M. Viala a pu constater qu'ils se formaient généralement deux ans et demi après que la plante hospitalière a été infestée. Ces périthèces mûrs sont entièrement clos, de couleur brun foncé, et portés par un court pédicelle, sur lequel ils semblent insérés obliquement. Les asqués, entremêlés de paraphyses plus élevées, renferment 8 spores brunes, fusiformes, disposées en une seule rangée.
Comme pour YAgarkus melleus^ il n'existe pas àe
raitement curatif, le mycélium qui végète dans les
issus étant à l'abri de l'action des fongicides; par
suite, tout Poirier ou Pommier qui présentera sur ses
racines les symptômes de cette maladie devra être
arraché immédiatement, sans laisser le parasite
prendre plus d'extension et infecter ultérieurement
es arbres fruitiers.
Il sera nécessaire de ramasser, et de brûler avec soin, toutes les racines, dans le trou même qu'on aura été obligé de creuser pour extirper l'arbre.
Il est une dernière remarque fort importante : c'est que ces cordons, aussi bien pour le Dematophora necatrix^ que pour VAgarkus melleits^ peuvent passer à l'état de vie latente; d'autre part, le mycélium du parasite peut continuer à vivre dans le sol, au milieu des résidus en décomposition. Il en résulte que les moindres fragments de racines qu'on aura laissés par mégarde dans le sol peuvent devenir des foyers d'infection : aussi MM. Prillieuxet Delacroix conseillent « de laisser nu et improductif le sol contaminé, car il est bien prouvé que beaucoup de plantes qui n'en souffrent que peu ou pas peuvent donner asile au pourridié sur les racines, tels les haricots, les pommes de terre, etc. ». II. y aurait aussi grand intérêt
à trouver une substance toxique pouvant être pratiquement employée pour anéantir le mycélium qui reste dans le sol; des recherches devraient être faites dans cette voie, peut-être fourniraient-elles le moyen vraiment efficace d'arrêter les progrès de l'invasion du pourridié, non seulement dans les plantations de mûriers, mais encore dans les vignes et les jardins fruitiers, où il cause encore de grands dommages.
Honilia fructigena (Pers.).
Syn.. : Oidium fructigenum (Pers.).
Ce parasite attaque tous les fruits, poires, pommes, prunes, cerises, abricots, pêches, etc. Le thalle végète à l'intérieur des tissus, et envoie à travers l'épiderme des touffes convexes de filaments dressés, compacts, d'un blanc jaunâtre.
Au microscope, on reconnaît que ces filaments sont formésde rangées de cellules en chapelets, simples ou ramifiés, qui se désarticulent facilement, deviennent libres, et prennent enfin une forme elliptique ou ovale ; ces cellules germent et reproduisent le thalle, quand elles rencontrent un milieu convenable ; elles remplissent ainsi le rôle de conidies (fig. 21).
Sur les poires et les pommes, on ne trouve que des taches isolées; sur les prunes, cerises et abricots, ces touffes sont souvent réunies d'une façon concentrique, quelquefois les prunes sont tellement envahies, qu'elles deviennent entièrement blanches ou blanc jaunâtre.
Bien qu'on ait reconnu la présence du mycélium
sur déjeunes fruits, le parasite n'est bien apparent, et ne présente tout son développement qu'au moment de la maturité.
Fig 21. — Appareils fructifères du Monilia fructigena, formé de spores réunies en chapelet. — C, une de ces spores isolée fortement grossie. {Gardeners' Chronicle.)
On a remarqué que les fruits atteints de cette maladie sont moins sujets à la pourriture; cela tient
probablement à ce que les spores des moisissures ne trouvent pas à leur surface un milieu convenable à leur développement, le Monilia fructigenci ayant à l'aide de son mycélium modifié sa nature chimique.
Ce parasite n'est pas très nuisible ; le seul dommage qu'il occasionne, en général, c'est de déprécier les fruits, en les rendant moins propres à l'alimentation.
On ne connaît pas de remède radical et pratique pour le combattre.
Les Lichens et les Housses.
Un grand nombre de mousses et de lichens se déloppent, à la surface des troncs et des principales branches des arbres fruitiers, et principalement des Poiriers et des Pommiers.
Ce ne sont pas des parasites proprement dits, car ils sont pourvus de chlorophylle, et peuvent par suite fabriquer les hydrates de carbone nécessaires à leur croissance ; mais ils causent un dommage indirect,, en servant de refuge à un grand nombre d'insectes ; d'autre part le thalle ordinairement crustacé des lichens^ ainsi que les touffes serrées des fines tiges des mousses, forment une sorte de croûte ou de coussin recouvrant les lenticelles (1), qui sont, pour ainsi dire, les portes par lesquelles l'air peut arriver et
(1) Lcnlicelles. — Le liège ou couche la plus externe de récorce est un tissu formé de cellules disposées en séries radiales et concentriques sans laisser entre elles de méats, de telle sorte que l'air ne peut les traverser; mais, de distance en distance, il existe des plages en forme de lentille, d'où le nom de lenticelles, qui sont constituées de cellules arrondies laissant entre elles des espaces, par où Vair atmosphérique pénétre et vient servir à la respiration du parenchyme de l'écorce.
circuler, entre les lacunes et les méats du parenchyme de l'écorce. Il est donc important d'en débarrasser les arbres.
Pour les momses, le meilleur et le plus sûr moyen de les détruire consiste à racler les écorces en hiver avec le décortiqueur-émoussoir, sorte de grosse fourchette à dents recourbées, ou avec un gant spécial à mailles d'acier, puis à badigeonner le tronc et les grosses branches avec un lait de chaux, auquel on ajoute un peu de suie ; ce qui donne au mélange une teinte grisâtre, moins visible et moins désagréable.
On détruit les lichens, en faisant des bassinages à l'aide d'une solution de sulfate de fer, à raison de 40 kilogrammes de ce sel par hectolitre d'eau.
On peut encore répandre sur les arbres de la chaux, à l'état de poudre très fine, autant que possible par un temps brumeux et humide ; pour cela, quand toutefois la chose est faisable, un homme monte dans l'arbre et sème la poudre autour de lui ; la chaux s'empare de l'eau dont les lichens sont saturés, et les détruit promptement.