DISTENSION ET RUPTURE DES NERFS
Une traction exercée sur un nerf peut déterminer, suivant son degré d'intensité, une distension ou une rupture de ce nerf. Lorsque la distension nerveuse est exécutée dans un but thérapeutique, elle porte le nom iïélongalion. Celle-ci est le plus souvent pratiquée après mise à nu préalable du nerf et constitue, par conséquent, un trauma-
(1) BAnDENiintJnn, Inc. cit., p. 181.
DISTENSION ET RUPTURE DES NERFS. 69 tisme expose. Par contre, les distensions et les
ne s'accompagnent généralement pas de plaies des téguments II est donc ^Ze°de raUacher l'étude de cette intéressante variété de lésions nerveuses à celle des traumatismes non exposes.
ÉTIOLOGIE - La distension d'un nerf peut se produire d'une façon lente et progressive et succède alors au développement d une tum u cp soulève° peu à peu le tronc nerveux. Mais cette distension Ll ne présente que peu d'intérêt, et la distension brusque doit entrer seule en ligne de compte.
Elle se produit clans les circonstances suivantes 1° a la suite d un mouvement forcé ; 2° à la suite d'une luxation ou d une fracture, 1 os brisé ou déplacé jouant le rôle d'une saillie qui soulève brusquement le nerf; 3» dans les cas d'arrachement partiel ou total d un membre.
lo H est toute une série de mouvements qui tendent certains troncs nerveux. Mais cette tension ne dépasse pas normalement a limite d'élasticité du nerf et reste même en deçà de celle-ci Si le mouvement prend une amplitude excessive, le nerf peut être distendu et même déchiré. La flexion de la cuisse sur le bassin, la jambe étant étendue sur la cuisse, détermine une tension du grand sciatique qui se réfléchit sur l'échancrure de l'os iliaque et sur la saillie de la tête fémorale Si on exagère la flexion, le nerf se distend [Vogt (1), Trombelta (2), Nicaise]. Lorsque la jambe est fléchie sur la cuisse, l'élongaliondu sciatique ne peut plus se produire parla flexion de la cuisse sur le bassin, sauf si celte flexion atteint un degré extrême. Aussi le fait de Campenon, qui vit se produire une paralysie du membre inférieur après avoir gardé longtemps la position du tireur à genou, nous paraît-il devoir être interprété comme un cas de compression du sciatique par le talon sur lequel reposait la fesse et non comme un cas d'élongation du nerf. L'extension forcée du poignet peut déterminer une distension du médian et peut-être du cubital.
Mais une des variétés les plus intéressantes est constituée par la distension des racines du plexus brachial, consécutive à certains mouvements forcés du moignon de l'épaule. Comme l'ont montré les recherches expérimentales de Fieux (3), Duval et Guillain (4), cette distension peut succéder soit à une h yperélévalion du bras, soit à un abaissement exagéré du moignon de l'épaule, que cet abaissement soit dû à une pression directe sur la voûte acromiale ou qu'il résulte d'une traction exercée sur le membre supérieur. Cet abaissement
(1) Vogt, Die Nervendchnung als Opération in der chirurg. Praxis, Leipzig,
(2) Tromiietta, Sullo sliramento dei Nervi, Messina, 1880.
(3) Fieux, Annales de gynécologie, 1897.
(4) Pierre Duval et Guillain, Pathogénie des accidents nerveux consécutifs aux luxations et traumatismes de l'épaule (Arch. gén. de méd., 1898, t. II, p. 113),
détermine une élongation des racines et plus particulièrement des cinquième et sixième. Il importe d'ailleurs de remarquer qu'à l'élongalion se combine un certain degré de contusion de ces deux racines au niveau de leur angle de réflexion sur l'apophyse transverse des cinquième et sixième vertèbres cervicales (Voy. fig. 21). De môme
Fig. 24. — Segment radiculaire du plexus brachial gauche (d'après P. Durai
et G. Guillain).
les racines inférieures (septième cervicale et premier dorsale) pourront être à la fois élongées et contusionnées sur le bord supérieur du trou de conjugaison dans lequel elles s'engagent. Nous ne pouvons insister ici sur ces faits, qui sont du domaine de la pathologie spéciale. Mais nous avons tenu à les signaler pour montrer combien est généralement complexe le mécanisme des lésions observées.
Dans certains cas, assez rares, il semble bien se produire une élongation typique, comme dans la curieuse observation publiée par Brodmann (1). Il s'agissait d'un malade dont le bras et l'épaule droite avaient été fortement attirés en avant, alors qu'il se produisait une extension forcée du cou. Ce double mouvement entraîna une hyperextension des scalènes et consécutivement une élongation du nerf du grand dentelé, qui repose sur ces muscles.
2° La distension des nerfs est fréquente après les luxations el tes fractures.
(1) Brodmann, Krilischer Beitrag zur Symptomatologie der solilar. Serraluslahmung nebst Bemerkungen iiber die erwertschadigenden Folgen derselben (Deutsche Zeitschrifl f. Nervenheilk., 1900, Bd. XVI).