I. Aspect macroscopique. — Les névromes terminaux
siègent de préférence sur. le bout central. Mais ils peuvent également se montrer au niveau du bout périphérique. Dans ce cas, ils sont généralement moins volumineux.
Le type des névromes terminaux est le névrome d'cimpulation. Le volume de celui-ci varie avant tout suivant le nerf auquel il appartient Mais, pour un même nerf, on rencontre des névromes de volume très variable. La nodule occupe généralement l'extrémité du tronc sectionné. Cependant il peut siéger un peu au-dessus de la section. Il existe alors, au-dessous de la partie renflée, un cordon plus ou moins épais qui va se perdre à quelque distance plus bas. En réalité, ce siège paraterminal est une apparence. Le névrome siège bien au niveau du point sur lequel a porté la section, et le cordon sousjacent doit être regardé comme une formation nouvelle qui a pris naissance sur le névrome lui-même.
NÉVROMES TRAUMATIQUES. 89 Les névromes d'amputation sont généralement ari^ndis pionne ovoïde, se continuant insensiblement par leur *f*™*™^^ avec lè tronc nerveux. Lorsque plusieurs nerfs adjacents ont été Actionnés au môme niveau, ils sont souvent réunis par un névrome
U1LeUnévrome est généralement adhérent aux parties voisines et plus particulièrement à la masse fibreuse qui unit les tendons et le muscles à la face profonde de la peau. Il peut également adhérer au périosteetàros.Danscertainscasquirépondentplusparticuhèremen
à ceux où l'amputation est déjà de date ancienne, le névrome es! séparé des parties voisines par un tissu cellulaire plus ou moins lâche.
Les névromes partiels se présentent sous la forme de petits nodules arrondis, faisant une saillie plus ou moins marquée a a surface du nerf. Ils peuvent même occuper la partie centrale de
celui-ci. . ,
Sur la coupe, les névromes traumatiques ont une coloration bleu jaunâtre et se montrent formés par un feutrage serré de faisceaux entre-croisés.
V 4V Vil Pi V l S> A,f V ■ I '.' ■ ) • <
K>ïà vV A ^Vvï<A *k Vf WV' Y*¥
Fig 25 — Névrome traumatique (palet safraniiie) [d'après Durante].
II. Structure histologique. — Sous le microscope, le névrome traumatique apparaît constitué par une charpente de gros faisceaux conjonctifs limitant des espaces remplis par des fibres nerveuses ou des éléments à caractères embryonnaires, de nature discutée.
Les fibres nerveuses ont une direction générale longitudinale; elles présentent en même temps les inflexions les plus irrégulières et affectent un trajet onduleux et même franchement spiroïde. Au niveau de la partie moyenne du névrome, ces fibres, groupées en fascicules,
sont très grêles; elles ne présentent qu'une mince bordure myéliniquo et possèdent de nombreuxnoyaux. Leur calibre diminue encore lorsqu'on se rapproche de l'extrémité libre du névrome; elles se ramifient en effet à ce niveau et se résolvent finalement en de menus filaments, qui se perdent entre les faisceaux conjonctifs. Lorsqu'on examine au contraire le col du névrome, on voit apparaître des tubes nerveux de plus en plus larges et à noyaux moins nombreux, acquérant ainsi, d'une façon progressive, les caractères de la fibre nerveuse normale.
Les éléments embryonnaires se présentent soit sous l'aspect de fibres amyéliniques, soit sous celui de bandes protoplasmiques parsemées de noyaux, soit enfin sous la forme de cellules fusiformes plus ou moins allongées. On trouve tousles intermédiaires entre ces différentes variétés. Comme nous allons le voir, la nature de ces éléments et plus particulièrement celle des cellules fusiformes est fortement discutée. Nous admettrons provisoirement avec Durante qu'elles représentent des formes embryonnaires plus ou moins différenciées des fibres nerveuses.
NATURE. — La structure des névromes traumatiques, telle que nous venons de l'indiquer, a étéinlerprétée fort différemment suivant les auteurs.
Certains, comme Dejerine, admettent que les tubesgrèles constituent non pas des tubes néoformés, mais au contraire des fibres envoie de régression. Les éléments embryonnaires seraient de nature conjonctive et traduiraientleprocessus d'hyperplasie qui représenterait ensomme une simple cirrhose hypertrophique interfasciculaire.
Les partisans de la théorie de la régénération par les cylindraxes du bout central admettent avec Ranvier que la masse principale des névromes traumatiques est constituée par le produit du bourgeonnement des cylindraxes sectionnés.
Les défenseurs de la théorie de la régénération autogène regardent au contraire les fibres néoformées comme résultant de la différenciation des névroblastes proliférés. Les diverses formes cellulaires que nous avons décrites représenteraient les différentes étapes de la différenciation de l'élément embryonnaire en fibre nerveuse adulte.
Nous avons déjà insisté, en étudiant les plaies des nerfs, sur ce que ces différentes opinions avaient de trop absolu. Si les éléments jeunes en voie de prolifération nous paraissent indiscutablement de nature nerveuse, il convient de ne pas exagérer leur rôle dans l'édification des cylindraxes néoformés. Comme nous l'avons vu, isolés, soustrailà Faction des cylindraxes du bout central, les neuroblastes n'arrivent j édifier que des formations cylindraxiles abortives. La prise de contact avec les cylindraxes du bout central est indispensable pour que la différenciation soit définitive et complète.
NÉVROMES TRAUMATIQUES. 91 Le rôle primordial dans la formation du névrome traumatique n'en appartient pas moins aux neuroblastes , produits de la mu tiplicalion des cellules segmentaires terminales du nerf sectionné. Il en résulte que le névrome ne siège pas sur l'extrémité du nerf sectionne, mais au delà de cette extrémité, comme le fait remarquer avec juste raison Durante. Que les neuroblastes s'échappent par la surface de section d'un nerf complètement coupé ou parle plaie incomplète qui entame simplement quelques fibres, le bourgeonqui est la résultante deleur prolifération représente toujours une masse surajoutée au nerf etnon un produit de la transformation decelui-ci. Celajustifieraitladénomination de névrome, si celle-ci n'avait pas l'inconvénient d'évoquer a tort un processus de nature néoplasique.
SYMPTOMATOLOGIE. — Les névromes traumatiques provoquent parfois des troubles fonctionnels, consistant essentiellement en douleurs plus ou moins violentes.
C'est l'intensité môme de cette douleur qui caractérise le tubercule douloureux sous-cutané. C'est également par des phénomènes douloureux à caractère névralgique que se manifestent les névromes d'amputation. Celte névralgie se présente généralement sous forme de crises qui peuvent atteindre une acuité extrême. Il est à peine besoin de faire remarquer que tous les névromes traumatiques ne sont pas le siège d'aussi violentes douleurs. Quelques-uns présentent même une indolence remarquable.
On peut se demander le pourquoi de ces différences. On fait généralement jouer un rôle important aux causes mécaniques dans la genèse des phénomènes douloureux. C'est ainsi que, pour les névromes d'amputation, on invoque volontiers la pression de l'appareil, le contact avec une extrémité osseuse saillante, l'englobement clans une masse fibreuse exubérante, etc.
Mais il est des cas où ces facteurs mécaniques ne peuvent être mis en cause. Quénu et Lejars attribuent certaines névralgies des moignons à une vascularisation excessive des névromes. Durante, à l'appui de cette hypothèse, cite l'observation de Smith, « dont le malade amputé du bras avait trois névromes; ceux du médian et du radial, indolores, étaient blancs et dépourvus de vaisseaux; celui du brachial cutané, très douloureux, était fortement vascularisé ».
En réalité, la cause le plus évidente des douleurs doit être cherchée dans la névrite. Le névrome est douloureux parce qu'il est enflammé. Et l'on peut se demander si, dans ce cas de Smith, la vascularisation excessive du névrome, siège des douleurs, n'était pas due à l'inflammation de celui-ci. Ainsi s'expliquent les autres symptômes qui accompagnent si souvent la douleur : plaques d'anesthésie, troubles trophiques et sécrétoires, atrophie musculaire, etc.
Les signes physiques se réduisent à la constatation objective du névrome. Lorsque celui-ci est superficiel et assez volumineux, cette constatation est facile. Dans le cas de névrome terminal, on trouve une masse dure, ovoïde, plus ou moins mobile et qui est le siège d'une sensibilité assez vive. Ces caractères, joints au siège de la petite tumeur et à ses rapports avec un tronc nerveux, ne laisseront aucun doute sur sa nature.
ÉVOLUTION. — Lesnévromes traumatiques n'ont aucune tendance à s'accroître. Ils peuvent môme s'atrophier dans une certaine mesure. Mais c'est là une éventualité assez rare, surtout lorsque le névrome est le siège de phénomènes douloureux.
TRAITEMENT. - • Lorsqu'un névrome traumatique ne provoque pas de douleur, ilneréclameaucun traitement. Maissouventl'exislence de phénomènes douloureux nécessite un traitement actif.
Nous n'insisterons pas sur le thérapeutique médicale. Mentionnons seulement les bons résultats que peuvent donner, dans les cas légers, les applications chaudes (1), l'électricité sous forme de courants de haute fréquence, les rayons violets, etc. Avant d'avoir recours à une intervention, on pourra également employer les injections d'alcool dans le névrome douloureux.
Mais, en raison de l'échec de ces différents modes de traitement, l'opération est souvent nécessaire.
Dans le cas habituel du névrome d'amputation, elle consistera généralement dans l'ablation du névrome, dans lanévrectomie. Cette ablation n'assure malheureusement pas toujours la guérison, et il n'est pas rare de voir le chirurgien obligé de pratiquer plusieurs névrectomies successives. Il peut cependant y avoir des inconvénients à sectionner un nerf trop loin de l'extrémité du moignon. Celle-ci peut, en effet, devenir insensible et même être le siège de troubles trophiques plus ou moins graves, comme l'a constaté Bardenheuer.
En raison des ennuis graves que provoquent parfois les névromes d'amputation, il y a un grand intérêt à essayer de prévenir leur formation. Il est vraisemblable que l'infection prédispose sinon à la formation du névrome, du moins à l'apparition des douleurs. Une réunion per pnmam est donc la première condition qu'il faut chercher à réaliser.
Il conviendra, d'autre part, de~chercherà obtenir un moignon correct dans lequel les tronçons nerveux seront coupés en bonne place et ne risqueront pas d'être comprimés entre les sections osseuses el l'appareil prothétique. Mais n'est-il pas possible de faire mieux?
(11 Dans un cas observé par nous el dans lequel il existait des douleurs extrêmement violentes, celles-ci ont complètement disparu sous l'influence de douches d'air surchauffé.
NÉVROMBS TRAUMATIQUBS.
Tout récemment, Bardenhener ^Z^nl^I^ à éviter d'abandonner dans ^ P^T^Zl proliférer en véritable porte de sort.e P^^^^™^™^ névrorae.
Aussi, tanlau cours des amputationsque dans les opérations secondaires nécessitées par des névromes douloureux, ilrecommande desuppnmerla sur-
B CD Fie <>6. - Neurinkampsis (d'après Barden- ^euer) A et B, fixation du bout sur la face latérale avivée du tronc nerveux; C et D, fixation du bout dan. une lente pratiquée sur le tronc nerveux
jrjj, 07. — Neurinkampsis (d'après Bardenheuer). — Implantation du bout après reploiement et perforation du tronc nerveux.
face nerveuse avivée par une opération plastique à laquelle il donne nom de Neurinkampsis. Comme le montrent les figures ci-contre, la chnique à employer peut être variable. On pourra praUquer soU une anastomose après simple reploiement du nerf (fig. 26, A et B
Fig. 2S. — Neurinkampsis (d'après Bardenheuer). — A et B, dédoublement du nerf et suture des surfaces avivées.
Fig. 29. — Neurinkampsis (d'après Bardenheuer). — Suture des surfaces avivées de deux nerfs adjacents.
et C et D), soit une anastomose par boucle avec perforation du tronc nerveux (fig. 27, A et B), soit encore une suture par reploiement de l'extrémité fendue du nerf sectionné (fig. 28, A et B). Lorsque la section a intéressé deux nerfs adjacents, on peut suturer Tune à
l'autre leurs deux surfaces avivées en employant un procédé analogue à celui représenté sur la figure 29. Ces sections plastiques, Très logiques, doivent donner d'excellents résultats. En fait, Bardenheuer les a utilisées dans 4 cas de névreclomie pour névrome et dans 10 amputations sans jamais avoir de névromes douloureux.
NÉVRITES
Sous le nom de névrites, on décrit non seulement les Lésions inflammatoires des nerfs, mais encore les altérations d'ordre dégénératif qui résultent de l'action de certaines substances toxiques.
Ouelques-uns vont même encore plus loin et font entrer dans le cadre des névrites les lésions de régression cellulaire d'origine w allérienne. Et si cette manière de voir n'a plus guère d'adeptes, au moins sur le terrain théorique, il faut reconnaître qu'en fait on rattache bien souvent aux névrites une série de troubles post-lraumatiques, relevant simplement d'une gêne plus ou moins grande de la circulation interstitielle du nerf, gêne causée par une sclérose de nature purement cicatricielle.
De cette extension considérable donnée au terme de névrite, il résulte que celui-ci englobe des faits assez disparates dont l'étude constitue un chapitre extrêmement étendu. Il est vrai que la plus grande partie de cette étude est du domaine de la pathologie interne. Seules quelques variétés intéressent le chirurgien. Mais on conçoit qu'il soit assez malaisé de définir avec précision ces névrites chirurgicales. Cependant et avec les réserves que comportent ces distinctions toujours conventionnelles, on peut adopter la définition suivante : on décrit sous le nom de névrites chirurgicales les néuriles dues à une cause locale, que Vinfection se fasse à i occasion d'un traumatisme ouvert ou fermé ou qu'elle relève d'une inflammation de voisinage.
ËTI0L0GIE. — Ainsi définies, les névrites chirurgicales peuvent être divisées en deuxgroupes : les névrites traumaliques etles névrites par propagation.
I. Névrites traumatiques. — Les névrites traumatiques succèdent à un traumatisme le plus souvent ouverl, beaucoup plus rarement fermé.
Toute plaie intéressanl un nerf peut être le point de dépari d'une névrite. Mais certaines variétés de plaies exposenl plus que d'autres à cri ir complication. Telles son! les plaies conluses, comme les écrasements on les plaies anfractueuses el déchiquetées. La présence
NÉVRITES. 95 d'un ou plusieurs corps étrangers au voisinage du nerf blessé ou dans l'épaisseur de celui-ci constitue également une cause prédisposa somme, nous voyons intervenir, dans la production de la névrile tous les facteurs qui favorisent ou aggravent 1 .nfcc .on du loye, traumatique. Aussi bien, cette complication, fréquente au Ire fo s deTnl aujourd'hui déplus en plus rare. Elle estmême exceptionnel e lorsqu Ta plaie du nerf est le fait d'une intervention chirurgicale pratiquée aseptiquement. Il semble que les plaies «complète, exposent plus à la névrite que les sections complètes et que les lésions des nerfs de petit volume, comme les collatéraux des doigts, s'accompagnent plus souvent de névrile que les pla.es des gros troncs nerveux.
Les plaies consécutives aux injections sous-cutanées mentent une mention spéciale. Dans ce cas, à la piqûre du filet nerveux s ajou e l'action irritante ou caustique de la substance injectée. D ailleurs la simple mise au contact de celle-ci et du nerf peut provoquer des phénomènes de névrite, même lorsque l'aiguille n'a pas rencontre le tronc nerveux. Ils'agit le plus souvent d'injections d'éther [Ocounkoff (1 ), Arnozan (2), Salvat (3), etc.] ou de préparations mercunelles
[Dopler et Tanton '4)].
On peut rapprocher des névrites consécutives aux plaies des nerfs celles qui succèdent à une brûlure ou à une gelure. B.en qu'ici encore l'infection secondaire delà région brûlée semble jouer un rôle prédominant, il faut reconnaître que la nature même du traumalisme a une grande influence sur l'apparition des accidents. On a même signalé des cas où les accidents névritiques prennent d'emblée une telle extension que Ton est amené à admettre qu'il doit se former au niveau du foyer .le la brûlure des toxines pouvant excercer une action élective sur le système nerveux périphérique [J. Pal (5)].
Il est beaucoup plus rare, mais non exceptionnel, de voir lanévrite succéder à un traumatisme fermé.
On l'a signalée à la suite de fractures [Sturel (6), Lejars (7)],de luxa-
(1) Ocounkoff, ï'/iése de doctorat, Paris, 1877.
(2) Arnozan, Des névrites consécutives aux injections hypodermiques d'éther [Gaz. hebd., 1885).
(3) Salvat, Des névrites consécutives aux injections hypodermiques d'éther, Thèse de Bordeaux, 1884.
(4) D opter et Tanton, Deux cas de névrite sciatique causée par des injections mercurielles pratiquées dans les muscles de la fesse [Bévue de médecine, 1901, p. 793).
(5) J. Pai,, Polyneuritis nach Verbriihung [Ally. Wiener med. Zeitung, 1900, n° 15) .
(6) Sturel, cité par Lejars, loc. cit., p. 75.
(7) Lejars, loc. cit., p. 75.
lion [Fortin ou môme d'une simple entorse [Pilot (2)J. On peut également la voir apparaître à la suite d'une contusion. Brodmann (3) a signale un cas de névrite ascendante grave, consécutive à un traumatisme de la pulpe de l'annulaire droit, sans plaie extérieure apparente.
Dans le môme ordre d'idées, signalons les accidents consécutifs aux compressions professionnelles Gilberl Ballel [4 ou à une contraction musculaire prolongée E. Weber(5) . el rappelons le rôle important (pie jouent les altérations des nerfs dans la contracture ischémique de Volkmann,
I les névrites consécutives aux traumalismes fermés ne ressorlissent pas à une pathogénie identique. Il est vraisemblable que si, dans certains cas, les symptômes névritiques apparaissent à l'occasion d'un traumatisme, celui-ci se borne en réalité à faire éclore des accidents préparés par une intoxication antérieure, saturnisme ou alcoolisme. Mais, lorsque le terrain parait vierge de toute tare, celte explication n'est plus de mise. En l'abscence dûment constatée de toute solution de continuité des téguments de la région, il faut admettre une infection par voie sanguine, se localisant sur le nerf traumatisé, à la faveur des lésions vasculaires que présente celui-ci.
Mais est-il vraiment nécessaire de faire intervenir l'infection dans la totalité de ces cas? Nous ne le pensons pas, et il y a tout lieu de croire qu'il s'agit parfois de pseudo-névrites plutôt que de névrites vraies. Les lésions purement mécaniques que détermine le traumatisme sont en effet suffisantes pour provoquer des phénomènes de sclérose, susceptibles de gêner la circulation interstitielle du nerf et de compromettre la nutrition de ses éléments. Cette sclérose posltraumatique suffit à expliquer le complexus symplomatique que l'on peut continuer à qualifier de névrite, sous cette réserve que l'infection n'est pour rien dans sa production. Nous reviendrons dans un instant sur ce point, en étudiant l'anatomie pathologique des névrites.
IL Névrites par propagation. — Dans ce cas, la névrite résulte de la propagation au nerf d'un processus inflammatoire siégeant primitivement dans un organe adjacent.
Cette propagation n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire au premier abord. Depuis longtemps, les chirurgiens ont remarqué que
(1) Fortin, Contribution à l'étude de la névrite périphérique traumalique, Thèse de Paris, 1889.
(2) Pitot. Deux observations de névrite périphérique traumatique [Bull, de la Soc. scient, el méd . de l'Ouest, t. II, p. 1).
(3) Brodmann, Neuritis ascendens traumatica ohne aïisserc Verwundung (Mùnchener med. Wochenschr., 1900, n°* 24 et 25).
(i) Gilbert Ballet, Accidents consécutifs à la compression habituelle du médian chez un ouvrier employé à ouvrager le verre [liev. de méd., 188-4).
(5) E. Wbber, Zur /Etiologie peripheren Ulnaris u. MecJianusliihmungen (Deutsche Zeilsch r. fur Nervenheill,:,) 189'J, XV).
NÉVRITES. 97 des nerfs baignant dans le pus peuvent conserver assez longtemps une intégrité absolue. Cornil et Ranvier ont montré que cette intégrité tenait à la résistance de la gaine lamelleuse et à l'indépendance des vaisseaux lymphatiques du nerf. La moindre déchirure de la gaine permet au contraire l'irruption des agents infectieux à l'intérieur du tronc nerveux.
Mais il va sans dire que cette résistance des troncs nerveux n est jamais que relative. Les observations abondent où l'on voit une névrite succéder à une infection de voisinage : névrite du crural dans le psoïtis, névrite du plexus lombaire dans le phlegmon pénnéphrétique, etc. Les accidents névritiques sont tout particulièrement fréquents au coursdes phlegmons de l'avant-bras et de lamain.
On peut également les voir apparaître à la suite d'un hygroma suppuré [Charcot(l)], dune arthrite purulente, d'une ostéomyélite aiguë [Lérenine (2)]. Un certain nombre de névralgies du trijumeau sont de véritables névrites, qui ont leur point de départ dans une infection de la pulpe dentaire. Citons encore les névrites consécutives aux phlébites et qui sont dues à la propagation du processus phlébilique aux veines intratronculaires (Quénu).
Ces différentes névrites sont de véritables névrites infectieuses dont la pathogénie ne soulève aucune difficulté. Il n'en est pas de même de celles qui succèdent à certaines infections chroniques et dont l'exemple le plus intéressant est fourni par les névrites consécutives aux arthrites tuberculeuses, sur lesquelles Kiener et Poulet ont depuis longtemps attiré l'attention. On ne saurait invoquer dans ce cas un processus infectieux. Les constatations anatomiques permettent au contraire d'admettre qu'il s'agit de névrites dégénératives d'origine toxique. La localisation des lésions sur certains nerfs laisse supposer que la pénétration des toxines se fait au niveau des riches terminaisons nerveuses que possède la synoviale articulaire malade.
Mais, quelle que soit leur pathogénie exacte, encore mal établie, ces névrites d'origine articulaire présentent un grand intérêt. Elles constituent la meilleure explication des atrophies musculaires consécutives aux arthrites et dont la théorie réflexe, encore que très en faveur aujourd'hui, ne permet guère de comprendre la genèse. Peut-être aussi faut-il attribuer à ces névrites locales la présence de certains points douloureux, véritables points névralgiques que l'on fait souvent dépendre d'hypothétiques foyers osseux que l'intervention sanglante ne permet presque jamais de retrouver.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — On sait que les névrites peuvent,
(1) Charcot, Arch. gén. de mèd., 1885, 7« série, t. XVI, p. 151.
(2) Lérenine, Ann. de chir. de Moscou, vol. IV, i'asc. 5, 1894.
Chirurgie. X.
au pointtle vue analomiquc, être divisées en deux groupes (Durante) : les névrites interstitielles ou névrites proprement dites, et lesnévrites parenchymateuses ou névrites dégénératives. Nous rappellerons brièvement les caractères de chacun de ces groupe-.
La névrite inlerslilielle est une inflammation du tissu conjonctif interstitiel du nerf; aiguë, elle comporte tous les intermédiaires entre le simple œdème inflammatoire et l'abcès ; chronique, elle aboutit à la formation d'une sclérose interfasciculaire plus ou moins marquée. Les lésions des tubes nerveux peuvent manquer . Lorsqu'elles existent, on les considère comme secondaire aux altérations de l'élément conjonctif.
Dans la névrite parenc/u/maleuse, les lésions essentielles siègent sur les fibres nerveuses. Cette variété est caractérisée non seulement par l'altération primitive des éléments nerveux, mais encore par la nature même des lésions, qui sont d'ordre dégénéra tif plutôt qu'inflammatoire, d'où le nom de névrite dégénérafive que lui donne Durante. Nous ne pouvons décrire ici en détail les lésions de la névrite dégénérative, qui répond plus particulièrement aux névrites médicales (1*). Nous rappelleronssimplement que les altérations initiales consistent en une hyperplasie du protoplasma et une désintégration granuleuse de la myéline, bien différente de la fragmentation en gros blocs qui caractérise la dégénérescence wallérienne. Les lésions du cylindraxe sont plus tardives. Après avoir présenté des .modifications variables suivant les cas, il pâlit, devient indistinct, puis finalement disparaît. Ces altérations du cylindraxe peuvent même faire défaut, et les désordres se limitent au proloplasma non différencié et à la myéline (névrite segmenlaire péri axile). Quoi qu'il en soit, ces lésions successives aboutissent à enlever à la cellule segmenfaire sa différenciation. Dans les formes graves, l'altération de la cellule segmentaire aboutit à la dégénérescence granuleuse' ou graisseuse lotaie de cet
Fifr. 30. — Névrite .interstitielle hypertrophiée. Coupe transversale d'une racine rachidienne (Gombault\ — A, tissu fibreux très épaissi ; 13, racine dont les tubes nerveux sont altérés ; C, perinèvre épaissi.
(1) Voy. Traité de médecine.
NÉVRITES. 99 élément. Dans les formes légères, cette cellule peut reprendre sa différenciation primitive.
Il n'est pas besoin d'insister sur les différences profondes qui séparent la névrite dégénéra tive de la dégénérescence wallérienne. Suivant l'expression de Durante, « la dégénérescence wallérienne est un phénomène actif d'adaptation cellulaire à de nouvelles conditions physiologiques. Dans la névrite, il y a modification et dégénérescence de la cellule, dont A les portions conservées pourront ultérieurement réparer les pertes subies ».
La plupart des variétés de névrite chirurgicale appartiennent au groupe des névrites proprement dites ou névrites interstitielles.
Le type de ces névrites interstitielles est représenté par la névrite qui succède à une piqûre septique. Dans ce cas, à la période aiguë, la découverte du nerf malade montre que celui-ci est augmenté de volume sur une certaine étendue ; il est fortement congestionné et le réseau vasculaire du névrilemme se dessine avec netteté. Parfois même il existe de petites hémorragies sousnévrilemmatiques.
Dans la phase chronique, le nerf est entouré d'une gangue
fibreuse plus ou moins épaisse. Il est lui-même soit régulièrement augmenté de volume, soit épaissi par places, ce qui lui donne un aspect bosselé.
Les lésions histologiques de la période aiguë sont assez mal connues, faute d'observations. C'est plutôt a priori que sur la foi di constatations directes que l'on admet qu'il existe une congestion intense des vaisseaux et une infiltration leucocytaire considérable d3 l'épinèvre.
Leslésions qui caractérisent les cas chroniques sont mieux établies, car les examens histologiques sont ici moins exceptionnels. Elles consistent en une sclérose plus ou moins intense du tissu conjonctif
Fig. 31. — Névrite dégénérative ; dégénérescence segmentaire périaxile (Duranle). — A, tubes nerveux dissociés montrant dès segments munis ou privés de myéline (celleci est colorée en noir) ; B, désintégration de la myéline ; C, tubes nerveux dont les débris de myéline sont enrobés dans une masse protoplasmiquc finement grenue.
interstitiel avec altérations secondaires des tubes nerveux, si les lésions conjonctives sont anciennes ou extrêmement marquées.
On a cherché à suppléer à l'insuffisance des documents anatomopalhologiques par V expérimentation. Mais il est difficile de provoquer des névrites expérimentales. Vulpian, Weir-Mitchell ont depuis longtemps insisté sur cette difficulté. Plus récemment d'autres auteurs ont été plus heureux. Les injections pratiquées sur l'animal par Homen et Laitinon (1) (streptocoques), Pirrone (2) (pneumocoques), Sicard et Bauer (3) (charbon), etc., ont déterminé, comme il fallait s'y attendre, des lésions de névrite interstitielle comparables à celles que l'on a décrites chez l'homme.
Certaines variétés de névrites chirurgicales doivent cependant èl i e rangées dans le groupe des névrites dégénératives. Telles sont, par exemple, les névrites consécutives à l'injection intra ou juxla-tronculaire d'une substance irrilante [Vulpian, Arnozan etSalvat, Pitres et Vaillard (4), Dopteret Tan ton, etc.]. Lorsque la substance injectée possède une action caustique violente, elle détermine au niveau de son point d'application une véritable nécrose, qui, comme de juste* entraine la dégénérescence wallérienne du segment sous-jacent du nerf. Dans les cas moins graves, il se produit des lésions rappelant celles de la névrite segmentaire péri-axile (Dopter et Tanton : applications de calomeletde biiodure sur le sciatique). Ce sont également des névrites dégénératives que détermine le sulfure de carbone [Koster (5)] ou les solutions phéniquées fortes ou formolées à 20 et 40p. 100 (Curthy), lorsqu'on les applique sur les téguments.
Il faut également rattacher à ce groupe la plupart des névrites consécutives aux brûlures et gelures ainsi que celles qui compliquent les bacilloses locales et plus particulièrement les arthrites tuberculeuses. Mais alors que les polynévrites tuberculeuses ont fait l'objet d'un grand nombre de travaux, les névrites par bacillose locale sont beaucoup moins bien connues. Les recherches de Guillot (7), qui inocule localement dans l'épaisseur du sciatique de la toxine tuberculeuse et de la tuberculine et les expériences analogues de Sicard et
(1) Homen et Laitinen, Die Wirkung d. Strepi., etc. (Beitrage sur path. Anal, und allg. Path., XXV, 1899).
(2) Pirrone, Névrite ascendante à pneumocoques (Riforma ined., 1905).
(3) A Sicard et Baubr. in Rapport de Sicard sur le syndrome de la névrite ascendante (Congrès des médecins aliénistes et neurologisles, XV- session, août 196».
P'(4) Pitres et Vaiixard, Contribution à l'étude des névrites périphériques non traumatiques Archiv. de neurol., 1883).
(5) Kôster, Z. Lehre v. d. Schwefelkohlenstoffvergiitung [Arch. f. I syclt.,