‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 119 sur 213 · CHAPITRE XXVIII REGTITE GANGRENEUSE ÉPIDÉMIQUB · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII REGTITE GANGRENEUSE ÉPIDÉMIQUB

D'après l'état actuel de nos connaissances, cette maladie à mortalité élevée semble confinée chez les indigènes des régions basses, humides et chaudes du nord de l'Amérique du Sud, et peut-être aussi chez les indigènes des Fidji et d'autres îles du Pacifique Sud. Dans la Guyane, elle est connue sous le nom de « Caribi » ou de « maladie des Indiens », dans le Vénézuéla sous celui de « Bicho » ou « El Becho ». Elle passe pour très contagieuse, et parait être une affection phagédénique à extension rapide, dont le point de départ est dans le voisinage de l'anus. Parfois elle peut commencer plus haut, dans le côlon. Dans ce dernier cas, elle constitue la forme « élevée » ; dans le premier, la forme « basse » ou rectale. Les animaux, aussi bien que l'homme, contractent cette affection.

J'emprunte au D'' Ackers (de Curaçao), qui a habité autrefois le Vénézuéla, les lignes suivantes à ce sujet : « J'ai observé seulement la maladie chez des animaux, principalement des oiseaux de basse-cour, et aussi des chiens et des veaux ; mais j'ai été informé, par des médecins qui avaient eux-mêmes soigné les malades, de sa présence chez les enfants des familles pauvres. La maladie débute par un prurit anal, qui produit une envie fréquente d'aller à la selle. Ce stade dure quelques jours, puis une violente inflammation de la muqueuse rectale se produit et donne lieu à des symptômes de dysenterie aiguë. Il y a émission fréquente d'une substance mucoïde et sanguinolente, contenant parfois de la bile et des matières fécales ; en même temps, le ténesme est considérable, l'élévation de température très prononcée, il existe une soif intense et de l'anorexie. A cette période, si l'animal ou l'enfant n'est pas soigné, les symptômes précédents deviennent plus alarmants ; il y a un écoulement constant d'une matière visqueuse, fétide, semi-Uquide, striée de sang. Quelquefois

RECTITE GANGRENEUSE Él'lDÈMIQUE.

cette matière présente une couleur vert brillant, semblable h celle que l'on obtient en écrasant du gazon frais. Le malade refuse alors toute nourriture, mais la soif est toujours intense. L'animal atteint reste debout à la même place, la tête penchée» comme s'il était accablé de fatigue et de fièvre. Il reste ainsi pendant un jour ou deux, jusqu'à ce qu'enfin, sans vouloir se déplacer, manger, ni même boire, il meurt subitement dans des convulsions. Quelquefois, cependant, ce stade ne se termine pas par la mort, mais aboutit au prolapsus du rectum. Ce viscère, qui est dans un état d'inflammation et d'ulcération très avancé, se gangrène rapidement et la mort s'ensuit. Les paysans du Vénézuéla pensent que la maladie se produit chez les enfants lorsqu'ils mâchonnent des tiges tendres de maïs vert, dont ils sont très friands à cause de leur goût sucré. Chez les enfants, le prolapsus du rectum est très fréquent ; dans les cas fatals, ils peuvent mourir dans des convulsions, comme les animaux ; cependant les convulsions ne sont pas toujours mortelles pour les enfants.

Le traitement employé par les indigènes pour les animaux consiste dans un lavement composé de jus de citron et d'un mélange de rhum blanc et d'eau (aguardiente), deux ou trois fois par jour; en même temps, l'anus est abondamment saupoudré de cendres de bois, dont on introduit une petite quantité dans le rectum. On administre aussi en général une huile purgative. J'ai appris que ce traitement avait donné de très bons résultats dans certains cas. D'autre part, lorsque la maladie est très avancée, ou lorsque l'ulcération de l'intestin se produit de bonne heure, la médication précédente semble produire peu d'effet. Un autre traitement, employé spécialement pour les enfants, consiste dans un lavement préparé avec le jus obtenu en pressant les tiges et les feuilles de la Spigelia anthelminthica (pasote). Une décoction de la même plante est très fréquemment administrée par les paysans comme anthelminthique. Dans les cas de « bicho » chez les enfants, on fait rôtir un quartier de citron et on l'introduit dans le rectum comme suppositoire une ou deux fois par jour. J'ai entendu dire beaucoup de bien de cette méthode. »

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