FORMES INCOMPLÈTES
garder la chambre, parfois le lit. Les pieds sont le siège d'œdôme et les téguments flottent comme un vêtement mal ajusté ; les détails, du système osseux sont distinctement perceptibles à travers la peau terreuse et sèche. Finalement le malade meurt d'une attaque cholériforme, ou d'inanition, ou encore d'une maladie intercurrente. Telle est la description d'un cas ordinaire de sprue mal soigné.
Sprue secondaire à la dijsenterie. — Quand la maladie apparaît chez un dysentérique, les selles qui caractérisaient la maladie primitive changent graduellement de caractère : d'abord peu abondantes, mucoïdes, sanguinolentes et accompagnées d'épreintes et de ténesme, elles deviennent ensuite diarrhéiques, pâles, spumeuses, et leur évacuation provoque une sensation de soulagement plutôt que de la douleur. Les lésions buccales apparaissent en même temps, et présentent les caractères déjà décrits. La diarrhée chronique s'est ainsi établie peu à peu, et, faute de soins appropriés, emportera presque sûrement le malade.
Sprue secondaire à V enter o-colite aiguë. — Un autre type de cette maladie débute par une entéro-colite aiguë avec diarrhée soudaine et profuse accompagnée de coUques, parfois de vomissements, et d'une élévation de température. Les symptômes aigus ne s'arrêtent pas complètement, mais graduellement les symptômes typiques de la sprue se greffent sur ceux du catarrhe ■intestinal aigu.
Formes incomplètes. — a) Forme gastrique. — Parfois on rencontre des cas de sprue confirmée dans lesquels, tout d'abord, le processus morbide, à en juger par les symptômes cliniques et par l'évolution ultérieure, est confiné à une portion limitée du tube digestif. Ainsi nous pouvons observer la sprue sans diarrhée, les principaux symptômes étant les lésions buccales, la distension dyspeptique, la pâleur des selles qui, cependant, restent solides, et l'amaigrissement.
b) Forme intestinale. — D'autre part, nous rencontrons quelquefois des cas où la muqueuse buccale n'est pas ulcérée, et dans lesquels la distension abdominale et la dyspepsie sont presque nulles, mais qui présentent des selles liquides, copieuses, pâles et spumeuses. Quelquefois un malade a été atteint tout d'abord de la première forme de la maladie, et plus tard de la forme diarrhéique ; et vice versa.
c) Sprue sans diarrhée. — Il arrive parfois que, sous l'influence du traitement, les lésions buccales, la dyspepsie et la diarrhée disparaissent complètement, et que néanmoins l'amaigrissement continue, les selles restant extraordinairement abondantes — à tel point que le malade déclare qu'il évacue plus qu'il n'ingère. Dans ces cas le malade s'amaigrit de plus en plus et fmit par mourir d'inanition.
Atrophie intestinale consécutive à la sprue. — Dans certains cas la sprue disparait complètement sous l'influence du traitement ; mais les facultés digestives et assimilatrices du malade sont altérées d'une manière permanente. Les plus légers écarts dans le choix et dans la quantité des aliments, le refroidissement, la fatigue, les émotions déprimantes et d'autres causes insignifiantes suffisent à produire la dyspepsie accompagnée de flatulence et de diarrhée. Ces cas peuvent traîner pendant des années ; d'ordinaire ils s'améliorent durant l'été en Angleterre, pour empirer de nouveau en hiver et au printemps, ou lorsque le temps est humide et froid. En dernier lieu, la mort survient en général par suite de l'atrophie ou de la diarrhée, ou de quelque maladie intercurrente.
Anatomie pathologique. — A l'autopsie on trouve les tissus extraordinairement desséchés ; la graisse est presque complètement disparue ; les muscles et les viscères thoraciques et abdominaux sont anémiés et amaigris. A part cet état général, et les lésions du tube digestif, on peut dire que la diarrhée chronique des pays chauds ne se traduit pas post mortem par des signes spéciaux qui lui soient invariablement associés. D'après Bertrand et Fontan, on trouve quelquefois des lésions du pancréas, consistant en une dégénérescence graisseuse ou granuleuse des cellules, avec ramollissement des acini isolés et légère infiltration inflammatoire du tissu connectif. Ces altérations ne sont pas plus constantes que celles que l'on trouve parfois dans le foie et dans les reins.
Lésions du tube digestif. — Les lésions principales et caractéristiques se trouvent dans le tube digestif. L'intestin est aminci au point de paraître presque diaphane. La séreuse intestinale est généralement saine, la musculeuse atrophiée. La sous-muqueuse est, çà et là, le siège d'une transformation fibreuse ; la muqueuse
est desquamée et interstitiellement atrophiée, depuis la bouche jusqu'à l'anus, soit par places, soit en totalité. La surface interne de l'intestin est recouverte d'une couche épaisse de mucus gris sale et adhérent qui dissimule les diverses lésions de la muqueuse, plaques de congestion, érosions ou même ulcérations, et d'autre? signes de maladie antécédente tels que des zones pigmentées, des escarres, des cicatrices. Les villosités et les glandes sont érodées et, en beaucoup de points, complètement détruites. On peut sentir à travers la muqueuse de petites indurations sphériques, de la dimension d'une tête d'épingle, entourées d'une aréole pigmentée ou congestionnée. Une section à leur niveau montre qu'elles sont constituées par de petites dilatations kystiques rempHes d'une matière gommeuse muco-purulente. Les coupes d'intestin examinées au microscope montrent des altérations correspondantes : degrés variés d'érosion ou d'ulcération de la muqueuse ; dégénérescence des villosités, des glandes et des folhcules ; petits kystes muqueux ; parfois de petits abcès ; infiltration de leucocytes dans la basement-membrane et dans la sous-muqueuse ; transformation fibro-cirrhotique de cette dernière. Les ganglions mésentériques sont généralement engorgés et pigmentés, parfois fibreux. La desquamation épithéliale est surtout marquée vers l'extrémité de l'iléon et dans le côlon ; mais elle peut exister à un degré plus ou moins marqué soit par places, soit d'une manière continue, d'un bout à l'autre du tube digestif de la bouche à l'anus.
Pathogénie. — En essayant d'expliquer la production de la sprue, il faut considérer deux des traits principaux de cette maladie : l'état catarrhal du tube digestif, et l'absence des matières colorantes normales dans les fèces. Il est possible que l'un de ces symptômes soit la conséquence de l'autre ; il est possible aussi que ces deux faits soient concomitants mais indépendants, et qu'ils découlent d'une même cause. Mais quelle est cette cause, c'est ce que l'on ignore absolument. On n'a pas encore pu établir si les premiers symptômes de la maladie se produisent à la suite d'un excès de travail physiologique des organes digestifs dû aux conditions anormales où se trouve l'organisme des Européens sous les tropiques, ou si la maladie est causée par un organisme spécifique, ou encoresiellerésulted'unecombinaisondesc'.euxfacteursprécédents. Manson. — Muladies des pays chauds. 29
Eu égard à l'existence d'une diarrhée matinale accompagnée de selles bilieuses très colorées, qui constitue un des symptômes du début de la sprue, on peut conclure à une suractivité du foie du commencement de la maladie, suractivité qui aboutit à l'épuisement de la fonction biliaire de la glande. On peut, en outre, émettre l'hypothèse qu'en même temps que le foie fonctionne mal, il y a au début une suractivité analogue de toutes les autres glandes de l'appareil digestif, aboutissant aussi à un épuisement correspondant. Il s'ensuivrait alors des changements dans le chimisme digestif, par suite du mauvais état du fonctionnement des glandes, et, en dernier lieu, la formation des lésions de catarrhe chronique qu'on observe à l'autopsie.
D'après les analyses de selles faites par Wynter Blyth, Hunter, V. L. Scheer, Harley, etc., dans des cas de sprue, il résulte, d'une manière certaine, que les éléments ordinaires de la bile existent dans le contenu intestinal, quoique la décoloration que l'on y constate semble indiquer leur présence. La bile est sécrétée, mais la matière colorante ou bilirubine ne se forme pas, ou se change dans l'intestin en une substance incolore. L'excès de graisse dans les selles indiquerait une lésion pancréatique ou une destruction des capillaires.
On trouve naturellement dans les selles en fermentation de la sprue un grand nombre de micro organismes; mais jusqu'à ce jour aucun microbe ou protozoaire n'a été trouvé en relation telle avec la maladie qu'on puisse le regarder comme la cause spécifique.
Personnellement, j'incline à considérer la sprue comme l'expression de l'état d'épuisement des organes glandulaires qui servent à la digestion, épuisement qui résulte d'une stimulation exagérée de ces organes sous l'influence de certaines conditions météorologiques existant sous les tropiques, et auxquelles l'organisme de l'Européen n'est pas accoutumé. Ce qui semble démontrer cette hypothèse, c'est le remarquable effet curatif produit sur la sprue par le repos physiologique dû au régime lacté absolu ; c'est encore la rareté ou l'absence de la maladie chez les indigènes de la zone endémique, sa latence occasionnelle et sa tendance aux rechutes.
Diagnostic. — L'état de la langue, le caractère des selles et l'histoire de la maladie sont sufTisamment typiques, semble-t-il,
pour rendre le diagnostic facile. J'ai néanmoins rencontré des cas où la maladie était diagnostiquée syphilis et traitée comme telle à cause de l'état de la bouche, le caractère des selles et les autres symptômes passant complètement inaperçus. On doit se tenir sur ses gardes dans l'interprétation de la diminution de la zone de matité hépatique qui existe en général dans les cas de sprue bien marqués. Il ne s'agit pas d'une cirrhose du foie, mais d'une diminution de cet organe concomitante à celle des tissus mous de l'organisme entier.
Le pronostic est favorable dans les cas récents, à condition de suivre un traitement convenable. Il est mauvais pour les malades au-dessus de cinquante ans, pour ceux qui par insouciance ou inintelligence se soignent mal, pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent point suivre une diète lactée absolue, et enfin pour les cas où la maladie traîne en longueur.
Traitement. — Importance d'un traitement rigoureux dès le début. — Si l'on établit le traitement dès le début de la sprue et que ce traitement soit suivi rigoureusement et intelligemment, il donnera en général de merveilleux résultats. Vient-on au contraire à l'établir à une période trop avancée, lorsque les glandes et la surface absorbante du tube digestif ont été détruites sans retour, on peut faire ce qu'on voudra, le cas est sûrement mortel. En prescrivant un traitement, par conséquent, la première chose que doit faire le médecin est de bien convaincre le malade de l'extrême gravité de son affection, car si le médecin n'est pas secondé cordialement et strictement par le malade, il ne doit pas s'attendre à guérir un cas bien établi. Pour être couronné de succès, le traitement doit être complet, suivi avec soin et prolongé. Toutes les causes prédisposantes, comme les écoulements utérins et autres, la syphilis, le scorbut, etc., doivent naturellement être d'abord combattues et autant que possible supprimées.
La cure lactée. — Le traitement qui donne de beaucoup les meilleurs résultats est celui que l'on désigne sous le nom de « cure lactée ». Lorsqu'on établit ce traitement, il est bon de commencer par administrer une dose de quelque purgatif — huile de ricin ou poudre de rhubarbe composée [magnésie 375, rhubarbe 125, gingembre 60, pharmacopée anglaise]. Pendant que le malade
sera sous l'action du médicament, on ne donnera aucune nourriture, pas même du lait. On laissera le malade au lit afin d'économiser ses forces et de maintenir égale la température de sa peau. On lui prescrira en même temps de s'habiller chaudement, de s'entourer le ventre d'une large ceinture de flanelle, de couvrir ses bras et ses épaules d'un vêtement chaud et de vivre dans un appartement chaud. Lorsque le purgatif a agi, on commence à donner du lait. Au début, on donnera seulement un litre et demi environ dans les vingt-quatre heures, pris par petites quantités toutes les heures ou toutes les deux heures. Lorsque le malade est très faible, il faut continuer à l'ahmenter pendant la nuit. Le lait ne devra pas être bu d'un seul coup, mais avalé par cuillerées à café, ou à Vaide d'une paille ou d'un petit tube de verre, ou encore d'un biberon d'enfant. En règle générale, sous l'influence de ce régime, au bout de deux ou trois jours l'état du malade est grandement améhoré. Les selles ont augmenté de consistance (parfois elles sont devenues solides), la distension de l'abdomen a disparu, les symptômes dyspeptiques se sont évanouis et la bouche est beaucoup moins sensible et enflammée. On augmentera alors la quantité d'un quart de litre chaque jour ou tous les deux jours, jusqu'à 3 litres environ toutes les vingt-quatre heures. Il est bon de se tenir à cette quantité pendant dix jours au moins,, jusqu'à ce que, tout allant bien, on puisse augmenter graduellement jusqu'à 3 litres et demi et 4 litres. Jusqu'à ce moment, le malade aura gardé le lit, mais lorsqu'il aura atteint cette quantité il pourra se lever et, s'il se sent assez fort et si le temps est beau, sortir de chez lui. Pendant six semaines à dater du moment où les selles sont devenues solides et où la bouche a cessé d'être irritée, aucune nourriture ou boisson autre que le lait ne sera permise. Ensuite on pourra ajouter au lait un œuf cru, si cela plaît au malade ; plus tard, quelque aliment artificiel à base de malt ; puis de petites quantités d'arrow-root bien bouilli, de biscottes, de panade, de pain rassis et de beurre, ou d'une autre nourriture amylacée facilement digestive ; plus tard encore, du bouillon de poulet, quelques fruits ; et peu à peu, on pourra introduire dans l'alimentation du poisson et du poulet.
Importance d'un prompt traitement des rechutes. — Vient-on à constater cependant le plus petit signe de dyspepsie ou de flatulence, surtout de diarrhée ou de douleur au niveau de la
TRAITEMENT
bouche, alors on supprimera immédiatement toute nourriture autre que le lait, on administrera une dose de rhubarbe composée, et le malade sera de nouveau mis au lit et gardé une fois de plus au repos absolu et à la diète lactée. Chez les convalescents, ce traitement dès le début des menaces de rechute sera rigoureusement observé quel que soit le temps écoulé depuis la disparition des symptômes aigus. C'est une règle de la plus grande valeur et de la plus grande importance. Un retard dans l'institution du traitement est extrêmement dangereux dans ces conditions. La promptitude à reconnaître et à traiter les rechutes, non seulement fait gagner du temps, mais peut aussi empêcher une atrophie intestinale définitive.
Persistance des symptômes. — En commençant ce traitement, si l'on trouve qu'au bout de deux ou trois jours le malade est incapable de digérer et d'assimiler un litre et demi de lait dans les vingt-quatre heures, la ration sera réduite quotidiennement d'un quart de htre, jusqu'à ce qu'on n'en donne plus que trois quarts de litre environ par jour. Si les selles deviennent alors solides, on augmentera graduellement la quantité de lait de 150 ou 300 grammes par jour, de sorte qu'au bout de quelques semaines la ration complète — 3 à 4 litres — soit reprise.
Mesures à prendre en cas d' assimilation incomplète. — Il arrive parfois qu'on ne peut pas donner plus de 2 htres à 2 Htres et demi de lait par jour sans qu'il s'ensuive de la douleur buccale, de la distension abdominale et de la diarrhée. Dans auelques-uns de ces cas, la difficulté paraît dépendre non pas tant du travail digestif que de l'impossibilité d'assimiler une grande quantité de lait. Parfois, en pareil cas, on peut réussir à obtenir une nutrition suffisante en rendant le lait plus épais à l'aide de lait concentré ; ou en évaporant lentement du lait de vache frais de manière à réduire sa masse sans diminuer les matières solides (Thin). L'évaporation se fera de préférence au bain-marie de telle sorte quelelait soit non pas bouilli, mais entouré d'eau bouillante; pendant l'opération, il faut remuer constamment le lait, de manière à empêcher la formation d'une écume. La diète lactée peut encore être renforcée par une ration suffisante de viande crue ou saignante.
Autres rr.anières de prescrire le lait. — On aide quelquefois la digestion en peptonisant le lait ; ou en le mélangeant avec un
peu d'eau de citron-ou an peu de sel ; ou en l'aérant dans un siphon à eau de Seltz. Le koumys plaît parfois pendant un certain temps à la place du lait ordinaire; et, si c'est nécessaire, on pourra l'essayer. De même le petit-lait mélangé au vin blanc est parfois digéré lorsque le lait ne l'est pas ; cette préparation rend souvent de grands services, surtout lorsqu'un stimulant alcoolique est indiqué.
La cure de fruits. — La valeur des fruits dans le traitement de la sprue et d'autres formes d'affections intestinales n'a été reconnue que par un nombre limité de praticiens, et l'introduction de cette cure en Angleterre est toute récente. J'ai depuis longtemps prescrit les bananes et les pommes, naturellement à titre d'essai, et souvent avec un succès accusé. Depuis peu, des expériences répétées, faites avec les fraises, m'ont confirmé dans ma croyance en la valeur du traitement fructarien, en particulier de la cure de fraises. Ma méthode consiste à donner des fraises avec chaque tasse de lait et, si elles sont bien tolérées, à augmenter la quantité graduellement jusqu'à 2 ou 3 litres par jour.* Les confitures de pêches et de poires peuvent remplacer les fraises ou les bananes lorsque ces fruits font défaut.
Traitement au jus de viande et à la viande saignante. — Parfois les symptômes persistent ou s'aggravent malgré le traitement, et l'on est forcé de conclure que le lait ne réussit pas au malade. Dans de pareils cas, le jus de viande crue remplacera souvent le lait avec efficacité. Le jua de 4 ou 5 livres de viande maigre fraîche et un peu d'eau pour apaiser la soif seront pris par petites quantités à de courts intervalles dans la journée. Au bout d'un certain temps, lorsque les selles seront réduites en nombre et en quantité, bien qu'elles ne soient peut-être pas tout à fait sohdes, de la pulpe de viande ou de la viande à peine saignante, et graduellement un peu de pain grillé ou de biscuit seront ajoutés à la diète.
Diète de viande et d'eau chaude. — Il n'est pas rare de trouver, lorsque les selles sont devenues solides grâce à un régime lacté soigneusement suivi, que le moindre retour à la nourriture ordinaire, ou le fait de prendre autre chose que de simples mets farineux, est immédiatement suivi d'une rechute de la diarrhée et de la dyspepsie flatulente familières. Ces cas sont parfois traités avec succès par une cessation temporaire du régime lacté, du
TRAITEMENT
poisson et des farineux, et par la prescription de ce qu'on appelle L Tcure de Salisbury ». C'est une diète consistant seulement en viande et eau chaude. On commence par de petites quantités, et au bout d'un certain temps, la ration de viande est portée .r'aduellement jusqu'à 3 livres environ par jour, en trois ou quatre repas pris à intervalles égaux. La viande doit e re de bonne aualité, exempte de graisse, de fibres et de cartilage ; elle peut être hachée menu ou sous forme de grillade ou de côtelette, mais pas trop cuite. L'eau chaude, dont on peut donner jusqu a 2 litres dans les vingt-quatre heures, sera bue avant d'aller au lit et en se levant le matin, et aussi environ deux heures avant le repas jamais pendant. Cette cure sera continuée pendant six semâmes, après lesquelles on tentera de nouveau de revenir peu à peu au réc^ime ordinaire. J'ai quelquefois trouvé efficace, dans des cas de"" rechute de diarrhée, de mettre le patient systématiquement à la diète lactée un jour par semaine. Quelquefois, dans les cas de diarrhée intense, j'ai eu de bons résultats en interrompant la diète lactée absolue un jour ou deux par semaine et en faisant prendre ce jour-là du hachis de viande et de l'eau chaude.
Lavements ou suppositoires nutritifs. — Dans les cas graves de sprue, des lavements ou des suppositoires nutritifs seront administrés réguhèrement toutes les quatre ou six heures. Si le malade les tolère, ils aident grandement à la nutrition. Il est bon, lorsqu'on les emploie, de vider le rectum une fois par jour avec de l'eau froide.
Ces méthodes de traitement — suivies d'une diète mixte bien comprise et graduelle, combinée avec le repos et la chaleur — constituent, à mon avis, les meilleures manières de soigner la sprue ; si eUes échouent, il y a en vérité bien peu de chances de guérison. Néanmoins, j'ai vu des cas dans lesquels, les viandes et le lait très soigneusement prescrits ayant échoué, une diète mixte avait donné de bons résultats pendant un certain temps. Pour ces diètes mixtes, et en général pour toutes les diètes qu'on peut ordonner dans la sprue, la modération dans la quantité est peut-être aussi importante que la qualité des ahments. On ne doit jamais ahmenter un malade qui n'a pas faim. C'est une grave erreur que d'essayer de faire engraisser rapidement les malades, ou de stimuler l'appétit en faisant faire beaucoup d'exercice. L'intestin n'est pas en état de digérer des repas copieux.
A quel moment rem>oyer le malade en Europe? — Lorsque la sprue se développe sous les tropiques, si la chose est faisable on renverra le malade en Europe aussitôt qu'on le pourra. C'est cependant une erreur d'embarquer un malade atteint d'une affection aiguë ou dont la fin est proche. La diarrhée ne devra pas être en période aiguë au moment de prendre la mer. Dans tous les cas on embarquera en même temps une vache ou une provision abondante de lait stérilisé pour pouvoir continuer le traitement pendant le voyage.
Vêtements et genre de vie. — Les diarrhéiques qui retournent en Europe doivent apporter le plus grand soin à leur habillement, et mettre des vêtements chauds avant de quitter les tropiques.' S'ils effectuent leur retour pendant l'hiver, ils devront rester dans le sud de l'Europe, au moins jusqu'à la fin du printemps. Avec la mauvaise alimentation, le froid est peut-être l'influence la plus préjudiciable à laquelle un malade atteint de sprue puisse être exposé. Un diarrhéique ne doit jamais sentir le froid ; il doit toujours porter des flanelles épaisses, des bas chauds et des' chaussures épaisses pour sortir. En hiver, un gilet en peau de chamois garni de manches rend de grands services. L'appartement doit être chaud ; le malade ne doit jamais se fatiguer ; il se couchera de bonne heure et se lèvera tard ; en somme, il évitera toujours, autant qu'il lui sera possible, l'irritation de l'intestin, les refroidissements, la dépression physiologique et l'oHigation de manger beaucoup. Pendant l'été, l'Angleterre pourra lui servir de résidence, mais, durant les froids de l'hiver et du printemps, il devra émigrer vers un climat plus doux, plus sec et plus ensoleillé.
Des médicaments dans la sprue. — L'expérience apprend bien vite au médecin à ne pas employer de médicaments dans la sprue. Parfois un léger purgatif ou, si la diarrhée est aqueuse et abondante, quelques gouttes de laudanum rendront service ; mais les médicaments actifs de toute espèce sont, en règle générale, préjudiciables au plus haut point. Si la bouche est très douloureuse, on la frottera avant le repas avec une solution de cocaïne (à 1 p. 100) ; on calmera ainsi la souffrance, au moins pour un certain temps. On évitera avec soin la constipation, et on donnera, s'il est nécessaire, un simple lavement.
Je crois devoir reconnaître que deux méthodes thérapeutiques semblent, dans certains cas, avoir été suivies de bons résultats.
TRAITEMENT
La première, publiée par le Begg, qui exerçait récemment à Hankéou, consiste dans l'administration de doses répétées de santonine jaune. Il recommande une ou deux doses d huile de ricin pour commencer, et ensuite 30 centigrammes de santonine dans une cuillerée à café d'huile d'olive une ou deux fois par jour pendant une semaine ; on prescrit en même temps une diète convenable. L'autre méthode a valu une certaine réputation à un praticien non diplômé de Shanghaï ; elle consiste dans l'administration répétée de purgatifs combinés avec de grandes quantités (deux cuillerées à café à la fois) d'une forme spéciale de carbonate de chaux, que l'on croit obtenue en pulvérisant des os de seiche ou des yeux de crabes. J'ai essayé le traitement à la santonine sans aucun bénéfice pour les malades. J'ai également employé l'os de seiche ; dans un cas, le résultat fut d'arrêter la diarrhée d'une manière permanente, mais sans enrayer les progrès de la maladie. Dans ce cas, bien que la diarrhée ait été effectivement supprimée, les selles solides restèrent très abondantes. Au bout de quelques semaines, le malade mourut d'asthénie malgré un régime diététique libéral, les aliments étant probablement digérés, mais non absorbés.
Depuis peu, j'ai pris l'habitude d'employer l'arséniate de fer en injections intra-musculaires à des doses très minimes. Dans certains cas, j'en ai obtenu des résultats très satisfaisants en peu de temps. Je recommande ces injections dans tous les cas de diarrhée chronique où l'anémie est profonde.
Le malade atteint de sprue ne devra pas, si cela se peut, retourner sous les tropiques. Mais, si les circonstances l'obligent à y revenir, il devra prendre le plus grand soin de sa santé ; il évitera de s'exposer au froid, à la fatigue ; il ne prendra jamais de bains froids ni d'alcool et ne fera d'excès d'aucune espèce ; il prendra un minimum ou mieux s'abstiendra de viande rouge ; il se purgera légèrement et suivra un régime lacté absolu au moindre signe de rechute.