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CHAPITRE XXXIII CIRRHOSE BILIAIRE INFANTILE

Depuis une vingtaine d'années, une maladie du foie d'une nature particulière a été signalée chez les enfants à Calcutta et, en moins grande proportion, dans d'autres grandes villes de l'Inde. Cette maladie est plus fréquente chez les Hindous que chez les Mahométans. Ainsi à Calcutta, de 1891 à 1893 inclus, la cirrhose bihaire infantile (tel est le nom donné à cette affection) a causé 1 748 décès. Quoique la population de cette ville renferme à peu près le même nombre d'Hindous et de Mahométans, il y eut chez les premiers 1 616 cas de mort, tandis que les seconds n'en présentèrent que 80, le complément étant fourni par diverses autres races. La maladie se produit surtout chez les enfants âgés de moins d'un an, et attaque rarement ceux qui ont plus de trois ans. En général, elle commence durant la dentition, ou du septième au huitième mois, et présente une issue fatale dans l'espace de trois à huit mois. Exceptionnellement, elle débute quelques jours après la naissance. Au heu de durer plusieurs mois, elle peut progresser plus rapidement et se terminer par la mort en deux ou trois semaines.

La cause de la cirrhose biliaire infantile est tout à fait inconnue. Ni l'alcool, ni la syphilis, ni la malaria ne peuvent être mis en cause. Les enfants des gens aisés sont relativement plus atteints que ceux des classes pauvres. On a aussi observé que la maladie tend à se répandre dans les familles ; les enfants des mêmes parents succombent les uns après les autres, dans les deux premières années de leur âge. Sur 400 cas. Chose n'a eu que 6 guérisons ; et encore le diagnostic n'était-il pas certain dans chacun de ces 6 derniers cas.

Symptômes. — Le début est insidieux, et l'hypertrophie du foie peut avoir fait des progrès considérables avant que l'existence

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de la maladie ne soit soupçonnée. L'attention est attirée sur la santé de l'enfant par la présence de nausées, accompagnées parfois de vomissements, par la teinte jaunâtre de la peau, par un léger état fébrile, la constipation, l'anorexie, l'irritabilité du tempérament, la soif et l'état de langueur. On trouve le foie considérablement augmenté de volume, atteignant parfois l'ombilic et pouvant même descendre plus bas. La surface de l'organe est lisse ; le bord inférieur, d'abord arrondi et proéminent, s'amincit lorsque le foie commence à se contracter et peut alors être saisi facilement entre les doigts, l'organe hypertrophié paraissant dur et résistant au toucher. Une fièvre légère s'établit ; la teinte blême de la peau passe au jaune ictérique très prononcé, les selles sont décolorées, l'urine foncée ; il peut y avoir de l'ascite avec œdème des pieds et des mains. Tôt ou tard, la mort se produit par suite de cholémie.

Anatomie pathologique et pathogénie. — l e cnirurgienmajor Gibbons, qui a fait une étude très sérieuse de l'anatomie pathologique de cette affection, conclut qu'il s'agit d'une forme particulière de cirrhose bihaire consécutive à l'action sur les cellules hépatiques d'une substance irritante d'origine gastrique, produisant en premier lieu la dégénérescence des cellules, puis une augmentation du tissu conjonctif intercellulaire, et enfin une hypertrophie des gaines des veines portes. La formation de nouveaux conduits bihaires entre les cellules hépatiques, qui est un caractère bien marqué de-ce processus, serait, d'après cet auteur, un phénomène de défense de l'organisme en vue d'obtenir la régénération des cellules du foie.

Traitement. — Jusqu'ici, dans cette maladie, les traitements employés ont rendu peu de services. On a cependant quelque raison de croire que le transport hâtif de l'enfant loin de la localité endémique et le changement complet de nourrice et d'alimentation peuvent donner de bons résultats.

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