‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 134 sur 213 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

que rintroduction de la lèpre en Grèce doit être placée entre l'époque d'Hippocrate et celle d'Aristote (c'est-à-dire entre les années 400 et 345 avant J.-C). Elle vint très probablement d'Êgypte. Au temps de Celse (53 avant J.-C. à 7 après J.-C), c'était encore une maladie rare en Italie, mais, pendant les premiers siècles de notre ère, elle s'étendit et, suivant probablement le sillage des conquêtes romaines, elle paraît avoir gagné la plus grande°partie de l'Europe, si ce n'est l'Europe entière. A la fm du vue siècle, elle était bien connue en Espagne, en France et en Lombardie. On trouve une notice sur sa présence en Irlande en 432. En ce qui regarde l'Angleterre, la première allusion à la lèpre remonte aux environs de l'année 950. L'idée populaire qu'elle fut apportée dans cette région lors du retour des croisés {circa 1098) est, par suite, inexacte, bien que, sans aucun doute, les croisades, le grand nombre de pèlerinages si à la mode au moyen âge et la misère qui a suivi les nombreuses guerres de cette période aient pu amener une diffusion rapide et une grande augmentation de la lèpre à cette époque.

La lèpre était si commune au moyen âge que les hommes d'État et le clergé de presque tous les pays d'Europe, alarmés par son extension rapide et ses terribles ravages, prirent des mesures pour arrêter les progrès de cette maladie devenue en peu de temps une calamité publique. Ces mesures (établissement de léproseries, lois sévères pour l'is'olement des lépreux), basées sur ce que nous savons aujourd'hui être une correcte appréciation de la nature infectieuse de la maladie, furent, en fm de compte, couronnées du succès le plus complet dans la plupart des pays d'Europe. Après avoir atteint son maximum au xiv^ siècle, la lèpre commença à déchner graduellement, Lien que, en ce qui concerne la Grande-Bretagne, elle n'ait fini par disparaître, en tant que maladie autochtone, qu'à la fin du siècle dernier. Elle s'éteignit d'abord en Angleterre, puis en Ecosse ; le dernier lépreux anglais est mort en 1798 dans les îles Shetland. En Italie, en France, en Espagne, en Allemagne et en Russie, les mesures répressives furent presque également couronnées de succès, quoique dans ces pays, et aussi en Grèce et dans l'Archipel, la lèpre d'origine indigène soit encore observée de temps à autre. La seule région du nord de l'Europe où de nos jours on puisse dire que la lèpre se soit attardée jusqu'à un certain point est la Norvège

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OÙ on la rencontre encore par endroits en assez grande fréquence (en 1890, il y avait 1 100 lépreux connus); mais, même là, sous l'influence d'un isolement relatif — pratiqué peut-être d'une manière plus humaine actuellement qu'il no Tétait par nos ancêtres, mais identique en principe — la maladie décline rapidement.

Sauf pour ce qui regarde l'Egypte, nous ne connaissons rien de l'histoire ancienne de la lèpre en Afrique. Nous sommes dans la même ignorance sur ses débuts en Amérique. Les historiens de la conquête espagnole n'ont pas décrit la lèpre comme une maadie autochtone ; on peut conclure de ce fait, nous semble-t-il, que l'introduction de la lèpre dans le Nouveau Monde a été probablement faite par les nègres à l'époque du commerce des esclaves.

Origine des connaissances modernes sur la lèpre. — Les repères les plus importants que l'on ait eus de nos jours dans l'étude de la lèpre ont été d'abord la publication, en 1848, de l'ouvrage de Danielssen et Bœck intitulé Traité de la Spedalskhed (1), où, pour la première fois, les symptômes cliniques de la maladie ont été décrits avec soin et d'une manière exacte ; en second lieu, les descriptions des lésions macroscopiques et microscopiques (léprome, lésions nerveuses et cellule lépreuse) par Virchow, Vandyke Carter et beaucoup d'autres écrivains ; et enfin la découverte, en 1874, par Armauer Hansen, de l'agent spécifique de la lèpre, le Bacilliis lepras, découverte qui mit la lèpre sur le même rang que la tuberculose et qui a apporté une précision bien nécessaire dans nos idées sur les questions importantes d'hérédité et de contagion et sur d'autres points pratiques concernant la lèpre en tant que source de danger pubUc, ainsi que sur son traitement et sa prophylaxie.

Distribution géographique. — Quelle qu'ait été jadis sa distribution, aujourd'hui, à part des exceptions sans importance, on peut dire que la lèpre est une maladie des régions tropicales et pré-tropicales. Elle est répandue d'une manière si générale dans tous ces pays qu'il serait plus commode d'énumérer les régions tropicales où l'existence de la lèpre n'a pas été constatée, que d'énumérer celles dans lesquelles on est certain qu'elle existe

(1) Nom norvégien de la lèpre.

Bien plus, il est probable que, dans beaucoup des régions où l'on ne sait pas encore d'une manière positive s'il y a de la lèpre, cette maladie existe en réalité ; car l'expérience montre que 1 aire endémique de la lèpre s'accroît à mesure que notre connaissance des indigènes des régions non civilisées du globe devient plus étendue. On peut donc conclure avec certitude qu'à l'exception de quelques îles insignifiantes, la lèpre est un élément, et souvent un élément important, de la pathologie de presque tousles pays chauds.

La seule région tropicale de quelque étendue sur laquelle nous ayons des statistiques de lèpre assez exactes est l'Inde ; et encore ces chiffres sont-ils faussés par des erreurs de diagnostic et par les cas ignorés. D'après le recensement de 1891, en faisant la part de l'erreur, on estime que, dans l'Inde anglaise, il y a 105 000 lépreux sur une population de 210 milhons d'habitants ; ce qui fait une proportion d'environ 5 p. 10 000. En ce qui concerne la Chine, qui est probablement le pays où il existe le plus de lépreux, nous n'avons aucune statistique; mais, si l'on juge d'après ce que l'on peut voir dans les villes de la côte et dans les ports à traité, le nombre des lépreux est encore plus élevé qu'aux Indes. La maladie est assez commune au Japon, aux îles Phihppines, en Cochinchine, dans la Péninsule malaise, dans les îles de la Sonde, dans plusieurs îles du Pacifique Sud, en Perse, en Arabie et en Afrique. On peut en dire autant pour les Antilles et les régions tropicales de l'Amérique.

En ce qui concerne les pays plus tempérés, nous savons qu'il y a un nombre considérable de lépreux au Cap, quelques-uns en Austrahe (principalement des Chinois, mais aussi quelques Européens), quelques-uns à San Francisco (des Chinois). Au Canada et aux États-Unis, il y a aussi quelques lépreux de sang européen, mais leur nombre est tout à fait insignifiant. En Nouvelle-Zélande, où la lèpre était jadis commune parmi les Maoris, elle a disparu de nos jours. Il y a bon nombre de lépreux en Islande. On dit aussi que la lèpre existe- parmi les indigènes de la presqu'île Aléoutienne et du Kamtchatka. En Angleterre et dans les autres pays d'Europe, surtout dans les grandes villes, on présente souvent des lépreux aux sociétés médicales ; mais, à part de rares exceptions, ces cas ne sont pas d'origine autochtone, la plupart d'entre eux ayant été contractés à l'étranger.

Bien que la lèpre possède ainsi un immense domaine, elle

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n'existe pas avec la même intensité dans toutes les régions que nous venons d'énumérer. Ainsi, en Chine, elle est comparativement rare dans les provinces du Nord, extrêmement commune dans celles du Sud. Aux Indes, on peut noter une distribution aussi capricieuse ; à Burdwan, par exemple, la proportion des lépreux est de 19,5 p. 10 000 habitants, tandis que dans plusieurs autres districts la proportion n'est que de 1,5 et au-dessous. Cette distribution capricieuse ne paraît pas dépendre du cUmat, de la constitution géologique ou de conditions physiques analogues : on observe la lèpre dans les pays montagneux, en plaine, sur les côtes, dans l'intérieur des terres, sous tous les cUmats et dans toutes les variétés de terrains. Il semblerait que certaines conditions sociales aient une grande influence sur sa distribution ; on dirait qu'elle existe de préférence là où les populations ont des habitudes malpropres et anti-hygiéniques, et parmi les familles misérables. Ce n'est pas, cependant, que la lèpre soit le produit de ces facteurs, mais elle leur est associée.

Introduction récente. — Une circonstance intéressante et très importante au point de vue étiologique, concernant la distribution géographique de la lèpre, est son apparition à une date récente et son extension rapide dans certaines îles dont les habitants (on a de bonnes raisons pour le croire) avaient été jusque-là exempts de cette maladie. Cette introduction moderne de la lèpre dans un sol vierge, pour ainsi dire, a été observée aux îles Sandwich, en Nouvelle-Calédonie, et ailleurs.

Iles Sandwich. — Dans le cas des îles Sandwich, on a observé des cas de lèpre pour la première fois parmi les indigènes en 1859. Après des recherches laborieuses, le Hildebrand n'a pas réussi à trouver des traces de lèpre avant l'année 1848. A peine avait-on reconnu sa présence que la maladie s'étendit rapidement et fit de tels progrès qu'en 1865 il y avait 230 lépreux connus sur une population de 67 000 habitants. En 1891,1a population indigène, par suite de diverses causes, était tombée à 44 232 et on comptait 15 000 lépreux (environ 1 p. 30).

Nouvelle-Calédonie. — En Nouvelle-Calédonie, la lèpre a été inconnue jusqu'en 1865. On suppose qu'elle a été introduite à cette époque par un certain Chinois bien connu. Son extension rapide dans l'île a pu être suivie étape par étape. En 1888, les lépreux étaient au nombre de 4 000.

Ile des Pins. - De même, dans l'île des Pins la lèpre a été lie des ^^^^ propa-ée depuis. Dans les îles Loyalty,

introduite en 1878 et s est P^Î^P^^^^;^ \ Maré seule

le premier cas a été observe en 1882 , dans i ne au

il y avait 70 lépreux en 1888.

Symptômes. - Bien que, comme nous l'expliquerons plus ulTBacillus lepr. soit\ cause de toute l^pre, les mamfesta ons cliniques de sa présence sont loin d'être identiques dan chaqu cas; certainement elles sont presque aussi variées que celles de la syphilis ou de la tuberculose. Nos conceptions prini ves de la maladie, dérivées pour la plus grande partie de la Btll ou de la littérature poétique, où la lèpre est symbolique de tout ce qui est repoussant et sans espoir de guerison, son une source d'erreurs. En fait, dans ses premières périodes la lèpre est loin d'être toujours, ou même généralement, une maladie a début frappant. Souvent, pendant des années, le seul signe visible de son existence consiste en deux ou trois petites pustules, ou peut-être- en une ou deux taches pâles ou pigmentées sur la peau du tronc ou des membres (ces taches, souvent cachées par ïes vêtements, sont parfois ignorées du malade Im-meme), et dont la véritable signification et la vraie nature ne peuvent être appréciées que par un observateur exercé. Ce n'est généralement que beaucoup plus tard qu'apparaissent les lésions étendues et défigurantes sur lesquelles est fondée la conception populaire. En règle générale, la lèpre est une maladie à développement lent. Parfois, il est vrai, elle se déclare subitement et franchement des le début et progresse rapidement ; mais, dans la majorité des cas, les lésions du début sont insignifiantes. Elles peuvent être mal interprétées ou inaperçues, et des années peuvent s'écouler avant qu'une mutilation ou une difformité sérieuse ne se prodmse. Le médecin devra se rappeler ce point important de pratique dans l'étude et le diagnostic de toutes les lésions douteuses de la peau, <îhez des personnes qui résident ou qui ont résidé dans des pays où la lèpre est endémique.

Pour faciliter la description, il semble préférable de diviser l'évolution de la lèpre en périodes, en se rappelant toutefois que cette division est en grande partie artificielle. En réahté, ces périodes n'existent pas dans tous les cas et ne sont pas toujours nettement séparées ; la plupart du temps elles empiètent les

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unes sur les autres ; dans nombre de cas on ne peut les différencier,

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