Terminaison
1. Infection primaire. — Étant donné que la lèpre est produite par un germe spécifique, il doit y avoir un moment, dans l'histoire de chaque lépreux, où le germe infectant a pénétré dans l'organisme. Dans beaucoup de maladies spécifiques, dans la syphiKs par exemple, le siège de l'infection primaire est indiqué par une lésion locale bien marquée, et on peut préciser d'ordinaire l'époque de l'infection. Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne peut rien affirmer de semblable pour la lèpre ; dans cette maladie nous ne savons rien qui nous perm.ette d'indiquer avec précision soit le siège, soit, à part de rares exceptions, l'époque de l'infection primaire. Sous ce rapport, la lèpre ressemble à la tuberculose. Nous sommes tout aussi ignorants en ce qui concerne l'état du germe infectieux : nous ne savons s'il pénètre dans l'organisme sous forme de spore ou de bacille ; nous ignorons aussi le miheu dans lequel il vit ou par lequel il est véhiculé. Nous ne pouvons dire si le germe de la lèpre pénètre dans l'organisme par les aliments, par l'eau ou par l'air, s'il traverse les épithéHums sains ou s'il est inoculé au niveau d'une solution de continuité de la peau, ou encore par une piqûre d'insecte.
Sticker a trouvé le Bacillus leprœ dans le mucus nasal de 128 lépreux sur 153 examens pratiqués. Il considère que la lésion initiale de la maladie est une ulcération spécifique du septum cartilagineux du nez; cette lésion persiste et est une active source d'infection durant la vie. L'épistaxis, ajoute-t-il, est souvent un symptôme précoce de cet état. Plusieurs observateurs ont confirmé cette opinion.
Bien que nous soyons dans une ignorance absolue en ce qui regarde le processus d'infection, nous pouvons être tout à fait certains que la lèpre est le résultat d'une infection et que l'agent
SYMPTOMES
infectieux provient d'un autre lépreux. On n'a jamais constaté l'apparition de nmo de la lèpre dans une contrée quelconque. Pour étayer cette affirmation, il y a nombre de faits et d arguments ; nous retardons leur discussion jusqu'à ce que nous ayons à examiner les importantes questions pratiques de l'heredite, de la contagion et de l'hygiène qui leur sont connexes.
2. Période d'incubation. - Cette période est généralement, peut-être même toujours, de longue durée, et doit se conipter d'ordinaire par années (deux ou trois au moins). On a publie des cas où la durée de l'incubation a été certainement encore plus longue. Danielssen en rapporte un dans lequel cette durée a ete de dix ans. Une période de quatorze ans au moins dans un cas de Leloir et de vingt-sept ans dans un cas de Hoëgh s'était écoulée entre l'époque présumée de l'infection et les premières mamfestations de la maladie. D'autre part, on cite des exemples où la durée de l'incubation n'a été que de trois mois ou même de quelques semaines.
3. Prodromes. — Une fièvre d'une intensité plus ou moins grande, revenant plus ou moins souvent, est un symptôme presque invariable dans le stade prodromique de la lèpre. Ces accès fébriles peuvent aller et venir pendant un an ou deux. Il est bon de se rappeler que, dans les pays chauds, de pareils accès peuvent être regardés comme d'origine paludéenne. Un autre symptôme prodromique très fréquent est une sensation de faiblesse inexpHcable, accompagnée d'ordinaire d'un état de langueur et d'une tendance parfois irrésistible au sommeil à des heures inaccoutumées. Des troubles dyspeptiques, associés dans quelques cas à de la diarrhée, dans d'autres à de la constipation, et que l'on attribue d'habitude au « foie », sont observés fréquemment. Des épistaxis et de la sécheresse des narines, correspondant aux épistaxis du stade prodromique de la fièvre typhoïde, de la tuberculose, et à celles qu'on observe parfois dans les débuts de la syphilis, ont été notées par Leloir. La céphalalgie ; le vertige ; les perversions de sensation — telles que prurit locahsé, hyperesthésie, « piqûres d'épingles et d'aiguilles », douleurs névralgiques — le plus souvent intermittentes, parfois très graves et se produisant surtout dans les membres et à la face ; une courbature générale ; des douleurs rhumatoïdes dans les lombes, dans le dos ou ailleurs : tels sont les symptômes qui,
LÈPRE
tous ensemble ou séparément, peuvent, pendant des mois, précéder l'explosion de la lèpre.
Un autre point curieux dans les débuts de la lèpre, noté aus^ii par Leloir, est la prédisposition, chez beaucoup de malades, à des sueurs extrêmement abondantes qui surviennent sans cause importante ou même appréciable. J'ai jadis observé un Anglais, qui depuis est devenu lépreux, chez lequel ce symptôme prodromique était particuhèrement prononcé, si prononcé qu'il l'avait remarqué lui-même. Ce malade tint pendant plusieurs années un journal où, entre autres choses, il relatait avec beaucoup de soin tout ce qui touchait sa santé ; de sorte qu'il m'a été facile de suivre, d'après ce journal, l'évolution graduelle de sa lèpre. La première manifestation non équivoque de la maladie fut observée le 3 mars 1894 ; elle consistait en une large tache érythémateuse sur le bord cubital du bras et de la main gauche, laquelle devint par la suite anesthésique, et en deux ou trois points pigmentés sur la joue, sur le dos et sur la jambe. Cinq ans auparavant, il avait relaté dans son journal (à la date du 4 juin 1889) le début d'une longue série de violents maux de tête, d'accès de fièvre passagers et d'une diminution progressive de la santé et de la vigueur. A la date du 9 juin 1892, on trouve mentionnée pour la première fois une transpiration profuse qui, survenant sans cause apparente, se reproduisit souvent et continua plusieurs mois après l'apparition des lésions de la peau dont nous avons parlé. Dans ce journal, on trouve fréquemment des observations comme les suivantes : « 20 novembre 1892. Je me sens mal à mon aise, et j'ai des sueurs anormales ; je suis étonné de ce qui m'arrive. Je suis très malade. — Du 5 au 19 décembre 1892. Malade au lit. J'ai eu pendant cette période de terribles sueurs et des points très douloureux à la partie inférieure du dos. « — Et encore: « 21, 22 décembre. Je me sens très malade; sueurs épouvantables ; faible ; à bout. » Comme l'a montré Leloir, cette hyperhydrose peut être générale ou hmitée seulement à quelques points particuhers, surtout au tronc, les membres restant indemnes ou même étant atteints d'anhydrose. Une anhydrose encore plus limitée est quelquefois notée ; il arrive d'habitude que ces points à sécrétion sudorale abohe deviennent, à une période plus avancée de la maladie, des plaques d'anesthésie.
SYMPTOMES
Il est bon de se rappeler que, comme dans la syphilis, il y a, dans un très petit nombre de cas de lèpre, absence complète de symptômes constitutionnels avant l'apparition de l'éruption
cutanée spécifique. , , ,
4 Exanthème primitif. - Après une période plus ou moins longue de santé médiocre, il se produit une éruption sur la peau, précédée parfois par une atteinte de fièvre et par d'autres symptômes prodromiques plus graves qu'à l'ordinaire. L'apparition de cette éruption est habituellement accompagnée ou rapidement «uivie d'une amélioration de la santé générale. ^ Bien que strictement maculeuse, cette éruption — exanthème primitif de la lèpre — varie dans chaque cas, à la fois quant au siège des lésions, à leur nombre, à leur durée et aux autres caractères. Les macules peuvent ne pas être plus larges qu'un gram de millet ou avoir un diamètre de plusieurs pouces ; elles peuvent être nombreuses ou réduites à deux ou trois seulement. Les premières taches sont d'ordinaire purement érythémateuses, disparaissant à la pression, plus foncées au centre et se dégradant vers la périphérie. Mais, dans quelques cas, elles peuvent être pigmentées dès le début, ou encore consister en de simples taches de vitihgo. On peut rencontrer chez le même individu les trois formes de macules — érythémateuse, pigmentée et vitiligineuse. Chez nombre de lépreux, ce qui était tout d'abord une tache érythémateuse peut se transformer, avec le temps, en tache pigmentée, ou, au contraire, pâUr ; dans ce dernier cas, la disparition du pigment s'accompagne ordinairement d'un certain degré d'atrophie de la peau. Il peut arriver que le centre d'une tache érythémateuse pâlisse, tandis que la périphérie reste rouge et parfois se pigmente ; de sorte que la lésion vient à prendre l'aspect d'un anneau rouge ou foncé ou d'une portion d'anneau entourant une tache pâle et d'ordinaire anesthésique. Dans certains cas, l'éruption des diverses formes de macules peut être précédée de paresthésies locales, telles que sensation de brûlure, de picotement, de démangeaison, etc.
Au début, les macules peuvent être éphémères et s'effacer complètement ou en partie dans l'espace de quelques jours, de quelques semaines ou de quelques mois ; mais, à mesure que la maladie progresse et que de nouvelles taches se montrent, celles-ci ont une plus grande tendance à rester permanentes et à se
pigmentée, en particulier au niveau des jambes. Bien que cette affection se limite d'elle-même localement, elle peut néanmoins être réinoculée en d'autres points du même individu, soit par une brèche de la peau, soit par simple contact du pus avec la surface cutanée, le microorganisme s'introduisant probablement par un follicule pileux. Cette auto-inoculabilité des furoncles peut passer inaperçue.
Les individus débilités, probablement par suite de la diminution du pouvoir de résistance de l'organisme, sont prédisposés aux furoncles ; les diabétiques y sont spécialement exposés, le glycose que contiennent le sang et les sécrétions semblant particulièrement favorable à la croissance du germe spécifique.
Peu d'Européens sous les tropiques ne sont pas atteints de .furoncles à une époque quelconque de leur séjour. Dans certains cas, les éruptions se succèdent en telle abondance que le malade est absolument incapable de faire son travail à cause de la douleur et de la fièvre produites. Il y a des années où les membres d'une agglomération sont atteints en si grand nombre que l'on considère la maladie comme épidémique. Ces épidémies, se produisant au moment où quelque fruit particulier est de saison, sont très souvent attribuées, très probablement à tort, à l'ingestion du fruit en question. Les mangues en sont fréquemment rendues responsables, sans plus de raison sans doute.
Traitement. — Toute irrégularité constitutionnelle doit être traitée convenablement. La malaria sera combattue par la quinine ; l'anémie et la débilité, par le fer et le vin ; la constipation, par les laxatifs ; le diabète, par un régime spécial. Je n'ai jamais vu obtenir de bons résultats par l'emploi des spécifiques préconisés, tels que le sulfure de calcium, l'eau de goudron ou la levure de bière.
On ne doit jamais recouvrir les furoncles d'un cataplasme, sauf dans des cas très exceptionnels. Le cataplasme peut diminuer la douleur locale, mais son emploi est souvent suivi d'une nouvelle poussée de furoncles dans la zone ramollie par la chaleur et l'humidité. On ne doit pas non plus inciser ou exprimer les furoncles. La seule exception à cette règle est la présence de furoncles dans le cuir chevelu ou dans l'aisselle. Dans la première région, si l'on n'incise pas de bonne heure, ils ont
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différentes au point de vue clinique ; on a, par suite, coutume de les décrire séparément.