CONTAGION
dans son voisinage immédiat. Certains de ces nouveaux lépreux se rendent en divers points de la région et^deviennent à leur tour ■des centres d'infection. Ainsi, lorsqu'on étudie l'histoire des-, débuts de la lèpre dans un pays vierge — tel que la Nouvelle-. €alédonie — on peut tracer (et l'on a tracé) la marche de lamaladie d'individu à individu et de place en place.
On peut avancer comme autre preuve que non seulement tm indigène d'un pays non lépreux peut être atteint de la maladie en parcourant des pays lépreux, mais qu'il peut encore communiquer la lèpre à ses compatriotes lorsqu'il est revenu dans son ^ pays d'origine. On en a au moins un exemple bien authentique. En 1872, le Hawtrey Benson présenta à la Société médicale ■de Dublin un Irlandais qui avait contracté la lèpre aux Antilles. Après son retour en Irlande, il coucha dans le même lit que son' frère qui, de plus, porta quelquefois les vêtements du lépreux. Au bout d'un certain temps, le frère, qui n'avait jamais quitté l'Angleterre, était devenu lépreux : il fut présenté à la même Société en 1877. Dans ce cas, il ne peut être question de discuter le fait ou le diagnostic. La seule explication possible est la con-, tagion. De nombreux exemples analogues, quoique moins authen^ tiques et moins caractéristiques, ont montré la propagation de la lèpre par contagion ; mais le cas dont nous venons de parler est le seul qui soit presque concluant. Car, s'il est démontré que la lèpre s'est propagée par contagion dans un cas, il y a de grandes probabihtés pour qu'il en soit de même dans tous les cas.
On a avancé contre la théorie de la contagion que la lèpre s'attaque très rarement aux infirmiers, aux gardes-malades et aux médecins attachés aux asiles des lépreux. Mais ne pourrait-on pas faire la même objection contre la contagiosité de la gale ou de l'herpès? Les conditions qui favorisent la contagion sont connues et faciles à éviter dans ces dernières maladies ; elles ne sont pas connues et, par suite, ne sont pas toujours évitées dans la lèpre. Toutes les maladies infectieuses demandent, pour se répandre, certaines conditions. Pour quelques-unes, ces conditions se rencontrent souvent ; pour d'autres, au contraire, elles sont difficilement remphes. La lèpre appartient à cette dernière catégorie.
Il est probablement nécessaire, pour qu'une contagion se produise d'un individu à un autre, qu'il y ait un contact personnel
LÈPRE
intime et une concordance entre certaines phases de la maladie' d'une part, et des conditions particulières de santé ou d'état physiologique de l'organisme récepteur d'autre part — conditions qui ne nous sont pas encore connues et qui, autant que nous pouvons le savoir, ne se produisent qu'à de longs intervalles dans les relations entre deux individus. La simple implantation du bacille ne suffit pas ; car, nous l'avons déjà remarqué, parmi les nombreuses inoculations qui ont été faites, il y en a une à peine que l'on puisse peut-être regarder comme ayant réussi.
Certaines nourritures — telles que le poisson séché — ont été incriminées comme milieu d'infection. M. Jonathan Hutchinson a depuis de longues années soutenu énergiquement cette doctrine. Les données historiques, épidémiologiques ou circonstancielles sur lesquelles on a cherché à établir cette opinion sont insuffisantes, quoique puissamment suggestives, au dire de la plupart des auteurs.
Prophylaxie. — Si l'on admet que la lèpre est produite par un germe, et que ce germe est transmissible directement ou indirectement, si l'on admet en outre que la maladie ne se déclare jamais sans avoir été d'abord introduite de l'extérieur par un lépreux, alors tout lépreux doit être regardé comme une source de danger. Le plus sûr moyen de supprimer la maladie dans une communauté est donc d'isoler complètement les lépreux qui s'y trouvent. Il y a néanmoins beaucoup de difficultés, en particuher dans des contrées telles que l'Inde, à faire entrer dans la pratique cette conclusion qui semble parfaitement logique ; ces difficultés proviennent des droits des individus, de considérations financières, de la dissimulation ou de l'incorrection du diagnostic, aussi bien que de l'introduction continuelle de nouveaux cas venus du dehors. Ces obstacles entre autres, empêchant l'appUcation générale d'un système d'isolement complet, sont si grands qu'il faut se résigner, pour le moment et dans l'état actuel de l'opinion publique, à étabhr seulement un système d'isolement modifié tel qu'on l'a pratiqué avec tant de succès dans ces dernières années en Norvège.
Donc, lorsque ce sera possible, les lépreux seront réunis dans des asiles spéciaux qui devront être rendus attrayants. Ceux que l'on ne pourra faire entrer de gré ou de force dans ces asiles seront isolés autant que possible de leur famille et du pubUc; on
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insistera pour que ces lépreux et leurs demeures soient l'objet de soins de propreté scrupuleux. On ne devra pas leur permettre de mendier dans les rues — comme le cas se présente souvent dans les villes d'Extrême-Orient, — de tenir des boutiques, de toucher à la nourriture ou aux vêtements des étalages, de parcourir la région comme colporteurs ou mendiants, de se louer comme dome'stiques ou comme prostituées, ou de fréquenter les foires et les endroits publics. Tous les lépreux à la période ulcéreuse de la maladie, lorsqu'il est présumable que des myriades de bacilles s'échappent constamment de leurs plaies, doivent être
: encore plus scrupuleusement isolés ; leurs vêtements, leurs détritus et leurs pansements doivent être systématiquement détruits ou désinfectés. L'enfant né d'un lépreux doit tout d'abord être éloigné de son ascendant malade, et, s'il est nécessaire, être élevé aux frais de la communauté.
Si l'on édictait des lois pour rendre effectives ces mesures de simple bon sens et si ces lois étaient scrupuleusement observées, on devrait s'attendre aux meilleurs résultats. La lèpre est faiblement contagieuse, ou plutôt les conditions de réussite de la contagion sont rarement remplies, si rarement qu'il est plus que probable que, sous l'influence d'un système d'isolement modifié comme nous l'avons indiqué, les chances de contagion deviendraient si peu nombreuses que la maladie disparaîtrait rapidement.
Vaccination. — Il n'a pas été démontré jusqu'à l'heure actuelle que la lèpre puisse se communiquer par la vaccination,bien qu'il y ait quelque apparence en faveur d'une pareille hypothèse. Mais, malgré cette absence de preuve, il est à désirer que l'on prenne de sérieuses précautions, dans les pays où la lèpre est endémique, pour éviter non seulement que le sujet vaccinifère ne soit porteur d'une éruption lépreuse, mais encore qu'il ne provienne d'une famille ou d'une communauté où il existerait deâ lépreux. Un vaccinifère dont la santé parait très bonne peut renfermer des bacilles lépreux à l'état latent, être, en fait, en puissance de lèpre et capable, par conséquent, de communiquer la maladie.
Traitement. — Une attention s-irupuleuse et systématique au sujet de la propreté et de l'hygiène domestique et person-
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nelle; des bains et des savonnages nombreux; de fréquents changements de hnge ; une bonne nourriture ; un bon air ; peu de travail ; le minimum de surmenage, de fatigue et d'exposition au mauvais temps : telles sont les règles de première importance dans le traitement de la lèpre et sur lesquelles on doit insister On a observé que la plupart du temps la santé d'un lépreux placé dans des conditions hygiéniques favorables s'améUore au moins pendant un certain temps et que, dans un petit nombre de cas, à l'aide de ces moyens l'évolution de la maladie est arrêtée. Les Européens qui ont contracté la lèpre sous les tropiques ressentent presque invariablement une améhoration, au moins temporaire, lorsqu'ils reviennent dans un chmat moins déprimant et qu'ils retrouvent les ahments plus nutritifs de leur pays d'origine. Il me semble que les méthodes de traitement de nos jours en vogue contre la tuberculose sont également apphcables à la lèpre.
Nombre de médicaments ont été regardés, à tour de rôle, comme plus ou moins spécifiques dans le traitement de la lèpre. Mais bien que certains de ces médicaments paraissent, pendant un certain temps, donner de bons résultats et, par suite, acquièrent une certaine popularité, jusqu'à ce jour ils sont tous successivement tombés tôt ou tard en défaveur. Il n'y a aucune bonne raison de penser que l'une quelconque des substances médicinales connues soit en réalité un spécifique de la lèpre, au même titre, par exemple, que l'iodure de potassium pour la syphihs. On peut avoir de grandes déceptions lorsque l'on essaie la valeur d'un médicament dans la lèpre. Ordinairement le lépreux vient demander un traitement pendant ou aussitôt après l'une des exacerbations périodiques de la maladie, et lorsque les nodules et les autres éruptions soutien pleine évolution et bien marqués. Lorsqu'on laisse la maladie suivre son cours naturel sans traitement d'aucune sorte, surtout si le malade est placé dans des conditions hygiéniques favorables, les symptômes aigus tendent à se calmer et la maladie elle-même s'améHore temporairement. Les praticiens sont trop portés à attribuer cette améhoration naturelle et temporaire au médicament, quel qu'il soit, que le malade aura pris à la même époque. De plus, pour juger de la valeur d'un médicament dans la lèpre, il faudra se rappeler que la maladie peut s'arrêter spontanément et qu'elle peut même guérir, et cela sans employer aucun traitement.
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Un remède favori des médecins anglais est l'huile de chaulmoogra {oleiim gynocardiiim) employée à la dose de deux à dix et jusqu'à quarante gouttes et même davantage, selon la tolérance, trois fois par jour ; et, en même temps, on l'emploie à , l'extérieur sous forme d'onction, mélangée à une huile quelconque. Les lépreux qui peuvent assimiler de fortes doses de ce remède paraissent en retirer de bons résultats. Sandwith a rapporté un cas dans lequel une sérieuse améhoration suivit l'administration persistante de chaulmoogra en injections hypodermiques. J'ai soigné des lépreux qui, en plus de l'ingestion de fortes doses de chaulmoogra par la bouche, en recevaient quotidiennement jusqu'à 4 grammes en injection hypodermique. L'améHoration fut très marquée pendant quelque temps. Les bacilles cependant étaient tout aussi abondants dans les nodules qu'avant le traitement et il n'y avait aucune altération dans leur aspect microscopique. Encouragé par les résultats chmques, j'ai persévéré pendant plusieurs semaines de suite à administrer ce médicament. Dans un cas le malade mourut, probablement d'une emboHe graisseuse ; dans un autre, où de très larges doses de chaulmoogra furent données aussi bien par la bouche qu'en injections hypodermiques, une violente fièvre lépreuse, accompagnée d'une éruption profuse de lépromes, ne s'en établit pas moins. L'huile degurjum, autrefois en faveur, semble avoir été abandonnée.
Unna prétend avoir guéri plusieurs cas en administrant à l'intérieur de l'ichtyol à doses croissantes et en combinant cette médication interne avec des frictions vigoureuses sur les bras et les mains, deux fois par jour, avec 10 d'acide pyrogalUque dans 100 de lanohne ; sur le tronc et les joues avec 10 d'acide chrysophanique dans 100 de lanohne ; il appUquait en même temps sur le front et le menton un emplâtre aux acides chrysophanique et sahcyhque et à la créosote qu'on renouvelait tous les jours. La durée du traitement est d'un mois, et avant de le reprendre on ordonne au malade une série de bains chauds.
La tubercuhne a également été essayée. Elle produit une réaction locale et générale qui parfois, chose curieuse, ne se montre qu'après un ou deux jours. Loin de don»er de bons résultats, elle semble aggraver la maladie en produisant de nouvelles éruptions, et aussi en faisant apparaître des bacilles dans le sang.
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Le Dr Radcliffe Crocker a rapporté plusieurs cas de lèpre dans lesquels il a constaté une amélioration très sensible à la suite d'injections hypodermiques, faites chaque semaine, de 1 centigramme de bichlorure de mercure.
^ L'iodure de potassium, donné à fortes doses, aggrave la lèpre ; non seulement la santé générale est atteinte, mais il se produit de nouvelles éruptions.
Danielssen regarde le sahcylate de soude, associé avec l'huile de foie de morue, la quinine et le fer, une bonne ahmentation et une bonne hygiène, comme le meilleur traitement de la lèpre. Il prétend que le sahcylate, s'il est administré peu de mois après le début de la maladie, peut quelquefois la guérir. Il donne d'abord 1 gramme quatre fois par jour et augmente graduellement la dose pendant six mois ou un an.
J'ai essayé la thyroïdine dans un cas de lèpre nerveuse. Le malade ne présente absolument plus aucun symptôme.
L'hydroxylamine, l'europhène, le naphtol, le salol, le bleu de méthylène et l'aristol ont été également essayés récemment ; les résultats ne sont pas encourageants.
L'élongation des nerfs, avec ou sans déchirure, a été fortement recommandée (Mac Leod) pour la guérison de la névralgie lépreuse, de l'anesthésie, de l'atrophie musculaire études autres lésions trophiques. On ne peut guère en retirer de bénéfice qu'au point de vue de la lésion locale et encore temporairement, et seulement dans les premiers stades de la maladie, avant que le nerf n'ait subi la transformation fibreuse.
Dans le cas où les nodules lépreux s'étendraient sur la cornée et menaceraient de troubler la vision, Brockmann a montré que l'extension du léprome peut être arrêtée par la division, de la cornée sur le côté pupillaire de la lésion ; on a constaté que les bacilles ne traversent pas la cicatrice. La tarsorraphie pour l'ectropion de la paupière inférieure; l'iridectomie pour l'iritisou les synéchies ; la trachéotomie dans le cas de sténose laryngée et ■ l'ostéotomie pour les maladies des os peuvent parfois être indiquées. Horder recommande instamment l'amputation dans le cas d'ulcères perforants ou autres ; la santé générale est très améliorée par la suppression de tels foyers septiques. L'existence de la lèpre ne paraît pas s'opposer matériellement au succès d'opérations chirurgicales. J'ai une fois enlevé un énorme éléphantiasis
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-du scrotum chez un lépreux avéré ; la présence de la lèpre n'empêcha pas la guérison de la large plaie opératoire, et l'homme guérit parfaitement en ce qui concerne l'opération.
S'il n'existait qu'un tubercule ou qu'une macule lépreuse limitée et qu'on ne trouvât aucun signe constitutionnel d'infection générale, il serait bon d'exciser largement la partie malade. Il se peut qu'en cet endroit nous soyons en présence de la lésion primitive de la lèpre (heu d'invasion) et que la maladie soit encore hmitée à ce point. En tout cas, cette excision n'est pas nuisible ; et, en face de la destinée terrible qui est réservée à la victime de l'infection lépreuse, il serait regrettable de. ne pas essayer toutes les chances possibles de succès, si petites soient-elles, comme celles que peut procurer une opération insignifiante. On a rapporte un cas dans lequel un enfant âgé de vingt-sept mois présentait à la tempe une petite tache rouge anesthésique qui, à l'examen microscopique, se trouva contenir des bacilles lépreux. Le frère de cet enfant était un lépreux avéré. Six mois après la découverte de cette tache, elle fut excisée et la plaie cautérisée. Cela fut fait en octobre 1893 ; en avril 1894, le malade ne présentait aucun signe de lèpre.
Comme nous l'avons déjà dit, une maladie aiguë intercurrente peut produire une résorption du dépôt lépreux. Cela a été plus particulièrement observé après l'érysipèle. On a, en conséquence, proposé de traiter la lèpre par des inoculations du streptocoque de l'érysipèle ou par des injections de toxine filtrée obtenue avec des cultures de ce microbe (Impey)