CHAPITRE XXXVII
VERRUGA DU PÉROU
Dans certaines vallées étroites des Andes, entre 1 neuvième et le seizième parallèles de latitude Sud, et à une hauteur de 900 à 3 000 mètres, existe à l'état endémique une forme aggravée d'une maladie ressemblant de très près au pian et connue localement sous le nom de « verruga ».
La distribution géographique de la verruga, autant qu'on •peut l'affirmer, est singulièrement limitée ; la maladie est confinée à certaines vallées, et respecte les habitants des régions voisines. On dit qu'on peut l'acquérir en traversant simplement les districts endémiques ; et que, contrairement à ce qm a heu pour le pian, les animaux domestiques, dans ces districts, aussi bien que les habitants humains, sont sujets à cette affection (1).
On a émis l'hypothèse que la maladie dont est mort Carrion était une septicémie, que la fièvre d'Oroya était une typhoïde à laquelle se superposait le pian, que la verruga était l'expression d'une helminthiase, d'une trypanosomiase ou d'une spirillose. Jusqu'à ce qu'on ait bien reconnu le germe, la nature exacte de cette maladie ne pourra être déterminée.
Symptômes. — Les douleurs rhumatoïdes initiales et la fièvre particuhère ont apparemment les mêmes caractères que celles du pian ; elles sont seulement plus accusées. De même que pour le pian, une attaque de verruga confère pratiquement l'immunité.
(U Deux mémoires détaillés ont été publiés sur cette question : « La maladie de rarr ion » et un article dans la Presse médicale (27 juillet 1898), tous deux par le nrM E Àndinzola. Il est assez étrange que Carrion ait expérimenté sur lui-même, alors aue les animaux passent pour contracter la maladie. On ne fait, dans les travaux nrécédents, aucune mention d'expériences sur des animaux, tandis qu on y loue rarrion pour son dévouement enthousiaste. Le lecteur peut consulter un article publié dans les Annales de l'Institut Pasteur (25 septembre 1898) : . Note sur la bacté. riologie de la verruga du Pérou », par M. Charles Nicolle.
VERRUGA DU PÉROU.
Les symptômes constitutionnels semblent disparaître lor» de la formation de la lésion cutanée qui, à en juger par les descriptions ■qui en ont été publiées, est un granulome macroscopiquement et raicroscopiquement identique à celui du pian. De même que dans cette dernière maladie, l'éruption peut être rare ou abondante, discrète ou confluente. Comme dans le pian, les granulomes individuels peuvent ne pas se produire ; dans d'autres cas, ils peuvent rétrocéder rapidement; d'autres fois encore, ils peuvent continuer à s'accroître, et puis, après être restés quelque temps stationnaires, se flétrir et disparaître peu à peu sans laisser de -cicatrice. S'il existe une différence entre les caractères cliniques •de la verruga et du pian, c'est sans doute au point de vue du degré plutôt que de la nature des symptômes.
Dans la verruga, la fièvre initiale peut durer des semaines, ■ou même des mois. Elle est très accusée dans de nombreux cas. Elle ressemble souvent à celle de l'infection paludéenne, présentant de l'intermittence et s'accompagnant d'anémie profonde et d'hypertrophie du foie et de la rate. Il est probable qu'il s'agit ■en pareil cas d'une infection mixte — la verruga attaquant un sujet paludéen. Il arrive assez fréquemment, dans la région endémique, qu'un certain type de fièvre, qu'on croit appartenir à la verruga, se termine par la mort avant l'apparition de manifestations cutanées qui puissent établir le diagnostic avec certitude. ■Ce fut probablement le cas d'un étudiant en médecine, nommé •Carrion, qui s'inocula le sang d'un granulome de verruga. Les symptômes qu'il présenta ressemblaient de très près à ceux de la fièvre mortelle dont il est question, et qui est connue localement :Sous le nom de fièvre d'Oroya.
Outre la gravité de la fièvre et les douleurs rhumatoïdes, la maladie péruvienne est remarquable par sa tendance à produire des hémorragies spontanées au niveau des lésions cutanées. Cette particularité doit sans doute être attribuée, comme les hémorragies de la « fièvre des montagnes », à la diminution de la pression atmosphérique dans les altitudes élevées ; car, lorsque les malades descendent dans les vallées ou au niveau de la mer, la tendance aux hémorragies disparaît. Il est possible que la vascularisation anormale des tumeurs, qui sont parfois pénétrées par un réseau de sinus caverneux, soit une conséquence "de la même cause.
SYMPTOMES
Dans le pian, nous ne trouvons pas mention de la présence <le .ranulomes fongueux ailleurs que sur la peau. Dans la verruga, U s:mblerait que Tes tumeurs puissent -^d^^'oPPtaoes muqueuses - dans l'œsophage, l'estomac, 1 intestin la veïïe.7utérus et le vagin. De là vient la dysphagie (symptôme fréquent) et la production occasionnelle d'hematemese, de metena, d'hématurie, d'hémorragie vaginale dans cette dermere
maladie.
Traitement. - H paraît que le froid tend à réprimer le développement de l'éruption, et que, jusqu'à ce que celle-ci se montre, la fièvre et les douleurs persistent. Pour cette raison, aussi bien que pour éviter l'hémorragie au niveau des tumeurs développées, le malade doit quitter les hauteurs et descendre près du mveau de la mer. Les hémorragies externes, quand elles se prodmsent seront traitées parla compression graduelle. A part ces recommandations spéciales, le traitement local et général est le même que pour le pian.