FORMATION DU CORPS FLAGELLÉ
placer circulairement, en contact avec la partie interne de ce qu'on peut regarder comme une membrane très mince et invisible, et occupent alors le tiers central de la sphère, formant en quelque sorte une petite sphère renfermée dans la grande. Au bout d'un certain temps, les particules d'hémozoïne commencent — d'abord lentement et par intervalles, et ensuite plus énergiquement — à se mouvoir en tous sens dans les sphères hyalines. A mesure que les mouvements du pigment augmentent de rapidité et d'énergie, la sphère entière semble partager cette agitation : elle vibre, change de forme et s'agite sous l'action d'une force invisible. Les particules de pigment peuvent alors diffuser ou ne pas diffuser à travers la masse totale de la sphère (fig. 7, d).
Quoi qu'il en soit, les mouvements de la sphère devenant très marqués, un ou plusieurs filaments sont tout à coup lancés de la périphérie et commencent à présenter les mouvements ondulatoires, en coups ae louet, qui les caractérisent (fig. 7, e) (1). Les sphères granuleuses n'émettent pas ces filaments ou microgamètes.
Dans les préparations colorées, on peut observer que l'émission des microgamètes est précédée par une fragmentation du noyau, les chromosomes s'avançant vers la périphérie de la sphère et s'entourant chacun d'une partie du protoplasma. Le microgamète est donc composé de ces deux éléments étirés en un fil — un filament de chromatine et une enveloppe protoplasmique. Dans les sphères granuleuses il n'y a pas de fragmentation du noyau ni de formation de filaments, le petit noyau restant au centre, entouré de son cercle de bâtonnets de pigment.
(<t) Une soigneuse mise au point, surtout pour les préparations colorées des sphères dérivées de croissants, peut montrer parfois que, peu de temps avant leur sortie, les microgamètes existent tout formés à l'intérieur de la membrane limitante de la sphère .(fig. 7, e). On peut voir parfois un de ces filaments, dans ses efforts pour sortir de la 'sphère, pousser devant lui cette membrane et, ne pouvant la rompre, se rétracter et renouveler son effort sur un autre point. Sans nul doute, les mouvements actifs de la sphère sont le résultat des efforts faits par les microgamôtes pour se frayer un passage à travers cette membrane.
Fig. 7.
Évolution du croissant en corps à flagelles.
MALARIA
Quand les microgamètes émis par la sphère ne réussissent pas à se séparer d'elle, comme nous l'avons déjà décrit, ils peuvent continuer leurs mouvements pendant une heure et même davantage, — à condition que le corps flagellé ne soit pas absorbé par un phagocyte, ce qui arrive fréquemment. Finalement, les mouvements se ralentissent et s'arrêtent ; les microgamètes s'enroulent peut-être, et graduellement ils échappent à l'observation. Si, au contraire, ces filaments réussissent à se détacher de la sphère,
les restes du corps flagellé, composés de particules d'hémozoïne incluses dans une petite masse de -résidu protoplasmique, ne tardent pas à prendre une forme passive, vaguement sphérique, le» violents changements d'aspect précédents et les mouvements du pigment cessant presque subitement.
Dans d'autres variétés d'infection malarique, on voit parfois certains corps (fig. 8, a, d), qui ressemblent aux parasites intraglobulaires complètement développés avant la formation des spores (sauf en ce qui concerne les mouvements actifs du pigment), quitter le globule rouge qui les renfermait (fig. 8, b, e). Une observation attentive de ces parasites redevenus libres montre, dans certains cas, l'hémozoïne qu'ils contiennent animée de violents soubresauts, le corps du parasite étant en même temps agité par saccades. Finalement, on voit tout d'un coup des microgamètes être projetés de la périphérie de ces parasites (fig. 8, c, f), exactement comme dans le cas des sphères dérivées de croissants. Évidemment, ces gros hématozoaires sphériques et les corps flagellés qui succèdent à certains d'entre eux correspondent aux sphères et aux corps à flagelles dérivés des croissants.
Conditions favorisant et retardant la production de microgamètes. Ross
a montré que, à condition de mettre à l'abri de l'air le sang qui contient des corps en croissant (ce qu'on obtient en piquant le doigt à travers une couche de vaseline), l'évolution du parasite ne se produit pas. Il a montré ensuite que,
Fig. 8. — Évolution du corps à flagelles chez les parasites des fièvres tierce (a, b, c) et quarte {d, s, /).
IS
si l'on expose à l'air pendant une minute ou deux la gouttelette de sang avant de la monter sur lame, on favorisait beaucoup l'émission de microgamètes. Dans le même ordre d'idées, Marshall a montré que le mélange du sang avec une trace d'eau favorisait également cette émission. Je trouve qu'en combinant ces deux méthodes — c'est-à-dire exposition à l'air et addition d'une trace d'eau, par exemple en respirant au-dessus de la lame avant de la recouvrir d'une lamelle — il est d'ordinaire très facile d'obtenir rapidement des spécimens de corps flagellés dans du sang contenant des corps en croissant. Il est probable, bien que je n'aie pas fait d'expériences à ce sujet dans des cas favorables, qu'on pourra produire par un semblable procédé l'émission de microgamètes chez les hématozoaires qui ne donnent, pas de corps en croissant.
Dans certains sangs, on obtient aisément la formation des corpsflagellés; dans d'autres, c'est le contraire qui se produit. En ce qui concerne les croissants, le succès dépend certainement, dans une certaine mesure, du degré de maturité du parasite, les croissants trop jeunes ou trop épuisés ne donnant aucun résultat. 11 y a cependant d'autres conditionsencore inconnues qui influent sur cette évolution.