TRANSMISSION
Les fîlaires paraissent pouvoir distinguer entre la chair et les végétaux ; chez des moustiques nourris de bananes^ elles n'ont pas commis l'erreur de passer dans un milieu aussi inhospitalier, car, au bout de quarante jours à partir de leur passage dans l'insecte, et après que celui-ci avait pris nombre de fois sa nourriture sur des bananes, on pouvait encore trouver les parasites enroulés dans la tête ou étendus le long de la trompe.
Ces observations démontrent que, comme l'hématozoaire de la malaria, la filaire est introduite dans son hôte définitif, l'homme, par la piqûre du moustique. Il est difficile de prouver et téméraire de nier qu'il existe une autre porte d'entrée ou un autre miheu intermédiaire. Il est certain que les jeunes filaires peuvent vivre dans l'eau un certain temps ; on peut concevoir que quelquesunes d'entre elles, par exemple celles qui, en achevant leur stade de développement dans le moustique, tombent dans l'estomac de l'insecte, puissent s'échapper dans l'eau lorsque le moustique dépose ses œufs ou meurt (1).
Technique. — M. Max Colquhoun m'a préparé de belles coupes montrant la métamorphose de la filaire dans le moustique, à l'aide de la technique
lorsqu'on les fait sortir au point de rupture. Enfin, Lebredo a prouvé expérimentalement que les filaires s'échappent bien à l'articulation des labelles. Il a placé des moustiques vivants sur des lames, les a arrosés d'une faible solution saline et les a alors examinés au microscope. Il a séparé les diverses parties de la trompe par une légère pression de manière à observer plus clairement, et a placé la flamme d'un bec Bunsen près de la lame. Il a remarqué que les filaires se mouvaient violemment à l'intérieur du labium à mesure que le liquide où baignait le moustique atteignait une plus haute température. Finalement, l'une d'elles réussit à se frayer un chemin à l'extrémité du labium et fut bientôt suivie par les autres. Lebredo a observé la sortie de cinq filaires dans une minute. Quelquefois deux passaient ensemble. Une trop haute température tuait à la fois larves et moustique. Un abaissement de température arrêtait le processus.
(1) Dans mes observations originales sur ce sujet en 1879 et en 1883, je supposais que la métamorphose de la filaire, en ce qui concernait le moustique, était complète en six à sept jours. Je crois maintenant que cette période est sensiblement plus longue. Bancroft a montré depuis qu'il est nécessaire de nourrir le moustique en expérience (tout au moins le C. fatigans), de manière à le garder vivant pendant au moins seize jours, pour obtenir les stades ultimes de la métamorphose. Je ne doute pas maintenant que mes moustiques ne se soient alimentés à plusieurs reprises à mon insu après avoir absorbé le sang du malade porteur de filaires. Bancroft a montré que, par une nourriture appropriée (il employait des bananes dans ce but), le moustique peut être gardé en vie pendant plusieurs mois ; les filaires qu'il renferme restent vivantes mais leur développement ne dépasse pas le stade final dont j'ai parlé ci-dessus. Dans l'es observations que j'avais faites, je supposais que les filaires complètement métamorphosées s'échappaient de l'insecte, soit à sa mort, soit lorsqu'il déposait ses œufs, et qu'ainsi par l'ingestion de l'eau contaminée, elles avaient des chances de parvenir dans l'estomac d'un hôte humain. Avant l'observation de Low, Bancroft avait presque deviné la vérité car il exprimait l'idée que la filaire pouvait être injectée dans le corps humain parle moustique ou pouvait être ingérée par l'homme lorsqu'elle était encore renfermée dans un insecte, hôte intermédiaire.
FILARIOSE.
suivante. Les insectes, conservés dans la glycérine, étaient plongés dans une' solution d'acide acétique à 5 p. 100 pendant un jour seulement, puis dans la formaline mélangée d'eau (parties égales) pendant un jour ; ensuite dans l'alcool absolu, un jour ; dans alcool absolu et éther, parties égales, un jour ; enfm dans la celloïdine, un jour. Ils étaient alors sectionnés, placés dans l'hématoxyline forte pendant deux heures, décolorés à l'acide chlorhydrique (1 p. 100) et à l'alcool, lavés à l'eau, passés à l'huile d'aniline, au xylol, et montés au baume de xylol. Les coupes à la paraffine ne réussissent pas.
En opérant sur des moustiques frais, on n'a qu'à déchirer le thorax de l'insecte avec des aiguilles dans la solution normale de chlorure de sodium et, après avoir enlevé les gros fragments du tégument, à recouvrir d'une lamelle et à placer sous un objectif n» 2. Les filaires sont promptement découvertes. Si la préparation est séchée, fixée et colorée avec une solution 'aqueuse d'une couleur d'aniline, ou au campêche, et montée dans le baume au xylol, on obtiendra facilement de belles préparations permanentes.
Quelle que soit la voie d'introduction dans le corps humain, la filaire parvient jusqu'aux lymphatiques. Arrivée dans l'un de ces vaisseaux, elle atteint sa maturité sexuelle, la fécondation s'effectue, et, au bout du temps nécessaire, de nouvelles
Fig. 82. — Stades larvaires de F. bancrofti, provenant des muscles thoraciques de Culex fatigans. (D'après Looss.)
générations de filaires embryonnaires sont répandues dans la lymphe. Celles-ci, passant à travers les ganglions, s'il s'en rencontre, dans le canal thoracique et la veine sous-clavière gauche, ou dans les lymphatiques de la partie supérieure du corps, finissent par apparaître dans la circulation.
Telle est l'évolution de la Filaria bancrofti ; l'homme est l'hôte définitif, le moustique l'hôte intermédiaire. Il est manifeste que la périodicité de la filaire est une adaptation des habitudes du parasite aux habitudes nocturnes du moustique. Il est évident