‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 17 sur 213 · LES CYCLES COMPLETS DES PARASITES · texte numérisé non relu

LES CYCLES COMPLETS DES PARASITES

Les cycles complets (fig. 14) intra et extra-corporels des parasites endo-cellulaires du sang de l'homme et des oiseaux peuvent maintenant être décrits. Employant les termes zoologiques généralement adoptés, et commençant par les phases les plus jeunes, on peut dire que les parasites pénètrent les globules du sang sous forme de sporozo'Ues. Se développant aux dépens de l'hémoglobine, ils deviennent pigmentés, et, atteignant leur maturité, donnent soit a) des schizontes (corps segmenté, corps en rosace), soit b) des gamétocytes (croissant, corps sphérique des fièvres tierces et quartes).

a) Les schizontes, après concentration de l'hémozoïne, se divisent en un certain nombre de segments nus ou mérozoïtes qui, brisant l'enveloppe du globule rouge, s'échappent dans le plasma sanguin et entrent dans de nouveaux globules ; ainsi se complète le cycle endogène et se poursuit la multipHcation du parasite chez l'hôte vertébré.

b) Les gamétocytes, ou gamètes, comme on les appelle ordinairement, appartiennent au cycle exogène ou sexué qui se passe dans le corps d'espèces particuhères de moustiques. Ils sont de deux sortes : les mâles (croissants hyahns ou sphères hyalines) et les femelles (croissants ou sphères granuleux). Les gamétocytes mâles émettent plusieurs microgamètes (flagelles) dont l'un, s'échappant, pénètre et imprègne le macrogamète que constitue le gamétocyte femelle. Le produit est un zygote, qui, en vertu du pouvoir de locomotion qu'il a acquis, devient un ookinète et se transporte de la cavité stomacale dans la paroi de l'estomac (ou intestin médian) du moustique dans lequel il s'est développé. Là il séjourne et s'entoure rapidement d'une capsule. On l'appelle alors un oocyste. Il se divise ensuite en plusieurs cellules-filles et corps résiduaux. Les premières produisent un grand nombre de corps minuscules — plus de dix mille pour un seul oocyste ; — ce sont les sporozoïtes (zygotoblastes, bâtonnets germinaux de Ross). Finalement l'oocyste se rompt, mettant en liberté les sporozoïtes dans la cavité centrale de l'insecte d'où ils sont transportés dans les glandes salivaires; de là, lorsque l'occasion s'en présente, ils sont injectés avec la sécrétion de la glande dans le

" MALARIA

sang d'un vertébré approprié, dont ils envahissent ensuite les globules rouges, et, devenant schizontes, ferment ainsi le cycle.

Fig. 14. — Schéma montrant les cycles de l'hématozoaire chez l'homme et chez lemoustique (modifié du diagramme de Blanchard montrant le cycle évolutif du Coccidium sehubergi).

A, globule rouge normal ; B, C, D, E, hématies contenant des amœbulœ ou myzopodes; F, G, H, sporocytes; I, jeune gamétocyte ; J', K', L',M', microgamétocytes ou gamètes mâles; J", K", L", M", 0, macrogamétocytes ou gamètes femelles; N', N", microgamètes; P, vermicule mobile; Q, jeune zygote; R, S, zygotomèresf T, blastophore; U, zygote arrivé à maturité.

Le processus de multiplication dans ce cycle sexué ou exogène est appelé sporogonie.

POSSIBILITÉ d'une AUTRE PHASE EXTRA-CORPORELLE.

L'évolution du parasite semblerait ainsi complètement décrite. Il existe cependant certains faits qui indiqueraient la possibilité de l'existence d'une autre phase, ou de facteurs étiologique»

MOUSTIQUE ET HÉMATOZOAIRE, 27

qui ont jusqu'ici échappé à l'observation. D'abord, il y a en Inde., en Afrique et ailleurs, des régions qui sont pratiquement inhabitées en raison de l'importance et de la virulence du paludisme local Si l'homme est nécessaire pour l'accomphssement du cycleévolutif du parasite, comment expliquer l'abondance de l'hématozoaire en de telles circonstances, c'est-à-dire en l'absence del'homme? Deuxièmement, les gens qui, dans des pays palustres, font des travaux qui les obligent à remuer la terre, par exemple défrichent le sol, creusent des canaux ou des fondations, font desroutes ou des chemins de fer, sont particuUèrement exposés à contracter la malaria ; cependant ces opérations ne semblent pas. faites pour multiplier le nombre des moustiques atteints demalaria. Comment se fait la contagion dans ces circonstances ? où, et sous quelle forme, peut-on trouver là l'hématozoaire?

Pour la première de ces difficultés, deux explications peuvent être proposées: a) L'hématozoaire peut être capable de vivre dans plusieurs variétés d'hôtes animaux, comme nous savonsque c'est le cas pour l'hémoproteus des oiseaux et beaucoup d'autres parasites plus élevés dans la série animale. Il peut sefaire que, dans les régions paludiques dont nous avons parlé, l'abondance d'un de ces hôtes animaux, coïncidant avec la présence d'un moustique approprié, assure la continuité et l'abondance des parasites. Cette hypothèse est étayée par la découverte faite par Dionisi chez la chauve-souris de parasites intraglobulaires ressemblant de très près aux hématozoaires do^ l'homme, et par une découverte semblable de Koch chez lo singe. De semblables parasites ont encore été trouvés chez lebœuf, l'agneau, le mouton, le chien et le cheval. — 6) L'hématozoaire peut être capable de passer de moustique à moustique sansintervention d'un vertébré, par pénétration du sporozoïte dansl'œuf du moustique. Nous pouvons appuyer cette hypothèse sur des faits analogues. Plusieurs Bahesix sont transmises decette manière, entre autres la Babesia bovis qui produit chez lesbestiaux la fièvre hémoglobinurique (fièvre du Texas) et la Babesia canis donnant naissance à l'ictère infectieux des chiens. L'hôte , intermédiaire, une tique, prend le parasite avec le sang qu'il sucesur un animal infecté. Le parasite, probablement après avoir subi quelques changements évolutifs, passe alors dans l'œuf de la tique et de là dans la jeune tique éclose de l'œuf infecté, et c'est

MALARIA

Dans'ie 0 , T ^"'"^ " «f"" "'"^ ^ôte vertébré.

iMns le cas du trypanosome du petit hibou, Schaudinn affirme avoir montre que ce parasite peut envahir les œufs du mo^sque servant d'intermédiaire et que de là l'infection peuHe

Xtrll"" 1- ^ «'^-^bé'le sang

inlecte, mais encore par sa progéniture.

La plupart des auteurs sont aujourd'hui d'avis que l'héma ozoaire du paludisme, dans les conditions ordinaires ne plt" être transmis à l'homme que par la piqûre du moustique ; que ï moustique ne peut être infecté que par l'ingestion du saig'd'un homme (ou peut-être d'un autre mammifère) impaludéf qu'il nyapasde vie extra-corporelle autre que celle que nous avons décrite ; qu il n y a pas de cas authentique de malaria contractée en des endroits inhabités ; que, dans les cas de malaria coïncidant avec des travaux de terrassement, il faut chercher la cause dans la création de flaques d'eau où les moustiques pullulent ; enfin que 1 extension épidémique de cette maladie en semblable occurrence dépend des conditions anti-hygiéniques où se trouvent placées des agglomérations humaines ayant à pratiquer des bouleversements de terrain (construction de railways, routes ou canaux) et parmi lesquelles des individus primitivement infectés peuvent avoir apporté avec eux le germe de la malaria.

Page 1