‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 174 sur 213 · FIL A RI A LOA · texte numérisé non relu

FIL A RI A LOA

région thoracique gauche, du frein de la langue, de la gaine du pénis, des paupières, des conjonctives, de la chambre antérieure de l'œil. Ziemann dit qu'elle peut se promener sous le cuir chevelu.

La partie du corps la plus fréquemment mentionnée est la région oculaire, et, quoiqu'on puisse arguer que c'est celle qui est le plus en vue, il semble que cette filaire a réellement une prédilection pour les yeux et les tissus environnants. Un malade m'apprit que la vitesse moyenne avec laquelle se déplaçait une loa était d'environ 1 centimètre par minute. Il m'a été souvent assuré par des malades que le ver était attiré à la surface du corps par la chaleur, ce qui arrivait, par exemple, lorsqu'ils se chauffaient devant un foyer. En général, les migrations du parasite ne produisent pas d'inconvénients sérieux, mais elles peuvent s'accompagner de démangeaisons, de picotements, d'une sensation de reptation et parfois d'une tuméfaction œdémateuse passagère en diverses parties du corps connue sous le nom de « tumeurs de Calabar ». Lorsque le parasite apparaît sous la conjonctive, il peut produire une irritation et une congestion considérables; il peut même y avoir des douleurs vives, accompagnées de gonflement et de troubles de la vision et parfois de tuméfaction des paupières. Si une loa vient à se promener dans le voisinage de l'ouverture glottique ou de l'urètre, il peut s'ensuivre de graves conséquences.

Tumeurs de Calabar. — Sous ce nom, Thompstone décrit des tumeurs fugaces qu'on rencontre fréquemment dans certaines / régions de l'Afrique occidentale tropicale, depuis le Bas-Niger jusqu'à Benguela au sud et jusqu'au Haut-Congo dans l'intérieur. On les trouve aussi bien chez les indigènes que chez les Européens. J'en ai rencontré de nombreux cas chez des Anglais, en particuHer chez des fonctionnaires provenant de la région du Vieux-Calabar. Thompstone dit que « ces tumeurs sont environ de la grosseur de la moitié d'un œuf d'oie, indolores, quoique légèrement chaudes, à la fois objectivement et subjectivement ; elles ne se dépriment pas à la pression et disparaissent généralement en quelques jours. Elles arrivent subitement et disparaissent graduellement, et peuvent se former en n'importe quel point du corps ». Il n'a jamais vu plus d'une tumeur à la fois. Elles reviennent à intervalles réguliers, et même lorsque le malade

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est retourné en Europe depuis plusieurs années. Dans quelques cas, la tumeur semble être provoquée par le grattage de la partie de la peau irritée par la F. loa ; dans d'autres, elles se développent spontanément. Lorsqu'elles se produisent à la main ou à l'avantbras, elles peuvent donner lieu à une sensation de faiblesse et d'endolorissement, comme si cette partie avait reçu un coup. Elles ne suppurent jamais.

Bien que, dans une grande proportion de cas, on ne puisse découvrir la F. loa, dans d'autres la forme adulte a fait son apparition dans l'œil, ou ses microfilaires ont été trouvées dans le sang. Ce dernier fait, ajouté à l'endémicité de ces tumeurs et à leurs caractères cliniques, nous donne la certitude pratique qu'elles ont pour origine la F. loa. Supposant que ces tumeurs pouvaient être causées par l'émission des embryons d'une forme adulte logée dans le tissu conjonctif, j'ai essayé, dans un cas, d'aspirer au centre de la tumeur avec une seringue hypodermique, pour avoir la confirmation de mon hypothèse ; le résultat fut négatif. Le mécanisme de leur production est par conséquent encore à découvrir.

FILARIA VOLVULUS.

Historique. — La Filaria volmlus fut découverte, par un médecin allemand en mission, dans deux tumeurs, de la grosseur d'un œuf de pigeon, qui avaient été extraites l'une du cuir chevelu, l'autre de la poitrine de nègres de la Côte d'Or. Les tumeurs furent envoyées à Leuckart qui décrivit le parasite et lui donna en 1893 le nom sous lequel on le désigne depuis lors. En 1899, Labadie-Lagrave et Deguy trouvèrent, dans une petite tumeur extraite du bras d'un soldat, une fîlaire femelle non adulte, que Blanchard identifia avec la F. volvulus. Ce soldat avait contracté son affection six ans auparavant pendant la campagne du Dahomey. Labadie-Lagrave et Deguy purent montrer que le parasite occupait un vaisseau lymphatique. En 1901, Prout décrivit deux cas de cette maladie à Sierra Leone. Enfin Brumpt, pendant ses récents voyages au centre de l'Afrique, eut l'occasion d'examiner de nombreux cas et augmenta considérablement nos connaissances en ce qui concerne ce parasite.

Distribution géographique. — Les premiers cas se rap-

FILABIA VOLVULUS.

portaient à la côte occidentale d'Afrique (Sierra Leone, Côte d'Or, Dahomey). Brumpt a rencontré les siens le long de la rivière Welle, entre Dongon et M'Binia. Il croit que, dans cette région, la F. f^olmlus aXteint près de 5 p. 100 de la population riveraine, li a vu deux autres cas sur le Himbri entre Bouta etibembo, et il a observé les autres sur le Kibali et sur plusieurs affluents de la Welle. La F. volvulus parait être inconnue au Congo.

Description du parasite. — Le mâle adulte mesure 30 à 35 millimètres de long sur 0™'",14 de large. Le corps est blanc, filiforme, effilé aux deux extrémités. La tête est arrondie et a un diamètre de 0i"°',04. La cuticule est striée transversalement. La bouche est inerme. Le tube digestif est droit et se termine par un anus subterminal. La queue est recourbée et un peu aplatie sur sa face concave. D'après Brumpt, il y a trois papilles de chaque côté du cloaque et trois paires de papilles post-anales. On peut voir deux spiculesinégaux faisant saillie hors du cloaque.

La femelle adulte mesure 60 à 70 millimètres de long sur 0™°\36 de large. La tête est arrondie et tronquée ; elle mesure 0™™,04 de diamètre. La queue est recourbée. Les stries de la cuticule sont moins distinctes que chez le mâle.

L'embryon mesure environ 0"™,3 de long ; il n'a peis de « gaine ». Le corps se rétrécit à partir du dernier cinquième de sa longueur et se termine par une queue très effilée. Vers le cinquième antérieur du corps, il y a un vide dans la colonne centrale de cellules (tache en V).

Pathogénie. — La F. volmlas se trouve dans des tumeurs sous-cutanées particulières, qui varient de la grosseur d'un pois à celle d'un œuf de pigeon. Le même malade peut présenter une ou plusieurs de ces tumeurs. Les régions du corps les plus fréquemment atteintes sont celles où convergent les lymphatiques périphériques. Ainsi on les trouve souvent dans l'aisselle, dans l'espace poplité, vers le coude, dans la région sous-occipitale et dans les espaces intercostaux. Les tumeurs ne sont jamais adhérentes aux tissus environnants et peuvent aisément être énucléées. Elles sont formées d'une masse dense de tissu conjonctif^ qui enveloppe le parasite et renferme de petites cavités kystiques remplies d'une substance visqueuse grisâtre consistant presque entièrement en micro filaires. La position des vers adultes dans ces tumeurs est très remarquable. La plus grande partie de leurs corps enroulés est enrobée dans le stroma conjonctif, mais l'extrémité postérieure du mâle avec ses organes copulateurs, ainsi que l'extrémité antérieure de la femelle avec son ouverture vaginale, sont libres dans l'une des cavités kystiques.

SPARGANUM MANSONI. 65t

Le mode de formation des tumeurs est élucidé par une observation de Labadie-Lagrave et Deguy. Ces auteurs ont trouvé une F. çolmlus femelle non adulte dans un lymphatique en partie obstrué par une infiltration de fibrine et de leucocytes. Il est donc probable que la présence des parasites dans les lymphatiques donne lieu à un processus inflammatoire et que le dépôt fibrineux qui en résulte enveloppe le parasite, oblitère la lumière du vaisseau, et enfin isole la région affectée. D'après les indigènes, les tumeurs peuvent durer indéfiniment et s'ulcèrent rarement. Quelqu< s vieux malades dirent à Brumpt qu'ils possédaient leurs tumeurs depuis l'enfance.

Évolution. — On ne sait rien sur l'évolution de cette filaire. Sa larve n'a pas été rencontrée dans la circulation périphérique ni le jour ni la nuit. Brumpt est cependant convaincu, à la suite de l'examen de nombreuses coupes de tumeurs, que les microfilaires quittent les kystes. Il les a rencontrées autour de la périphérie des tumeurs et croit qu'elles peuvent gagner les lymphatiques et, de là, la circulation générale. Ilpensemême que l'infection est transmise par un insecte suceur de sang, et, considérant la distribution riveraine de la filaire, il désigne plus spécialement les Glossinse.

SPARGANUM MANSONI (Cobbold).

Synonymes. — Ligula mansoni, Bothriocephalus liguloides, B. mansoni, Dihotlirium mansoni.

Historique.— Ce parasite, forme larvaire d'un cestode appartenant à la famille des Dibothriocephalidse et, provisoirement, au groupe collectif artificiel Sparganum (1), fut découvert par l'auteur en 1882 à l'autopsie d'un Chinois à Amoy. Jusqu'ici, on ne connaît que la forme larvaire, dont les dimensions varient d'après le degré de développement. Les mesures suivantes ont été données : longueur, 8 à 36 centimètres; largeur, 0^^^,! à 12 millimètres; épaisseur, O^^û^^jÔ à 1"^™,75. Mes spécimens mesuraient de 30 à 35 centimètres de long sur 2™™,5 de large. Durant leur vie, ils sont extrêmement élastiques ; après immersion dans l'alcool, ils se contractent

(1) Ce groupe comprend les formes embryonnaires de vers bothriocéphaloïdes qui n'ont pas atteint un stade de développement suffisant pour la détermination des genres.

.SPARGANUM M AN SON I.

et se plissent. L'extrémité antérieure est plus large que la postérieure ; elle est arrondie et présente une projection papilliforme sur laquelle on trouve la tête comprimée et plus ou moins invaginée. Le corps est plat, non segmenté et strié transversalement.

Sur la face ventrale se trouvt en général un sillon médian longitudinal ; sur la face dorsale il peut y avoii deux sillons longitudinaux.

Il n'existe pas d'organes sexuels.

Dans mon cas, les parasites (au nombre de 11) reposaient sous le péritoine dans les environs des reins et de la fosse iliaque ; l'un d'eux paraissait libre dans la cavité pleurale. Ils étaient plus ou moins enroulés et disposés irrégulièrement en faisceaux sous-péritonéaux, et ressemblaient à des rubans graisseux ; une fois extraits, ils présentèrent des mouvements faibles mais distincts. Scheube a trouvé un spécimen dans l'urètre d'un Japonais. Ijima et Murata ont aussi rencontré ce parasite dans l'urètre ; le ver apparut durant la miction, projetant sa tête par le méat et l'obturant. Au Japon également de très jeunes spécimens furent trouvés à trois reprises sous la conjonctive, dans des tumeurs de la grosseur d'un haricot. Une autre fois, toujours dans le même pays, le parasite fut rencontré dans le tissu conjonctif sous-cutané de la cuisse, où durant neuf ans il donna naissance à des tumeurs indolentes se reproduisant régulièrement chaque été à peu près à la même place ; il semblait changer de position très promptement, et disparaissait au bout de dix jours. Lors de sa dernière apparition, la tumeur atteignait la grosseur du poing; un abcès se forma et donna issue au ver. Un parasite semblable, identifie' par Sambon, fut extrait, dans les mêmes conditions, d'un abcès de la cuisse par Baxter, chez un Masaï de l'Afrique

Fig. 117. — c>parganum (extrait d'un abcès chez un Masaï).

a, grandeur naturelle ; b, extrémité antérieure ; c, extrémité postérieure. (D'après Sambon.)

SPARGANUM PROLIFERUM. 653

orientale allemande ; un autre fut trouvé par Daniels chez un Caraïbe de la Guyane anglaise.

On ne sait rien de l'évolution de ce ver. Leuckart suppose que son hôte définitif est un animal Carnivore en relations étroites avec l'homme, par exemple le chien, le chat ou le cochon. Looss croit que c'est un animal aquatique (poisson ou oiseau), parce que le parasite paraît s'efforcer de quitter le corps de son hôte intermédiaire. L'analogie et la structure de ce ver permettent de penser que, pénétrant dans son hôte définitif, le corps disparaît et un strobile se développe de la partie postérieure de l'extrémité céphalique survivante, comme cela a lieu chez le Cysticercus jasciolaris de la souris, ou pour le plérocercoïde (larve) du Dibothriocephalus latus.

SPARGANUM PROLIFERUM (Ijïma, 1905).

Synonymes. — Plerocercoides prolifer, Plerocercus prolifer.

Historique. — Sparganum proliferum n'a été rencontré qu'une fois à Tokio (Japon). Il fut trouvé enkysté dans le tissu sous-cutané d'un homme.

D'après Ijima, qui l'a décrite, cette larve peut atteindre 1 à 12 millimètres de long sur 2^,5 d'épaisseur. L'extrémité antérieure est plus étroite et plus mobile que la postérieure, et peut présenter une dépression apicale qui sert peut-être de ventouse. Le corps, à l'exception de la tête, contient un certain nombre de corpuscules calcaires arrondis, et chez les spécimens les plus anciens il y a également d'autres corpuscules irrégulièrement distribués représentant une réserve nutritive. Ces larves peuvent S6 multiplier par scission transversale. Elles donnent naissance à des têtes surnuméraires, qui deviennent indépendantes^ Il n'y a pas d'organes génitaux. Dans le seul cas décrit, des milliers de parasites furent trouvés ensemble. Dans un petit carré de peau de

11 centimètres carrés, Ijima en compta jusqu'à 60. Ces vers occupaient de petits kystes arrondis ou ovoïdes (1 à 8 millimètres de long sur 2 à 5 millimètres de large) dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les kystes purent être énucléés très facilement ; tous contenaient un ou plusieurs parasites. Ils existaient depuis plus de deux ans, et avaient produit une hypertrophie de la cuisse et une éruption cutanée semblable à de l'acné. Le malade était âgé de trente-trois ans et avait, huit ans auparavant, souffert de ténia intestinal.

Fig. 11 8. — Différentes formes de Sparganum proliferum.

(D'après Ijima.)

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