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CHAPITRE XLIV IV. — PARASITES DU FOIE

OPISTORCHIS NOVERCA ; GLONORCHIS SINENSIS ; POROCEPHALUS

ARMILLATUS.

OPISTORCHIS NOVERCA (Braun, 1903).

Synonyme. — Distoma conjunctum.

Historique. — Opistorchis noverca a été découvert par Mac Gonnell à Calcutta en 1876. Lewis et Cunningham, qui avaient, quelques années auparavant, trouvé un parasite semblable dans le foie de chiens parias de la même localité, supposèrent que leur espèce et celle de Mac Connell étaient toutes deux identiques à D.

conjunctum (appelé maintenant Metorchis conjunctus) trouvé par Cobbold dans le foie d'un chien d'Amérique {Canis fuivus) qui était mort à Londres. En 1903, Braun montra que les trématodes de l'Inde appartenaient à une espèce distincte, qu'il nomma Opistorchis noverca.

Distribution géographique. — Inde.

Distribution zoologique. — Trouvé, comme nous l'avons dit, dans les conduits biliaires du chien {C. familiaris).

ex. p.

f'ig. 121. — Opistorchis nover ca.

A, agrandi; B, grandeur naturelle.

Diagnostic spécifique. — La description du parasite est surtout fournie par les renseigne, ments et les dessins de Mac Connell et demande

à être revue. O. noverca a une forme lancéolée et plus mince antérieurement qu'à la partie postérieure. Il mesure de 9 à 12 millimètres de long sur 2'^^,5 de

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large. La ventouse orale est terminale et plus large que l'acetabulum ou ventouse ventrale, qui est située près d'elle, juste au-dessous de la bifurcation de l'intestin. La cuticule est recouverte d'épines serrées. Le pharynx est large et globuleux; les caecums occupent à peu près le huitième de la longueur du corps. Les testicules sont situés dans le tiers postérieur et sont quelque peu séparés ; l'antérieur est arrondi, le postérieur lobulé. L'ovaire est placé vers le milieu du corps. L'utérus est assez faiblement développé, ses circonvolutions s'étendant latéralement à peine au delà du caecum. Les vitellaires paraissent s'étendre de l'acetabulum au testicule postérieur. Les œufs sont ovales et mesurent 34 [a sur 19 à 21 [j..

Pathogénie. — Deux cas seulement de ce parasite ont été observés chez l'homme, tous deux par Mac Connell (1876 et 1878). Les parasites furent rencontrés en grand nombre dans les canaux biliaires, qui étaient épaissis et sacculaires.

CLONORCHis siNENSis (Gobbold, 1875).

Synonymes. — Distoma sinense, D. spathulatum, D. japonicum, D. innocuum, Opistorchis sinensis, Clonorchis endemicus.

Historique. — Clonorchis sinensis fut découvert presque simultanément par Mac Connell en Inde et Mac Gregor à Maurice, en 1874.

Distribution géographique. — Il a été trouvé dans de nombreux pays d'Extrême-Orient, entre autres l'Inde, le Japon, la Corée, Formose, la Chine et le Tonkin, ainsi qu'à Maurice. Il paraît être très commun au Tonkin. Dans le Japon central, d'après Ivatsudara, il y a certaines régions où il atteint de 56 à 67 p. 100 des habitants.

Diagnostic spécifique. — C. sinensis (fig. 122) mesure de 10 à 20 millimètres de long sur 2 à 5 millimètres de large ; il est oblong, étroit, plat et légèrement rétréci à la partie antérieure ; il est rougeâtre, presque transparent. La ventouse orale est plus grande que l'acetabulum (ventouse ventrale) qui est situé à peu près entre le premier et le second quart de la longueur totale. La cuticule ne porte pas d'épines. Le pharynx est globuleux et court, l'œsophage est étroit et long de O^m,!?. La bifurcation de l'intestin est plus rapprochée de la ventouse orale que de la ventrale. Les caecums sont simples, étroits, et s'étendent presque jusqu'à l'extrémité postérieure. Le pore génital s'ouvre sur la ligne médiane immdiatement à l'avant de l'acetabulum. Les testicules .sont ramifiés et situés dans la partie postérieure du corps, l'un en arrière de

CLONORCHIS SINENSIS.

l'autre L'ovaire est trilobé et antérieur aux testicules. L'utérus est modé rément développé et ses flexuosités sont situées en avant des glandes gémtales. Les vitellaires sont peu développées et occupent à peu près le tiers moyen du corps. Les œufs sont a ^- B

longs de 28 à 30 [x. et larges de 15 à 17 ^ operculés. presque noirs, et contiennent un embryon cilié. On ne sait rien de l'évolution du parasite, sauf qu'il peut se rencontrer chez les petits animaux — par exemple le chat. Probablement ses premiers stades se passent chez un mollusque ou un autre petit animal d'eau douce à peau molle.

dC.

ex.o.

Fig. 122. — Clonorchis sinensis. (En partie d'après Looss.)

A, agrandi; 5, grandeur naturelle.

C. sinensis habite les conduits biliaires et la vésicule biliaire. Il dilate et épaissit les canaux et y produit des diverticules aussi gros qu'une noisette. Dans ces cavités, on trouve quelquefois un grand nombre de parasites. Les diverticules communiquent avec les conduits biliaires par lesquels les œufs des parasites, et parfois les parasites eux-mêmes, s'échappent dans l'intestin. Le foie du patient est hypertrophié dans sa masse, quoique le tissu situé au voisinage immédiat des canaux envahis soit atrophié. La rate peut être également augmentée, et l'intestin atteint de catarrhe chronique. On a observé dans quelques cas la présence de ce trématode dans les canaux pancréatiques, dans le duodénum et dans l'estomac.

Ce parasite, qui pendant longtemps a été supposé inoffensif (comme l'indique l'une de ses appellations) est maintenant reconnu comme la cause d'une sérieuse affection du foie, pouvant avoir une terminaison fatale ; il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet, si l'on considère que dans certaines des observations on a trouvé à la fois plusieurs milliers de parasites. Cependant, on ne doit pas oubher la possibilité d'une confusion avec une autre distomatose grave du Japon et d'autres pays d'Extrême-Orient due au Schistosoma japonicum.

Lorsque l'infection est grave, le foie s'hypertrophie et il se produit une diarrhée chronique accompagnée d'attaques récurrentesd'ictère. Plus tard, une anasarque fait son apparition et peu à peu s'établit un état cachectique ressemblant à celui de la claveléô

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des moutons, et pouvant, au bout de plusieurs années, avoir une issue fatale.

Il serait bon d'avoir ce parasite présent à l'esprit lorsqu'on se trouve en présence d'une affection hépatique obscure associée à de la diarrhée et de la jaunisse, chez des malades d'Extrême- Orient. Il est possible que la découverte des œufs dans les selles puisse guider vers un diagnostic correct.

Traitement. — Jusqu'ici l'on n'a pas trouvé de traitement spécifique pour cette maladie. Le malade doit se transporter dans une région non infectée et prendre une aHmentation nutritive. Récemment le salol a été préconisé comme pouvant donner d'aussi ions résultats que dans la distomatose analogue du mouton.

poROCEPHALus ARMiLLATus (Wymau, 1848).

Synonymes. — Linguatula armillata, L. constricta, Pentastomum constrictum, P. polyzonum, P. diesingi, P. mryzonum, Nematoideum hominis.

Historique. — La forme larvaire de cet arthropode vermiforme, appartenant à la famille des Linguatulidse, genre Porocephalus, fut découverte en 1847 par Pruner, qui la rencontra, au Caire, dans le foie de deux nègres. Elle doit avoir été observée chez l'homme avant cette date, puisque Pruner lui-même nous informe en avoir vu deux spécimens au Musée pathologique de Bologne, sous l'étiquette « Insectes trouvés dans le foie de l'homme ». Plus tard elle fut rencontrée chez l'homme par Bilharz, Fenger, Kearney, Crawford, Marchoux, Chalmers, etc. En 1852, von Siebold proposa de l'appeler Pentastomum constrictum ; mais Shipley, dans sa revision de la famille des iingMaiuZicZœ (1898), fit remarquer que la forme adulte avait été découverte et nommée Linguatula armillata en 1848 par Wyman, qui l'avait trouvée dans les poumons d'un python d'Afrique. Shipley considère en outre que Pentastomum protelis de Hoyle — parasite du loup d'Aard {Proteles cristata),

— P. leonis de Wedl — parasite du lion, — P. diesingi de Van Beneden

— parasite du mandrill {Cynocephalus mormon) — et P. polyzonum de Hartley — parasite d'un python africain — appartiennent à la même espèce. Il remarque également que, d'après les règles de la nomenclature zoologique, le nom générique des Linguatulidse cylindriques devrait être Porocephalus, terme introduit par Humboldt huit ans avant que Rudolphi proposât le nom de Pentastomum. Neumann (1899) attribue les formes larvaires trouvées chez l'homme au Porocephalus moniliformis, espèce découverte par Diesing en 1836 chez un python africain [Python molurus). Looss (1905) est d'avis que les espèces de Wyman et Diesing sont identiques. Sambon se rallie à la détermination de Shipley, basée surtout sur le nombre des anneaux, qui n'est jamais supérieur à 22 chez P. armillatus, mais varie de 28 à 30 chez P. moniliformis.

POROCEPHALUS ARMILLATVS.

Distribution géographique. — P. armillatus semble être conflné à l'Afrique tropicale, et jusqu'ici, en ce qui regarde l'homme, au nègre seulement. Tout récemment le Salm a trouvé un Porocephalus enkysté sous la tunique séreuse de l'intestin grêle chez un Djambi natif de Java. Il ne donne aucune description, mais mentionne sous le nom de Porocephalus moniliformis ce parasite ainsi que d'autres semblables trouvés chez la civette de l'Inde et chez le tigre.

Distribution zoologique. — La forme adulte vit chez les pythons et d'autres serpents. Elle a été trouvée chez le Python sehse par Wyman, Sambon, etc. ; chez le python royal {Python regius), et chez la vipère nasicorne {Bitis nasicornis) par Sambon. La forme larvaire — ou plus correctement la nymphe — a été rencontrée chez le bon, le léopard, le mandrill, le loup d'Aard. Pruner l'a observée chez la girafe, Looss chez le singe de Syke {Cercopithecus albigularis) et Sambon chez la guenon de Pousargues {Cercopithecus pousarguei) et chez le hérisson africain [Erinaceus eethiopicus).

Description du parasite. — Corps vermiforme, jaunâtre, translucide, plus gros chez la femelle — 9 à 12 centimètres de long sur 5 à 9 milhmètres de large — que chez le mâle — 3 centimètres à i'=^,5 de long sur 3 à4 milhmètres de large. — Cylindrique dans sa moitié antérieure, légèrement rétréci postérieurement, et se terminant en cône à pointe émoussée. Il est caractérisé par la présence d'anneaux opaques proéminents; larges de 1 à 2 millimètres, au nombre de 16 ou 17 chez le mâle, de 18 à 22 chez la femelle, placés un peu obliquement et séparés par des espaces inter-annulaires de 2 à 5 millimètres de largeur, excepté entre lès premiers anneaux qui sont faiblement indiqués par des sillons linéaires peu profonds. Il n'y a pas de distinction nette entre le céphalothorax et l'abdomen, et les anneaux les plus voisins du céphalothorax sont quelquefois si indistincts qu'il est presque impossible de les compter. Le céphalothorax est déprimé, légèrement convexe sur sa face dorsale, plus ou moins concave sur sa face ventrale. Il est arrondi antérieurement; à sa partie postérieure, il est Umité par les premiers anneaux. 11 varie considérablement de longueur ; sa largeur est de 4 à 7 millimètres. La bouche, s'ouvrant sur sa face ventrale à 1 millimètre environ du bord antérieur, est entourée d'un anneaulabialchitineux. Au-dessus sontdeuxpapillesproéminentes. De l'autre côté de la bouche sont deux crochets chitineux rétractiles sem-

Fig. 123. — Porocephu' lus armillatus, grandeur naturelle. (D'après' Sambon.)

Fig. 124. — Larve de Porocephalus armillatus.

(D'après Sambon.)

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blables aux griffes des félins. L'anus est terminal et situé à l'extrémité postérieure.

L'orifice génital du mâle est à l'extrémité antérieure de l'abdomen, au milieu de a face ventrale du premier anneau ; celui de la femelle s'ouvre au milieu de la face ventrale du cône caudal, à 1 millimètre de l'anus environ. La lemelle est ovipare ; les œufs sont en ellipse renflée.

La nymphe est en général enroulée en spirale dans un kyste, sa surface ventrale correspondant avec la convexité de la courbe. Gomme forme et cornm^ structure, elle ressemble beaucoup à l'animal adulte, et le nombre des anneaux est le même.

Évolution. — On sait peu de chose sur l'évolution de P. armillatus ; elle est probablement semblable à celle de la linguatule d'Europe {Linguatula tœnioides) qui est aussi un parasite occasionnel de l'homme. Les œufs, disséminés par des serpents porteurs de la forme adulte, gagnent le corps de l'hôte intermédiaire, probablement par les ahments ou l'eau de boisson, et les larves s'enkystent dans le foie, le mésentère ou les poumons. A un certain stade de leur développement, elles s'échappent de leurs kystes et atteignent les cavités séreuses où elles causent une inflammation considérable. En général, à ce stade elles sont ingérées par leur hôte définitif.

Pathogénie. — Il y a beaucoup d'incertitude en ce qui concerne la pathogénie de ce parasite. Certains auteurs le considèrent comme inoffensif. Il ne peut y avoir aucun doute sur la gravité d'une infection importante au moment où les parasites font leurs migrations dans le corps de l'hôte intermédiaire. Dans le cas de Kearney, rapporté par Aitken, on trouva de vingt à trente de ces parasites enkystés dans le foie et un ou deux dans les poumons. Ces derniers organes étaient très congestionnés. Dans le cas de Marchoux et Clouard, les parasites furent trouvés dans le foie et dans le mésentère tout le long de l'intestin, mais surtout autour du csecum. Dans le cas de Chalmers, on trouva de nombreux parasites se mouvant librement dans la cavité abdominale sur la surface de divers organes. Un grand nombre furent rencontrés dans l'intérieur de l'intestin grêle. Beaucoup étaient encore enkystés dans les poumons.

Le diagnostic de l'infection par le Porocephalus est impossible.

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