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RECHERCHE DES ŒUFS DANS LES FÈCES

ont presque la forme d'un baril. Comme ceux du trichocéphale, ils ont une couleur brun foncé produite par la bile, mais ils sont beaucoup moms nettement défmis, leur surface est moins polie, et ils possèdent une enveloppe épaisse et rugueuse, rendue inégale par de nombreuses excroissances en forme de verrues. Leur contenu sphérique est difficile à mettre en évidence et, lorsou'on y arrive, on ne voit trace ni d'embryon ni de segmentation.

Dans certains cas, les œufs - que l'on suppose alors non fécondés - ont une surface lisse, l'enveloppe rugueuse étant complètement ou a peu près

Un point d'importance pratique qu'il faut se rappeler est que la couche rugueuse qui entoure l'enveloppe de l'œuf de l'ascaris se détache très facilement, laissant autour de l'œuf une membrane lisse et bien nette qm peut éveiller l'idée d'une autre forme de parasite. Il faut donc, pour éviter cette source d'erreur, s'abstenir, en montant la préparation, de faire trop ghsser la lamelle sur la lame.

Les œufs de V Ankylostomum duodenale{ûg. 1 25,&) contrastent d'une manière frappante avec ceux des deux espèces précédentes, surtout au point de vue de leur couleur. Les œufs de trichocéphale Fig;^ 127. - Œufs de ceset d'ascaris ont invariablement une coloration todes.(Z)'a/.re. Looss.) foncée due à la bile ; ceux de l'ankylostome sont a, Tœnia soUum -, h, Tsenia remarquablement clairs et transparents. Ils me- saginata -, c, Tœma nana. surent 55 à 65 [j. sur 32 à 43 h ; ils ont une

forme ovale régulière, quelque peu allongée, avec une enveloppe déhcate, unie et transparente, à travers laquelle on peut apercevoir distinctement deux à quatre segments gris pâle formés par la substance centrale. Il est bon de rechercher ces œufs peu de temps après l'évacuation des selles ; autrement, vu la rapidité avec laquelle se produit le développement dans les cas favorables, l'embryon peut avoir abandonné l'enveloppe et l'œuf peut n'être plus visible.

TRICHOCEPHALUS TRICHIURUS (L.).

Synonymes. — Ascaris trichiura, Trichocephalus hominis, T. dispar.

Le Trichocephalus trichiurus, ou ver en fouet, vit principalement dans le csecum. Dans beaucoup de pays il existe chez plus de la moitié de la population. On croit qu'il s'attache aux parois intestinales en transperçant, à la manière d'une épingle, un pli superficiel de la muqueuse, à l'aide de son extrémité céphalique effilée. Wickmann affirme avoir montré, par une série de coupes de cœcum aux points où étaient fixés les parasites, que ce ver est .simplement enrobé dans le mucus entre les villosités intestinales. D'après Powell, les femelles sont en énorme majorité, la proportion étant de 466 pour 1 mâle. A moins que le médecin ne se soit familiarisé avec l'aspect de ses œufs dans les selles, de manière à pouvoir les distinguer de ceux de l'ascaris, <ie l'ankylostome et des autres parasites, la présence du T. trichiurus n'a

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aucun intérêt pratique. Autant que l'on peut le savoir, il ne produit pas de lésion pathologique sérieuse ; il est heureux qu'il en soit ainsi, car jusqu'ici

on n'a pu trouver de procédé efficace pour expulser ce parasite à l'aide des anthelminthiques.

ASCARIS LUMBRI- COIDES (L.).

Bien qu'il ne .soit pas aussi fréquent dans les régions tropicales que le Trichocephalus, l'ascaris est néanmoins très commun, surtout chez les enfants, qui souvent renferment ces hôtes désagréables en très grand nombre — par

douzaines ou même par centaines. Dans ces pays, à un moment ou à un autre, presque tous les enfants en sont atteints; de sorte que, lorsqu'il y a doute sur la nature de quelque affection obscure, une dose ou deux de santonine produisent souvent des résultats qui semblent justifier le diagnostic de « vers » et qui parfois, pour le moment présent du moins, peuvent rassurer une mère anxieuse.

Fig. 128. — Trichocephalus trichiurus (agrandi).

a, mâle partiellement enkysté dans la muqueuse intestinale ; b, femelle.

Mode d'infection. — Il y a probablement une double raison pour exphquer la grande fréquence de VAscaris lumbricoides dans les régions tropicales — la chaleur du cHmat, et les habitudes des populations en ce qui regarde les vidanges. Dans les selles, les œufs ne présentent pas trace de segmentation ou d'embryon différencié ; mais, si on les met dans l'eau ou qu'on les place à l'humidité dans un endroit chaud, au bout de cinq à six mois — plus tôt ou plus tard suivant la température — l'embryon est développé et on peut le voir replié sur lui-même et mobile à l'intérieur de l'œuf. Si, intentionnellement ou par accident, on avale un de ces œufs, lorsqu'il arrivera dans l'estomac sou

ASCARIS LUMBRICOIDES. 669

enveloppe sera dissoute et l'embryon qu'il contient sera mis en liberté Dans l'espace d'un mois, cet embryon se transforme en un animal parvenu à la maturité au point de vue sexuel, et, si les deux sexes coexistent dans l'intestin, ils prodmront un nombre incalculable d'œufs qui ne tarderont pas à se montrer dans les selles. La dessiccation de l'œuf à la température atmosphérique ne détruit pas l'embryon, qui revient rapidement à la vie lorsqu'on le replace à l'humidité. Dans beaucoup de pays chauds, les vidanges constituent l'engrais de choix ; on les conserve précieusement et on les répand dans les champs. De cette façon, les œufs d'ascaris sont dans des conditions favorables pour arriver à maturité et en même temps pour être ingérés par l'homme. Ils peuvent également être déversés dans l'eau de boisson ; ou, après s'être desséchés dans les champs, être transportés par l'air'comme des poussières ; ou ils peuvent encore s'attacher à des fruits ou à des légumes. C'est par ce moyen, ou par quelque autre semblable, qu'ils parviennent finalement dans l'estomac humain et y arrivent à maturité.

Symptômes. — Il arrive très souvent que l'ascaris ne produit pas de symptômes bien notables; dans d'autres cas, on doit lui attribuer un certain nombre de troubles gastriques et peut-être de troubles nerveux mal définis — appétit capricieux, mauvaise haleine, sommeil agité, humeur chagrine, douleurs abdominales vagues, nausées, etc. Parfois les vers pénètrent dans l'estomac et sont rejetés dans des vomissements, leur apparition produisant souvent une frayeur considérable. Ils peuvent même remonter l'œsophage et parvenir jusque dans la bouche ou dans les narines. On a rapporté des cas où ils ont causé de la suffocation en pénétrant ainsi dans l'ouverture glottique. On sait aussi qu'ils peuvent entrer dans les canaux bihaires et produire ainsi de l'ictère; qu'ils traversent parfois les tuniques de l'intestin et s'échappent dans le péritoine en provoquant une péritonite ; ou qu'ils peuvent encore pénétrer dans les parois abdominales et y produire des abcès. Heureusement ces accidents se rencontrent rarement ; on devra néanmoins se rappeler leur possibihté et, sauf dans des cas spéciaux, s'efforcer de débarrasser le malade aussi rapidement que possible de ces hôtes désagréables. Partant de ce principe, j'avais l'habitude, dans ma pratique médicale en Chine, de

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donner a mes petits malades quelques doses de santonine une ou deux fois par an comme traitement routinier ; très souvent, cette précaution était justifiée par l'apparition d'un ou de plusieurs ascarides dans les selles.

Les adultes, surtout les jeunes gens, peuvent renfermer ces parasites, mais à un degré moindre que les enfants. Parfois certains symptômes dyspeptiques obscurs, chez des individus ayant achevé leur croissance, résistent à tous les traitements jusqu'à ce qu'on ait administré 20 à 25 centigrammes de santonine accompagnés d'un purgatif. J'ai eu jadis à soigner un malade qui, depuis longtemps, était incommodé de nausées que rien ne pouvait exphquer. Un jour, au miheu de son repas, pris de nausées encore plus violentes, il dut quitter la table et, après deux ou trois efforts de vomissements, il expulsa un Ascaris lumbricoides. Il fut, dès lors, complètement débarrassé de son mal. Il est donc indiqué, lorsqu'on aura à soigner, chez des malades des pays chauds, des troubles dyspeptiques obscurs, de soupçonner la présence de l'ascaris. Lorsque, pour une raison quelconque, on préfère ne pas donner de la santonine sans nécessité, on devra d'abord faire l'examen microscopique des selles. Si l'on trouve des œufs (fig. 125, /, g), une ou deux doses de santonine pourront éclairer le diagnostic et guérir le malade ; si l'on ne trouve pas d'œufs, on ne prescrira pas la santonine et on abandonnera l'idée d'ascarides.

Traitement. — h'Ascaris lumbricoides est promptement expulsé à l'aide de quelques centigrammes de santonine. La dose est de 3 à 6 centigrammes pour un enfant, 20 à 25 centigrammes pour un adulte. Une bonne méthode pour administrer le médicament est de prescrire trois doses semblables pendant trois nuits consécutives, la première et la dernière dose étant suivies le lendemain matin d'une purgation à l'huile de ricin. Le malade, ou la mère s'il s'agit d'un enfant, devra être averti de l'effet particulier de la santonine sur les urines et parfois sur la vision. Je n'ai observé qu'une seule fois des accidents à la suite de l'administration du médicament ; dans ce cas, il y eut une espèce d'intoxication suivie de délire, qui ne disparut qu'au bout de plusieurs jours.

ANKYLOSTOMUM DUODENALE.

ANKYLOSTOMUM DUODENALE (Dubini) ET ANKYLOSTOMIA SE.

Synonymes. — Anchylostomum duodenale, Anchylostoma duo^ denale, Strongylus duodenalis, Dochmius duodenalis, Uncinaria duodenalis.

h'Ascaris lumhricoides, quoique désagréable, n'est pas un parasite très dangereux, à moins de circonstances très exceptionnelles. Il en est autrement de l'ankylostome qui, dans beaucoup de pays, par la cachexie grave qu'il produit et qu'on appelle ankylostomiase, prend les proportions d'un véritable fléau.

Nomenclature. — La forme d'anémie endémique à laquelle donne lieu ce parasite est d'un caractère si particulier qu'il existe pour la désigner une grande variété d'expressions. Ainsi, dans les Antilles françaises, l'ankylostomiase à forme grave est appelée cachexie aqueuse, parfois malcœur, ou encore mal d'estomac des nègres ; en Colombie, on la nomme tuntun et les malades qui en souffrent sont appelés tunientos ; au Brésil, elle a reçu les nomsde oppilacio, opilaçao et cançaço ; en Europe on la connaît parfois sous ceux d'« anémie des mineurs » ou de « maladie des tunnels », — ce dernier nom a été donné par allusion à l'épidémie bien connue du Saint-Gothard ; la forme de la maladie qui existe en Egypte est dite « chlorose d'Egypte » ; à Geylan, on l'a appelée « béribéri », ce qui a souvent produit une confusion avec le vrai béribéri ; et, sans aucun doute, il existe dans d'autres pays des noms spéciaux pour désigner cette anémie particulière produite par des vers.

Distribution géographique. — Depuis sa découverte par Dubini, en 1838, on a trouvé l'ankylostome si largement répandu qu'on peut dire qu'il se rencontre dans presque toutes les régions tropicales et pré-tropicales. Il existe en Belgique et a récemment été reconnu par le professeur Haldane comme la cause d'une anémie épidémique grave dans une mine. Il est rare dans les pays septentrionaux, mais il est très répandu dans le sud de l'Europe et dans les régions tropicales et pré-tropicales de l'Asie et de l'Amérique ; on a démontré son existence dans le nord et le sud du

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Queensland (Australie) et dans plusieurs des îles du Pacifique. Il se rencontre en si grande quantité dans la plus grande partie de l'Inde que, selon Dobson, jusqu'à 75 p. 100 des indigènes en sont atteints. En Égypte, on le trouve dans presque toutes les autopsies ; et l'anémie qu'il produit est un des motifs de réforme les plus fréquents dans les conseils de revision. Thornhill regarde ses ravages à Ceylan comme beaucoup plus graves que ceux du choléra; et cela, non pas tant à cause du nombre des morts qu'il produit directement, que par suite de la grande quantité d'individus qu'il atteint, de la nature chronique de la maladie, et de la mortalité totale, directe et surtout indirecte, dont il est responsable.

Le parasite (fig. 129). — L'habitat normal de A. duodenale est l'intestin grêle de l'homme, particulièrement le jéjunum, moins fréquemment le duodénum, et rarement l'iléon ou les portions plus inférieures du tube digestif ; exceptionnellement on le rencontre dans l'estomac. Il se fixe à l'aide d'une solide armature buccale à la membrane muqueuse de ces organes dont il tire le sang en Fig. 129. - Ankylostomum abondance pour sa nourriture. On suppose qu'il duodenale. grandeur na- , , ,

turelle. (Dubini.) change de place de temps en temps et que la

piqûre qu'il vient d'abandonner continue à laisser a, mâle ; b, femelle. ^^^^^^ ^^^^ pendant un court moment. On

dit qu'il absorbe une quantité énorme de sang, et que les globules rouges ne font que traverser son canal intestinal sans transformation, le plasma seul étant utilisé.

Le mâle et la femelle de l'ankylostome (on rencontre en général un mâle pour trois femelles) ne diffèrent pas d'une manière très notable par leurs dimensions, comme c'est le cas pour beaucoup d'autresn ématodes. Le mâle (fig. 131) mesure de [8 à 11 milUmètres de long sur 0™°i,4 àO™m,5 de large ; la femelle (fig. 130), de 10 à 13 miUimètres de long sur 1 millimètre de large. Chez les deux sexes, la forme est cyUndrique; leur couleur est blanche lorsqu'ils sont vivants, grise après leur mort et brun rougeâtre lorsqu'ils sont pleins de sang. Chez le mâle, comme chez la femelle, l'extrémité postérieure est de beaucoup la plus large ; le corps va en diminuant à partir de cette extrémité jusqu'à un cou étroit se terminant par une capsule buccale puissamment armée qui fait une saillie distincte. Le bord libre de cet organe remarquable est armé de quatre crochets puissants pareils à des griffes (deux de chaque côté de la ligne ventrale) et de deux dents coniques (une de chaque côté de la ligne dorsale). L'extrémité caudale de la femelle est conique et se termine sous forme d'épine courte et déUcate ; l'anus est subterminal, et le vagin s'ouvre sur la face ventrale au commencement du tiers postérieur du corps. La queue du mâle est pourvue d'une bourse copulatrice trilobée,

ANKYLOSTOMUM DVODENALE.

pareille à une ombrelle, qui possède onze rayons. Deux spicules allongés et très délicats s'échappent du cloaque qui s'ouvre au fond de la bourse. Quant

Fig. 130. — A. duodenale, femelie. Fig. 131. — A. duodenale, mâle.

(D'après Looss ) ' (D'après Looss).

Reproduction et mode d'infection. — Les ankylostomes femelles produisent, d'une manière ininterrompue, un nombre prodigieux d'œufs (fig. 125, h) qui passent dans les selles. Comme on l'a déjà constaté, tant qu'il est dans le corps de son hôte, le développement de l'embryon ne va pas très loin; mais, lorsqu'il a quitté l'intestin de l'homme, si les circonstances sont favorables, il se développe si rapidement qu'au bout d'un ou deux jours naît un embryon rhabditiforme (^z65o;, verge) mesurant 0"^"i,2 sur 0mm,014. Ce petit

Manson. — Maladies des pays chauds. 43

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organisme a des mouvements très actifs ; il dévore avec voracité tO'Htes les matières organiques qu'il peut trouver et, pendant une semaine, il augmente rapidement (jusqu'à 0™ni,56sur0ai"i,024). Pendant ce temps, il mue deux fois. Après la seconde mue, il passe dans un état de torpeur et cesse alors de se nourrir et de s'accroître. Dans cet état, il peut vivre des semaines et des mois et se mouvoir avec plus ou moins de lenteur dans l'eau saumâtre, dans du limon ou dans de la terre humide. Si le hasard lui est favorable, il est finalement transporté dans le tube digestif de l'homme,

mode d'infection, mais Looss a montré que le parasite peut atteindre le tube digestif par une autre voie. En faisant certaines expériences avec des « cultures » de larves d'ankylostome, Looss mit par inadvertance sa main en contact avec la culture. Il s'ensuivit une rougeur et une irritation de la peau à l'endroit atteint et plus tard une ankylostorniase très prononcée ; la suite des événements permet de supposer que les larves présentes dans les cultures avaient pénétré dans la peau de la main et avaient ensuite gagné l'intestin. Looss répéta ultérieurement cette expérience sur une jambe humaine, une heure avant son amputation. Les coupes de la peau montrèrent des larves dans les folUcules pileux; quelques-unes avaient traversé les papilles des poils et envahi le tissu conjonctif autour des follicules. D'autres expériences, faites sur des animaux et sur l'homme, ont étabU que les

Fig. 132. — A. duodenale.

{D'après Looss.)

soit par une eau de boisson bourbeuse, soit par la poussière ou par la boue qui peut adhérer aux mains ou aux ustensiles de cuisine des agriculteurs, des fabricants de briques, ou des autres ouvriers qui travaillent la terre ; ou encore, il peut être avalé directement avec de la terre par les géophages et les enfants. Arrivé chez son hôte final, après avoir mué de nouveau à la fin de la cinquième semaine (Leichtenstern), il acquiert ses organes sexuels et sa forme adulte permanente.

a. bourse copulatrice ; b, tête.

Jusqu'à ces derniers temps, on croyait qu'il n'y avait qu'un seul

ANKYLOSTOMUXl DUODENALE.

embryons de A. duodenale peuvent pénétrer dans la peau et que c'est pour eux une première étape avant d'envahir l'intestin. Du tissu sous-cutané, ils pénètrent dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques et, par cette voie, sont passivement transportés •dans les poumons. Là ils quittent les capillaires, entrent dans les vésicules aériennes et, par les bronches et la trachée, passent dans l'œsophage et l'estomac. On a supposé que, durant ce passage, la larve acquiert le pouvoir de résister à l'action du suc gastrique.

S'il en est ainsi, la route indirecte que nous venons de décrire doit être la seule voie par laquelle i'ankylostome puisse arriver à maturité. Le succès des expériences de contamination par la voie digestive, regardé jusqu'ici

Fig. 133. — A. duodenale. (En partie d'après Looss.)

a, jeune larve ; b, tête.

Fig. 134. — A. duodenale, larve arrivée à maturité. {En partie d'après Looss.)

comme la preuve que le parasite parvenait dirèctement dans l'estomac, pourrait être attribué au passage des larves à travers la paroi de l'œsophage pendant l'ingestion d'ahments contenant ■des larves.

La durée de la vie de A. duodenale dans l'intestin n'a pas été

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déterminée. Certains lui assignent quelques mois, d'autres quelques années (Sonsino), — un auteur trois ans. Étant donnée la possibilité d'une réinfection, ce point, très important pour le pronostic, est difficile à déterminer.

Giles croit que A. duodenale peut atteindre sa maturité sexuelle en dehors de l'organisme humain et à l'état libre ; en d'autres termes, que c'est un être hétérogénétique qui, en présence d'une nourriture abondante, se multiplie sans parasitisme. Ces observations, bien qu'elles aient été adoptées par Ozzard, Annett, Ross et Sandwith, ont été contredites par Looss, qui montre que probablement d'autres nématodes ont été pris pour l'espèce en question ; qu'en réalité les illustrations qui accompagnent le

travail de Giles représentent trois mâles appartenant à des espèces différentes et caractérisés par ime configuration absolument dissemblable de l'extrémité postérieure.

NEGATOR AMERICANUS (StilcS, 1902).

Synonyme. — Uncinaria americana (latin uncinus, crochu).

Historique. — En mai 1902, Stiles découvrit que l'ankylostomiasc d'Amérique n'était pas en général due à Ankylostomum duodenale, mais à une nouvelle espèce du genre Necator qui lui est étroitement aUic, espèce qu'il nomma Necator americanus.

Distribution géographique. —

La distribution de N. americanus, dans l'état actuel de nos connaissances, comprend en Amérique :

Virginie, Caroline du Nord et du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Texas, Porto-Rico, Cuba et Brésil. Ce parasite a été trouvé par Looss chez des pygraées

Mâle.

Femelle.

Fig. 135. — Necator americanus.

{D'après Placentia.)

NECATOR AMERICANUS. 677

de l'Afrique centrale et par d'autres auteurs dans l'Assam, la Birmanie, l'Afrique occidentale, etc., ce qui fait supposer que cette espèce est originaire d'Afrique ou d'Asie.

Description du parasite. — On peut le distinguer facilement de Ankylostomum duodenale. Il est plus court et plus mince. Le mâle mesure de 7 à 9 millimètres de long sur 0"iin,30 à 01^,35 de diamètre ; la femelle de 9 à 11 millimètres de long sur 0«i"^,4 à 0°^,45 de large. La capsule buccale est plus petite et présente un bord irrégulier ; au lieu de quatre dents ventrales en forme de crochets, il a une paire ventrale de plaques semi-lunaires proéminentes semblables à celles du ver de même espèce, Uncinaria stenocephala, parasite du chien. La paire de dents dorsales est

Fig. 136. — Necator americanus. Fig. 137. — Necator americanus,

{D'après Looss.) tête.

a, bourse copulatrice ; b, tête. {D'après Looss.)

probablement représentée par une paire de plaques chitineuses de même nature peu développées. Le canal excréteur de la glande céphalique dorsale, ordinairement appelée côte dorsale ou dent dorsale, fait saillie dans la cavité orale. Au fond de la capsule buccale sont une paire de lancettes dorsales et une paire de lancettes ventrales sub-médianes. La bourse caudale du mâle présente un court lobe dorso-médian, qui parait souvent divisé en deux lobules. Le rayon dorsal est divisé à sa base, ses deux branches sont divergentes et leurs extrémités sont bifurquées au lieu d'être trifurquées comme chez A. duodenale. La base commune des rayons dorsal et dorso-latéral est très courte. Chez la femelle, la vulve est placée un peu en avant du milieu du corps. Les œufs sont plus gros que chez l'ankylostome ; ils mesurent 64 à 75 de long sur 36 à 40 (x de large.

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N. americanus habite l'intestin grêle de l'homme et jusqu'ici n'a pas été trouvé ailleurs.

L'évolution de ce ver n'a pas encore été recherchée ; elle est probablement semblable à celle de A. diiodenale.

Historique. — Bien que Griesinger ait jadis montré que la chlorose d'Ëgypte était due à la présence de l'ankylostome dans l'intestin grêle, et bien que des observations analogues aient été faites sur des nègres en Amérique, ce n'est qu'après l'épidémie d'anémie à mortahté élevée qui éclata parmi les mineurs du tunnel du Saint-Gothard en 1880 (laquelle attira l'attention des médecins en Europe), que l'on commença à constater l'importance réelle de ce parasite en pathologie. De nombreuses observations ont montré que ce parasite suceur de sang, quoique d'un faible volume, est des plus dangereux lorsqu'il existe en grand nombre et continue longtemps son action, plus spécialement lorsque ses victimes se nourrissent mal.^ La perte continuelle de sang qu'il produit, le catarrhe intestinal qui succède à l'irritation causée par les plaies de la membrane muqueuse, l'altération consécutive de la nutrition, et peut-être, comme on l'a supposé, l'absorption de quelque toxine hémolytique (élaborée par le parasite),tout cela donne naissance à une cachexie profonde, qui enlève plus ou moins à celui qui en est atteint la faculté de travailler, et qui, assez fréquemment, se termine par la mort. Il est reconnu maintenant que beaucoup de cas considérés autrefois comme étant del' « anémie tropicale » sont des cas d'ankylostomasie.

Son importance. — Il ne suffit pas cependant de la présence de l'ankylostome pour que des conséquences aussi sérieuses s'ensuivent. Il peut y avoir des douzaines d'ankylostomes dans l'intestin sans qu'il se produise d'anémie appréciable, ou même de symptômes quels qu'ils soient. Les symptômes graves sont l'exception. Il faut donc éviter avec soin de conclure que l'ankylostome est la cause de tout état pathologique avec lequel sa présence dans l'intestin peut coïncider.

D'autre part, il faut se rappeler que beaucoup d'indigènes des pays chauds sont en état d'inanition chronique. Prenant une

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nourriture massive, grossière, peu nutritive, ils sont sujets à la dilatation de l'estomac et aux troubles dyspeptiques. En pareil cas, survient-il en outre une cause de dénutrition, comme, par exemple, une certaine quantité d'ankylostomes dans l'intestin et, par suite, une perte parfois minime mais quotidienne de sang, cette condition suffit pour faire pencher la balance et produire un état pathologique. Dans ces régions, comme partout ailleurs, il y a beaucoup de gens qui vivent sur la limite qui sépare la bonne santé de la maladie ; ce sont ceux-là chez qui l'ankylostome sera la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Il peut arriver que, chez certains individus doués d'une susceptibiUté spéciale, une toxine développée par le parasite, comme cela se produit dans l'infection par le Dibothriocephalus latns, puisse causer une anémie d'un type particulier.

Il est évident que, lorsqu'il compUque une fièvre typhoïde, une affection rénale, une dysenterie, une fièvre paludéenne, en somme une maladie chronique ou débilitante quelconque, l'importance de ce parasite anémiant ne peut pas être méconnue.

Sous les tropiques, le médecin doit donc avoir constamment présente à l'esprit, dans tous les cas d'anémie, de dyspepsie et, d'une manière générale, dans tous les cas de dépérissement, la possibilité d'une manifestation de l'ankylostome. Il devra «e rappeler que ce parasite, comme nous le verrons plus loin, lorsqu'il séjourne pendant longtemps dans l'intestin, peut être la cause non seulement d'une anémie guérissable, mais de dégénérescences de divers organes dues à cette anémie et qu'il est impossible de guérir. A ce point de vue aussi, il est de première importance de pouvoir étabhr le diagnostic dès le début.

Outre ces diverses considérations, l'ankylostomiase est une maladie très importante pour celui qui emploie la main-d'œuvre indigène. L'incapacité de travail qu'elle produit parmi les coolies, sans compter les décès, est souvent, financièrement parlant, chose sérieuse pour un planteur ou un directeur de mines. Une dépense sagement faite, de légers ennuis supportés pour traiter et guérir cette helminthiase, seront rapidement remboursés par l'augmentation du nombre des travailleurs vahdes.

Symptômes. — Les symptômes essentiels de l'ankylostomiase sont ceux d'une anémie profonde, anémie qui est généralement

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associée à des troubles dyspeptiques, mais qui, dans les cas non compliqués, n'est pas accompagnée d'amaigrissement. Si l'on ne parvient pas à arrêter les progrès de la maladie, des effusions séreuses dans les divers organes et une dégénérescence graisseuse du cœur s'ensuivent, et la mort peut survenir par syncope ou par suite de complications intercurrentes.

Un des symptômes du début, dans le cas d'une infection grave par les ankylostomes, est une sensation de douleur ou de gêne au niveau de Fépigastre. Cette sensation est généralement augmentée par la pression, mais peut être calmée momentanément par l'ingestion d'aliments. L'appétit, qui parfois fait défaut, est plus souvent vorace ; mais, en cherchant à l'apaiser, il peut se produire des troubles dyspeptiques de différentes espèces, des cohques, des borborygmes et parfois de la diarrhée avec rejet d'aUments non digérés. Dans certains cas, il peut y avoir de la constipation; dans d'autres, de l'irrégularité intestinale. Le goût peut être perverti, certains malades montrant un appétit anormal et persistant pour la terre, la boue, la chaux ; c'est ce qu'on désigne sous le nom de pica ou de géophagie. Les selles présentent parfois, bien que cela soit rare, une coloration brun rougeâtre, par suite du mélange d'une certaine quantité de sang mal digéré. Elles contiennent parfois de petits flocons de mucus teinté de sang. Rarement, il y a expulsion de sang pur ; plus rarement encore on observe une hémorragie abondante, à moins de colite concomitante, bien qu'à l'autopsie on puisse trouver dans l'intestin grêle des quantités considérables de sang. On observe souvent une fièvre d'un type intermittent ou même sub-continu. D'autre part, on peut observer des cas où la température est constamment au-dessous de la normale ; ou encore, ces deux états peuvent alterner. Au bout d'un temps plus ou moins long, les symptômes d'anémie profonde se déclarent graduellement. Les muqueuses et la peau pâlissent, la face devient bouffie, les pieds et les chevilles enflent. Tous les symptômes subjectifs d'une anémie bien définie se montrent alors de plus en plus visibles ; le malade est fatigué, essoufflé ; il a des palpitations, des bourdonnements d'oreille, du vertige, sa vue baisse, il a de l'apathie, de la dépression intellectuelle, une tendance aux syncopes, etc. La circulation est irritable et l'on peut entendre des bruits anormaux au niveau du cœur et des gros vaisseaux. L'examen ophtalmoscopique peut révéler des hémorragies rétiniennes

D'après quelques-uns de ces symptômes, si ce n'était que l'anémie progressive ne s'accompagne pas de perte de poids, on pourrait être conduit à envisager l'hypothèse de la tuberculose, d'une maladie cancéreuse ou d'un mal de Bright. Bien loin de perdre du poids, le malade peut avoir les apparences d'une excellente santé ; et, quoique les recherches hématimétriques révèlent une diminution lente et régulière de la richesse en globules rouges jusqu'à la hmite extrême compatible avec la vie, il n'y a pas de vraie poïkilocytose comme dans l'anémie pernicieuse idiopathique, ni de leucocytose excessive comme dans la leucocytémie, et il ne se produit pas nécessairement de l'hypertrophie de la rate, du foie ou des ganghons lymphatiques. La teneur des hématies en hémoglobine n'est pas diminuée proportionnellement au nombre des globules.

La marche de la maladie est très différente suivant les cas. Dans quelques-uns, le malade peut arriver à un degré d'anémie avancé, et même à une issue mortelle, dans l'espace de quelques semaines ou de quelques mois à compter de l'apparition des premiers symptômes. Ces terminaisons rapides sont rares ; le plus souvent la maladie présente une marche éminemment chronique, soit avec des alternatives d'amélioration et d'exacerbation, soit avec une progression lentement graduelle, pendant une longue suite d'années.

Si une ankylostomiase se produisait avant la puberté, il pourrait en résulter un retard et même un arrêt complet dans le développement de l'enfant.

Diagnostic. — Pourvu que l'on soupçonne sa présence, l'ankylostome est facile à diagnostiquer. Dans les pays tropicaux, une anémie sans cause apparente devra toujours suggérer l'idée d'un examen microscopique des selles. Si l'on trouve des œufs d'^. duodenale ou de N.americanus (fig. 125, b, e) et qu'il n'y ait pas d'autre façon d'expliquer l'anémie, il est à présumer que le parasite est responsable du dommage ; en tout cas, aucun mal ne doit résulter pour le malade d'un traitement établi d'après cette hypothèse. D'un autre côté, si l'on ne trouve pas d'œufs, il ne faut pas en conclure qu'il ne s'agit pas d'un cas d'ankylostomiase ; car il peut arriver parfois que, dans les dernières périodes de la maladie, les symptômes persistent, quoique les parasites qui les

682 PARASITES INTESTINAUX

ont produits aient disparu spontanément ou bien aient été expulsés par le traitement. Des dégénérescences permanentes du tube digestif, du cœur, du foie, des reins et des organes hématopoïétiques peuvent subsister et même devenir mortelles, bien que la cause première ait cessé d'exister. La constatation de l'absence de toute autre cause d'anémie est la seule indication qui puisse mettre sur la voie du diagnostic en pareil cas.

L'ankylostomiase est parfois confondue avec le béribéri et vice versa. La présence dans le béribéri de symptômes parétiques et cardiaques non proportionnés au degré modéré de l'anémie, et leur absence dans l'ankylostomiase, suffisent pour établir le diagnostic. L'anémie produite par l'ankylostome diffère de celle de la malaria en ce que cette dernière s'accompagne d'hypertrophie de la rate, d'une teinte jaunâtre et parfois pigmentée des téguments, d'une coloration ictérique des conjonctives, d'accès defièvre à intermittence bien marquée et justiciables de la quinine, et surtout de la présence concomitante de l'hématozoaire dans le sang. Rogers a indiqué comme moyen de diagnostic additionnel que, dans la malaria, la perte d'hémoglobine est proportionnelle à la perte de globules rouges, tandis que dans l'ankylostomiase la diminution des globules est moins accusée. Naturellement, la cachexie palustre et l'ankylostomiase peuvent se rencontrer, et s'observent même souvent ensemble chez le même individu.

On peut se faire une idée de l'intensité de la maladie par la numération des œufs du parasite dans une quantité donnée de matières fécales ; d'après Grassi et Parona, 150 à 180 œufs par centimètre cube indiquent une infection d'environ un milUer de vers, mâles et femelles.

Anatomie pathologique et pathogénie. — Comme nous l'avons déjà remarqué, les corps des individus qui succombent à l'ankylostomiase ne sont pas amaigris ; au contraire, ils contiennent en général une abondante quantité de graisse. L'aspect d'embonpoint est augmenté par la présence d'un œdème plus ou moins généralisé. Il peut y avoir des épanchements dans une ou plusieurs cavités séreuses. Tous les organes sont anémiés. Le cœur est dilaté et flasque, son tissu musculaire étant dans un état avancé de dégénérescence graisseuse. Le foie est également graisseux, et il en est de même des reins.

Si l'on fait l'autopsie une heure ou deux après la mort, on pourra observer les ankylostomes, en nombre variant de quelques douzaines à plusieurs centaines, attachés par leur armature buccale à la surface muqueuse de la partie inférieure du duodénum, a celle du jéjunum et parfois à celle de la partie supérieure de l'ileon. Mais si l'on a différé l'autopsie de quelques heures, on trouvera que les parasites ont lâché prise et baignent maintenant dans les mucosités qui recouvrent la surface interne de l'intestin. De nombreuses extravasations sanguines très petites (quelques-unes récentes, d'autres datant de quelque temps) seront observées sur la muqueuse, et le point où le parasite était attaché est indiqué par une petite plaie au centre de chaque extravasation. Parfois des cavités remphes de sang, aussi grosses qu'une noisette, se rencontrent sur la muqueuse ; chacune de ces ca^àtés renferma un ou deux vers et communique probablement par l'intermédiaire d'un petit conduit avec le tube intestinal. Des hémorragies anciennes sont marquées par des pigmentations ponctiformes. Il peut y avoir des signes de catarrhe d'un degré plus ou moins prononcé, sous forme de vésicules oud'épaississements delà muqueuse. On trouve parfois dans le canal intestinal des traînées ou de gros caillots de sang.

Daniels et d'autres auteurs ont observé, en faisant l'examen microscopique du foie et des reins, la présence, à l'intérieur de» cellules du parenchyme, de grains de pigment jaune ayant les réactions de l'hématoïdine ; ce qui indique une destruction intra-vasculaire du sang, telle qu'il s'en produit dans l'anémie pernicieuse et dans les autres maladies qui ont comme symptômes une hématolyse excessive. En raison de ce fait, et aussi parce qu'il a découvert des granules de nature ferrique dans les cellules du foie, Daniels conclut que l'anémie de l'ankylostomiase est, dans une certaine mesure, le résultat d'une destruction du sang, dans l'intérieur des vaisseaux, par quelque substance toxique produite par le parasite et absorbée par l'intestin. Ces résultats n'ont pas été confirmés par les autres observateurs ; au contraire, le D'' Beaven Rake concluait, à la suite d'une sérieuse mensuration de la quantité de fer contenue dans le foie de cinq sujets morts d'ankylostomiase, que dans cette maladie la quantité de fer hépatique est au-dessous de la normale, et que l'anémie est entièrement due à une soustraction directe du sang par les parasites.

684 PARASITES INTESTINAUX

Il est nécessaire de faire d'autres observations avant de pouvoir résoudre cette question.

Traitement. — Fougère mâle. — Avant 1880, époque où Bozzolo introduisit dans la thérapeutique l'usage du thymol, l'extrait de fougère mâle était l'anthelminthique ordinairement employé dans l'ankylostomiase.

Thymol. — Avant l'administration du thymol, le malade devra observer une diète Mquide pendant un jour ou deux et bien vider son intestin à l'aide d'un purgatif. Dans la matinée, et après que l'action du purgatif se sera produite, on fera prendre, l'estomac étant vide, trois ou quatre doses de O^^eO à P\80 de thymol bien trituré, en cachets, en capsules ou en émulsion, à des intervalles d'une heure. Si l'intestin ne s'est pas dégagé spontanément, quatre ou cinq heures après que la dernière dose de thymol aura été prise, on donnera un second purgatif. D'habitude, par cette médication, un grand nombre d'ankylostomes sont expulsés et on peut les trouver dans les selles. Un seul traitement au thymol peut suffire, mais il est bon, après avoir laissé passer une semaine, d'examiner à nouveau les selles au microscope et, si on trouve encore des œufs, de recommencer la médication au thymol une ou plusieurs fois.

Certaines précautions doivent être observées lorsqu'on emploie ce remède. Il produit parfois des symptômes très désagréables d'intoxication : vertiges, excitation, etc. ; et l'urine peut devenir noire comme dans l'empoisonnement par l'acide phénique. Il est bon, par conséquent, que le malade garde le lit lorsqu'il prendra le médicament, et qu'il reste couché pendant plusieurs heures après avoir pris la dernière dose. Le thymol est tout à fait insoluble dans l'eau, et, par suite, dans les conditions ordinaires, est difficilement absorbé à dose toxique. Si cependant le malade, pendant que son estomac contient ce médicament, venait à prendre quelque boisson alcooHque, il y aurait de grandes chances pour qu'un empoisonnement s'ensuivît. L'alcool, l'éther, la glycérine, la térébenthine, le chloroforme et les huiles dissolvent le thymol et doivent, par conséquent, être évités lorsqu'on emploie ce médicament. Thornhill a rapporté un cas qui se termina par la mort, causée apparemment par l'oubli des précautions élémentaires que nous venons d'énoncer. Un homme avait pris, à 7 heures

du matin, une dose de 1^^80 de thymol dans de l'eau. « Après a\oir pris cette dose, il n'éprouva pas de symptômes particuliers, et à 9 heures l'infirmier lui donna une seconde dose de l^^SO. Comme cet homme recevait de l'arack à titre d'extra et que d'habitude on donnait une partie de cette arack à 9 heures du matin, l'infirmier lui en fit prendre aussitôt après la seconde dose de thymol. Le résultat fut presque immédiat : le malade tomba dans un profond collapsus et, malgré tous les soins, il mourut dans l'espace de vingt-quatre heures, le collapsus ayant été manifestement dû à la dissolution du thymol par l'arack, et à son absorption consécutive. » Thornhill rapporte deux autres cas mortels d'enpoisonnement par le thymol, qu'il a eu l'occasion d'observer ; d'autres auteurs ont mentionné des accidents semblables. Pour cette raison, et parce que ce remède est extrêmement désagréable à prendre (produisant parfois une sensation pénible de brûlure au niveau de l'estomac et du pharynx et souvent aussi de l'excitation, des vertiges, des syncopes et des vomissements), il serait à désirer qu'on trouvât un autre médicament aussi efficace, mais moins dangereux.

A moins d'avoir préparé avec soin ses malades par le repos et par une nourriture appropriée, il ne faut jamais se servir du thymol dans les cas graves d'ankylostomiase, ni lorsque la prostration est extrême. Il est également contre-indiqué dans la gastrite, la dysenterie, la néphrite et les affections cardiaques.

Le naphtol 3 (2 à 3 grammes) administré de la même manière que le thymol, en doses de 1 gramme répétées toutes les deux heures, est tout aussi efficace et moins désagréable.

L'essence d'eucalyptus est un excellent vermifuge dans l'ankylostomiase, beaucoup moins désagréable et moins dangereux que les précédents. On prescrira la formule suivante: essence d'eucalyptus, 1",80 ; chloroforme 2", 70 ; huile de ricin, 40 grammes; la moitié le matin à jeun, l'autre moitié trente minutes plus tard. On peut répéter ce traitement plusieurs jours de suite. Je l'ai employé plusieurs fois chez des Européens qui avaient eu auparavant l'occasion de prendre du thymol ; tous préféraient la mixture à l'eucalyptus.

Convalescence. — Il faudra, pendant un certain temps, s'occur per très soigneusement du régime des convalescents qui relèvent d'ankylostomiase. On évitera un régime diététique substantiel

PARASITES INTESTINAUX

jusqu'à ce que les fonctions digestives se soient rétablies ; autrement il s'ensuivrait une entérite et une diarrhée tenaces qui pourraient retarder la guérison, parfois même l'empêcher complètement. Le fer et l'arsenic sont indiqués à titre de réparateurs du sang

Prophylaxie. — Lorsqu'on aura à établir un système de prophylaxie contre l'ankylostomiase, le fait essentiel qu'on devra avoir en vue est que c'est à l'aide des selles des individus déjà infectés que le parasite se propage. D'où la nécessité d'empêcher la contamination du sol et de l'eau parles selles. Dans ce but, il faut interdire l'épandage des matières fécales à proximité des maisons, des villages et des champs. On installera sur les chantiers où travaillent les coohes, dans les campements des mineurs, dans les villages indigènes et le long des grandes voies de communication, des lieux d'aisance nombreux et facilement accessibles. En l'absence d'un système plus comphqué de fosses d'aisance, des trous ou des tranchées suffiront. De temps en temps il faudra les combler avec de la terre et en ouvrir d'autres à côté. Je crois que le système de fosses à vidange des Chinois, sous forme de trous larges, cimentés et imperméables à l'eau, est pratique. On sait que, si les œufs d'ankylostome séjournent dans les selles, l'embryoh se développe et s'échappe de l'œuf d'une façon normale ; mais on sait aussi que si l'embryon n'a pas, pour se développer, une certaine quantité d'air et de terre, il ne tarde pas à mourir. Ce qu'il faut donc éviter, c'est de mêler de la terre à des matières fécales de fraîche date. Dans le système chinois, la vidange est d'abord conservée dans de vastes fosses cimentées pendant des mois ; là il se produit des fermentations et des putréfactions, puis les matières sont répandues dans les champs. De cette façon, les embryons d'ankylostome sont tués, et on a en même temps un bon engrais pour l'agriculture.

Il est évident que lorsqu'on s'occupera d'établir des lieux d'aisance et de faire des règlements sanitaires, il faudra tenir compte des coutumes du pays qu'on veut faire bénéficier de ces mesures ; si l'on n'y prenait pas garde, si l'on ignorait les habitudes et les préjugés populaires, aucun système, si parfait qu'il fût en théorie, ne pourrait réussir dans la pratique.

Il faudra soigneusement éviter toute contamination des cours

ANKYLOSTOMJASE. 687

d'eau et des réservoirs par les matières fécales. L'eau de boisson sera bouillie ou filtrée. Autant que possible il faudra donner toutes facilités pour éviter la souillure des mains et des aliments par la terre et la boue ; il faudra encourager toute pratique dans ce but.

Il serait préférable d'abandonner tout terrain qui serait fortement contaminé ; mais, si l'on ne pouvait le faire, il vaudrait mieux retourner la terre avec la charrue, ou la flamber avec de grands feux d'herbes, ou traiter le sol de telle façon que tous les œufs ou embryons qu'il pourrait contenir fussent détruits. Il faut recommander d'examiner périodiquement d'une manière systématique les coohes des plantations. Lors de ces inspections, tous les sujets atteints de dyspepsie ou d'anémie seront mis à part pour être examinés sérieusement ; et, si l'on trouve dans leurs selles des œufs d'ankylostome, quelques doses bien employées de thymol pourront préserver ces individus d'une maladie grave et, les empêcher de devenir une source de contamination pour leurs compagnons.

Par suite du danger très grand pour la santé qui existe dans certains pays du fait de la présence de ce parasite ou d'autres semblables, les autorités sanitaires devront faire circuler parmi le peuple, à l'aide de brochures ou d'affiches, quelques mesures préventives simples contre l'ankylostomiase et les maladies du même genre.

Récemment des expériences ont été faites à Porto- Rico en. vue de réduire ou de supprimer l'ankylostomiase si répandue dans cette île. Des fonctionnaires spéciaux, délégués à cet effet, avaient pour mission de soumettre la population entière au traitement par le naphtol p. Les résultats, en ce qui concerne l'améhoration de la santé générale de la population et l'accroissement de la valeur de la main-d'œuvre, ont été des plus encourageants. Cet exemple d'énergie dans l'application des mesures sanitaires pourrait être suivi avec avantage dans nos possessions des Antilles et ailleurs.

UNCINARIOSE CUTANÉE.

Une forme de dermatite affectant les pieds des coohes dans les plantations de l'Assam (Inde), des Antilles et probablement d'autres pays tropicaux, et connue sous les divers noms de ground itch (gale du sol), pani-ghao, water itch (gale de l'eau), water pox

PARASITES INTESTINAUX

(éruption hydrique), water sores (plaies hydriques), sore feet of coolies (plaies des pieds des cooUes), a été récemment attribuée par Bentley à la pénétration de la peau par des larves d'ankylostomes. Cette maladie est d'une grande importance économique pour le planteur.

Le sol situé dans le voisinage des habitations des cooUes est contaminé à un haut degré par les matières fécales. Durant la période des pluies, les œufs d'ankylostomes qui existent dans ces matières éclosent et les larves s'en échappent et se multiphent peut-être dans la terre humide. Les pieds nus des coolies sont constamment souillés par cette terre contenant des larves, et de cette manière, dans beaucoup de plantations tropicales, l'expérience de Looss (voir page 674) est involontairement répétée sur une vaste échelle. Il s'ensuit de la dermatite, de la vésication, dans certains cas la formation de pustules et même des ulcérations étendues ; il se produit probablement aussi une ankylostomiase générale et l'anémie qui en résulte. La main-d'œuvre des coolies ainsi affectés est perdue pour le planteur jusqu'à la guérison des lésions, cutanées et de l'anémie générale.

L'hypothèse de Bentley a été contredite par Dalgetty, Stiles, etc. Looss fait aussi remarquer que les symptômes de la « gaie du sol » ne concordent pas avec ceux que produit la pénétration de l'ankylostome à travers la peau. Peut-être la maladie des coohes n'est pas toujours produite par ce moyen, mais, sans aucun doute, elle n'a pas d'autre cause dans un certain nombre de cas. Un de mes malades, possédant une plantation de cannes à sucre, lequel, à cette époque, ignorait l'existence de l'ankylostome, m'assura que toute attaque de « coohe itch » chez ses travailleurs était sûrement suivie par de l'anémie. Il pensait que la lésion cutanée était la cause de l'anémie, et que cette lésion était elle-même produite par un micro organisme existant sur le sol. Il obhgea ses coohes, avant d'aller à leur travail, à tremper leurs pieds tous les matins dans un baquet de goudron, puis dans un tas de sable, et cet enduit protecteur suffit à faire cesser la maladie cutanée et l'anémie des coohes dans cette plantation.

La propreté personnelle et l'emploi d'un moyen quelconque de protection des pieds pendant la saison humide, joints aux mesures prophylactiques contre l'ankylostomiase déjà mentionnées, sont les mesures préventives indiquées contre cette affection. En ce

ŒSOPHAGOSTOMUM BRUMPTI. 689

qui concerne le traitement, des bains de pieds antiseptiques et dos onctions adoucissantes seront efficacement employés.

ŒSOPHAGOSTOMUM BRUMPTI (RailHet et Henry, 1905).

Historique. — Ce nématode parasite fut découvert par Brumpt en 1902,à l'autopsie d'un nègre Pouma âgé de trente-trois ans, sur la rivière Omo (Afrique). Six femelles non adultes furent trouvées à l'intérieur de nodules kystiques dans la paroi du caecum et du côlon. Le nouveau parasite appartient à la sous-famille Sclerostomin3e,de la famille Strongylidœ, ei a.u genre Œsophagostomum dont plusieurs espèces existent chez des animaux domestiques (bétail, mouton, porc). Le genre est aussi répandu chez les Tapiridse, les Edentata et les Quadrumana. Nous connaissons déjà un certain nombre d'espèces parasites des quadrumanes. On les a trouvées chez le gorille, l'orang-outang, le chimpanzé et divers singes appartenant aux genres Cercopithecus, Cynocephalus et Macacus.

Description du parasite. — Les jeunes femelles trouvées par Brumpt ivariaient de longueur entre 8™m,5 et 10°"n,2 et présentaient une largeur maxima de 295 à 325 [x. La cuticule est transversalement striée ; l'extrémité antérieure présente l'expansion cuticulaire ovoïde qui caractérise le genre, limitée antérieurement par un anneau oral saillant (vestibule oral) et postérieurement par un rétrécissement particulièrement marqué sur la face ventrale et distant de 200 i>. du vestibule oral. L'extrémité postérieure du ver s'effile graduellement en pointe caudale recourbée du côté dorsal. Le vestibule oral est pourvu d'une couronne de douze plaques chitineuses dirigées en avant et en dedans, et porte six papilles, deux latérales et quatre sous-médianes. L'œsophage est en massue et mesure 470 à 500 [j. de long sur 150 \>. dans sa plus grande épais^ seur. Antérieurement il s'ouvre dans la capsule orale et présente trois dents légèrement recourbées (8 de long environ) qui s'engrènent avec trois dentelures correspondantes du bord postérieur de la capsule orale. Postérieurement, il présente une valve trilobée. L'intestin se dirige presque en ligne droite vers l'anus, qui s'ouvre à 170-200 [j. de l'extrémité caudale. La vulve est placée en avant de l'anus, à 350-475 ja de cette extrémité. Ni l'anus ni la vulve ne sont marqués par une proéminence quelconque de la cuticule.

Les œufs de Œ. brumpti, comme ceux d'autres parasites appartenant à ce genre ou au genre très voisin iS'cZerosîoma, éclosent probablement dans l'eau et, par ce milieu, les larves gagnent un nouvel hôte, dans lequel ils pénètrent soit par l'œsophage, soit à travers la peau. Ils se fixent enfin sous la muqueuse intestinale, d'ordinaire entre la valvule iléo-ca;cale et l'anus, et augmentent considérablement de volume, en se nourrissant du sang de leur hôte. Ayant pratiquement atteint l'état adulte, ils quittent leurs kystes en vue de la copulation et de la ponte, et sont expulsés avec les fèces, ainsi que leurs œufs. Manson. — Maladies des pays chauds. 44

PARASITES INTESTINAUX

.tvoJution et pati2ogénie.[ L'espèce . voisine, Œ. columbianum, qui,, d'après Gurtice, se rencontre fréquemment chez le mouton adulte dans le sud des États-Unis, plus particulièrement en automne et en hiver, ne paraît pas causer de troubles sérieux, excepté lorsqu'il est présenten grande quantité. Le parasite peut être trouvé à l'état de maturité dans le tube intestinal (cœcum ou côlon), mais le plus souvent on le rencontre à l'état larvaire, logé sous la muqueuse dans des kystes qui varient de grosseur depuis celle d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'une noisette, chaque kyste contenant un ver enroulé. Les espèces particulières aux singes sont également trouvées durant leur stade larvaire dans de petits kystes hémorragiques, situés sous la muqueuse du eseciam et du gros intestin. Ces parasites sont suceurs de sang ? leurs intestins sont farcis de globules rouges. Les gros kystes présentent d'ordinaire à leur sommet un petit pertuis, par lequel le ver s'échappe dans l'intestin. Œ. dentatum, qui vit chez le cochon, le sanglier et le pécari à lèvre blanche {Dicotyles labiatus), se rencontre non seulement dans le cœcum.et le côlon, mais aussi jusque dans l'intestin grêle, et Von Linstow l'a trouvé dans le foie. D'après Baillet, les œufs de ces espèces de parasites écloseat dans l'eau en trois ou quatre jours et l'embryon mi§ en liberté jpaesure 200 à 250 1^.

STRONGYLOIDES STERCORALIS (Bavay).

Synonymes. — Anguillala stercoralis, A. intestinalis, Leptodera sterco-

ralis, L. intestinalis, Rhabdonema intestinale.

Il arrive quelquefois, en, examinant les selles pour y rechercher les œufs de l'ankylostome, que l'observateur est étonné de voir un petit animal en forme de serpent (fig. 139) traverser soudain le champ du microscope. En l'examinant soigneusement, on trouve que cet animal a environ 0nim,2 à O'U'n.S de long sur 13 (i. de large ; qu'il possède une queue très effilée et une tête arrondie ; qu'il est transparent, et qu'on y aperçoit un œsophage court, se terminant par un double bulbe pharyngien dont l'extrémité postérieure est munie de trois segments en forme de dents. Telle est la forme larvaire de Srongyloides stercoralis.

S. -stercoralis a été découvert par Normand en 1876. Pendant quelque temps, on a cru qu'il était la cause d'une forme de diarrhée chronique très commune en Gochinchine. Des observations ultérieures, en éclaircissant

Fig. 138'. Strongyloides stercoralis, femelle. {D'après Looss.)

STRONG YLOIDES STERCORALIS.

'Phlstolre naturelle de ce parasite, lui ont enlevé toute prétention à un rôle pathologique important. On a trouvé que, bien que ce parasite ne soit pas (aussi commun, sa distribution géographique est presque la même que celle 'd' Ankylostomum duodenale, et. que, de plus, les conditions physiques exigées pour la vie non parasitaire de ces deux vers sont à peu près les mêmes. Powell l'a rencontré dans 15 sur 20 environ des cas d'anémie.

Le Strongyloides adulte (fig. 138) est un ver très petit et très mince, mesurant 2 à 3 millimètres de long sur 0>i"n,06 de large. On ne connaît pas le mâle. La femelle adulte est facilement reconnaissable à ses dimensions et à la série ,de cinq ou six œufs ellipsoïdes (10 [j- sur 34 visibles vers le milieu du corps.

Comme l'a montré Kanazy, le parasite s'enfonce profondément dans la muqueuse intestinale et fréquemment dans l'épithélium des glandes de Lieberktihn, à la fois pour se nourrir et pour pondre ses œufs.

Les œufs se développent dans la paroi intestinale, de telle sorte qu'avant qu'ils ne quittent le corps de leur hôte, et à moins que l'on n'ait administré un purgatif énergique, l'embryon s'est déjà échappé de son enveloppe et ,aage dans les selles, comme nous Pavons décrit, avec une grande vigueur, surtout lorsque ces selles sont liquides. ,Ce n'est que dans le cas d'une purgation violente que les œufs non éclos se montrent dans les selles. Ces œufs se reconnaîtront facilement à ce qu'ils sont enfilés ensemble, bout à bout, dans l'intérieur d'un tube très fin (fig. 125, cJ). Après avoir quitté le corps de leur hôte, s'ils ne rencontrent pas quelque milieu liquide non en putréfaction, les embryons meurent rapidement ; il est donc nécessaire, si l'on veut suivre leur développement ultérieiu", de mélanger les selles avec -de l'eau. Si ce mélange est maintenu à une basse température, la jeune larve rhabditiforme se développe sous forme d'une larve filariforme, laquelle, lorsqu'elle est avalée par l'homme dans l'eau de boisson, prend rapidement la forme adulte parasitaire que nous avons déjà décrite. Si, au contraire, lè niiliôu de culture est maintenu à une température plus élevée, les embryons prennent les formes rhabditiques mâle {0^,1) et femelle (1 millimètre) qui, après un certain temps, aboutissent à leur tour à des larves filariformes analogues à celles dérivées directement des embryons dans les climats plus froids, et pouvant également, lorsqu'elles sont ingérées' par l'homme, se transformer en Strongyloides stercoralis adulte.

Ce parasite doit certainement produire une irritation considérable do

PARASITES INTESTINAUX

l'intestin, mais son rôle pathogénique n'a pas été démontré. Il se présente ordinairement en grand nombre et on en a trouvé parfois enroulés dans les follicules intestinaux. Les larves peuvent traverser les vaisseaux lactés ; elles ont été rencontrées dans le sang. Van Durme a montré que, comme les larves

El

Fig. 140, — Strongyius subtilis, mâle.

d'Anhylostomum duodenale, les larves ûlarif ormes de S trongyloides y eurent pénétrer à travers la peau. Jusqu'ici on ne connaît pas d'anthelminthique capable de les expulser. Sonsino recommande l'usage prolongé du perchlorure de fer associé à de très faibles doses de thymol.

Les mesures prophylactiques sont les mêmes que celles qui ont été indiquées pour Ankylostomum duodenale.

STRONGYLUS SUBTILIS (LOOSS).

Looss a décrit un nématode très fin qu'on rencontre fréquemment chez les fellahs d'Êgypte. Il a été trouvé depuis par Ijima au Japon. Son habitat est la partie supérieure de l'intestin grêle. Le mâle, qui est pourvu de deuxspicules, a environ 4 à 5 millimètres de long sur 0-^,07 de jarge ; les femelles sont un peu plus grandes et beaucoup plus abondantes que les mâles. Les œufs sont ovales, possèdent une mince enveloppe, un vitellus non segmenté, et mesurent 63 ^ sur 41 [j-. Ce parasite ne se rencontre jamais en très grande quantité; et, comme il ne possède pas d'armature buccale! et que ses dimensions sont extrêmement réduites, il ne paraît pas capable de produire des symptômes spéciaux.

GNATHOSTOMUM SIAMENSE.

Synonyme. — Cheiracanthus siamensis.

Historique. — Gnathostomum siamense fut découvert par Deuntzer à Bangkok (Siam) et décrit par Levinsen qui proposa de l'appeler Cheiracanthus siamensis.

Distribution géographique. - Jusqu'ici on ne l'a rencontré qu'au Siam. et seulement chez trois malades, dont l'un était porteur de cinq ou six de ces vers.

GNATHOSTOMUM SIAMENSE.

Diagnostic spécifique. — Un seul spécimen (femelle) fut conservé et présenté à Levinsen. Il mesurait 9 millimètres de long sur 1 millimètre de large.

L'extrémité céphalique, légèrement rétrécie, avaitl'aspect d'une ventouse bordée par deux lèvres et était entourée de huit rangées de crochets.

L'extrémité postérieure se terminait par une proéminence trilobée à la base de laquelle s'ouvrait l'anus. Le tiers antérieur du corps était pourvu d'épines trident^es, suivies d'épines

Fig. 141. — S. subtilis, femelle.

Yij. 142. — S. subtilis, bourse copulatrice. {D'après Looss.)

simples plus éparses, qui diminuaient graduellement et disparaissaient plus bas. La vulve s'ouvrait un peu en arrière du milieu du corps.

Évolution et pathogénie. — Nous ne savons rien sur l'évolution de G. siamense. D'autres espèces de [ce genre vivent dans l'estomac de divers vertébrés. Avant d'atteindre leur maturité, ils se trouvent dans des kystes sous-muqueux. G. spinigerum se rencontre chez plusieurs espèces de chats sauvages {Felis catus, F. concolor, F. tigris). Lewis l'a trouvé chez des chiens parias à Calcutta. G. hispidum vit dans l'estomac du porc. Fedtschenko l'a rencontré chez un porc sauvage du Turkestan et chez un chien domestique de Hongrie ; Csokor chez des cochons égorgés à Vienne ; Strose chez des cochons de Bakony et CoUin chez des bestiaux en Allemagne. A Vienne, les bouchers connaissent depuis longtemps ce parasite sous le nom de « ver tricolore ». Le parasite décrit par Levinsen provenait d'une jeune femme siamoise

qui présentait une tuméfaction Uvide douloureuse de la poitrine et une fièvre légère. Des nodules arrondis gros comme un haricot apparurent au niveau de l'inflammation, sous la oeau. De l'un de ces nodules, un gnathostome feùsait saillie.

Fig. 143. — Onathostomum siamense.

{D'après Levinsen.)

PARASITES INTESTINAUX

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