CHAPITRE XLVII
CRAW-GRAW. - GHAPPA. - BUBON GL I MATÉ RIQ UE. - GOUNDOU. - AINHUM. - GROS TALON. - ONYALAI
CRAW-CRAW ET DERMATITE ULCÉREUSE.
Certaines éruptions papuleuses et pustuleuses à prurit intense sont dénommées « krakra » par les indigènes de la côte occidentale d'Afrique. Le D^- John O'Neil décrit sous ce nom une affection pustuleuse qu'il dit être commune dans certaines parties de la côte occidentale, et qu'il a trouvée associée à la présence d'un parasite filariforme dans les papules. O'Neil dit que cette forme de craw-craw ressemble à la gale ; mais il ajoute que les symptômes disparaissent dans un climat plus froid, pour recommencer, cependant, lorsque le nègre retourne dans l'atmosphère humide et chaude de son pays natal. Les papules se montrent sur toutes les parties du corps, soit séparément, soit disposées en anneaux. Deux jours après son apparition, la papule, dit cet auteur, devient une vésicule, et celle-ci, deux jours plus tard, aboutit à une pustule.
En raclant le sommet de la papule avec un bistouri, et en divisant dans F eau le petit fragment ainsi obtenu, il a trouvé un grand nombre d'organismes à l'aspect de filaires, s'agitant de tous côtés avec une grande activité. Leurs mouvements se ralentissaient bientôt et, au bout d'un temps assez court, les vers mouraient. Ces organismes, d'après les dessins et la description de O'iNeil, ressemblent assez à la micro filaria bancrojti. Les
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dimensions, cependant, ne correspondent pas exactement : la lilaire du craw-craw est plus courte et plus large (250 sur 12 y.) que la mf. bancrofti ; elle diffère en outre de cette dernière en ce qu'elle présente deux marques noires à l'extrémité céphalique. L'auteur dit que, si l'on fait la section de la papule assez profondément, cinq ou six de ces parasites peuvent être trouvés dans le champ du microscope.
Le craw-craw passe pour être contagieux. Il apparaît après une période d'incubation de trois jours, et n'est pas guérissable par les préparations soufrées.
Les observations de O'Neil n'ont pas été confirmées. Il est très possible, à mon avis, que le parasite découvert par lui soit une des nombreuses filaires du sang que nous savons maintenant être si communes sur la côte occidentale d'Afrique. On comprend que, dans une région où la mf. perstans se rencontre chez un individu sur deux, on doive la trouver fréquemment dans des préparations comme celles qu'examina le John O'Neil. Le raclage d'une papule de gale serait certainement accompagné d'une certaine hémorragie ; dans ce cas, si le malade était sujet à une filariose quelconque, on trouverait des filaires dans la préparation. L'immersion dans l'eau aurait pour résultat de tuer rapidement les parasites, comme dans le cas de O'Neil. Je ne voudrais pas affirmer que le parasite découvert par cet auteur était la mf. perstans, mais la possibilité de ce fait ne doit pas passer inaperçue.
Une maladie ressemblant au craw-craw de O'Neil a été décrite il y a quelques années par le professeur Nielly sous le titre « dermatose parasitaire ». Un jeune Français, qui n'avait jamais voyagé, fut atteint d'une éruption papulo-vésiculeuse accompagnée de prurit, ressemblant à la gale, et Nielly trouva dans les papules un parasite filariforme assez semblable à celui découvert par O'Neil dans le craw-craw. Il avait les mêmes marques cépha- Hques particuhôres ; en outre, il possédait un tube digestif bien défini et des organes reproducteurs rudimentaires. Nielly trouva des nématodes embryonnaires dans le sang de ce malade ; de sorte que nous avons des raisons sérieuses de croire que ce parasite de la peau était une forme plus développée de l'embryon trouvé dans le sang, et que tous deux étaient le produit d'une forme adulte vivant quelque part dans les tissus. Il est possible que la
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dermatose parasitaire de Nielly et le craw-craw de O'Neil soient de même nature.
Symptômes. — Le terme de craw-craw est très largement appliqué. Émily a décrit sous ce nom une affection cutanée papulopustuleuse qui est commune dans certaines parties de l'Afrique tropicale, et qui est souvent la cause de vives souffrances pour le voyageur. Cette affection, ou une autre semblable, n'est aucunement confinée en Afrique, car je l'ai rencontrée chez des malades de l'Inde et j'en ai vu de nombreux cas dans le sud de la Chine à une certaine époque. Au début, la maladie s'annonce par une papule prurigineuse, qui est sans doute située au niveau d'une piqûre de moustique. La démangeaison provoque le grattage, par lequel un microbe pyogène quelconque est inoculé. Il s'ensuit une pustule, qui est reproduite sur les jambes et les pieds par des bas et des chaussures infectés et par auto-inoculation. Il en résulte la formation d'une dermatite pustuleuse. Le « çeldt sore » de l'Afrique du Sud est une maladie semblable, sinon identique.
Traitement. — Émily décrit un traitement très efficace. Les pustules sont ouvertes, la croûte enlevée, et l'ulcération raclée. On recouvre alors largement la plaie avec de la poudre d'acide borique, après l'avoir bien tamponnée avec la solution de sublimé (1 p. 1000), on applique un pansement à la gaze enduite de vasehne boriquée, et par-dessus le tout du coton absorbant et un bandage. Le pansement doit être laissé en place une semaine ; au bout de ce temps on trouve l'ulcère cicatrisé. Pour toutes les maladies auto-infectieuses des mains et des pieds, j'ai coutume de baigner le membre dans la solution chaude d'acide phénique (5 p. 100) et de faire un pansement sec à l'acide borique en poudre appliqué en abondance ; j'insiste en même temps sur la nécessité de détruire les chaussures et les bas souillés.
CHAPPA.
Sous le nom de « chappa », Read décrit une maladie qu'il a rencontrée dans le district occidental de la colonie de Lagos. En deux ans et demi, il en a observé 6 cas, 2 chez des hommes, 4 chez des femmes. Il en donne la description suivante :
Manson. — Maladies des pays chauds. 48
CHAPPA.
« Les malades font tous le même récit. La maladie commence par de violentes douleurs dans les membres, les muscles et le» articulations. Au bout de quelques mois la douleur décroît, et 'quelques jointures commencent à enfler et à présenter des signe» de fluctuation. Vers la même époque, des nodules se développent dans diverses parties du corps. Ces nodules ont leur siège dans le tissu sous-cutané et atteignent le volume d'un œuf de pigeon. • « Au bout d'un certain temps, sans qu'il y ait formation d'un abcès, ,1a peau qui recouvre le nodule s'ulcère et met à nu une ulcération circulaire ou ovale, dont la base offre un aspect graisseux. Les nodules peuvent être simples, mais sont plus souvent multiples, '. et peuvent être si rapprochés que les ulcérations qui se sont formées se réunissent, produisant un ulcère serpigineux. Quelquefois les nodules se résorbent sans ulcération. Les ulcères sont très chroniques et durent des années, quelquefois se cicatrisant en un point et s'ulcérant graduellement en un autre. Les jointures que j'ai vues être les plus atteintes sont le genou, le coude et le poignet. La sensation de fluctuation était si marquée que dans un cas j'ouvris l'articulation ; mais aucun hquide ne s'en écoula, et seule une matière graisseuse fit saillie à travers l'incision. La maladie finit par attaquer les os, et les jointures peuvent devenir complètement désorganisées. » {Journ. of Trop. Med., 15 octobre 1901.)
' En comparant les photographies illustrant le travail de Read avec d'autres documents sur une lésion très semblable commune chez les indigènes de certaines parties de l'Afrique orientale anglaise, je suis porté à croire que les deux séries de photographies représentent des affections identiques. Le « chappa » est peutêtre une phase tertiaire du pian.
Traitement. — Ni l'iodure de potassium ni le mercure ne sont utiles. Le raclage, les escarrotiques et les antiseptiques semblent plus efficaces ; mais, quoique la maladie puisse guérir en un endroit sous l'effet du traitement, cela ne l'empêche pas de se reproduire ailleurs.